Crime sexuel : suis-je d’accord avec Marcela Iacub ?

Ce n’est pas facile de répondre au dernier article de Marcela Iacub dans Libération : Et si le crime était sexuel…

Parce qu’après l’avoir lu plusieurs fois, on a du mal à comprendre vraiment où elle veut en venir. Est-elle devenue ces derniers jours féministe radicale ? A-t-elle compris que les crimes sexuels étaient non pas le fait d’individus déviants et "monstrueux" mais bien le résultat d’un impensé, ou plutôt d’un trop-pensé sociétal  ? Celui qui assure la pérennité du patriarcat par la domination par la violence sexuelle des femmes et des enfants, domination qui s’exerce dans une érotisation à des fins de jouissance de la violence sexuelle et du viol ?

Cela paraît étonnant a priori. Il faut dire que le lien fait entre chaque phrase, lien de causalité n’est pas limpide. Il faut dire aussi que l’exercice qui consiste à tenter de comparer le crime "de sang" au crime "sexuel" est en soi malaisé. Si j’ai bien compris, la thèse grosso modo est : alors qu’un homme qui assassine des enfants (Merah) reste humain selon les penseurs de notre temps, imaginons ce qu’il en aurait été s’il les avait violés : on en aurait fait un monstre.

Et c’est là qu’on se frotte les yeux en se disant qu’on n’a pas compris : est-ce que Iacub serait devenue féministe radicale ?

Est-elle en train de dire avec nous que c’est la société qui est monstrueuse ?

S’agit-il de nous expliquer en effet que la seule image de la jouissance sexuelle véhiculée dans notre société est celle qui la fait découler de la haine des femmes, que la seule façon dont est montrée la jouissance est de la pornographie (qu’elle dit cachée et interdite, alors qu’elle est partout, jusque dans les collèges) ? Que du coup, les hommes sont systématiquement construits comme des êtres humains qui s’autorisent à jouir dans la vision de la souffrance des femmes, en les réduisant à des fragments de corps ou à des mortes sans tête, à des femmes dont le seul son qui sort de la bouche n’est pas la parole mais le cri ?

Nous dit-elle que l’absence de discours sur une vraie liberté sexuelle, qui ne serait plus fondée sur un pseudo-consentement qu’on s’empresse d’acheter ou de manipuler mais sur le désir des partenaires, hommes comme femmes, provoque une quasi-impossibilité des hommes à se penser capables de jouir autrement qu’en adoptant ce schéma d’une société qui hait les femmes ?

Pourtant, il ne semble pas qu’il s’agisse de cela : car Iacub ne voit pas le rapport évident entre jouissance sexuelle construite sur la haine des femmes et des enfants et leur mortification et la haine…tout court. Et le texte semble de fait destiné à considérer les violeurs comme victimes d’une "double peine" (ce qui ressemble plus à son discours habituel). "C’est sans doute parce que la jouissance sexuelle n’est pas légitime comme objet des messages publics et, ce faisant, du débat démocratique, que le fait de porter sur des objets déviants ou pervers exclut certaines personnes de l’humanité. Comme si ces gens avaient à payer non seulement pour leurs mauvaises jouissances mais pour les problèmes que pose à notre société la jouissance elle-même"

Donc ce qu’elle reproche à la société, ce n’est pas de favoriser la haine des femmes et le viol en ne pensant pas la sexualité, c’est de "pousser" ces hommes à devenir des criminels et ensuite d’en faire des bouc-émissaires. Ce qu’elle reproche à la société, c’est de maltraiter ces hommes en leur faisant payer pour la société (ce en quoi elle n’a pas tort : c’est bien la fonction des monstres…de là à en faire des maltraités…)

Mais pour que ce discours n’apparaisse pas comme une façon de déresponsabiliser les agresseurs, il faudrait au minimum, une fois qu’elle a dit ça,  qu’elle précise et dise :

-la jouissance n’est pas l’expression en soi de la sexualité. Et il ne peut y avoir jouissance sexuelle légale ("bonne" dans son langage) sans sexualité. Or, le viol, la prostitution et les violences sexuelles ne font pas partie du champ de la sexualité, mais de celui de la haine et l’anéantissement des femmes..  Le discours sur la jouissance sexuelle doit donc passer par une reconnaissance de l’institutionnalisation du viol et des violences sexuelles comme expression de la haine envers les femmes et une affirmation et du fait que ce n’est pas de la sexualité, pour permettre une déconstruction individuelle (qu’elle appelle de ses voeux).

-toute personne qui cherche sa jouissance en contrevenant à cette règle du désir comme expression d’une sexualité libre doit être consciente qu’elle est auteure d’un acte illégal et violent, criminel et jugée en conséquence.

-que toute pulsion violente et mortifère, tout fantasme nécrophile qui mène à la jouissance sexuelle ne peut être entendu, discuté ou accepté que dès lors qu’il n’implique pas, ne s’exerce  pas sur une tierce personne,se crût-elle consentante, et que donc elle reste dans le champ de l’intime. Dans le champ de la "phobie d’impulsion", ce qu’on peut penser mais qu’on sait très bien qu’on ne doit jamais faire…donc qu’on ne fera jamais. Dès lors que la pulsion sort de ce champ, et devient un acte qui implique une autre, il doit être condamné.

-toute victime doit  être entendue, reconnue et aidée par la société à se reconstruire.

Alors oui, si c’est ça que Marcela Iacub veut dire, alors je serais d’accord avec elle…

S.G

 

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  1. #1 par Euterpe le avril 11, 2012 - 10:15  

    C’est claire comme l’eau de roche qu’elle cherche à participer à la réhabilitation de DSK, là ! On comprend très bien de qui elle parle :
    "exclut certaines personnes de l’humanité. Comme si ces gens avaient à payer non seulement pour leurs mauvaises jouissances mais pour les problèmes que pose à notre société la jouissance elle-même"
    Un pauvre jouisseur est stigmatisé alors qu’il n’a fait que jouir (le pauvre). Le reste est juste alambiqué pour faire croire qu’elle est féministe.

  2. #2 par Gamita Christine le avril 11, 2012 - 10:49  

    Penchant pour la conclusion d’Euterpe… Ainsi M. Iacub oublie que ledit Laplanche (dâska, dans une langue slave) jouit de "matériel" s/sms dixit, comme en son temps, Letapie balançant du "matos" en chambre pour ses poulains… Bons copins avec les proxos salés alentours (collusion, connivence ?) de main mise sur ces dames ! Devons-nous en conclure à sa bienveillance devant la prostitution et ses souteneurs ? L’activité rémunéré de soutien tombant sous le coup de la loi. Ne les pouvant toujours avoir à l’oeil, le client conscient payeur des tarifs pratiqués du matériel en stock devient complice. Cela justifiant mise en examen.
    Quant aux tabous, ils pèsent plus sur les mots que sur les actes.Tout se fait, rien ne se dit. L’inceste aurait été universel, selon certains, et à entendre la parole enfin fuser, il n’y a rien de moins certain.

  3. #3 par lou le avril 12, 2012 - 1:43  

    Ce texte de M Iacub est super erratique: il part dans plusieurs sens, pose l’existence d’une nature non humaine, mélange les phénomènes (viol, pédocriminalité -qu’elle nomme mal- homicide), fait tenir son argumentation par une hypothèse complètement personnelle, non soumise à l’épreuve et qu’elle fait passer pour un phénomène ancrée, pose le thème de "pulsion sexuelle". J’ai lu uniquement les premiers paragraphes, enough.

  4. #4 par tangakamanu le avril 12, 2012 - 6:04  

    Perso, je pense que c’est tout le contraire, hors ce cas précis : les machistes savent que, à tout moment, ils seraient capables de se laisser aller à une "mauvaise jouissance", soit à "déraper" avec un enfant ou avec une femme à leur portée, et de la manière la plus lâche qui soit. En fait, bcp en rigolent entre eux (je vais me la faire, me la tirer ou me le tirer, en parlant d’un enfant). C’est pourquoi la justice des hommes (ou de quelques femmes machisées) condamne à peine un brave père de famille ou un clerc "en mal de jouissance"; c’est pourquoi ils correctionnalisent les jugements ou donnent du sursis ou déplacent les clercs dans d’autres paroisses où ils pourront s’en donner à coeur joie (ou de préférence au Brésil pour les rellgieux de divers ordres). On ne peut éviter de condamner plus sévèrement lorsqu’il y a meurtre (en fait assassinat, le plus souvent).

    Merci, Sandrine, pour ces superbes réflexions que je vais faire circuler.

  5. #5 par K2S le avril 12, 2012 - 7:16  

    Surprenante M.Iacub qui fait passer des vessies pour des lanternes et commence par nous inciter à prêter aux intellectuels interrogés le 22 mars sur des meurtres et un meurtrier, ce qu’ils n’ont pas dit sur le viol. Et pour cause !
    Comme souvent, elle a sa conclusion à prouver.
    Alors, d’approximations en fausses réflexions, elle essaie de faire passer l’agression sexuelle pour une mauvais jouissance accusant la société de ne pas laisser de possibilités de discussion aux déviants et au pervers . Son analogie entre haine qui est une émotion et mauvaise jouissance qui est un acte montre un mode de fonctionnement intelectuel par amalgame et glissements succéssifs de sujets.. .
    Quant aux déviants sexuels qui seraient privés d’espace de discussion,… il faut quand même rappeler qu’une déviance est une tendance marginale qui peut être problématique .. pour les autres et que les groupes de parole et les psy devraient être d’assez bons interlocuteurs dans ce cas .
    Et si au lieu de parler de jouissance on parlait de plaisir ?

  6. #6 par Euterpe le avril 13, 2012 - 7:08  

    A K2S : de plaisir partagé surtout.

  1. Égalité | Pearltrees

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