Qui gardera les enfants ?

novembre 14, 2012 § 17 Commentaires

Ces jours-ci, le gouvernement planche sur la petite enfance. Il manque de 300 à 500.000 places d’accueil, alors que ce sont à 60% les parents -autant dire les femmes- qui gardent ces enfants.
Ainsi, le congé parental, théoriquement égalitaire entre femmes et hommes, a depuis des années fait la preuve de comment une politique soit disant "neutre", "républicaine", "universelle", pouvait être en fait une politique qui pénalise les femmes : il ne fait qu’encourager les femmes à garder elles-mêmes les enfants de moins de 3 ans. En effet, seules les femmes prenant ce congé parental, possible jusqu’au 3 ans de l’enfant, elles sont ensuite pénalisées à tous niveaux :
-tâches familiales qui leur sont réservées, avancées professionnelles stoppées, décrochage des salaires.
-alors que les motivations pour prendre ce congé ne sont pas seulement liées aux représentations de la "maman" dans notre société mais aussi à des faits concrets très simples : les femmes étant en moyenne à la mise en couple hétérosexuel 3 ans plus jeunes que les hommes. Cela se passe à un moment de la vie professionnelle où les choses peuvent évoluer vite, et donc elles partent avec un handicap : elles sont forcément moins payées que "leurs hommes", puisqu’ils sont plus avancés en carrière et plus vieux, et qu’en plus les hommes à "niveau" égal, sont mieux payés. Logique alors, qu’au moment de l’arbitrage : qui va garder les enfants ? on choisisse la femme. La représentation sociale, venant juste valider le choix…

Cela dit, qui garde les enfants ? (http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/qui-gardera-nos-enfants-caroline-ibos)
Les femmes, donc. Les femmes, les mères, qui arrêtent de travailler pour le faire, pour elles, c’est parfois un soulagement : réalisant souvent 80 -ou 100%- des tâches domestiques, étant souvent dans des emplois précaires, mal payés, aux horaires morcelés, qu’elles préfèrent rester chez elles à garder leur enfant plutôt qu’à -par exemple- aller garder les enfants des autres, c’est un choix qui est facile à comprendre …

Et, comme par hasard, celles qui arrêtent le plus de travailler, et le plus souvent à partir du 3e enfant*, mais parfois dès le premier, sont justement celles qui sont dans des emplois peu qualifiés et précaires, pas les femmes surdiplômées et/ou cadres qui peuvent, grâce aux avantages fiscaux (qui profitent aux 10% les plus riches), se payer une…femme de ménage, ou une nounou à domicile.

Mais il faut bien voir que même si les enfants sont gardés dans des structures collectives, ou par des assistantes maternelles ou gardes d’enfants à domicile, eh bien, ce sont toujours…les femmes qui gardent les enfants !
Et ce, à 98%. Sauf que ce ne sont pas leurs enfants qu’elles gardent, mais les enfants des autres, dans des conditions plus ou moins correctes : entre les crèches où le travail, reconnu, est plutôt encadré, les assistantes maternelles qui après avoir lutté, ont obtenu une convention collective qui rend leurs conditions de travail un peu moins mauvaise qu’avant, et les gardes d’enfants à domicile, qui, même déclarées, sont bien souvent exploitées, il y a des différences, mais une constante : c’est aux femmes qu’on demande de garder les enfants, et tout ce qui "va avec" : faire le ménage (au domicile, ce sont quasi exclusivement des femmes), faire les courses, etc…

Donc, que faut-il faire pour que les choses changent ? Demander plus de places en structures d’accueil collectives, passer d’ici 5 ans à 25% au lieu des 10% actuelles ?
Certes, c’est plutôt une bonne chose, mais cela ne résoudra en rien la question de l’emploi précaire des femmes qui gardent les enfants, ni du fait, que les familles riches feront appel aux femmes migrantes pour garder leurs enfants dans des conditions de domesticité iniques. Ni le fait que l’inégalité pro demeure ou que les hommes refusent de prendre plus de part aux tâches qu’ils jugent ingrates.

Pour pousser vers une vraie politique de la petite enfance, il faut penser globale, avec en tête deux choses essentielles :
-si ce sont les femmes qui gardent les enfants aujourd’hui, c’est parce que les hommes ne font rien ou pas grand chose dans les tâches domestiques et d’éducation, et ne veulent rien faire.
-s’ils ne font rien, c’est aussi parce que les femmes ne sont pas prêtes à les laisser envahir un espace où ils exercent un degré de violence très élevé.

Pour changer les choses, il faut donc accélérer la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences intra-familiales : il faut punir tous les mauvais traitements et les violences sexistes et sexuelles, qui prennent leur racine dans la domination parentale patriarcale.

Ensuite, il faut que les femmes soient aidées à ne plus accepter de résoudre les conflits d’injustice au sein du couple en faisant peser (parfois involontairement, et sous l’influence du conjoint) leur poids sur d’autres femmes : elles ont aujourd’hui conscience que ce n’est pas normal qu’elles doivent tout faire, et surtout les tâches les plus ingrates. Mais, n’ayant pas réussi, quel que soit leur niveau d’étude, à imposer une plus grande implication des hommes avec qui elles vivent (quelques minutes supplémentaire de tâches domestiques en 20 ans pour les hommes), elles sont contraintes de résoudre ce conflit (qui est la première cause de divorce demandé par les femmes, contrairement à ce que certaines études aberrantes voudraient nous faire croire) en "externalisant", ce qui arrange en premier lieu…les hommes.
C’est-à-dire : en faisant garder les enfants, et faire son ménage… par une autre femme. Pour se donner bonne conscience, on se dit que ça "lui donne du travail". Mais les pratiques observées montrent bien comment en fait, il y a la plupart du temps exploitation (voir cet article : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/garde-enfant/caroline-ibos). Et le résultat n°1, selon François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau (Du balai), c’est, certes, de diminuer le poids des tâches qui pèsent sur les femmes…mais avant tout, de réduire à néant (oui, à zéro), celles que font les hommes ! Ainsi, dans les ménages qui ont une femmes de ménage (…), les femmes font toujours des tâches domestiques…et les hommes eux, n’en font plus…du tout.

Pour que la politique de la petite enfance mène à plus d’égalité femmes-hommes, il faut aussi changer le travail de toutes et tous : il faut réduire les horaires de travail. Il faut faire en sorte que le fait de rester plus longtemps sur son lieu de travail ne soit plus un avantage de carrière, sinon, on créera des places en crèche, en horaires décalés, pour que certain-e-s puissent travailler 12 heures par jour. Mais ce seront toujours les femmes qui se presseront pour partir et arriver à temps à la sortie… Il faut, au contraire, imposer l’efficacité au travail, juger sur la compétence et non l’apparence et la présence. Pour cela, commençons, comme le demandent Hélène Périvier et Dominique Meda, par réformer le congé parental et les mesures soi-disant neutres qui pénalisent les femmes : le congé parental, le "repérage" des hauts potentiels, la réunionnite à toute heure, etc.

Enfin, et c’est à mon avis le plus important sur le sujet qui nous occupe, on ne peut envisager un débat sur la petite enfance sans mettre au centre, dans tous les débats, les personnes -et donc les femmes- à qui sont confiés les enfants. C’est-à-dire qu’on ne peut pas lancer une campagne sur les "problèmes pour faire garder ses enfants", dans une perspective de "consommation", et de problème individuel. La garde d’enfants, ce n’est pas que l’affaire de la mère… c’est aussi une relation  humaine et économique avec une tierce personne, qui a des droits. Ainsi, au lieu de toujours se demander "comment trouver un bon mode de garde, une place en crèche ou une bonne nounou", rappelons aussi les devoirs qu’on a en tant qu’employeur-e ou citoyen-ne (utilisateur des structures collectives). Et mettons au coeur du débat celles, les travailleuses, qui vont être chargées de s’occuper des enfants, veillons à ce qu’elles soient traitées correctement.

Ainsi, en plus de lutter contre l’impunité des violences des hommes contre les femmes et les enfants, en plus de faire en sorte que les hommes nettoient les draps, et récurent les toilettes (ce à quoi ils opposent une résistance extraordinairement puissante, quand ils n’hésitent pas à mettre en avant leurs talents culinaires pour les soirées de fête…), et changent les couches dès la naissance, en plus de créer des places en crèche et de rescolariser plus tôt les enfants, (cela coût moins cher à l’Etat que de créer des places d’accueil), il faut mettre au centre du débat les personnes, les femmes, qui gardent les enfants, leurs droits, et les devoirs et les responsabilités des parents.

Les devoirs des parents, vis-à-vis de la société, cela reste un des tabous les plus puissants : le devoir de protéger leurs enfants, de favoriser leur développement dans l’amour, la liberté et l’égalité, et non pas de les dresser -par la domination- à un monde qui ne ferait que reproduire, à tous les niveaux, violence, injustice et inégalité.

Sandrine Goldschmidt

Sandrine Goldschmidt

*L’impact négatif sur l’activité des mères pourrait être d’autant plus important que les perspectives d’emploi et de salaire des mères sur le marché du travail sont faibles ou qu’elles doivent faire garder leurs enfants. Cet effet est ainsi particulièrement marqué pour les mères peu diplômées, mais perdure lorsque les enfants grandissent et ne varie pas selon la taille de la ville de résidence. (Insee, Offre de travail des mères en France : l’effet causal du passage de deux à trois enfants, Julie Moschion)

 

Apocalypse NO

novembre 7, 2012 § 6 Commentaires

Cette nuit à peu près au moment où le président américain Barack Obama était réélu, j’ai rêvé de l’apocalypse.
Dans mon rêve, un vendeur de légumes me proposait des cucurbitacées géantes et voulait se débarasser d’une, en forme de poire dodue, avec un manche (comme de parapluie), rayée verte et jaune et de la taille d’une très grosse citrouille.

L’homme qui voulait le revendre, sa femme n’en ayant pas voulu, se trouvait bien embêté à ne savoir qu’en faire…et donc, Mitt Romney, l’homme qui voulait nous amener l’apocalypse, a perdu. De Apocalypse NO à yes, we can, il n’y a qu’un pas, et ce sera donc celui de cette journée.
Avec deux autres événements qui le symbolisent : ce soir, une manifestation pour les mêmes droits pour tout le monde, à 19h place Edouard Herriot à Paris. Son objet:  soutenir la présentation en conseil des ministres du projet de loi "mariage pour toutes et tous", et donc même droits pour tous adultes et enfants.

Voici le début de l’appel inter-associatif à la manif : Mariage pour toutes et tous : l’égalité des couples c’est maintenant
La République doit reconnaitre toutes les familles ! La République doit protéger tous ses enfants !
Ce 7 novembre, le projet de loi « mariage pour toutes et tous » est présenté en Conseil des Ministres avant d’être transmis au Parlement. L’adoption de ce projet de loi serait une avancée majeure pour notre pays en matière d’égalité des droits.

Alors oui, et ceux qui s’y opposent sont des has been comme Romney. Et même si le mariage est loin d’être un but en soi, même s’il est aussi encore un résidu patriarcal (qui pourtant protège relativement les femmes mariées par rapport à celles qui ne le sont pas mais sont en concubinage avec un homme) il est juste anormal que certaines et certains n’y aient pas droit, dans un pays républicain.

Ainsi, dans ce pays qui se dit autrefois en avance en matière de droits humains mais qui aujourd’hui est en retard sur tant d’autre pays en la matière (Belgique, Espagne, Mexico City, etc.), on se dit aujourd’hui, yes, we can…

Autre moment important dans la lutte contre l’apocalypse, l’émission de radio libertaire, femmes libres, à 18H30, sera consacrée ce soir à "Abolition 2012", à laquelle je participerai avec d’autres membres des 50 associations membres du collectif (et aussi avec Typhaine Duch, Florence Montreynaud, Muriel Salmona, Jean-Yves Wilmotte, Hélène Hernandez).

Refus de l’apocalypse Romneysienne, voici pourquoi (j’en parlerai plus longuement dans un autre article, mais en 2 mots) : dans un monde où les intérêts patriarcaux de quelques uns dominent sur l’immense majorité de l’humanité et du vivant, l’argent est l’élément de contrainte fatidique. Souvent, il se substitue à la force ou à l’emprise pour violer les droits et les personnes humaines. L’objectif de ceux qui le détiennent : faire des personnes humaines des objets sans intimité, marchandisables à merci, donc violables à merci. C’est ce qui se passe dans la prostitution. Les personnes mises en prostitution, en immense majorité des femmes, et en quasi-exclusivité par des hommes (et bien souvent leurs propres pères, frères, conjoints, réseaux de traite et d’exploitation de la misère des femmes), sont considérées comme n’ayant plus d’intimité. Comme si n’importe quel partie d’elles-mêmes pouvaient être à tout le monde, par la force d’un échange marchand. En réalité, il s’agit juste d’un prétexte pour légaliser un viol : car dans la violence que constitue la prostitution, qui est le fait de subir des actes sexuels non désirés à répétition et qui s’assortit souvent d’autres violences, physiques et psychologiques, l’élément de contrainte, c’est bien l’argent.

Et ce n’est pas parce qu’on consent à recevoir de l’argent, qu’un viol n’est plus un viol dans sa définition. Comme ce n’est pas parce qu’on consentirait à se faire couper la main que cela ne serait plus une violence punie par la loi. Ce n’est pas parce qu’on commanditerait son propre meurtre (pour laisser de l’argent à ses proches, par exemple) que celui-ci deviendrait autorisé. La morale qui définit les principes universels de droits humains doit trouver son expression dans la loi :  on ne peut consentir à sa propre destruction ni à la torture ou au crime contre soi.

Il est donc temps de dire non à l’apocalypse du système prostitueur et pornographique qui peu à peu envahit toute la société en essayant de transformer les femmes, les enfants et certains hommes en objets à vendre et à échanger, robots à la disposition de quelques puissants, chair à génocide.

Il est temps de voter une loi d’abolition du système prostitueur, parce que c’est juste, parce que la prostitution est la dernière violence dont une partie des responsables ne le sont pas devant la loi et ne peuvent être condamnés. Il est temps, de dire NON, à l’APOCALYPSE qu’on veut pour nous.

S.G

Si vous ne l’avez pas fait, n’oubliez pas de signer l’appel Abolition 2012 ici : http://www.abolition2012.fr/

Care et Amour

octobre 26, 2012 § 2 Commentaires

On entend beaucoup parler du Care sans savoir vraiment ce que c’est…

Politique de réhumanisation de la société ou de perpétuation de l’oppression des femmes…

il peut, sans doute, être l’un comme l’autre selon qui le récupère et qui l’utilise. En France, une "politique du care", qui verrait par exemple le vieillissemen pas seulement comme un glissement vers la dépendance, qui au lieu de parler de dépendance s’intéresserait aux meilleurs moyens de favoriser l’autonomie des plus fragiles, qui ne verrait pas seulement l’aide aux personnes âgées ou en difficulté comme un poids ou un filon économique -exploitant au passage un peu plus les femmes-, serait bienvenue. Une sorte de tout le contraire de ce qui se passe dans le film palmé à Cannes, et dont je parlais ici hier.

A entendre la ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, on se dit qu’il y a vraiment beaucoup de travail, de grosses difficultés à surmonter mais semble-t-il une volonté politique. Voici une interview de la ministre réalisée pour le site Cnikel enquête, qui veut mettre de la République dans les services à la personne, faire que les entreprises se conforment aux bonnes pratiques, et aider au développement de ces bonnes pratiques : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/les-aidants-familiaux.

Et un édito qui va avec : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/autonomie-dependance

S.G

 

 

Shame on the Olympics

juillet 18, 2012 § 7 Commentaires

Vous avez peut-être vu passer l’info, dans un journal ou à la télévision : pour les JO de Londres, le besoin de "femmes de ménage" est grand. Pendant quinze jours, des milliers de personnes vont répandre leurs déchets, des athlètes vont jouer les stars, sous les caméras de télévision dans un espace restreint. Je parle des télévisions, parce l’on fête les 50 ans de la retransmission d’images par satellites, celle-là même qui fait des Jeux Olympiques un "événement" planétaire : plus de 4 milliards, voire 5 d’être humains vont le regarder,  pour s’intéresser à une chose sans importance pendant 15 jours, qui sera le/la meilleure,  qui courra le plus vite, sautera le plus haut, sera le plus fort (et la plus vite, la plus haute, la plus forte…). Et quel pays (oh, comme par hasard, les plus riches ou puissants) emporteront le plus d’or…

Glorification de l’esprit patriarcal de compétition, et son corollaire, l’exploitation des opprimées. Si certains sont au sommet de la gloire, d’autres sont là pour nettoyer leurs déchets.

Des centaines de femmes de ménage ont donc été embauchées pour l’occasion. Seulement elles ne sont là que pour faire le ménage, cette activité pourtant essentielle. Une activité qui a beau avoir toute la noblesse de faire ce que souvent les gens qui se pensent importants et/ou qui ont suffisamment d’argent ne souhaitent pas faire, l’organisation olympique londonienne n’a rien trouvé de mieux que de les installer dans un mini-camp de concentration (voir photo): 10 par chambre, 1 wc pour 25, 1 douche pour 75. et j’imagine que personne ne s’est posé la question de qui ferait le ménage… Surtout que le lieu est totalement insalubre, le terrain inondé à la moindre pluie (qui a été plus qu’abondante cette année), et la pluie qui coule à l’intérieur des baraquements.

En outre, ce logement qui n’en mérite pas le nom, n’est pas gratuit, loin de là : 18 dollars par jour sont retirés de la paie pour vivre dans ces conditions misérables (ce qui équivaut à 500 euros par mois) !

A lire sur la question de la nouvelle domesticité

Beaucoup des femmes de ménage (beaucoup sont venues d’Espagne, d’autres d’Europe de l’est) ont refusé de signer le contrat. D’autres ont quand même accepté

Une personne des autorités sanitaires aurait dit que le site n’était pas adéquat. La société qui emploie les femmes de ménage n’en a pas tenu compte. Et critique les employé-e-s qui ont parlé à la presse (cela leur est interdit par contrat (!), ainsi que d’avoir des visites de leurs familles).

Voici ce qu’a dit un responsable de Locog : "This is not a prison. Nobody is forced to stay there. Many of our staff have come from areas where there is extremely high unemployment and are very happy to be working in the Games.

"Ceci n’est pas une prison. Personne n’est obligé de rester ici. Beaucoup de nos employés viennent de zones de fort chômage et sont très contentes de travailler pour le jeux".
Tout est dit dans cette phrase : je fais une seconde traduction : Ce n’est pas une prison. Tout le monde est "libre" de partir et de crever de faim. Mais comme elles ont vraiment besoin de boulot, elles pourraient nous être reconnaissantes quand même de les traiter comme des riens du tout".

L’image du choix d’entrer dans la gueule du patriarcapitaliste…

C’est exactement comme pour les personnes prostituées (et on n’ose imaginer ce qui se trame autour des jeux olympiques à ce propos). Dans ce monde où les femmes sont maintenues dans la pauvreté par le système patriarcal et victimes de violences multiples (même hors crise, mais en crise elles sont les premières touchées -80% des personnes pauvres dans le monde sont des femmes), voilà à quoi se résume leur choix : payer pour vivre dans des conditions indignes. Voila de quoi elles sont libres : et tout ça pour que l’image sur l’écran des athlètes des jeux olympiques soit bien propre, cette image destinée à distribuer partout dans le monde la bonne parole du patriarcat capitaliste…

Un dernier mot : les médias britanniques se sont émus de ce que les emplois qui "devaient" être proposé à des anglais-e-s, ne leur aient pas été réservés. Encore une démonstration qu’il est malheureusement beaucoup plus facile d’exploiter la misère des immigrant-e-s que celles de ses propres citoyenn-e-s…qui ne manquent pas de se retourner ensuite contre les mauvaises personnes…

A lire aussi ici : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/femmes-de-menage-jo-londres-2012

S.G

Plus tard je serai femme de ménage…en rage

juin 29, 2012 § 5 Commentaires

Bon, je n’ai rien contre le métier de femme de ménage. Dans un monde idéal. Où les hommes feraient le ménage autant que les femmes. Ou tout le monde en ferait un peu moins. Ou les horaires de travail permettraient à tout le monde de s’occuper de sa propre saleté. Mais aujourd’hui, c’est un métier dévalorisé, mal rémunéré, un lieu d’exploitation des travailleuses (bon, ce n’est pas parce que j’ai rencontré un homme de ménage récemment que j’en oublie que c’est une rare exception). Mais alors, quand je lis qu’on promeut ce métier de la façon suivante, mon sang ne fait qu’un tour.

Un livre pour enfant "plus tard je serai femme de ménage", a en effet tout pour plaire ! En quelques pages (et dans une collection intitulée "ethique et toc"), il nous explique que femme de ménage c’est formidable. C’est un métier dont il ne faut pas avoir honte. Jusque la on est d’accord. Mais pourquoi ? Je mets en rouge mes commentaires, pour que vous puissiez les distinguer de l’histoire telle qu’elle est racontée.

Je résume : une enfant voit son père perdre son travail. Du coup, la mère abandonne la famille (voilà qui est réaliste, crédible, et valorisant pour les femmes…) et s’en va.
Le père est triste. Il n’a plus personne pour faire le ménage gratuitement ! La saleté s’accumule. Alors, il embauche une femme de ménage.
Elle s’appelle…Maria, vient d’un pays du sud de l’Europe. Elle est très efficace comme femme de ménage. Ainsi, quand elle a fini de s’occuper des cafards dans la maison…elle s’occupe du cafard de monsieur ! (et là, vous avez vu, je n’invente rien, c’est dit tel quel).

Du coup, évidemment, que se passe-t-il ? Monsieur commence à trouver formidable Maria (pensez-vous, une immigrée, docile et soignante, c’est merveilleux)

et…lui offre des fleurs…pour la demander en mariage ! Et tout est bien qui finit bien..

Ce n’est pas formidable, femme de ménage ? Pour la femme, une occasion merveilleuse de rencontrer le prince charmant, l’homme à qui vous servez de serpillère !

Et pour l’homme, c’est tout bénéfice…une femme ET un femme de ménage, pour le même prix…

Bon ironie de rage à part, c’est si significatif de ce pourquoi dans l’état actuel des choses, on ne peut pas envisager femme de ménage comme un emploi de qualité…il s’agit bien de domination patriarcale, de colonialisme et de domesticité…la preuve, en quelques dessins pour enfants. DU BALAI !*

S.G

Ah oui, regardez particulièrement la première image où la minuscule femme de ménage va soigner le cafard du monsieur (pour mieux être mangée par lui), est inouïe.

 

*Référence à l’excellent ouvrage de François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau sur la question.

les nounous d’Ile-de-France s’organisent

mai 4, 2012 § 3 Commentaires

Si vous n’avez pas facebook, juste 2 liens ce matin, vers un article que j’ai fait pour Cnikel enquête sur l’association des nounous d’Ile-de-France, fondée par Sylvie Fofana, qui crée en plus un syndicat. A découvrir et faire connaître :

http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/garde-d-enfant-nounou-syndicat-ile-de-france

Et une réflexion pour Cnikel enquête, de la sociologue Caroline Ibos, auteure de "qui gardera nos enfants" ? sur les chaînes mondialisées du care :

http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/qui-garde-les-enfants-des-nounous

En attendant la décision du conseil constitutionnel, attendue pour aujourd’hui, sur la loi sur le harcèlement sexuel.

Bonne journée

 

Evénements : féminisme, droits LGBT, économie, cinéma et Tenon(s) bon !

mars 30, 2012 § 4 Commentaires

Hier avait lieu le colloque des Nouvelles news : "le deuxième sexe de l’économie", dont le site pour lequel je travaille, cnikelenquête, était partenaire. Partenaire, parce que dans les services à la personne, l’enjeu de genre est crucial. Et que pour viser l’égalité, il faut s’attaquer certes, à rendre possible aux femmes d’être aux commandes, mais aussi faire cesser leur précarité croissante, dans des conditions de travail qui constituent une nouvelle domesticité, dans les services à la personne et quelques autres secteurs : http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/au-coeur-du-business/le-sexe-de-l-economie
Autour de 3 tables rondes, richesses au féminin, richesses au masculin, la question de l’égalité et l’accès aux postes de directions dans les entreprises et des progrès à faire en politique, à peu près tous les sujets ont été abordés par des intervenant-e-s et des animatrices de grande qualité. J’ai particulièrement apprécié l’intervention vraiment féminsite de l’écrivain Vincent Cespedes, celle d’Armelle Carminati, fondatrice du réseau de femmes cadres d’Accenture, de Patricia Delon, de Grandes écoles au féminin, de Karine Berger, co-auteure de "les 30 glorieuses sont devant nous", qui a expliqué comment, alors qu’elle se présente aux législatives avec une femme pour suppléante, tout le monde lui demande, systématiquement, comment elle a bien pu former un ticket avec une autre femme. Alors qu’en face, il n’y a que des tickets homme-homme, et cela ne dérange personne.
Olga Trostiansky, adjointe à la mairie de Paris, a pour sa part fait l’éloge d’une loi sur la parité plus contraignante  telle que la propose le laboratoire de l’égalité dont elle est fondatrice : elle réclame de suspendre le financement des partis qui ne présenteraient pas 50% de candidates aux élections.

En effet, la loi actuelle n’a permis que d’avoir 18% de femmes à l’Assemblée nationale. Et elle estime qu’on ne dépassera pas les 25% dans la prochaine assemblée.

Enfin, il y a eu l’intervention d’Elue opposition. Dans la ville où elle a un mandat de conseillère municipale sans étiquette, elle met en évidence la difficulté des femmes à prendre la parole. Alors qu’il y a parité, le temps moyen de parole des femmes au conseil municipal hors interventions du maire et lecture des délibérations, est le plus souvent à 10%. Un jour qu’elle n’était pas là, il fut même de 1,5%…et elle, en communiquant, à chaque conseil sur ces chiffres effarants, fait peu à peu évoluer les choses. Elle a même obtenu qu’après un an de délibération, et avec l’aide des réseaux internet, que la loi soit appliquée pour les élu-e-s sans indemnité : que les frais de garde pour réunions politique le soir puissent être remboursés.

Car comment évoluer vers une économie et un pouvoir moins détenus par les hommes, si les femmes, dès lors qu’elles sont mères, doivent en plus assumer le coût financier de leur engagement citoyen, que ce soit en politique ou dans les milieux militants, même féministes…

En résumé, c’était un colloque de haute tenue, et je vous conseille de vous procurer le numéro spécial papier sorti à cette occasion, dans lequel il y a deux pages sur les services à la personne, écrits par Cnikel…

Pour finir, trois événements à suivre ce week-end : demain, la poursuite de la mobilisation contre les intégristes qui tentent de nier le droit à l’avortement à Tenon et qui ont récemment été soutenus par les forces de l’ordre, selon le collectif de soutien au centre IVG : à lire ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/leon-et-paulette/280312/droit-l-avortement-le-31-mars-tenon-bon

L’interpellation des politiques avec le meeting d’interpellation des candidat-e-s aux Folies Bergère demain à 18h, et le site dédié : http://www.egalitelgbt2012.fr/

Enfin, le rendez-vous annuel du cinéma des femmes à Créteil avec le Festival international de films de femmes qui commence ce soir et se terminera le 8 avril à la maison des arts de Créteil. C’est déjà la 8ème édition. Tout le programme à découvrir ici : http://www.filmsdefemmes.com/

Envoyé spécial auprès des femmes de ménage

février 15, 2012 § Poster un commentaire

A Cnikel enquête, nous avons vu le reportage remarquable d’une demie heure qu’Envoyé spécial doit diffuser demain soir : "femmes de ménage, les nouveaux domestiques" et que je vous conseille de regarder.

Voici un coup de gueule de la rédaction : "femmes de ménage : le scandale".

S.G

 

 

Nounous à domicile : "les prolétaires de la mondialisation"

février 10, 2012 § 4 Commentaires

"Prolétaires de la mondialisation", c’est ainsi que Caroline Ibos appelle les femmes qui migrent pour venir garder les enfants des familles riches des pays riches. Son livre est passionnant. A mon avis, on ne peut vouloir une politique d’égalité professionnelle sans se pencher sur la question de l’accueil et le traitement qu’on fait à ces femmes migrantes qui viennent s’occuper avec compétence des personnes de nos entourages qui ont le plus besoin de soin et d’humain : les enfants et les personnes âgées dépendantes. J’en ai fait un dossier sur cnikel enquête dans un point de vue "qui gardera nos enfants ?", un édito et une chronique qui fait un résumé de l’ouvrage :

http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/garde-enfant/caroline-ibos

http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/qui-gardera-nos-enfants-caroline-ibos

http://www.cnikel.com/services-a-la-personne/enquete/caroline-ibos-reecrit-la-couleur-des-sentiments

Les filles naissent-elles un balai à la main ?

février 6, 2012 § 6 Commentaires

Pour Cnikel.com, j’ai écrit un nouvel édito, parlant de la nouvelle convention collective des entreprises de services à la personne….

Elle aura demandé 8 ans d’efforts, 4 ans de négos…tout ça pour ça, on pourrait dire…il faut en effet travailler 7 jours fériés pour avoir 10% d’augmentation de salaire en + pour le jour férié travaillé, 2 ans d’ancienneté vous donne 5 centimes de l’heure…et j’en passe. Alors, voilà un secteur qui n’a que ce mot à la bouche : "professionnalisation"…pas sûre que celle-ci soit destinée à créer de vrais emplois, avec un avenir et des perspectives…mais plutôt de rationaliser le travail, qu’il soit le plus rentable à moindre coût…ces métiers occupés à 90% par des femmes, restent mal protégés, isolés…

Ce week-end, je lisais un livre pour ados, "Claudine de Lyon", qui parle du combat d’une canute qui voit sa mère gagner une misère à l’usine (du coup, les hommes voient d’un mauvais oeil les femmes, embauchées justement parce qu’elles sont moins "coûteuses"). Et je pense aux inégalités de valorisation du travail aujourd’hui…sommes-nous si loin du salaire féminin et de cette époque ?

Ah oui, aussi, j’ai vu "Kiki la petite sorcière", le film de Miyazaki, qui m’a fait penser à ce qu’il y a de commun entre la princesse et la sorcière : le balai. En effet, c’est cet outil qui semble "par nature" (comme a dit mon voisin de table à midi) féminin. C’est vrai que les femmes sont non seulement représentées souvent sans tête, mais toujours avec un balai. Et je me disais : finalement, si ce "féminin" est si naturel, comment se fait-il que les bébés filles ne naissent pas avec un balai à la main ?

S.G

Pour en savoir plus sur cette convention collective, sur cnikel.enquête….

Où suis-je ?

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