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L’abolition en marche : bravo à la DDF du Sénat, et au Canada

abolitionloiDe bonnes nouvelles pour la transformation de notre monde en un monde plus humain ces derniers jours : depuis que la France a voté la loi d’abolition à l’Assemblée nationale et s’apprête à le faire au Sénat, on dirait que la politique abolitionniste a fait des émules à travers le monde. Ainsi, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution abolitionniste de type modèle suédois -c’est une petite révolution- et le Parlement européen a adopté une résolution  (rapport Honeyball) qui recommande également une politique abolitionniste qui s’attaque à la demande. Cette semaine, c’est le Canada, conseillé par Jimmy Carter, prix Nobel de la paix et ancien Président des Etats-Unis qui a clairement pris position pour le modèle suédois, qui a présenté une loi d’abolition du système prostitueur qui protège les victimes et pénalise (amendes et peines de prison) les clients-prostitueurs-violeurs.

En France donc, on attend pour bientôt l’inscription à l’ordre du jour du Sénat de la loi de renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel : en effet la loi fait partie (même si elle est d’initiative parlementaire) des avancées citées par le premier ministre Manuel Valls au sommet mondial des femmes à Paris, selon ce tweet de Claire Chahnez-Schmitt, de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale.

Pour cela, la Commission spéciale du Sénat est en train de terminer ses travaux et rendra son rapport début juillet.

Mais déjà hier, la Délégation aux droits des femmes du Sénat, avec à sa tête Brigitte Gauthier-Morin, s’est réunie et a voté largement en faveur du rapport de Brigitte Gauthier-Morin favorable à la loi tout en l’assortissant de recommandations très pertinentes ! C’est une très bonne nouvelle, voici le communiqué de presse !

Communiqué de presse 
Paris, le 5 juin 2014 

« Prostitution: la plus vieille violence du monde faite aux femmes» un rapport et 11 recommandations adoptés par la Délégation sénatoriale. 

La Délégation sénatoriale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, a examiné le rapport présenté par Mme Brigitte Gonthier-Maurin (CRC, Hauts-de-Seine), présidente, sur la proposition de loi (n° 207, 2013-2014), adoptée par l’Assemblée nationale, renforçant la lutte contre le système prostitutionnel.

La délégation a considéré que la prostitution est avant tout une violence qui s’exerce contre les femmes, qu’elle ne saurait être considérée comme un métier et que le débat sur la prostitution pose, en réalité, la question de l’égalité entre hommes et femmes.

La délégation a assorti le rapport de onze recommandations, parmi lesquelles :

- l’adoption des dispositions de la proposition de loi concernant la pénalisation de l’achat d’actes sexuels et la responsabilité des acheteurs ;

- l’abrogation du délit de racolage ;

- l’attribution de moyens suffisants et pérennes au financement du parcours de sortie de prostitution ;

- l’accompagnement et la formation des associations qui participeront à sa mise en œuvre ;

- l’élaboration d’une circulaire du garde des Sceaux concernant la qualification de traite des êtres humains.

La délégation souhaite également, dans une logique de prévention, renforcer la sensibilisation à l’égalité entre hommes et femmes dès le plus jeune âge. Dans cet esprit, elle souhaite que l’égalité entre les hommes et les femmes s’insère dans les programmes d’enseignement de l’école, du collège et du lycée et dans toutes les disciplines.
Elle recommande également la généralisation des ABCD de l’égalité à tous les enseignants du primaire (maternelle et élémentaire) et du secondaire, ce qui suppose que la formation initiale et continue
des enseignants comporte obligatoirement cette dimension.

 

 

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BABY vs Babysitting ou la propagande des affiches de cinéma

Cela fait quinze jours qu’à chaque fois que je passe l’entrée de la gare RER où j’habite, je me fais la même réflexion en me retrouvant nez à nez avec deux affiches de cinéma qui se font face : le parallèle est saisissant, et nous montre ce que sont les images des femmes et des hommes vues par la propagande cinématographique.

Je tourne la tête à droite, et voici une affiche du film "Baby" : on y voit une femme, en plongée, les yeux révulsés, possédée par un démon, par la terreur en réalité, agenouillée bien sûr, presque dénudée, la tête levée vers ce ou celui qui la terrorise ou l’a rendue folle.

Je tourne la tête à gauche, affiche du film "Babysitting", un homme avec un enfant, il a des pansements partout sur le visage, est débraillé, dépassé par les événements, mais il est debout.

Que nous disent ces deux affiches ?
Un mot en commun : Baby. Deux façons de voir l’homme et la femme qui y sont confrontés diamétralement opposées.

Capture d’écran 2014-05-16 à 09.27.54

1er cas : Baby

-L’affiche qui montre une femme, donc à genoux, écrasée sous l’angle de la plongée de la caméra, est montrée terrorisée par un danger de mort. Elle ne peut qu’être possédée, folle pour qui regarde sans faire lecture féministe. Mais possédée, pour une femme, cela veut dire terrorisée par les violences subies. Car les femmes ne sont pas folles, mais victimes de violences traumatisantes. Voilà une image typique de la représentation des femmes dans la fiction, qui nous parle très vite : car s’identifier au personnage n’est pas difficile : cette terreur, tant de femmes l’ont connue, pour avoir vécu la violence, parfois depuis l’enfance, et passent pour folles ensuite lorsqu’elles ont des conséquences traumatiques. En outre, cette terreur, la société de culture du viol passe son temps à leur montrer et remontrer (c’est pourquoi je ne peux pas publier la photo de trop près pour éviter de reproduire). En revanche, à bien y réfléchir, on n’imagine pas une seconde possible qu’un homme soit dans cette position avec ce regard sur une affiche d’un film de ce genre (l’horreur). On imagine donc bien que regarder cette image ne peut pas leur faire peur de la même manière : on ne les montre jamais ainsi..

Les hommes, pour eux, et je pense que c’est plutôt eux la cible, et qu’ils emmènent leurs compagnes voir le film…pour eux donc, c’est de l'"entertainment" . Ca n’a pas de raison de leur faire peur non plus, parce que cela ne correspond pas à leur vécu quotidien. Au pire, même, cela peut être excitant, tant ils sont de plus en plus nombreux à regarder de la pornographie qui rend excitante la terreur infligée aux femmes.

-L’affiche qui montre un homme, Babysitting, le présente donc debout, l’air d’avoir passé une nuit difficile, mais plutôt "bonenfant", avec de vagues pansements sur le visage, mais pas de peur.  Plutôt style affiche de film destiné à un public féminin. Il ne s’agit bien évidemment pas de les montrer terrorisés, mais dépassés par l’événement : car "baby sitter", cela n’est pas pour eux ! Ils seront maladroits, pas à leur place, voire un peu ridicules, ou se retrouveront emportés par un tourbillon d’événements.
Et les femmes, en voyant cela, seront confortées dans leur bon sens patriarcal : quand même, pour faire du babysitting, il vaut mieux être une femme, plus maternelle et responsable !

Ainsi, en deux regards, symétriques, toute la propagande cinématographique qui sert le maintien du système (violence contre les femmes pour pouvoir les exploiter) est ainsi résumée. Les publicitaires savent si bien s’y  prendre d’ailleurs, qu’ils mettent ces grandes affiches toutes en largeur au niveau des yeux des enfants, qu’on voit tourner la tête vers ces affiches…

S.G

PS : je précise que cette analyse vient uniquement des ressentis à la vue des ces affiches et non des histoires des films que je ne connais pas et ne juge donc  pas ici. Cela se justifie par le fait que les enfants qui passent devant ces affiches, n’ont eux non plus aucune raison de savoir les histoires. Ils ne reçoivent donc que les messages bruts exposés ici.

 

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Pas de plan contre la traite sans pénalisation du client

les chiffres fournis par le gouvernement

les chiffres fournis par le gouvernement

Aujourd’hui, le gouvernement présente son plan de lutte contre la traite des êtres humains.
Un plan préparé avec la Miprof, mission interministérielle pour la lutte contre les violences faites aux femmes et la traite des êtres humains, qui veut s’attaquer au fait que la France est à la fois un pays de destination privilégié des trafiquants d’êtres humains et de leurs victimes, ainsi qu’un pays de transit.

22 millions de personnes sont victimes de la traite dans le monde. Exploitées à des fins d’esclavage : travail forcé, un peu, prostitution, beaucoup. Car il ne faut pas s’y tromper, et rappeler deux faits à nouveaux très signifiants :

-les "personnes" victimes de la traite, ce sont en immense majorité des femmes et des enfants (dont surtout des filles) (source gouvernement, pas de chiffres à l’ONU)

-Les victimes de la traite le sont en grande majorité à des fins de prostitution : 80% selon l’ONU pour l’Europe

Ainsi, le plan que va proposer le gouvernement n’ignore pas cette dimension et prévoit de "construire un parcours de sortie de prostitution", assurer un accompagnement spécifique des mineurs victimes de la traite et mobiliser tous les moyens d’enquête (justice, inspecteurs du travail ou Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances) contre les réseaux.

Construire un parcours de sortie de prostitution, c’est bien. Se mobiliser pour lutter contre les réseaux, c’est bien. Mais il manque ici un élément législatif essentiel pour que le dispositif soit complet : la pénalisation du client-prostitueur. Car ce qui nourrit la traite, c’est le fait qu’elle génère beaucoup d’argent pour les trafiquants, parce qu’il y a demande de la part des clients prostitueurs. Les exemples de l’Allemagne ou des Pays-Bas montrent que là où la demande est favorisée par la loi ou la libéralisation, le trafic et la traite explosent. En Suède en revanche, où le client est pénalisé, les trafiquants ne sont pas intéressés.

Donc, il ne peut y avoir de plan contre la traite des êtres humains sans loi d’abolition du système prostitueur qui interdise l’achat d’un acte sexuel.

Ce qui se passe avec le sort fait aux filles et femmes au Nigéria en est un exemple d’actualité frappant, et c’est ce que souligne notre communiqué Abolition 2012 d’hier : c’est pour les clients-prostitueurs français et européens que des femmes et des enfants sont victimes de la traite. Il y a deux jours encore, un réseau nigérian de prostitution était démantelé à Caen. 5 l’avaient déjà été l’an dernier. Tant qu’il y aura de la demande, il y aura de la traite. Et même si on ne sait pas quel sera le sort des jeunes femmes enlevées par Boko Haram (on espère surtout qu’elles seront libérées), on sait qu’il y a un risque majeur pour qu’elles soient victimes de la traite à fin de prostitution pour des clients de nos pays européens.

Il ne reste donc plus au gouvernement qu’une seule chose à faire à l’heure le Président Hollande affiche sa volonté de lutter contre la traite, pour que la politique soit cohérente :  inscrire la loi sur le renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel à l’ordre du jour du Sénat avant l’été, loi déjà votée à l’Assemblée nationale en décembre et qui inclut une disposition essentielle pour un véritable changement : la pénalisation du client-prostitueur !  ABOLITION !

Pour vous convaincre du lien entre prostitution et trafic, revoici le lien vers l’intervention de Rachel Moran, survivante irlandaise de la prostitution et brillante féministe, que j’avais traduite ici : http://sandrine70.wordpress.com/2013/10/12/rachel-moran-la-prostitution-nest-pas-le-lieu-ou-opere-le-trafic-mais-la-cause-du-trafic-sexuel/

S.G

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Dénoncer la violence conjugale et masculine, avec quels chiffres ?

DSCF6205Aujourd’hui ont été publiés en France les chiffres de violences entre conjoints ou ex-conjoints. Au total en 2013, 121 femmes sont mortes tuées par un homme et 25 hommes par une femme. C’est moins (un petit peu) qu’en 2012 et pareil qu’en 2011. Ces chiffres, qui sont traduits en général dans toutes les bouches par "une femme meurt tous les deux jours et demie sous les coups de son conjoint", m’ont toujours dérangée. Toujours, je me demande : mais qu’est-ce-que ça veut dire ? Et j’ai le sentiment désagréable que la réponse, c’est "rien, en soi". Et tous les ans, je me demande à quoi sert la communication autour de ces chiffres. Parvient-elle à faire bouger les choses ? Pose-t-elle les bonnes questions ?

Mais cette année, j’ai envie d’en parler, car on a un peu dépassé les bornes. En effet, comme c’est "moins qu’en 2012", 121 au lieu de 148. Et le gouvernement s’est empressé de s’en féliciter. Ainsi sur twitter, Laurence Rossignol, secrétaire d’Etat à la famille, et féministe s’est félicitée que les efforts payaient, la ministre des droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem a écrit : "la parole se libère, il faut continuer les efforts".

Donc, 121 mortes au lieu de 148, ce serait "mieux", et ce serait le résultat de la politique du gouvernement qui permettrait de libérer la parole ?

Cela me paraît une conclusion plus qu’hâtive. Je ne veux pas dire ici que les politiques mises en place ne servent à rien, je ne veux pas contester que "la parole se libère". Je veux au contraire croire qu’à force de travail des associations de lutte contre les violences faites aux femmes et même du gouvernement, il commence à y avoir une prise de conscience de la société. Mais de là à en conclure que c’est pour cette raison qu’il y a eu 21 femmes de moins de tuées, cela me paraît pour le moins exagéré.

En outre, une morte de violence conjugale, c’est une morte de trop, et le problème de fond vient-il du nombre de victimes ? Le problème, c’est la violence masculine ! Celle-ci s’exerce dans des proportions pharamineuses dans la sphère familiale à l’échelle  mondiale, et touche les femmes et les enfants en masse, par centaine de millions, même lorsqu’il n’y a pas mort immédiate qui s’ensuit!

Du coup, j’ai envie de partager avec vous mes réflexions à ce sujet

1-Ces chiffres ne sont donc pas significatifs en soi . On pourrait dire que ce n’est "pas beaucoup", par exemple. Si l’on comparait à la Colombie, ou aux Etats-Unis. On pourrait dire aussi que peu de femmes meurent par rapport aux hommes : 30% sur l’ensemble des homicides commis chaque année en France .

On pourrait aussi constater que le nombre d’homicides en France est bas en comparaison de nombreux autres pays et en constante baisse. En 10 ans on est passé de 1.500 homicides en France à moins de 1.000. Ce qui donne un taux pour 100.000 habitants de 1, alors que la Colombie -encore elle- a le triste record de 60. Donc cela voudrait dire que peu de femmes meurent. Mais pas que la violence masculine à l’encontre des femmes est faible.

Mais on pourrait dire aussi autre chose. En Colombie me disait une amie colombienne spécialiste de ces questions, s’il y a  beaucoup plus de femmes qui meurent sous les coups de leurs conjoints qu’en France, elles représentent moins de 5% des homicides. Alors qu’ici c’est 30%. On constaterait alors qu’en France si, comme je le disais plus haut, le nombre d’homicides est en baisse, le fait que celui des meurtres de femmes par leur conjoint diminue à peine, on pourrait en déduire que si la violence globale diminue, la violence des hommes envers les femmes elle, ne diminue pas. Et ce serait déjà une vraie piste de réflexion pour envisager de faire changer les choses.

Donc, il me semble que donner des chiffres de façon simpliste, hors contexte, sans analyse, et les livrer ainsi aux médias, ne fait pas beaucoup avancer les choses.

2-Les meurtres ne sont pas significatifs en soi

Prendre comme étalon du "comptage" de la violence masculine envers les femmes le nombre de femmes tuées a-t-il un sens ? Est-ce un bon indicateur ?

Certes, la violence appelant la violence, le meurtre peut être considéré comme son aboutissement. Mais en l’occurrence, on oublie d’analyser ou de s’interroger sur le pourquoi de la violence masculine. Je m’explique : si demain on est à zéro meurtre, cela voudrait-t-il dire qu’il n’y a plus de violences masculines ?

Faudrait-il sauter de joie ? Non. Ou pas forcément. Car à mon avis la violence masculine envers les femmes et les enfants n’a pas forcément pour finalité la mort mais le contrôle et le maintien du pouvoir. Ainsi, des femmes -et des enfants- sous menaces de mort et vivant dans la terreur sont bien plus utiles vivantes que mortes, parce que mieux "utilisables".  Et une dictature qui marche bien est une dictature qui n’a plus besoin de tuer. Il suffit que la terreur soit suffisante, la violence calculée pour maintenir l’opprimée à sa place. Car s’il y avait trop de morts, le système finirait par s’autodétruire (voir les risque à cet égard dans les pays d’Asie qui commencent à s’affoler de ne plus avoir assez de filles).

3-De toutes façons, ces chiffres sont forcément sous-estimés

Donc, les violences sont là pour maintenir le pouvoir, et peuvent aboutir à la mort d’une autre façon. Ou aboutir simplement à la dépression, la mauvaise santé, à une vie qui est un terrible parcours du conbattant. En effet, toutes les violences qui aboutissent à la mort dues aux violences masculines ou paternelles n’apparaissent pas dans les statistiques si la mort n’est pas immédiate. Les suicides, les maladies, les comportements dangereux, les troubles post-traumatiques dûs à des violences masculines sont bien plus nombreux que ces chiffres là. Par exemple, on dit que cette année 13 enfants sont morts de violences volontaires de leurs parents alors que l’on estime en général à plutôt 700 qui mourraient des suites de maltraitance (Salmona). En revanche, si on regardait les faits dénoncés de violences conjugales, qui se comptent par centaines de milliers et sont encore massivement le fait des hommes, alors on aurait une meilleure idée de l’ampleur de ces violences.

4-Ce qui compte, c’est le sexe des auteurs de violences : ce sont des hommes

Donc, la seule chose qui est un tant soit peu significative dans ces seuls chiffres avancés médiatiquement chaque année, c’est la proportion entre meurtres commis par des femmes et par des hommes. 25 hommes tués par des femmes pour 121 femmes tués par des hommes. Si l’on rajoute à cela que souvent les femmes qui tuent leur conjoint le font après des années de violences subies, on peut encore relativiser la proportion.

Ainsi, et c’est là que je veux en venir, la seule chose qui est vraiment significative, c’est que quel que soit le type de violence exercée à l’échelle mondiale, ce sont les hommes qui en sont les auteurs. Pour vous en assurer, je vous propose la lecture de ce texte :

"le problème, c’est l’homme", de Luc Brenner, paru dans Le Monde

Comme il le dit : "Mais il est un facteur qui n’apparaît jamais. Un facteur tellement évident que tout le monde fait semblant de ne pas le voir : la délinquance, avant d’être le fait de mineurs, d’étrangers ou de pauvres, est d’abord une affaire de sexe, l’affaire des hommes en l’occurrence".

Résumé des chiffres qu’il avance :

Les femmes représentent 15% des mises en cause toutes infractions confondues (donc y compris chèques en blanc)

" Pour les actes les plus graves, les crimes, les hommes représentent 95 % des condamnations en 2005 (87,9 % des homicides, 98,5 % des viols et attentats à la pudeur). Pour les délits, les mâles représentent 90,4 % des personnes condamnées.

Rappelons ici que presque 100% des clients-prostitueurs sont des hommes.

Pour les crimes commis par les mineurs, qui sont en augmentation, même constat : + de 90% par des garçons.

Il n’y a donc pas d’ambiguité possible : la violence et la délinquance ont dans les faits un sexe. Et si on veut commencer à lutter efficacement contre cela, ne vaudrait-il pas mieux prendre sérieusement ce fait en compte et se poser les bonnes questions : que doit faire la société pour ne plus transformer ses garçons en futurs hommes violents ?

Sandrine Goldschmidt

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#BringBackOurGirls / Proposition loi famille dangereuse

Deux actus qui mériteraient amplement l’une et l’autre un article mais je n’ai pas trop le temps alors je vais me contenter de relayer le travail sans relâche de mes camarades et assos féministes.

La campagne internationale et pétition "Bring back our Girls", initiée par des féministes nigérianes pour faire bouger le gouvernement nigérian après l’enlèvement de 284 lycéennes par un groupe extrêmiste opposé à l’éducation des filles…

Des défenseurs et défenseuses des droits humains à travers le monde ainsi que des féministes ont lancé cette campagne qui consiste à se prendre en photo avec un panneau #BringBackOurGirls comme l’a fait la jeune afghane Malala, ou encore cette action d’Amnesty US Le hashtag #BringBackOurGirls est également en mode viral sur twitter.

En France, Osez le féminisme a repris le principe du portrait panneau et écrit un communiqué dénonçant "l’assourdissant silence de la France"

 

En France maintenant, Laurence Rossignol, la secrétaire d’Etat à la famille devait être auditionnée sur la proposition de loi sur la garde parentale, une nouvelle proposition qui tente de rendre la garde alternée quasi automatique et prévoit que l’enfant soit, par défaut, résidant au domicile des deux parents et apparaît comme une nouvelle dangereuse tentative des masculinistes de renforcer les droits du père, fut-il violent…

La Fédération nationale solidarité femmes a publié un communiqué que je retranscris ci-dessous, très complet, il explique bien la situation

Le Collectif national Droit des femmes a également publié un communiqué et les associations féministes devraient encore se mobiliser ces prochains jours et organiser un rassemblement. A suivre.

Voici l’intégralité du communiqué de la FNSF qui permet de bien comprendre la situation =

Contre la proposition de loi relative à l’autorité parentale et à l’intérêt de l’enfant  N°1856


Encore plus d’inégalités et de risques
pour les femmes et les enfants victimes de violences

Est-ce une méconnaissance de la situation des victimes de violences conjugales ou les enfants victimes de violences intra familiales? Nous ne savons plus quoi penser des propositions législatives qui se penchent sur le sort des familles séparées. Une fois encore, ce texte a été rédigé dans la rapidité, (déposé le 1er avril, il sera examiné en première lecture à l’Assemblée Nationale le 19 mai), sans prendre en compte les urgences de terrain rapportées par les associations féministes depuis des années maintenant, et sans prioriser les garde-fous pour les victimes de violences conjugales et leurs enfants.
Les associations signataires, indiquent leur ferme opposition au texte proposé par les député-e-s Bruno LE ROUX, Marie-Anne CHAPDELAINE, Erwann BINET, Barbara POMPILI, François de RUGY, Véronique MASSONNEAU, et l’ont fait savoir lors de récentes audiences, ainsi qu’au Ministère des Droits des Femmes, au Secrétariat d’Etat à la famille et à la Délégation des Droits des Femmes à l’Assemblée Nationale.
Nous demandons à Mesdames et Messieurs les Sénatrices et Sénateurs , à Mesdames et Messieurs les député-e-s et au gouvernement de ne pas acter ce texte qui est contraire aux préconisations de la Convention d’Istanbul (Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique) que la France est en passe de ratifier. Il vient en particulier en contradiction avec son article 31 qui préconise une législation plus protectrice pour les victimes de violences au sein des couples et leurs enfants.
L’ensemble des articles 3, 4, 5, 6, 7, 8, 16, 17 et 18 de la proposition de loi et leurs alinéas doivent inclure une exception dans les cas non seulement de violences condamnées (conjugales, violences sur enfants dont l’inceste…) mais aussi de violences avérées, vraisemblables, par exemple par des plaintes, ou des certificats médicaux, ou encore des témoignages, une Ordonnance de Protection, des alternatives aux poursuites (mesures de rappel à la loi, compositions pénales), etc. sur la victime et/ou ses enfants ou de défaillances manifestes (abandon matériel, physique).
Rappelons que :
En moyenne, chaque année, 201 000 femmes de 18 à 59 ans vivant en couple en France métropolitaine, sont victimes de violences conjugales, qu’elles soient physiques ou sexuelles1 chiffre auquel il faut ajouter les victimes de violences verbales, psychologiques ou économiques.
166 femmes2 et 9 enfants ont été tués en 2012, suite à des violences au sein du couple.
Seulement 22% des femmes victimes de violence conjugale ayant appelé le 3919 ont déposé une plainte3 dont peu sont suivies de condamnations.
3919 : entre 80 % et 90 % des enfants vivent au domicile où s’exercent les violences et y sont exposés. 18 % d’entre eux sont maltraités directement. Pour 5.3%, les violences ont débuté ou se sont aggravées lors d’une grossesse, d’une naissance ou d’une adoption. 2369 personnes signalent des conséquences pour la santé des enfants: peur, anxiété, angoisse, stress, perte estime de soi, dépression, troubles de l’alimentation et du sommeil, énurésie, phobies, automutilations, tentatives de suicide4
Les agressions sexuelles et les viols sur les enfants sont à 97% commises par des hommes.
Hors ordonnance de protection (de 6 mois selon le PLE) cette  proposition de loi les maintiendra sous la coupe de leurs agresseurs au nom d’une autorité parentale partagée (quoiqu’il en coûte), et une coparentalité intangible.
A qui s’adresse le projet de loi n°1856, et par qui est-il influencé ?
Rappelons que
- La majorité des parents (pères et mères) qui se séparent (80 %) n’ont besoin de la justice que pour acter des conventions librement établies entre eux. Cette loi ne légifère que les situations « conflictuelles ». Dans environ 9%, l’un des parents n’avait pas exprimé de demande en matière d’autorité parentale.
- Selon le rapport de la chancellerie qui porte sur les séparations parentales, il n’existe donc «que» 10% de conflits parentaux (130 000 divorces indiqués dans la proposition de loi soit 13 000 dossiers). Dans ces « conflits », beaucoup de femmes et d’enfants sont impactés par des faits de violences conjugales ou des violences sur enfants.
- Ces victimes seront soumises au diktat d’une loi encore plus répressive, alors qu’elles sont aux prises avec de longues procédures pénales pour dénoncer des faits. Or durant cette période, d’autres décisions sont prononcées, sans prendre en compte les faits de violences, par les juridictions de la famille chargées de statuer sur la résidence des enfants et l’autorité parentale conjointe (les deux juridictions ne travaillant pas de concert sur le même dossier).
- Enfin 93 % des demandes des pères en justice sont satisfaites, et seuls 1,5 % de pères se disent lésés5.
Il semble donc qu’une nouvelle fois des instances ont décidé d’un texte s’appliquant à tous les parents qui se séparent sans considération de précédents de violences et de leur taux d’impunité, sans considération de l’implication réelle de certains pères dans la prise en charge de leurs enfants, y compris sur le plan économique, sans considération des abandons de famille physiques.
Ne jamais perdre de vue le mécanisme d’emprise et de pouvoir que révèlent les violences conjugales.
Les violences conjugales ne sont pas un conflit. Ces violences (sexuelles, physiques, psychologiques et/ou économiques)  ne s’arrêtent pas après la séparation. Dans les cas où des enfants les subissent au travers de leur mère, ils sont impactés à vie.
L’intérêt et les droits de l’enfant
Il est impératif de modifier la loi en tenant compte du principe de précaution et d’assurer l’objectif essentiel des droits et de l’intérêt de l’enfant, celui-ci étant défini comme la protection de son développement physique, affectif, intellectuel, et social. Cela nécessite pour les alternances de foyer une décision au cas par cas avec l’accord des 2 parents et dans une relation non conflictuelle6.
« Si l’on protège la mère, on lui redonne les moyens de protéger son enfant » (Edouard Durand magistrat)7

Les instances de la justice familiale, en remplissant leurs missions, ont aussi un rôle éducatif et protecteur vis à vis des enfants et des parents, auxquels elles manifestent ce qui est permis de ce qui ne l’est pas, sur la base des valeurs de respect des droits fondamentaux.
Fédération Nationale Solidarité Femmes www.solidaritefemmes.org

Association SOS les Mamans  www.soslesmamans.com

Collectif Abandon de Famille – Tolérance zéro www.abandondefamille.info

Collectif National pour les Droits des Femmes

Femmes Solidaires

Libres Mariannes

Osez le Féminisme

AIVI

Voix de l’Enfant (974)

CLEF

 
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Contact : Fédération Nationale Solidarité Femmes  – 01 40 33 80 90

 
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1- Observatoire national des violences faites aux femmes, novembre 2013.

2- Délégation aux Victimes du Ministère de l’Intérieur 2013). Ce nombre comprend les femmes tuées lors de relations non « officielles ».
3- Fédération Nationale Solidarité Femmes, données du 3919, année 2012.

4- Ibid.

5- Rapport Chancellerie 2013  (http://www.justice.gouv.fr/publications-10047/rapports-thematiques-10049/la-residence-des-enfants-de-parents-separes-26368.html).
6- Résidence alternée : 18,8% des pères la demandent et 17,3% des pères l’obtiennent.
7- Edouard Durand, ex-juge aux affaires familiales et ex-juge des enfants" Violences conjugales et parentalité chez l’Harmattan.

 

 

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Changer de fesses comme de chemise ?

changezdefessesC’est le printemps, l’humeur est légère, les corps vont bientôt se dévoiler, ne serait-il pas temps de changer de fesses ?

Oui, vous avez bien lu, voici ce qu’on m’a proposé sur mon pare-brise ! Un joli effet de la marchandisation croissante des êtres humains directement destiné à tendre une perche à mes mains qui cherchent des sujets pour se balader sur le tableau de bord de ce blog… Un petit prospectus qui en dit long sur les effets du formatage de nos esprits ! Je n’en dirai guère plus pour ne pas alourdir le propos : l’image parle d’elle-même pour renforcer la pertinence de l’analyse de Kajsa Ekis Ekman, auteur de "L’être et la marchandise", qui montre comment, à partir de la célèbre formule : "mon corps m’appartient", récupérée par ceux qui veulent tirer profit des êtres humains et les pro-prostitution : on en vient à faire de notre corps un ensemble de morceaux qui seraient nos biens à vendre. Mon corps ne serait pas moi mais "à moi", donc un bien, et comme tous les biens, je pourrais les vendre, louer, etc.

Changez de fesses, donc, comme on change de chemise ? Hop, celles-ci ne me plaisent pas, j’en prends d’autres. Et puis, comme pour la mode, si j’en changeais tous les ans ?

L’image, évidemment, montre des fesses, mais pas comme partie à part entière tout à fait constitutive d’un être humain, mais comme un morceau qui s’échange : évidemment, montrer la tête de la femme était exclu…

Enfin, une petite phrase qui en dit long : changez de fesses oui mais surtout, "avant qu’elles ne vous trahissent". Les fesses, chacun sait, c’est un peu comme les pneus de voiture…il faut en changer régulièrement sinon elles, ces objets qui n’ont rien à voir avec vous, risquent de "nous trahir" et d’éclater, ou peut-être de se dégonfler, qui sait ? Que se passe-t-il alors ? On n’a plus de train arrière ? On ne peut plus s’asseoir ? Ah non, peut-être qu’on risque de ne plus avoir de "fesses acceptables" (baisables), c’est ça (comme si on a des poils, ou des vulves imparfaites, ou des peaux sans fard) !!?

J’en ai presque oublié de regarder comment on voulait me faire changer de fesses : il semblerait qu’il s’agisse de pédaler dans l’eau en cabine privée !

Moi, je vais plutôt garder mes fesses, et continuer à me sentir comme un poisson sans bicyclette…

S.G

 

 

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Femmes du monde indien, de Colombie et du Rwanda

Trois événements à vous annoncer aujourd’hui : non, pas le nouveau gouvernement, peut-être en parlera-je tout à l’heure à Radio libertaire, mais pour cela vous n’avez pas besoin de moi. Taubira gardée à la justice, Vallaud-Belkacem aux droits des femmes, ville, jeunesse et sports, et la parité conservée (la parité mais aux postes que les hommes ne jugent pas régaliens -sauf la justice, comme avant), on va dire que le changement n’est pas très significatif pour l’instant….

Les événements que je veux annoncer sont pour les Parisiennes et les Parisiens, même s’ils concernent tout le monde.
D’abord,

une rencontre de l’association  "Filles du Monde Indien" (FMI) au cinéma la Lucarne à Créteil demain 3 Avril à partir de 18h30.

Voici ce que sa présidente en dit : "Nous vous accueillerons avec quelques douceurs, salées et sucrées, le tout accompagné d’un tchai de printemps. Il y aura des stands d’artisanats pour pouvoir acheter des souvenirs et soutenir les femmes Indiennes, Bangladeshies (…) A 19h nous vous projeterons le documentaire : "Mother Anonymous" de sheela saravanan (10mn) sur la question de la grossesse pour autrui. 19h15 début de la conférence en présence de Kuljit Kaur qui est arrivée en France. Elle nous parlera des avancées des lois indiennes en faveur des femmes et notamment la récente mesure contre le harcèlement sexuel au travail, les mesures nouvelles contre les violences faite aux femmes. A demain !"

lucarne

Par ailleurSamedi 5 avril à 15 heures à la fontaine Stravinsky près de Beaubourg aura lieu un rassemblement en solidarité avec les femmes rwandaises qui ont porté plainte pour viol contre des militiaires français (voir le site http://contreviolsrwanda.info/)

Et au comptoir Général à partir de 14 heures, un autre événement important : "Luttes des femmes en Colombie", avec une conférence-débat avec Florence Thomas et Olga Gonzaler, la projection d’un documentaire "guérisseuses de maintes lunes" (voir ci-dessous) et enfin des chants féministes par le groupe Aquelarre, que vous connaissez si notamment vous êtes venues à Femmes en résistance.

Toutes les infos sur l’affiche ci-dessous

colombie

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Documentaires : La petite Roquette, luttes des femmes LIP et Kate Millett

Trois événements à ne pas manquer en huit jours, trois projections très intéressantes…on pourrait se demander pourquoi tout en même temps, mais contentons-nous de nous réjouir…

Dès demain soir au Nouveau Latina (20, rue du Temple) à 20h, la projection de "La petite Roquette", documentaire de Guillaume Attencourt sur la prison de femmes qui accueillit de 1836 à 1974 des femmes en détention préventive ou condamnée à des peines de prison de moins de 1 an.

La séance aura lieu en présence de Nadja Ringart, sociologue et féministe, qui a été détenue à la petite Roquette trois mois en préventive pour des raisons politiques avant d’être mise en liberté provisoire puis condamnée à 6 mois avec sursis. Elle a d’ailleurs écrit dans le cadre du mouvement de libération des femmes un texte sur la prison : "toutes ces femmes…une caricature, la prison", que vous pouvez retrouver dans les "Textes premiers" édités à l’occasion des 40 ans du mouvement .

Un petit extrait : "Ce n’est pas non plus de la même façon qu’un homme et une femme arrivent en prison. La population pénale féminine est différente. On trouve beaucoup plus de petits coups dans lesquels lesfemmes sont entraînées directement par le mari ou par isolement qu’elle ne peuvent assumer. Sans sparler de celles qui viennent se réfugier là contre le froid ou le mari pour quelques mois d’hiver, il est très rare qu’elles soient enfermées pour un délit dans lequel elles sont seules impliquées ou qu’elles ont seules organisé". (publié à l’origine dans Partisans "libération des femmes année zéro").

Deuxième projection importante, jeudi soir à Créteil, un film de Et en présence de Kate Millet, féministe "historique" américaine et auteur de "Sexual Politics", qui est cette année l’invitée d’honneur du festival.

"Three Lives", le documentaire réalisé en 1971 par Kate Millett sera projeté : c’est le portrait de trois femmes qui parlent de leur vie, "évoquent les conflits passés, les décisions et les conséquences de leurs actions qui les mènent à se réaliser en tant que femmes".

La projection sera précédée d’une rencontre avec Kate Millett, animée par Christine Lemoine de la librairie Violette and co.

Enfin, à ne pas manquer non plus, à l’occasion de la semaine des Arts à Paris 8, la projection-rencontre "Images des LIP, lutter au féminin".

C’est de 14h à 17h30, amphi Y. La rencontre sera animée par Hélène Fleckinger, enseignant-chercheuse en cinéma. Ca devrait donc être très intéressant. Toutes les infos complémentaires sont dans le flyer ci-dessous !

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De Philomena à la GPA

"Philomena", mère à qui on a volé son enfant

J’ai récemment vu Philomena de Stephen Frears au cinéma en compagnie d’une autre "femme en résistance". Un film de cinéma, tout en finesse, sur un sujet qui nous intéressait tout particulièrement : les dérives de l’adoption.

Un beau film, parce qu’il y a un vrai langage cinématographique, parce qu’il y a dénonciation, et aussi parce que nous étions contentes de voir le sujet "sortir", nous confortant ainsi dans notre choix de séance du dernier festival : nous y associions alors 3 thèmes sous le "commandement féministe" TU NE SERAS NI ACHETEE NI VENDUE NI VIOLEE" : la prostitution, la grossesse pour autrui (dite GPA), et l’adoption, en projetant le très beau film de Sabreen Bint Loula "Celle qui meurt", sur l’adoption en Inde.

Que ce soit dans le film de Frears ou celui de Sabreen, ces films nous aident à réaliser  que le "halo de sainteté" des "bonnes soeurs" et institutions religieuses peut être un écran de fumée qui cache en réalité une pratique nettement moins en accord avec leurs belles paroles.

Le sujet commence enfin à émerger : les scandales de l’adoption, cet acte jugé "si généreux" au double bénéfice de "sauver" des "orphelins -enfants malheureux" et de combler des couples hétérosexuels –  infertiles, sont nombreux.

C’est ce que montre en creux Philomena : de merveilleuses familles riches états-uniennes qui paient 1.000 dollars pour recueillir de pauvres enfants abandonnés -c’est ce que leur disent les bonnes soeurs, et qu’à aucun moment ils ne mettent en doute. Ils n’interrogent pas le bien fondé moral (et le possible "intérêt" des vendeuses) de payer un enfant 1.000 dollars. Et ils se contentent tout à fait de la parole de la bonne soeur qui dit que l’enfant a été abandonné par sa mère.

Sauf que…de l’autre côté, les bonnes soeurs, fortes de leur position morale dominante volent aux jeunes femmes leurs enfants. Elles leur font signer une décharge, et, pour assurer leur impunité, les culpabilisent systématiquement : nous sommes dans une Irlande très catholique ou le rapport sexuel hors-mariage est pêché. Que ce soit un viol ou un acte désiré, c’est un péché de la femme. C’est péché, donc il faut les punir. Elles accoucheront sans anti-douleurs ni médecin, dans des conditions atroces, parce que "c’est ce qu’elles ont mérité". Certaines bien sûr en mourront. On leur arrachera leurs enfants et on leur interdira toute possibilité d’avoir ensuite un contact avec eux.

Le film de Frears montre bien cet incroyable (mais trop ordinaire) obscurantisme institutionnel, mais aussi personnel de la bonne soeur décisionnaire qui révèle la vraie raison des violences inouïes qu’elle a fait subir à ces femmes et ces enfants : elle a fait voeu de chasteté et s’y est tenue. Elle ne supporte pas que d’autres n’aient pas respecté ou eu à respecter cette injonction dogmatique, alors elle leur applique un jugement et une peine atroce pour cette seule raison.

Dans le film le poids du catholicisme, en particulier sur l’héroïne est très fort, et on pousse à la fin un grand "ouf" de soulagement lorsqu’elle accepte que cette réalité qu’elle a vécu soit révélée au grand jour par le journaliste. Le film, tiré d’une histoire vraie éveille l’envie d’aller creuserla question, et de réfléchir à la pertinence d’universaliser le propos en disant qu’il ne s’agit pas là d’un "acte barbare isolé" d’un couvent irlandais, à cause d’une bonne soeur névrotique…mais d’une composante de l’adoption telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans notre monde, dans un contexte de déséquilibre hommes/femmes, pays riches/pays pauvres, dominants/dominés.

Une composante de l’adoption que l’on retrouve dans la Grossesse pour autrui, maternité de substitution dite GPA, qui aujourd’hui est présentée par certains comme "la solution à la détresse des couples infertiles" et en particulier des couples d’hommes qui ont un désir d’enfant", et une ressource pour les femmes des pays pauvres (mais en général la situation des mères "porteuses" ne préoccupe guère). En réalité, il ne s’agit que d’une vaste marchandisation des êtres humains dans lesquelles les mères ne sont pas du tout bénéficiaires ! (voir cet article paru ces jours-ci). Et dans tous ces processus d’adoption, l’intérêt des enfants et les droits des mères (porteuses ou d’enfants) sont largement effacés au profit des droits du puissant (les familles occidentales qui peuvent payer). Les mères et les enfants sont les objets d’un commerce fructueux fondé sur le principe : pour le fort, tout peut s’acheter…à condition de l’enrober dans un discours sur la générosité…

Adoption terrain miné

Quelques voix commencent à s’élever ici ou là pour dénoncer cette situation et dire ce qui n’est jamais dit concernant l’adoption. Outre le commerce initial fondé sur des mensonges et un déséquilibre de pouvoir, il y a aussi l’effet sur les enfants adoptés et les conséquences sur leurs vies des traumatismes de ce qu’ils ressentent comme un abandon. Comme l’explique dans cet article Kharla Livingston Lorenzzo, premier "bébé volé" d’un réseau brésilien.

"Acheter un bébé auprès de ces réseaux, c’est soutenir ces trafics ignobles. Comment ne pas s’en rendre compte ? Et puis en achetant un être humain, à quel type de relation s’attend-t-on par la suite ? Le lien n’est-il pas faussé dès le début ? Comment peut-on s’imaginer construire son bonheur sur le malheur des autres, sans aucune conséquence ?"

A elle, on a souvent rétorqué que son cas était l’exception. Le récit de "Philomena" et celui de "Celle qui meurt" nous montrent qu’il y a "de nombreuses exceptions". C’est ce qu’affirme également  KL Lorenzzo :

"Et pourtant, je rencontre de plus en plus de personnes elles aussi volées à la naissance. Des milliers en fait. Même stratégie, toujours : des intermédiaires mentent aux parents biologiques pour obtenir une signature attestant de l’abandon, ou qui récupèrent le nouveau-né à la naissance tant que la mère biologique est vulnérable."

Clairement donc, il y a beaucoup plus derrière l’adoption que tout ce que notre bonne conscience (la mienne y compris) manipulée nous laisse entendre. Et il est important là encore et toujours d’informer et dénoncer quand il y a à dénoncer.

Je recommande à celles et ceux qui le pourront de se rendre à Créteil mardi 18 mars à 17h où sera projeté "Son nom : celle qui meurt", de Sabreen Bint Loula, un très beau film sur la question.

J’en profite pour mettre le lien vers le site du Festival de films de femmes de Créteil qui commence donc vendredi et dure jusqu’au week-end suivant.

Et le lien vers le site "Adoption terrain miné" pour lire plus en détail tous les arguments sur la question.

S.G

 

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Du balai et des hommes !

Il y a quelques temps, je me demandais ici même comment il se faisait que les bébés filles ne naissaient pas un balai à la main…tant les représentations des femmes, que ce soient les mièvres princesses ou les méchantes sorcières, sont toujours munies de cet attribut de ménage, qui les remet à la place que les hommes leur ont assignée : nettoyer leur maison, effectuer de nombreuses tâches et ne pas faire (de) tache.

Il faut dire -et rappeler que c’est une juste représentation, tant les femmes, malgré les progrès accomplis vers l’égalité en droits -droits de vote, accès au travail hors de la maison par le biais de filières entières qui leur sont quasi réservées (au service de , en tant que secrétaires, dans les métiers de soins, d’éducation ou de "care", dans les métiers du nettoyage enfin) et qui sont peu valorisées, accès à l’éducation où elles excellent, n’en restent pas moins les gardiennes du ménage. Ou plutôt les concierges. Car cheffes de familles elles ne sont pas selon les administrations, mais bonnes ménagères, oui !

Elles font toujours 80% des tâches ménagères et cela n’évolue qu’à tous petits pas. En moyenne, quelques minutes gagnées chaque jour, cela signifie pourtant en réalité de vrais écarts selon les milieux sociaux.

Ainsi, avant qu’il soit question d’externaliser, expliquent François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau dans "Du balai", c’est dans les ménages les plus "égalitaires" à tous points de vue que la répartition serait la moins au désavantage de la femme -en tout cas dans les représentations. Lorsque la femme a le même niveau d’étude que l’homme ou un niveau supérieur , si elle est au même niveau de carrière (en moyenne les femmes ayant 3 ans de moins que les hommes à la mise en couple, cela continue d’être l’exception, même en dehors des inégalités salariales), elle serait moins encline à tout nettoyer, récurer. Mais c’est surtout lorsqu’elle contribue financièrement autant que l’homme au foyer, qu’elle ne se sent pas obligée de tout faire elle-même (info très importante que je reprendrai plus bas) : "D’ailleurs, toutes les enquêtes le rappellent : plus la contribution monétaire de la femme au revenu du ménage est élevée, plus la propension à externaliser une partie des tâches domestiques est grande". 

Y a-t-il meilleure répartition des tâches pour autant ?

Eh bien non !  Car ce qui caractérise la question de la répartition des tâches ménagères au sein du couple, c’est qu’elle est ingrate. Ou plutôt, que plus elle est ingrate, plus il est difficile qu’elle soit également partagée entre les deux membres du couple hétérosexuel (selon les deux économistes, les rares études existant sur les couples homosexuels montreraient une meilleure répartition, en particulier chez les lesbiennes). Ainsi, il y a progrès, avec ces fameux "nouveaux pères" : ils jouent plus avec leurs enfants. Mais pour tout ce qui concerne les tâches qui font tache, le nettoyage, (et en particulier des toilettes) le linge,  alors c’est là que la résistance est la plus grande.

"même au sein des couples relativement égalitaires sur le plan professionnel -et ils sont de plus en plus nombreux-, la gestion des tâches domestiques demeure un sujet conflictuel. Ainsi, selon une enquête menée en 2009 dans 4 pays européens, un couple sur deux se disputerait au sujet du partage des tâches ménagères, en particulier les couples les plus jeunes (…) Parmi les tâches les plus courantes, les hommes reconnaissent qu’ils essaient d’éviter de faire plus de la moitié de ces tâches, voire qu’ils ne les font jamais.(..) En tête des tâches qu’ils esquivent, on trouve le repassage, le nettoyage des saniraires, l’entretien du linge, le changement des draps et le lavage des sols (Hontarrede, 2009).

Source de conflit donc, la répartition inégale devrait l’être encore beaucoup plus. Car si les petites filles ne naissent pas un balai à la main, si elles ne sont pas des serpillères (mais des guérillères), alors qu’est-ce qui justifierait qu’elles fassent plus que les garçons les taches les moins agréables sinon la perpétuation d’un état de fait où les femmes, propriétés des hommes sans âmes et sans droits, seraient là pour servir leurs besoins -de propreté, d’enfants, de sexe…

Mais comme le soulignent les économistes : "En conséquence, "le refus des hommes de prendre leur part des travaux ménagers constitue un véritable mur auquel de nombreuses femmes ne peuvent ou ne veulent pas s’attaquer".

Rien ne devrait justifier ce mur sinon que les femmes ne sont pas prêtes à entrer en conflit pour que le partage soit égal. On pourrait s’étendre sur les raisons qui les empêchent de le faire : violence conjugale*, dépendance affective et sociale, attitude maternisante ("ils n’y arrivent pas de toutes façons il faut bien les aider, et ils ne savent pas faire").

Pacification des ménages et renouvellement du patriarcat

Mais ce qui m’intéresse, c’est de montrer la conséquence de cet état de fait : la pacification du ménage devient le premier motif d’emploi d’une femme de ménage :

"Face à ce mur, les couples qui en ont les moyens sont parfois amenés à contourner le sujet de discorde en recourant à une tierce personne. C’est le recours à une femme de ménage afin d’éviter la scène de ménage (Molinier, 2009)".

Qui externalise et quel résultat pour les femmes ? Et l’homme dans tout ça ?

"En quelque sorte, dans les classes aisées, a fortiori quand la femme travaille, on achète la parité, ou plutôt ce qui s’en approche : la double journée féminine masque le plus souvent deux femmes ou plus, pour qu’une seule, la "patronne" s’en sorte".

Donc, une petite frange de la population féminine semble avoir réussi à se "sortir" de ces tâches tout en évitant le conflit en les déléguant…à une autre femme. Et pourtant, dans la réalité, sont-elles bénéficiaires ? Dans la réalité, ce sont elles qui paient, et ce sont toujours des femmes qui font le ménage !

En effet, pour l’homme, ce n’est pas une question d’argent. De la proposition citée plus haut : "les femmes n’envisagent une femme de ménage que lorsqu’elles contribuent autant financièrement", on peut déduire que : si elles contribuent moins, elles font le ménage, si elles contribuent plus, elles ne le font pas (ou moins) => ce sont elles qui paient  !

Mais le comble, c’est qu’en analysant les couples ayant recours à une tierce femme, on se rend compte qu’elles paient non pas principalement pour elles mêmes, mais pour l’homme !

En effet pour lui l’externalisation a un double avantage supplémentaire :

-la pacification : ce n’est pas l’employée qui va l’ennuyer pour les chaussettes sales qu’il laisse traîner…et s’il y a problème, c’est la femme qui gère la plupart du temps la relation employeure.

-Le maintien de l’ordre établi : un déchargement du double poids et de sa mauvaise conscience d’homme qui aime l’égalité ET de toute forme de devoir de tâche ménagère. Il reste le maître chez lui et n’a pas à culpabiliser…

En effet, selon Devetter et Rousseau, lorsqu’il y a femme de ménage, la femme du ménage gagne bien un peu de répit sur ses propres tâches. Mais l’homme, lui, n’a plus du tout à s’en soucier, et ne fait plus rien -ou presque ! Ce qui nous mène à ce paradoxe merveilleux : c’est justement dans les couples où l’on professe le plus l’égalité (et qui ont accès à l’externalisation) que les taches ménagères sont les plus mal réparties !

"Grossièrement, trois heures payées permettent d'"économiser 1h30 de travaux domestiques dans la semaine (Insee). Selon l’enquête Erfi de l’Ined, il apparaît que les couples employant une femme de ménage expriment des valeurs plus égalitaires, mais que la répartition des tâches domestiques non externalisées y est encore plus inégale qu’au sein des autres ménages ! La part des ménages où l’homme participe majoritairement ou équitablement au passage de l’aspirateur avoisine 40% lorsqu’il n’y a pas recours à une femme de ménage, mais seulement 18% dans le cas contraire". (…)

"Le temps gagné pour une femme aisée grâce à "sa" femme de ménage est, au moins, partiellement, accaparé par la réduction de l’investissement du conjoint. Pour le dire autrement : l’existence d’une personne rémunérée réduit fortement la proportion de ménages partageant équitablement les tâches domestiques, et il semblerait même que l’économie en temps faite par l’homme soit proportionnellement plus importante que celle des femmes (Ruijter,2005)".

Les femmes sont donc en fait très peu bénéficiaires en tant qu’individues. Et de façon sociétale, elles ne le sont pas du tout, puisque ce sont toujours des femmes qui sont cantonnées au ménage. Les hommes eux, sont amplement bénéficiaires à tous les niveaux…ce qui laisse rêveuse sur la façon dont le patriarcat excelle à se renouveler !

Les non-représentations d’hommes à balai (sauf ceux qui en font un sport -voir ci-dessus ou pour en faire des objets sexuels -voir ci-contre) risquent donc d’avoir la vie dure…

Sandrine Goldschmidt

*Simple hypothèse mais assez vraisemblable : les hommes se sont appropriés les femmes et leurs services, en les soumettant -il a bien fallu que la force intervienne. Ainsi, tout conflit qui viendrait remettre en cause cet ordre établi, menacerait la paix sociale et rappelerait à l’opprimée le risque qu’elle prend à contester son oppresseur : celui de disparaître.

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