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Du balai et des hommes !

Il y a quelques temps, je me demandais ici même comment il se faisait que les bébés filles ne naissaient pas un balai à la main…tant les représentations des femmes, que ce soient les mièvres princesses ou les méchantes sorcières, sont toujours munies de cet attribut de ménage, qui les remet à la place que les hommes leur ont assignée : nettoyer leur maison, effectuer de nombreuses tâches et ne pas faire (de) tache.

Il faut dire -et rappeler que c’est une juste représentation, tant les femmes, malgré les progrès accomplis vers l’égalité en droits -droits de vote, accès au travail hors de la maison par le biais de filières entières qui leur sont quasi réservées (au service de , en tant que secrétaires, dans les métiers de soins, d’éducation ou de "care", dans les métiers du nettoyage enfin) et qui sont peu valorisées, accès à l’éducation où elles excellent, n’en restent pas moins les gardiennes du ménage. Ou plutôt les concierges. Car cheffes de familles elles ne sont pas selon les administrations, mais bonnes ménagères, oui !

Elles font toujours 80% des tâches ménagères et cela n’évolue qu’à tous petits pas. En moyenne, quelques minutes gagnées chaque jour, cela signifie pourtant en réalité de vrais écarts selon les milieux sociaux.

Ainsi, avant qu’il soit question d’externaliser, expliquent François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau dans "Du balai", c’est dans les ménages les plus "égalitaires" à tous points de vue que la répartition serait la moins au désavantage de la femme -en tout cas dans les représentations. Lorsque la femme a le même niveau d’étude que l’homme ou un niveau supérieur , si elle est au même niveau de carrière (en moyenne les femmes ayant 3 ans de moins que les hommes à la mise en couple, cela continue d’être l’exception, même en dehors des inégalités salariales), elle serait moins encline à tout nettoyer, récurer. Mais c’est surtout lorsqu’elle contribue financièrement autant que l’homme au foyer, qu’elle ne se sent pas obligée de tout faire elle-même (info très importante que je reprendrai plus bas) : "D’ailleurs, toutes les enquêtes le rappellent : plus la contribution monétaire de la femme au revenu du ménage est élevée, plus la propension à externaliser une partie des tâches domestiques est grande". 

Y a-t-il meilleure répartition des tâches pour autant ?

Eh bien non !  Car ce qui caractérise la question de la répartition des tâches ménagères au sein du couple, c’est qu’elle est ingrate. Ou plutôt, que plus elle est ingrate, plus il est difficile qu’elle soit également partagée entre les deux membres du couple hétérosexuel (selon les deux économistes, les rares études existant sur les couples homosexuels montreraient une meilleure répartition, en particulier chez les lesbiennes). Ainsi, il y a progrès, avec ces fameux "nouveaux pères" : ils jouent plus avec leurs enfants. Mais pour tout ce qui concerne les tâches qui font tache, le nettoyage, (et en particulier des toilettes) le linge,  alors c’est là que la résistance est la plus grande.

"même au sein des couples relativement égalitaires sur le plan professionnel -et ils sont de plus en plus nombreux-, la gestion des tâches domestiques demeure un sujet conflictuel. Ainsi, selon une enquête menée en 2009 dans 4 pays européens, un couple sur deux se disputerait au sujet du partage des tâches ménagères, en particulier les couples les plus jeunes (…) Parmi les tâches les plus courantes, les hommes reconnaissent qu’ils essaient d’éviter de faire plus de la moitié de ces tâches, voire qu’ils ne les font jamais.(..) En tête des tâches qu’ils esquivent, on trouve le repassage, le nettoyage des saniraires, l’entretien du linge, le changement des draps et le lavage des sols (Hontarrede, 2009).

Source de conflit donc, la répartition inégale devrait l’être encore beaucoup plus. Car si les petites filles ne naissent pas un balai à la main, si elles ne sont pas des serpillères (mais des guérillères), alors qu’est-ce qui justifierait qu’elles fassent plus que les garçons les taches les moins agréables sinon la perpétuation d’un état de fait où les femmes, propriétés des hommes sans âmes et sans droits, seraient là pour servir leurs besoins -de propreté, d’enfants, de sexe…

Mais comme le soulignent les économistes : "En conséquence, "le refus des hommes de prendre leur part des travaux ménagers constitue un véritable mur auquel de nombreuses femmes ne peuvent ou ne veulent pas s’attaquer".

Rien ne devrait justifier ce mur sinon que les femmes ne sont pas prêtes à entrer en conflit pour que le partage soit égal. On pourrait s’étendre sur les raisons qui les empêchent de le faire : violence conjugale*, dépendance affective et sociale, attitude maternisante ("ils n’y arrivent pas de toutes façons il faut bien les aider, et ils ne savent pas faire").

Pacification des ménages et renouvellement du patriarcat

Mais ce qui m’intéresse, c’est de montrer la conséquence de cet état de fait : la pacification du ménage devient le premier motif d’emploi d’une femme de ménage :

"Face à ce mur, les couples qui en ont les moyens sont parfois amenés à contourner le sujet de discorde en recourant à une tierce personne. C’est le recours à une femme de ménage afin d’éviter la scène de ménage (Molinier, 2009)".

Qui externalise et quel résultat pour les femmes ? Et l’homme dans tout ça ?

"En quelque sorte, dans les classes aisées, a fortiori quand la femme travaille, on achète la parité, ou plutôt ce qui s’en approche : la double journée féminine masque le plus souvent deux femmes ou plus, pour qu’une seule, la "patronne" s’en sorte".

Donc, une petite frange de la population féminine semble avoir réussi à se "sortir" de ces tâches tout en évitant le conflit en les déléguant…à une autre femme. Et pourtant, dans la réalité, sont-elles bénéficiaires ? Dans la réalité, ce sont elles qui paient, et ce sont toujours des femmes qui font le ménage !

En effet, pour l’homme, ce n’est pas une question d’argent. De la proposition citée plus haut : "les femmes n’envisagent une femme de ménage que lorsqu’elles contribuent autant financièrement", on peut déduire que : si elles contribuent moins, elles font le ménage, si elles contribuent plus, elles ne le font pas (ou moins) => ce sont elles qui paient  !

Mais le comble, c’est qu’en analysant les couples ayant recours à une tierce femme, on se rend compte qu’elles paient non pas principalement pour elles mêmes, mais pour l’homme !

En effet pour lui l’externalisation a un double avantage supplémentaire :

-la pacification : ce n’est pas l’employée qui va l’ennuyer pour les chaussettes sales qu’il laisse traîner…et s’il y a problème, c’est la femme qui gère la plupart du temps la relation employeure.

-Le maintien de l’ordre établi : un déchargement du double poids et de sa mauvaise conscience d’homme qui aime l’égalité ET de toute forme de devoir de tâche ménagère. Il reste le maître chez lui et n’a pas à culpabiliser…

En effet, selon Devetter et Rousseau, lorsqu’il y a femme de ménage, la femme du ménage gagne bien un peu de répit sur ses propres tâches. Mais l’homme, lui, n’a plus du tout à s’en soucier, et ne fait plus rien -ou presque ! Ce qui nous mène à ce paradoxe merveilleux : c’est justement dans les couples où l’on professe le plus l’égalité (et qui ont accès à l’externalisation) que les taches ménagères sont les plus mal réparties !

"Grossièrement, trois heures payées permettent d’"économiser 1h30 de travaux domestiques dans la semaine (Insee). Selon l’enquête Erfi de l’Ined, il apparaît que les couples employant une femme de ménage expriment des valeurs plus égalitaires, mais que la répartition des tâches domestiques non externalisées y est encore plus inégale qu’au sein des autres ménages ! La part des ménages où l’homme participe majoritairement ou équitablement au passage de l’aspirateur avoisine 40% lorsqu’il n’y a pas recours à une femme de ménage, mais seulement 18% dans le cas contraire". (…)

"Le temps gagné pour une femme aisée grâce à "sa" femme de ménage est, au moins, partiellement, accaparé par la réduction de l’investissement du conjoint. Pour le dire autrement : l’existence d’une personne rémunérée réduit fortement la proportion de ménages partageant équitablement les tâches domestiques, et il semblerait même que l’économie en temps faite par l’homme soit proportionnellement plus importante que celle des femmes (Ruijter,2005)".

Les femmes sont donc en fait très peu bénéficiaires en tant qu’individues. Et de façon sociétale, elles ne le sont pas du tout, puisque ce sont toujours des femmes qui sont cantonnées au ménage. Les hommes eux, sont amplement bénéficiaires à tous les niveaux…ce qui laisse rêveuse sur la façon dont le patriarcat excelle à se renouveler !

Les non-représentations d’hommes à balai (sauf ceux qui en font un sport -voir ci-dessus ou pour en faire des objets sexuels -voir ci-contre) risquent donc d’avoir la vie dure…

Sandrine Goldschmidt

*Simple hypothèse mais assez vraisemblable : les hommes se sont appropriés les femmes et leurs services, en les soumettant -il a bien fallu que la force intervienne. Ainsi, tout conflit qui viendrait remettre en cause cet ordre établi, menacerait la paix sociale et rappelerait à l’opprimée le risque qu’elle prend à contester son oppresseur : celui de disparaître.

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Un commentaire

Qui a dit qu’il n’y avait plus de salaire féminin ?

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, il était considéré comme "normal" que les femmes gagnent moins pour un même travail que les hommes. Depuis, la règle de l’égalité s’est imposée. Dans la loi. Il a donc fallu que la domination se niche ailleurs : dans la pratique. Les écarts de salaire 60 ans après restent de l’ordre de 25%.

Ceci est dû (entre autres) au fait que les métiers majoritairement occupés par des femmes voient leurs compétences moins valorisées que les autres, en particulier dans la mesure où il s’agit d’activités domestiques ou de soin, dont les hommes semblent estimer qu’ils n’ont guère à les pratiquer et qu’elles ne nécessitent en plus pas d’être payées.

Pour contrer la loi, il a suffi ensuite d’orienter massivement les femmes vers les emplois des services à domicile qui sont ceux qui correspondent le plus à la description ci-dessus.

On insiste donc sur le fait qu’aujourd’hui les femmes travaillent…(comme si avant elles n’avaient rien fait) et que les mener vers l’emploi, c’est un pas vers l’égalité. Mais vers quels emplois les mène-t-on ?

Majoritairement vers les services à domicile : ménage, garde d’enfants, assistance de vie.La dernière étude de l’Insee nous montre quelle est la situation des femmes qui travaillent dans le secteur.

C’est sans appel : 9 salariéEs sur 10 sont des femmes.
Elles travaillent en moyenne 40% d’un temps plein.
Elles gagnent en moyenne 8700 euros par an, bruts, soit environ 560 euros nets par mois. Cela dit, il y a de fortes disparités. Et pour être juste, il faut ajouter qu’en moyenne toujours, elles gagnent ailleurs 3100 euros. Ce qui permet d’atteindre une moyenne de 760 euros par mois environ. On reste sous le seuil de pauvreté.

En outre, on ne peut parler de tremplin vers un avenir meilleur. Alors que dans le salariat général il y a 11% de plus de 55 ans, dans les SAD elles sont 24%.

Enfin, les salariées du secteur, majoritairement employées par des particuliers (avec, donc, moins de recours), sont pour la plupart multiemployeurs : + de 30 % ont plus de 3 employeurs. Un morcellement qui implique encore une plus grande difficulté à se défendre.

Côté salaire horaire, (ce dont les employeurs s’enorgueillissent en général), on est à 1,4 SMIC. Oui mais avec un tel taux de temps partiel, que signifie un taux horaire ? C’est juste un paravent pour cacher la misère.

Ces chiffres sans appel montrent bien que les revendications des féministes de réglementer fortement le temps partiel sont essentielles. En attendant, si le salaire féminin n’existe plus, qu’il n’est plus salaire d’appoint tant de nombreuses femmes sont "familles monoparentales", assumant seules les enfants (ce qui les contraint au temps partiel) et se retrouvant souvent sans pension alimentaire (tant restant impayées).

Le gouvernement a fait voter une loi qui dresse un seuil minimal de 24heures par semaine et promet de prendre des mesures pour le paiement des pensions alimentaires. A voir donc, mais on peut malheureusement raisonnablement douter que les mesures annoncées suffisent.

S.G

PS : et bien sûr, l’étude ne le dit pas, mais les salariées sont de plus en plus des femmes migrantes qu’on fait venir pour être exploitées…

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"Les Echos" : hommes 12, femmes 0, les journalistes femmes se révoltent

Je ne parle pas souvent de là où j’ai travaillé avant…Les Echos, premier quotidien économique français, que j’ai quitté suite à son rachat par LVMH. A l’époque, il y avait 3 femmes rédactrices en chef. Elles étaient très minoritaires, et déjà c’était plus dur pour elles pour l’avancement et les augmentations. C’était il y a 5-6 ans. Mais aujourd’hui c’est pire. A tel point qu’elles ont décidé un mouvement de protestation "visible" dans le journal de ce matin : la grève des signatures. En effet, non seulement il n’y a plus aucune femme rédactrice en chef, mais en plus, l’inégalité salariale et de promotion est suffisamment criante pour qu’une quarantaine de femmes journalistes présentes sur 75 dans le mouvement aient décidé unanimement de cette grève, que certains hommes soutiendraient même.
Voici leur explication ci-dessous, et mon commentaire :

Bravo, c’est rarissime un mouvement commun de femmes au sein d’un média, c’est un signe que les femmes ne se laissent plus faire et de l’avancée de nos idées, et je suis fière de mes ex-collègues et pour certaines amiesq ui connaissaient bien mon engagement…

Bravo ! parce que c’est la clé du plancher collant et surtout de la visibilité des femmes dans les médias : tant qu’ils seront tenus par des hommes, il pourra y avoir une majorité de femmes journalistes dans les rédactions, le sexisme y sera toujours aussi fort.Et leur mouvement, du fait que ce sont des collègues, a été immédiatement visibilisé par l’Afp et repris sur le web.

Bravo, mais justement pour toutes ces raisons, il se peut qu’une grève des signatures ne soit pas suffisante…et mes ex-collègues reconnaîtront mon radicalisme si je leur dis qu’il faudra probablement après ce succès rester vigilantes et aller plus loin…priver une journée le journal de leur travail permettrait sans doute encore plus de se rendre compte combien elles sont indispensables et compétentes !

Hommes : 12, femmes : 0 Pourquoi nous, femmes, faisons aujourd’hui la grève des signatures
Nous, femmes journalistes aux Echos, sommes devenues, au fil des ans, invisibles. C’est pourquoi nous avons décidé de faire une grève des signatures dans les éditions papier et web du vendredi 7 juin 2013. Chaque jour, aux Echos, nous sommes aussi nombreuses que les hommes à faire ce journal. Mais il n’y a de femme ni à la rédaction en chef ni à la direction de la rédaction du quotidien. Les femmes ont peu à peu disparu de cette équipe. Nous espérions beaucoup de la nouvelle direction de la rédaction mais rien n’a changé.
On nous dit qu’aucune femme ne correspondait aux profils recherchés ! Les Echos ne manquent pourtant pas de femmes compétentes, motivées et ambitieuses. Mais elles ne sont pas considérées. Ces dernières nominations renforcent le malaise, prégnant depuis plusieurs années au sein de la rédaction du quotidien, concernant la carrière des femmes : augmentations individuelles de salaire, primes au mérite, mobilité interne, gestion de la période de maternité.
Nous appelons aujourd’hui la direction des Echos à prendre la mesure du problème et à agir en conséquence.
Laurence ALBERT, Marina ALCARAZ, Caroline d’AVOUT, Laura BERNY, Eléonore de BAILLIENCOURT, Anne BAUER, Carole BIBILY, Elisabeth BEYEKLIAN, Marianne BLIMAN, Véronique BROUTARD, Emmanuelle CHABERT, Dominique CHAPUIS, Catherine CHATIGNOUX, Julie CHAUVEAU, Myriam CHAUVOT, Véronique CHOCRON, Catherine CIMAGUS, Leïla de COMARMOND, Elsa CONESA, Marie- Christine CORBIER, Cécile CORNUDET, Isabelle COUET, Marie-Josée
COUGARD, Florence COUPIN, Hélène CROIZE-POURCELET, Sabine DELANGLADE, Pascale-Marie DESCHAMPS, Anne DRIF, Catherine DUCRUET, Clémence DUNAND, Anne FEITZ, Anne FLATEAU, Isabelle FICEK, Elsa FREYSSENET, Béatrice GAIGNAND, Solveig GODELUCK, Béatrice GOIGNARD, Arielle GONCALVES, Frédérique HUMBLOT, Muryel JACQUE, Muriel JASOR, Christine JULIEN, Isabelle LABUSSIERE, Sophie LACAZE-MASMONTEIL, Annette LACOUR, Valérie LANDRIEU, Claire LEBEAUPIN, Véronique LE BILLON, Laurence LECOEUR, Isabelle LESNIAK, Catherine LIMAGNE, Valérie MAZUIR, Stéphanie MEUNIER, Véronique MINGUY, Aminata N’DIAYE, Constance PAINDAVOINE, Celia PENAVAIRE, Florence RENARD, Ninon RENAUD, Reijane REIBAUD, Véronique RICHEBOIS, Martine ROBERT, Virginie ROBERT, Lucie ROBEQUAIN, Laure SALA, Fabienne SCHMITT, Valérie de SENNEVILLE, Nathalie SILBERT, Marie-Christine SONKIN, Cécile TEXERAUD, Geneviève THIBAUD, Anne-Sophie VION, Michèle WARNET

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Qui gardera les enfants ?

Ces jours-ci, le gouvernement planche sur la petite enfance. Il manque de 300 à 500.000 places d’accueil, alors que ce sont à 60% les parents -autant dire les femmes- qui gardent ces enfants.
Ainsi, le congé parental, théoriquement égalitaire entre femmes et hommes, a depuis des années fait la preuve de comment une politique soit disant "neutre", "républicaine", "universelle", pouvait être en fait une politique qui pénalise les femmes : il ne fait qu’encourager les femmes à garder elles-mêmes les enfants de moins de 3 ans. En effet, seules les femmes prenant ce congé parental, possible jusqu’au 3 ans de l’enfant, elles sont ensuite pénalisées à tous niveaux :
-tâches familiales qui leur sont réservées, avancées professionnelles stoppées, décrochage des salaires.
-alors que les motivations pour prendre ce congé ne sont pas seulement liées aux représentations de la "maman" dans notre société mais aussi à des faits concrets très simples : les femmes étant en moyenne à la mise en couple hétérosexuel 3 ans plus jeunes que les hommes. Cela se passe à un moment de la vie professionnelle où les choses peuvent évoluer vite, et donc elles partent avec un handicap : elles sont forcément moins payées que "leurs hommes", puisqu’ils sont plus avancés en carrière et plus vieux, et qu’en plus les hommes à "niveau" égal, sont mieux payés. Logique alors, qu’au moment de l’arbitrage : qui va garder les enfants ? on choisisse la femme. La représentation sociale, venant juste valider le choix…

Cela dit, qui garde les enfants ? (http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/qui-gardera-nos-enfants-caroline-ibos)
Les femmes, donc. Les femmes, les mères, qui arrêtent de travailler pour le faire, pour elles, c’est parfois un soulagement : réalisant souvent 80 -ou 100%- des tâches domestiques, étant souvent dans des emplois précaires, mal payés, aux horaires morcelés, qu’elles préfèrent rester chez elles à garder leur enfant plutôt qu’à -par exemple- aller garder les enfants des autres, c’est un choix qui est facile à comprendre …

Et, comme par hasard, celles qui arrêtent le plus de travailler, et le plus souvent à partir du 3e enfant*, mais parfois dès le premier, sont justement celles qui sont dans des emplois peu qualifiés et précaires, pas les femmes surdiplômées et/ou cadres qui peuvent, grâce aux avantages fiscaux (qui profitent aux 10% les plus riches), se payer une…femme de ménage, ou une nounou à domicile.

Mais il faut bien voir que même si les enfants sont gardés dans des structures collectives, ou par des assistantes maternelles ou gardes d’enfants à domicile, eh bien, ce sont toujours…les femmes qui gardent les enfants !
Et ce, à 98%. Sauf que ce ne sont pas leurs enfants qu’elles gardent, mais les enfants des autres, dans des conditions plus ou moins correctes : entre les crèches où le travail, reconnu, est plutôt encadré, les assistantes maternelles qui après avoir lutté, ont obtenu une convention collective qui rend leurs conditions de travail un peu moins mauvaise qu’avant, et les gardes d’enfants à domicile, qui, même déclarées, sont bien souvent exploitées, il y a des différences, mais une constante : c’est aux femmes qu’on demande de garder les enfants, et tout ce qui "va avec" : faire le ménage (au domicile, ce sont quasi exclusivement des femmes), faire les courses, etc…

Donc, que faut-il faire pour que les choses changent ? Demander plus de places en structures d’accueil collectives, passer d’ici 5 ans à 25% au lieu des 10% actuelles ?
Certes, c’est plutôt une bonne chose, mais cela ne résoudra en rien la question de l’emploi précaire des femmes qui gardent les enfants, ni du fait, que les familles riches feront appel aux femmes migrantes pour garder leurs enfants dans des conditions de domesticité iniques. Ni le fait que l’inégalité pro demeure ou que les hommes refusent de prendre plus de part aux tâches qu’ils jugent ingrates.

Pour pousser vers une vraie politique de la petite enfance, il faut penser globale, avec en tête deux choses essentielles :
-si ce sont les femmes qui gardent les enfants aujourd’hui, c’est parce que les hommes ne font rien ou pas grand chose dans les tâches domestiques et d’éducation, et ne veulent rien faire.
-s’ils ne font rien, c’est aussi parce que les femmes ne sont pas prêtes à les laisser envahir un espace où ils exercent un degré de violence très élevé.

Pour changer les choses, il faut donc accélérer la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences intra-familiales : il faut punir tous les mauvais traitements et les violences sexistes et sexuelles, qui prennent leur racine dans la domination parentale patriarcale.

Ensuite, il faut que les femmes soient aidées à ne plus accepter de résoudre les conflits d’injustice au sein du couple en faisant peser (parfois involontairement, et sous l’influence du conjoint) leur poids sur d’autres femmes : elles ont aujourd’hui conscience que ce n’est pas normal qu’elles doivent tout faire, et surtout les tâches les plus ingrates. Mais, n’ayant pas réussi, quel que soit leur niveau d’étude, à imposer une plus grande implication des hommes avec qui elles vivent (quelques minutes supplémentaire de tâches domestiques en 20 ans pour les hommes), elles sont contraintes de résoudre ce conflit (qui est la première cause de divorce demandé par les femmes, contrairement à ce que certaines études aberrantes voudraient nous faire croire) en "externalisant", ce qui arrange en premier lieu…les hommes.
C’est-à-dire : en faisant garder les enfants, et faire son ménage… par une autre femme. Pour se donner bonne conscience, on se dit que ça "lui donne du travail". Mais les pratiques observées montrent bien comment en fait, il y a la plupart du temps exploitation (voir cet article : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/garde-enfant/caroline-ibos). Et le résultat n°1, selon François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau (Du balai), c’est, certes, de diminuer le poids des tâches qui pèsent sur les femmes…mais avant tout, de réduire à néant (oui, à zéro), celles que font les hommes ! Ainsi, dans les ménages qui ont une femmes de ménage (…), les femmes font toujours des tâches domestiques…et les hommes eux, n’en font plus…du tout.

Pour que la politique de la petite enfance mène à plus d’égalité femmes-hommes, il faut aussi changer le travail de toutes et tous : il faut réduire les horaires de travail. Il faut faire en sorte que le fait de rester plus longtemps sur son lieu de travail ne soit plus un avantage de carrière, sinon, on créera des places en crèche, en horaires décalés, pour que certain-e-s puissent travailler 12 heures par jour. Mais ce seront toujours les femmes qui se presseront pour partir et arriver à temps à la sortie… Il faut, au contraire, imposer l’efficacité au travail, juger sur la compétence et non l’apparence et la présence. Pour cela, commençons, comme le demandent Hélène Périvier et Dominique Meda, par réformer le congé parental et les mesures soi-disant neutres qui pénalisent les femmes : le congé parental, le "repérage" des hauts potentiels, la réunionnite à toute heure, etc.

Enfin, et c’est à mon avis le plus important sur le sujet qui nous occupe, on ne peut envisager un débat sur la petite enfance sans mettre au centre, dans tous les débats, les personnes -et donc les femmes- à qui sont confiés les enfants. C’est-à-dire qu’on ne peut pas lancer une campagne sur les "problèmes pour faire garder ses enfants", dans une perspective de "consommation", et de problème individuel. La garde d’enfants, ce n’est pas que l’affaire de la mère… c’est aussi une relation  humaine et économique avec une tierce personne, qui a des droits. Ainsi, au lieu de toujours se demander "comment trouver un bon mode de garde, une place en crèche ou une bonne nounou", rappelons aussi les devoirs qu’on a en tant qu’employeur-e ou citoyen-ne (utilisateur des structures collectives). Et mettons au coeur du débat celles, les travailleuses, qui vont être chargées de s’occuper des enfants, veillons à ce qu’elles soient traitées correctement.

Ainsi, en plus de lutter contre l’impunité des violences des hommes contre les femmes et les enfants, en plus de faire en sorte que les hommes nettoient les draps, et récurent les toilettes (ce à quoi ils opposent une résistance extraordinairement puissante, quand ils n’hésitent pas à mettre en avant leurs talents culinaires pour les soirées de fête…), et changent les couches dès la naissance, en plus de créer des places en crèche et de rescolariser plus tôt les enfants, (cela coût moins cher à l’Etat que de créer des places d’accueil), il faut mettre au centre du débat les personnes, les femmes, qui gardent les enfants, leurs droits, et les devoirs et les responsabilités des parents.

Les devoirs des parents, vis-à-vis de la société, cela reste un des tabous les plus puissants : le devoir de protéger leurs enfants, de favoriser leur développement dans l’amour, la liberté et l’égalité, et non pas de les dresser -par la domination- à un monde qui ne ferait que reproduire, à tous les niveaux, violence, injustice et inégalité.

Sandrine Goldschmidt

Sandrine Goldschmidt

*L’impact négatif sur l’activité des mères pourrait être d’autant plus important que les perspectives d’emploi et de salaire des mères sur le marché du travail sont faibles ou qu’elles doivent faire garder leurs enfants. Cet effet est ainsi particulièrement marqué pour les mères peu diplômées, mais perdure lorsque les enfants grandissent et ne varie pas selon la taille de la ville de résidence. (Insee, Offre de travail des mères en France : l’effet causal du passage de deux à trois enfants, Julie Moschion)

 

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Apocalypse NO

Cette nuit à peu près au moment où le président américain Barack Obama était réélu, j’ai rêvé de l’apocalypse.
Dans mon rêve, un vendeur de légumes me proposait des cucurbitacées géantes et voulait se débarasser d’une, en forme de poire dodue, avec un manche (comme de parapluie), rayée verte et jaune et de la taille d’une très grosse citrouille.

L’homme qui voulait le revendre, sa femme n’en ayant pas voulu, se trouvait bien embêté à ne savoir qu’en faire…et donc, Mitt Romney, l’homme qui voulait nous amener l’apocalypse, a perdu. De Apocalypse NO à yes, we can, il n’y a qu’un pas, et ce sera donc celui de cette journée.
Avec deux autres événements qui le symbolisent : ce soir, une manifestation pour les mêmes droits pour tout le monde, à 19h place Edouard Herriot à Paris. Son objet:  soutenir la présentation en conseil des ministres du projet de loi "mariage pour toutes et tous", et donc même droits pour tous adultes et enfants.

Voici le début de l’appel inter-associatif à la manif : Mariage pour toutes et tous : l’égalité des couples c’est maintenant
La République doit reconnaitre toutes les familles ! La République doit protéger tous ses enfants !
Ce 7 novembre, le projet de loi « mariage pour toutes et tous » est présenté en Conseil des Ministres avant d’être transmis au Parlement. L’adoption de ce projet de loi serait une avancée majeure pour notre pays en matière d’égalité des droits.

Alors oui, et ceux qui s’y opposent sont des has been comme Romney. Et même si le mariage est loin d’être un but en soi, même s’il est aussi encore un résidu patriarcal (qui pourtant protège relativement les femmes mariées par rapport à celles qui ne le sont pas mais sont en concubinage avec un homme) il est juste anormal que certaines et certains n’y aient pas droit, dans un pays républicain.

Ainsi, dans ce pays qui se dit autrefois en avance en matière de droits humains mais qui aujourd’hui est en retard sur tant d’autre pays en la matière (Belgique, Espagne, Mexico City, etc.), on se dit aujourd’hui, yes, we can…

Autre moment important dans la lutte contre l’apocalypse, l’émission de radio libertaire, femmes libres, à 18H30, sera consacrée ce soir à "Abolition 2012", à laquelle je participerai avec d’autres membres des 50 associations membres du collectif (et aussi avec Typhaine Duch, Florence Montreynaud, Muriel Salmona, Jean-Yves Wilmotte, Hélène Hernandez).

Refus de l’apocalypse Romneysienne, voici pourquoi (j’en parlerai plus longuement dans un autre article, mais en 2 mots) : dans un monde où les intérêts patriarcaux de quelques uns dominent sur l’immense majorité de l’humanité et du vivant, l’argent est l’élément de contrainte fatidique. Souvent, il se substitue à la force ou à l’emprise pour violer les droits et les personnes humaines. L’objectif de ceux qui le détiennent : faire des personnes humaines des objets sans intimité, marchandisables à merci, donc violables à merci. C’est ce qui se passe dans la prostitution. Les personnes mises en prostitution, en immense majorité des femmes, et en quasi-exclusivité par des hommes (et bien souvent leurs propres pères, frères, conjoints, réseaux de traite et d’exploitation de la misère des femmes), sont considérées comme n’ayant plus d’intimité. Comme si n’importe quel partie d’elles-mêmes pouvaient être à tout le monde, par la force d’un échange marchand. En réalité, il s’agit juste d’un prétexte pour légaliser un viol : car dans la violence que constitue la prostitution, qui est le fait de subir des actes sexuels non désirés à répétition et qui s’assortit souvent d’autres violences, physiques et psychologiques, l’élément de contrainte, c’est bien l’argent.

Et ce n’est pas parce qu’on consent à recevoir de l’argent, qu’un viol n’est plus un viol dans sa définition. Comme ce n’est pas parce qu’on consentirait à se faire couper la main que cela ne serait plus une violence punie par la loi. Ce n’est pas parce qu’on commanditerait son propre meurtre (pour laisser de l’argent à ses proches, par exemple) que celui-ci deviendrait autorisé. La morale qui définit les principes universels de droits humains doit trouver son expression dans la loi :  on ne peut consentir à sa propre destruction ni à la torture ou au crime contre soi.

Il est donc temps de dire non à l’apocalypse du système prostitueur et pornographique qui peu à peu envahit toute la société en essayant de transformer les femmes, les enfants et certains hommes en objets à vendre et à échanger, robots à la disposition de quelques puissants, chair à génocide.

Il est temps de voter une loi d’abolition du système prostitueur, parce que c’est juste, parce que la prostitution est la dernière violence dont une partie des responsables ne le sont pas devant la loi et ne peuvent être condamnés. Il est temps, de dire NON, à l’APOCALYPSE qu’on veut pour nous.

S.G

Si vous ne l’avez pas fait, n’oubliez pas de signer l’appel Abolition 2012 ici : http://www.abolition2012.fr/

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Care et Amour

On entend beaucoup parler du Care sans savoir vraiment ce que c’est…

Politique de réhumanisation de la société ou de perpétuation de l’oppression des femmes…

il peut, sans doute, être l’un comme l’autre selon qui le récupère et qui l’utilise. En France, une "politique du care", qui verrait par exemple le vieillissemen pas seulement comme un glissement vers la dépendance, qui au lieu de parler de dépendance s’intéresserait aux meilleurs moyens de favoriser l’autonomie des plus fragiles, qui ne verrait pas seulement l’aide aux personnes âgées ou en difficulté comme un poids ou un filon économique -exploitant au passage un peu plus les femmes-, serait bienvenue. Une sorte de tout le contraire de ce qui se passe dans le film palmé à Cannes, et dont je parlais ici hier.

A entendre la ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, on se dit qu’il y a vraiment beaucoup de travail, de grosses difficultés à surmonter mais semble-t-il une volonté politique. Voici une interview de la ministre réalisée pour le site Cnikel enquête, qui veut mettre de la République dans les services à la personne, faire que les entreprises se conforment aux bonnes pratiques, et aider au développement de ces bonnes pratiques : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/les-aidants-familiaux.

Et un édito qui va avec : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/autonomie-dependance

S.G

 

 

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Shame on the Olympics

Vous avez peut-être vu passer l’info, dans un journal ou à la télévision : pour les JO de Londres, le besoin de "femmes de ménage" est grand. Pendant quinze jours, des milliers de personnes vont répandre leurs déchets, des athlètes vont jouer les stars, sous les caméras de télévision dans un espace restreint. Je parle des télévisions, parce l’on fête les 50 ans de la retransmission d’images par satellites, celle-là même qui fait des Jeux Olympiques un "événement" planétaire : plus de 4 milliards, voire 5 d’être humains vont le regarder,  pour s’intéresser à une chose sans importance pendant 15 jours, qui sera le/la meilleure,  qui courra le plus vite, sautera le plus haut, sera le plus fort (et la plus vite, la plus haute, la plus forte…). Et quel pays (oh, comme par hasard, les plus riches ou puissants) emporteront le plus d’or…

Glorification de l’esprit patriarcal de compétition, et son corollaire, l’exploitation des opprimées. Si certains sont au sommet de la gloire, d’autres sont là pour nettoyer leurs déchets.

Des centaines de femmes de ménage ont donc été embauchées pour l’occasion. Seulement elles ne sont là que pour faire le ménage, cette activité pourtant essentielle. Une activité qui a beau avoir toute la noblesse de faire ce que souvent les gens qui se pensent importants et/ou qui ont suffisamment d’argent ne souhaitent pas faire, l’organisation olympique londonienne n’a rien trouvé de mieux que de les installer dans un mini-camp de concentration (voir photo): 10 par chambre, 1 wc pour 25, 1 douche pour 75. et j’imagine que personne ne s’est posé la question de qui ferait le ménage… Surtout que le lieu est totalement insalubre, le terrain inondé à la moindre pluie (qui a été plus qu’abondante cette année), et la pluie qui coule à l’intérieur des baraquements.

En outre, ce logement qui n’en mérite pas le nom, n’est pas gratuit, loin de là : 18 dollars par jour sont retirés de la paie pour vivre dans ces conditions misérables (ce qui équivaut à 500 euros par mois) !

A lire sur la question de la nouvelle domesticité

Beaucoup des femmes de ménage (beaucoup sont venues d’Espagne, d’autres d’Europe de l’est) ont refusé de signer le contrat. D’autres ont quand même accepté

Une personne des autorités sanitaires aurait dit que le site n’était pas adéquat. La société qui emploie les femmes de ménage n’en a pas tenu compte. Et critique les employé-e-s qui ont parlé à la presse (cela leur est interdit par contrat (!), ainsi que d’avoir des visites de leurs familles).

Voici ce qu’a dit un responsable de Locog : "This is not a prison. Nobody is forced to stay there. Many of our staff have come from areas where there is extremely high unemployment and are very happy to be working in the Games.

"Ceci n’est pas une prison. Personne n’est obligé de rester ici. Beaucoup de nos employés viennent de zones de fort chômage et sont très contentes de travailler pour le jeux".
Tout est dit dans cette phrase : je fais une seconde traduction : Ce n’est pas une prison. Tout le monde est "libre" de partir et de crever de faim. Mais comme elles ont vraiment besoin de boulot, elles pourraient nous être reconnaissantes quand même de les traiter comme des riens du tout".

L’image du choix d’entrer dans la gueule du patriarcapitaliste…

C’est exactement comme pour les personnes prostituées (et on n’ose imaginer ce qui se trame autour des jeux olympiques à ce propos). Dans ce monde où les femmes sont maintenues dans la pauvreté par le système patriarcal et victimes de violences multiples (même hors crise, mais en crise elles sont les premières touchées -80% des personnes pauvres dans le monde sont des femmes), voilà à quoi se résume leur choix : payer pour vivre dans des conditions indignes. Voila de quoi elles sont libres : et tout ça pour que l’image sur l’écran des athlètes des jeux olympiques soit bien propre, cette image destinée à distribuer partout dans le monde la bonne parole du patriarcat capitaliste…

Un dernier mot : les médias britanniques se sont émus de ce que les emplois qui "devaient" être proposé à des anglais-e-s, ne leur aient pas été réservés. Encore une démonstration qu’il est malheureusement beaucoup plus facile d’exploiter la misère des immigrant-e-s que celles de ses propres citoyenn-e-s…qui ne manquent pas de se retourner ensuite contre les mauvaises personnes…

A lire aussi ici : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/femmes-de-menage-jo-londres-2012

S.G

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Plus tard je serai femme de ménage…en rage

Bon, je n’ai rien contre le métier de femme de ménage. Dans un monde idéal. Où les hommes feraient le ménage autant que les femmes. Ou tout le monde en ferait un peu moins. Ou les horaires de travail permettraient à tout le monde de s’occuper de sa propre saleté. Mais aujourd’hui, c’est un métier dévalorisé, mal rémunéré, un lieu d’exploitation des travailleuses (bon, ce n’est pas parce que j’ai rencontré un homme de ménage récemment que j’en oublie que c’est une rare exception). Mais alors, quand je lis qu’on promeut ce métier de la façon suivante, mon sang ne fait qu’un tour.

Un livre pour enfant "plus tard je serai femme de ménage", a en effet tout pour plaire ! En quelques pages (et dans une collection intitulée "ethique et toc"), il nous explique que femme de ménage c’est formidable. C’est un métier dont il ne faut pas avoir honte. Jusque la on est d’accord. Mais pourquoi ? Je mets en rouge mes commentaires, pour que vous puissiez les distinguer de l’histoire telle qu’elle est racontée.

Je résume : une enfant voit son père perdre son travail. Du coup, la mère abandonne la famille (voilà qui est réaliste, crédible, et valorisant pour les femmes…) et s’en va.
Le père est triste. Il n’a plus personne pour faire le ménage gratuitement ! La saleté s’accumule. Alors, il embauche une femme de ménage.
Elle s’appelle…Maria, vient d’un pays du sud de l’Europe. Elle est très efficace comme femme de ménage. Ainsi, quand elle a fini de s’occuper des cafards dans la maison…elle s’occupe du cafard de monsieur ! (et là, vous avez vu, je n’invente rien, c’est dit tel quel).

Du coup, évidemment, que se passe-t-il ? Monsieur commence à trouver formidable Maria (pensez-vous, une immigrée, docile et soignante, c’est merveilleux)

et…lui offre des fleurs…pour la demander en mariage ! Et tout est bien qui finit bien..

Ce n’est pas formidable, femme de ménage ? Pour la femme, une occasion merveilleuse de rencontrer le prince charmant, l’homme à qui vous servez de serpillère !

Et pour l’homme, c’est tout bénéfice…une femme ET un femme de ménage, pour le même prix…

Bon ironie de rage à part, c’est si significatif de ce pourquoi dans l’état actuel des choses, on ne peut pas envisager femme de ménage comme un emploi de qualité…il s’agit bien de domination patriarcale, de colonialisme et de domesticité…la preuve, en quelques dessins pour enfants. DU BALAI !*

S.G

Ah oui, regardez particulièrement la première image où la minuscule femme de ménage va soigner le cafard du monsieur (pour mieux être mangée par lui), est inouïe.

 

*Référence à l’excellent ouvrage de François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau sur la question.

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les nounous d’Ile-de-France s’organisent

Si vous n’avez pas facebook, juste 2 liens ce matin, vers un article que j’ai fait pour Cnikel enquête sur l’association des nounous d’Ile-de-France, fondée par Sylvie Fofana, qui crée en plus un syndicat. A découvrir et faire connaître :

http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/garde-d-enfant-nounou-syndicat-ile-de-france

Et une réflexion pour Cnikel enquête, de la sociologue Caroline Ibos, auteure de "qui gardera nos enfants" ? sur les chaînes mondialisées du care :

http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/qui-garde-les-enfants-des-nounous

En attendant la décision du conseil constitutionnel, attendue pour aujourd’hui, sur la loi sur le harcèlement sexuel.

Bonne journée

 

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Evénements : féminisme, droits LGBT, économie, cinéma et Tenon(s) bon !

Hier avait lieu le colloque des Nouvelles news : "le deuxième sexe de l’économie", dont le site pour lequel je travaille, cnikelenquête, était partenaire. Partenaire, parce que dans les services à la personne, l’enjeu de genre est crucial. Et que pour viser l’égalité, il faut s’attaquer certes, à rendre possible aux femmes d’être aux commandes, mais aussi faire cesser leur précarité croissante, dans des conditions de travail qui constituent une nouvelle domesticité, dans les services à la personne et quelques autres secteurs : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/au-coeur-du-business/le-sexe-de-l-economie
Autour de 3 tables rondes, richesses au féminin, richesses au masculin, la question de l’égalité et l’accès aux postes de directions dans les entreprises et des progrès à faire en politique, à peu près tous les sujets ont été abordés par des intervenant-e-s et des animatrices de grande qualité. J’ai particulièrement apprécié l’intervention vraiment féminsite de l’écrivain Vincent Cespedes, celle d’Armelle Carminati, fondatrice du réseau de femmes cadres d’Accenture, de Patricia Delon, de Grandes écoles au féminin, de Karine Berger, co-auteure de "les 30 glorieuses sont devant nous", qui a expliqué comment, alors qu’elle se présente aux législatives avec une femme pour suppléante, tout le monde lui demande, systématiquement, comment elle a bien pu former un ticket avec une autre femme. Alors qu’en face, il n’y a que des tickets homme-homme, et cela ne dérange personne.
Olga Trostiansky, adjointe à la mairie de Paris, a pour sa part fait l’éloge d’une loi sur la parité plus contraignante  telle que la propose le laboratoire de l’égalité dont elle est fondatrice : elle réclame de suspendre le financement des partis qui ne présenteraient pas 50% de candidates aux élections.

En effet, la loi actuelle n’a permis que d’avoir 18% de femmes à l’Assemblée nationale. Et elle estime qu’on ne dépassera pas les 25% dans la prochaine assemblée.

Enfin, il y a eu l’intervention d’Elue opposition. Dans la ville où elle a un mandat de conseillère municipale sans étiquette, elle met en évidence la difficulté des femmes à prendre la parole. Alors qu’il y a parité, le temps moyen de parole des femmes au conseil municipal hors interventions du maire et lecture des délibérations, est le plus souvent à 10%. Un jour qu’elle n’était pas là, il fut même de 1,5%…et elle, en communiquant, à chaque conseil sur ces chiffres effarants, fait peu à peu évoluer les choses. Elle a même obtenu qu’après un an de délibération, et avec l’aide des réseaux internet, que la loi soit appliquée pour les élu-e-s sans indemnité : que les frais de garde pour réunions politique le soir puissent être remboursés.

Car comment évoluer vers une économie et un pouvoir moins détenus par les hommes, si les femmes, dès lors qu’elles sont mères, doivent en plus assumer le coût financier de leur engagement citoyen, que ce soit en politique ou dans les milieux militants, même féministes…

En résumé, c’était un colloque de haute tenue, et je vous conseille de vous procurer le numéro spécial papier sorti à cette occasion, dans lequel il y a deux pages sur les services à la personne, écrits par Cnikel…

Pour finir, trois événements à suivre ce week-end : demain, la poursuite de la mobilisation contre les intégristes qui tentent de nier le droit à l’avortement à Tenon et qui ont récemment été soutenus par les forces de l’ordre, selon le collectif de soutien au centre IVG : à lire ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/leon-et-paulette/280312/droit-l-avortement-le-31-mars-tenon-bon

L’interpellation des politiques avec le meeting d’interpellation des candidat-e-s aux Folies Bergère demain à 18h, et le site dédié : http://www.egalitelgbt2012.fr/

Enfin, le rendez-vous annuel du cinéma des femmes à Créteil avec le Festival international de films de femmes qui commence ce soir et se terminera le 8 avril à la maison des arts de Créteil. C’est déjà la 8ème édition. Tout le programme à découvrir ici : http://www.filmsdefemmes.com/

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