Rétrospective féministe des 40 ans !

2010, année des 40 ans du mouvement de libération des femmes, va bientôt finir…

Une année exceptionnelle d’événements féministes qui je l’espère, confirmeront une belle dynamique dans le mouvement, la multiplication et la diversité des initiatives.

Avec pour ouvrir l’année, l’hommage à Carole Roussopoulos au théatre Sylvia Monfort à Paris. La grande vidéaste féministe, décédée deux mois plus tôt, a été saluée par de nombreuses intervenantes et par 500 féministes Debout !, et la sortie du coffret de certains de ses films les plus marquants. On a également pu voir ses films (Debout!, Maso et miso…) au Forum des images au mois de mars pour la rétrospective « Je suis une femme, pourquoi pas vous »

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Le mois de mars, mois de la journée internationale pour les droits des femmes, a été riche en événements, spectacles, sorties des premiers ouvrages des 40 ans. L’occasion de retourner à la source, celle des « textes premiers » de ce mouvement de libération très peu structuré. Un livre recueille certains de ses textes, il était présenté à la librairie Violette and Co par Nadja Ringart et Françoise Picq: « Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes » ?.

Avec bien sûr, une manif pour le 8 mars, par un froid glacial, déjà…

Le 8 mars, j’ai aussi découvert la compagnie « La nébuleuse du crabe », qui a présenté « Récits de femmes« , mise en scène François Lamotte, et avec Rebecca Bonnet dans « Le monologue de Médée », qu’on a pu voir ensuite à Femmes en résistance…à voir et revoir…en attendant la suite, en 2011 !

En avril, au rang des mauvaises nouvelles de l’année, la disparition de l’association Elele faute de financement stable…le sort réservé malheureusement à de nombreuses associations actuellement, et qui touche là la seule qui s’occupait spécifiquement des femmes turques victimes de violences…

Un autre spectacle féministe remarqué, celui écrit par Elsa Texier Solal, « Terreur Olympe de Gouges », lecture-pupitre qui nous permis de redécouvrir une avant-gardiste des droits des femmes et de l’anti-racisme…qu’il aura fallu près de 200 ans pour faire sortir de l’oubli, elle qui avait écrit la Déclaration universelle des Droits de la femme et de la citoyenne…et bien sûr, le festival international du film de femmes de Créteil, qui a consacré une soirée spéciale aux 40 ans.

En mai, c’étaient les 40 ans…des Etats généraux de la femme, le temps de faire le point sur avancées et reculs…j’étais plutôt pessimiste ce jour là, je trouve aujourd’hui que c’était plutôt un joli départ…

Dès juin, les manifestations se sont multipliées, et même s’il n’y a rien à espérer de notre actuel gouvernement, il y a eu une réelle prise de conscience de ce en quoi l’économie n’était pas, en général, bonne pour les femmes, et la réforme des retraites très très mauvaise…tout le milieu féministe s’est mobilisé, en particulier le laboratoire de l’Egalité, Osez le féminisme, et toutes les autres…

Juin, fut un des mois les plus actifs, avec les 40 ans à La Flèche d’Or, moi je « shootais » pour « Une fille comme moi » alors je n’ai pas pu vraiment faire de photos, mais voici les infos sur le blog des 40 ans.

En revanche, si je tournais aussi avec les résidentes du C.H.R.S Les UniversElles, Marie Moretti a gentiment fait des photos pour moi sur mon appareil, le 13 juin lors de la marche mondiale des femmes, avec une grande manifestation à Paris!

Le mois de juin aura aussi été celui d’une autre lutte, celui pour faire passer au Sénat le grand événement législatif de l’année en matière de droits des femmes, la loi contre les violences conjugales (initiée par le CNDF il y a deux ans), qui sera adoptée à l’unanimité le 9 juillet, et qui crée en particulier l’ordonnance de protection en urgence et la création du délit de violence psychologique au sein du couple. A noter que le 24 novembre, le CNDF a créé un comité de vigilance pour l’application de cette loi.

En juillet, une nouvelle qui m’a fait voir rouge, dans une affaire que j’ai beaucoup commenté toute l’année sur A dire d’elles, l’affaire Polanski, le 12 juillet, la justice décidait de ne pas extrader le réalisateur…Cartons rouges.

Une occasion de rappeler, que « Rien, jamais, ne justifie le viol » ?!

Parce que malheureusement, il faut encore et toujours le rappeler…je fais donc tout de suite la transition entre cette table ronde à laquelle je participais le 3 juillet aux rencontres d’Osez le féminisme, et la campagne du 24 novembre « La honte doit changer de camp », lancée en partenariat par OLF, le Collectif féministe contre le viol et Mix-cités.

Au mois d’août, pas de vacances, puisqu’elles ont eu 40 ans, le 26 août, place du Trocadéro. Pour marquer les 40 ans du dépôt de gerbes à la femme du soldat inconnu en 1970, nous nous sommes réunies pour demander de rebaptiser la place des droits de l’Homme, des hommes et des femmes…tiens, à propos, y a-t-il eu une réponse ?

Petite vidéo :

L’occasion aussi de découvrir ou redécouvrir, quelques belles chansons féministes !

En septembre, outre la mobilisation contre la réforme des retraites, il y a eu le festival « Femmes en résistance », à Arcueil, pour déjà, sa huitième édition…record d’affluence, expos, théatre, concert, et la projection du documentaire que j’ai réalisé pour l’association FIT, une femme, un toit, avec les résidentes du centre d’hébergement. A noter qu’il sera à nouveau projeté prochainement au cinéma « Le nouveau latina », dans le cadre des séances organisées par le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir (13 janvier, 20h).

A noter aussi fin septembre, la naissance d’une webtélévision féministe, Teledebout !, qui a pour ses débuts retransmis en direct le colloque « mouvement des lesbiennes, lesbiennes en mouvement », fin octobre. Des colloques, il y en eut pas mal cette année, comme cleui organisé à la mairie de Paris par le Collectif national droits des femmes, sur 40 ans de féminisme et lutte des classes. Et les rencontres au FIAP Jean Monnet, qui a accueilli les 40 ans pendant plus de deux mois.

Autre festival en Octobre, « Sisterhood is Powerful », organisé par l’association des 40 ans du MLF, le Centre Simone de Beauvoir et le Centre Hubertine Auclert, au Nouveau Latina toujours, avec une très belle programmation !

Et en novembre, mois de lutte contre les violences dans une année où cette lutte était grande cause nationale, on commence par une manifestation organisée pour la défense de l’IVG et de l’hôpital public

Et sinon, en plus de la campagne « la honte doit changer de camp » dont j’ai déjà parlé, plein d’initiatives sur une semaine.

Voila, et en décembre, apothéose avec le Congrès international féministe, au « Palais de la femme », ça ne s’invente pas, et l’expo photos « Photos, femmes, féminisme » de la bibliothèque Marguerite Durand. Avec en décembre, un gros coup de gueule de ma part sur la GPA et la manipulation rhétorique…

Une année féministe de rencontres, de disputes, de coups de colère,de discussions, de lien entre les générations, enfin on l’espère donc, ce n’est qu’un début! En attendant, A dire d’elles vous souhaite un excellent réveillon de la Saint-Sylvestre, et une TRES BONNE ANNEE 2011!

Sandrine Goldschmidt

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Femmes au volant ?

Récemment, en visitant l’expo Photos, femmes, féminisme, j’avais été frappé par le cliché d’Hélène Boucher, femme, pionnière de l’aviation, première à passer les Andes…pour constater que 70 ans plus tard, il n’y avait que 7% de femmes pilotes.

Comme si, à l’aube d’une grande découverte/innovation, les femmes étaient bien là, toujours présentes, mais qu’il leur était difficile de tenir sur la durée. Aujourd’hui, j’ai visité le musée Malartre à Rochetaillée-sur-Saône, près de Lyon, et cela m’a fait un peu le même effet. En fait, trois choses m’ont frappée : comment les femmes, au début des automobiles, étaient montrées au volant de voitures, soit par des mannequins soit dans des affiches. Alors que, pour les voitures de courses 60 ans plus tard, les mannequins sont uniquement des hommes… Comme si, au début de l’automobile, la voiture n’était pas tant une affaire d’hommes que par la suite.

Ensuite, si les femmes sont souvent montrées au volant, d’une voiture ou d’une bicyclette, elles sont bien souvent en jupe, et il faut attendre pas mal d’années avant que la tenue ne se change enfin en pantalon…mais encore un grand merci à la bicyclette, celle par qui le pantalon est venu aux femmes…

Enfin, dans toutes ces vieilles affiches, déjà, on observe une certaine façon d’utiliser les femmes dans la publicité, comme argument de vente…en jupe, celle-ci se la joue Marilyn pour qu’on voie en dessous, ici Liberator est à seins nus, la dernière enfin, « Elle tourne », qui remporte le prix de « la plus vieille pub ultra-sexiste » ? A ma connaissance en tout cas. La preuve en images…

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Rétro du cinéma d’A dire d’elles en 2010

Ce ne sont pas forcément les films qui ont fait le plus parler d’eux et que vous retrouverez dans la rétrospective d’Allocine… 

mais ce sont ceux que j’ai chroniqués, parce qu’ils sont faits par des femmes, parce que leur sujet nous concerne, parce qu’ils m’ont touchée, tout simplement…rétrospective très perso d’une année cinéma.

Je commence par le choc de l’année, Precious, où le parcours vers l’empowerment d’une jeune femme noire aux Etats-Unis. Un film dur, quasi insoutenable parfois, mais fort et juste.

Autre film où la violence de la société envers les femmes est très présente, « Femmes du Caire », film égyptien qui » parle des femmes et de la société égyptienne en traitant ouvertement de questions très souvent passées sous silence, la sexualité -et en particulier celle des femmes- et même l’avortement, qui est montré, et revendiqué »…

Les violences faites aux femmes, toujours, c’est le sujet de « Fleur du désert« , qui raconte le parcours de cette jeune soudanaise excisée, qui échappe au mariage de force et deviendra top model puis ambassadrice de l’ONU…

Une petite plongée dans le passé, avec, dans un autre genre, « La comtesse », de Julie Delpy, un film qui m’a donné des états d’âme…: « La comtesse, c’est un film incroyablement dur, la cru-auté y est omniprésente. Mais surtout un film riche en réflexion, et qui va jusqu’à l’extrême explorer la question de la place des femmes dans la société. »

« Chaque jour est une fête », un film beaucoup plus complexe que son titre, à en croire ma critique à l’époque : « Ce qui reste à la fin de ce film singulier, talentueux, c’est une belle allégorie de la route empruntée par ces trois femmes, de la fin des illusions, de l’obligation de s’approprier les armes… on pense à Kill Bill, le film de Tarantino, voire au pamphlet de Valerie Solanas SCUM Manifesto ».

Photo D.R

Aux antipodes, « Bright Star », dernier film de Jane Campion, sur la vie du poète Keats et surtout de sa fiancée, un film « beau, romantique, vrai »…

Elle a des accents de jane Campion, mais là où souvent cette dernière s’intéresse aux relations mères-filles, Fabienne Berthaud explore elle le parcours de deux soeurs, dont la plus « sage » n’est pas forcément celle qu’on croit, c’est mon plus récent coup de coeur, « Pieds nus sur les limaces »…

Un autre film un peu décalé, de pure fantaisie, divertissement cinématograhique agréable, j’ai aussi aimé cette année La reine des pommes, de Valérie Donzelli : « Ah! que ça fait du bien. un film drôle, intelligent, inspirant, bien filmé…et original ».

Même impression pour « 8 fois debout », de Xabi Molia, encore un film en décalage… »8 fois debout, parle de précarité, et des personnes qui ne parviennent pas à se fondre dans une certaine hypocrisie exigée par le monde qui nous entoure, en particulier le monde du travail ».

Et pour finir, Les invités de mon père, d’Anne Le Ny, pour la finesse des dialogues et de la réflexion, et pour Lucchini et Viard, tous les deux surprenants de sobriété et de justesse dans leur jeu d’enfants interloqués par la transformation de leur père, militant humaniste, en amoureux transi… 

« Coming back » avec des livres…pour une fin d’année militante !

Des cadeaux de Noël, Hanukah, Saint-Sylvestre, de nouvelle année…ou tout simplement une sélection d’A dire d’elles de livres écrits par des femmes et découverts récemment…

Je commence par le livre que je n’aurais jamais imaginé lire il y a quelques semaines : « Le chaînon manquant », de Caroline Mondon, aux éditions Afnor, sous-titré « Management de la chaîne logistique en PMI ». Mais il faut dire que quand son auteure me l’a présenté comme un polar de management, j’ai été suffisamment intriguée…pour aller tester moi même. Et ça marche ! Je n’ai pas encore fini, mais me voila plongée au coeur d’une intrigue dont l’essentiel n’est pas forcément de savoir ce qui est arrivé au responsable logistique disparu, mais bien comment l’entreprise va éviter la faillite. Et comment, la vente, la délocalisation ou le licenciement ne sont pas forcément les seules solutions envisageables…

Une des particularités de ce « roman-manuel-de-management », c’est qu’il fait la part belle aux femmes pour redresser l’entreprise, la fille du fondateur qui se retrouve à la tête de l’entreprise, et la spécialiste du management de la supply chain…

Les femmes à la tête d’entreprises, c’est aussi le thème du « Guide des mompreneurs » de Valérie Froger, aux éditions Eyrolles. Qu’est-ce qu’une mompreneure ? Une femme qui, en général au moment où elle a eu des enfants, s’est dit qu’il était difficile d’articuler son activité professionnelle avec sa vie de mère, et qui a choisi de créer sa propre activité. Le guide est très utile pour savoir quoi et comment faire, il dresse en outre le portrait d’une vingtaine de femmes qui ont suivi ce parcours. Quelques caractéristiques de la mompreneure : c’est souvent une femme qui vient plutôt d’un milieu cadre, et qui choisit le plus souvent une activité qui n’est pas sans rapport avec la maternité…

Dans un genre plus directement féministe, je ne peux pas ne pas parler du dernier livre de Natacha Henry, une consoeur qui s’était déjà fait remarquer avec « les filles faciles n’existent pas » et « les mecs lourds ou le paternalisme lubrique ». Natacha s’est cette fois-ci attaquée à la question de la violence conjugale, « Frapper n’est pas aimer. » Pendant 3 mois, Natacha a rencontré des femmes victimes de violence au sein d’un foyer d’accueil de la région parisienne, et elle explique chapitre après chapitre, le cycle de la violence conjugale; pourquoi « il est difficile d’en sortir », comment on peut finalement se reconstruire. Dur, mais important.

Enfin, plus ludique, mais aussi militant, la trilogie de « La p’tite Blan« , de Galou (au dessin) et Blandine. Après « Coming soon » et « Coming Out », voici « Coming Back, le retour de la lesbienne », troisième volume des aventures de la P’tite Blan, ou le parcours d’une jeune lesbienne au travers des différentes étapes de sa vie, enfance, adolescence, Coming Out, et la vie qui va avec.

Trop rarement raconté, et en plus avec beaucoup d’humour, de finesse,  lisible à tout âge…à connaître et faire connaître !

S.G

Lettre à la mère Noël…les cadeaux à ne pas faire !

Cette année, pour Noël, j’ai décidé de demander à la mère Noël de se limiter dans ses cadeaux. Déjà,
si on décidait d’offrir aux petites filles et  garçons…la même chose, on éviterait la plupart des rayons des grandes surfaces de jouets… Et si on offrait un petit cadeau, symbolique, par exemple, un dictionnaire ?
Mais attention, là aussi, il faut veiller au cadeau A NE PAS FAIRE !
Un dico, ça n’est pas très « fun », mais ça peut être très enrichissant…oui, sauf si…on y véhicule une idéologie normative et rétrograde…

Depuis Vaugelas, grand instigateur du masculin qui l’emporte, sous couvert « d’objectivité grammaticale », on fait passer toutes sortes d’idéologie au travers de la langue…ainsi, aujourd’hui, on va plus loin, jusqu’à faire des dicos « pour les filles ».
C’est le cas de ce petit volume qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques années et est édité par Fleurus  et que je vous conseille vivement d’éviter à tout prix, surtout si vous avez des enfants !
Déjà, l’idée de faire un « dico des filles », tout rose, qui vient encore souligner l’idée qu’il y aurait autre chose qu’une différence biologique minimale entre filles et garçons, m’énerve. Mais au moins, il pourrait aborder de la façon la plus neutre possible, les questions qui concernent plus particulièrement les filles (même s’il serait temps que les garçons s’y intéressent aussi). Surtout quand, en plus, on y affirme qu’avec ce livre, on veut oeuvrer à la déculpabilisation des futures jeunes femmes, et qu’on clame vouloir les encourager à avoir confiance en elles !

Masi ce dico des filles-là ne le fait qu’à une condition…qu’elles soient » dans la norme », c’est-à-dire hétérosexuelles ! Je vous laisse découvrir dans cet article de Yagg les incroyables et dangereuses considérations en matière d’homosexualité des adolescentes… SOS homophobie leur a déjà écrit plusieurs fois, mais rien n’y fait… Je vous encourage donc non seulement à ne pas acheter le dico des filles, mais aussi à le déconseiller vivement à votre entourage, et pourquoi pas, à protester sur le blog que les éditions consacrent à  cet ouvrage de propagande…

S.G

« Photos, femmes, féminisme »

« Photos, femmes, féminisme », le catalogue de l’exposition qui a commencé à la galerie des Bibliothèques pour le mois de la photo et se prolonge jusqu’en mars prochain. Environ 200 photos qui retracent, en 5 étapes, ces 3 thèmes. Il y a bien sûr, l’histoire des luttes, avec le MLF, mais surtout, à ne pas manquer, le féminisme de la Belle Epoque et le suffragisme. Etonnant de voir ces femmes dont on connaît parfois le nom (Madeleine Peletier, Marguerite Durand, Séverine et j’en passe), rarement le visage. Etonnant de voir ces premières manifestations(« la manifestation Condorcet ») pour le suffrage, une espèce de défilé de bourgeoises en robes d’époques…où l’on se dit que le temps, passe très, très vite et que la mode change beaucoup plus vite que l’inégalité femmes-hommes…Il y a aussi de très beaux portraits de féministes et femmes célèbres, des photos des métiers féminins et territoires masculins, l’engagement, et les femmes photographes, très importantes.

Ces photos sont donc celles de la Bibliothèque Marguerite Durand, qui a effectué (Annie Metz, la conservatrice, et la chercheure Florence Rochefort) un travail considérable de choix pour pouvoir présenter la collection pour la première fois au public ! Un projet né en 2004, et qui a pu trouver sa concrétisation ici, dans le Marais, où désormais la galerie des Bibliothèques offre aussi un espace pour les bibliothèques spécialisées.
Parce que dans le 13ème, où est la bibliothèque féministe, au dernier étage de la médiathèque Jean-Pierre Melville, il y a trop peu de place.

L’origine des collections n’est pas toujours facile à retracer. Si une partie a été achetée par la Bibliothèque récemment, elle s’est d’abord constituée avec le fonds de Marguerite Durand, qui l’a créée en 1932, à partir de photos dont on ne sait pas toujours la provenance. Ainsi, j’ai été particulièrement impressionnée par les photos des communardes, sortes de « premières photos de police », prises alors qu’elles étaient arrêtées, et sur lesquelles quelqu’un-e a écrit, à la main, ce qu’il est advenu de Louise Michel et ses camarades (condamnée à être fusillée, peine commuée en travaux forcés, par ex…).

Une expo et un catalogue à ne pas manquer donc, et à aller voir éventuellement en plusieurs fois. Les notices qui accompagnent les photos sont très importantes, il faut prendre le temps de les lire, et prévoir d’avoir un peu de temps devant soi, pour se plonger dans une histoire qu’on a bien rarement vue en photos…merci donc à la Bibliothèque Marguerite Durand, à la galerie des Bibliothèques, à Annie Metz et Florence Rochefort, de les avoir rendues visibles…

S.G

Les « pro »(s) de la manipulation rhétorique

"La domination masculine, je peux pas l'encadrer" 😉

Suite à mon article sur la GPA (gestation pour autrui), je détecte un point commun dans tous les mouvements aujourd’hui qui militent à mon sens pour un retour en arrière du droit des femmes à disposer de leur corps.

Une manipulation rhétorique qui consiste à nous faire passer, féministes et autres personnes qui ne sont pas d’accord avec eux, pour ce que nous ne sommes pas.
En trois points principaux :

-d’abord, ils parviennent à se faire appeler les « pro ». Ne les laissons pas faire. N’employons pas leurs termes.

Chronologiquement, cela a d’abord été « provie », puis « prosexe », et maintenant « profemmes ». Ainsi, les détracteurs de l’avortement seraient « provie ». Et pas les défenseur-es de l’avortement. Nous n’avons évidemment rien contre la vie, ce n’est pas cela qui fait le débat de l’avortement. C’est « à partir de quand ce que porte une femme dans son utérus est une personne humaine » ? Tous les mois, les femmes qui ont leurs règles et n’ont pas fait des enfants seraient des tueuses de vie, si on pousse leur raisonnement jusqu’au bout.

Ensuite, cela a été « prosexe ». Revendiquer que vendre son corps (services sexuels, dit-on) c’est être prosexe. En quoi ? Ce n’est qu’être pro le sexe de celui qui veut l’acheter. On peut être pour la liberté sexuelle, liberté qui comme toute autre a ses limites. En face, nous avons plutôt des « pro-achat-de-sexe » et marchandisation des corps. Disons-le ainsi.

Enfin, le dernier, qui m’hallucine personnellement (et je fais exprès de le dire mal), c’est « pro-femmes ». On parle de féminisme profemmes. Si encore, on disait féminisme proféminité, essentialiste (celles qui se définissent comme féministes pro-femmes sont par exemple celles qui pratiquent le burlesque, strip-tease qui serait une expression de la liberté des femmes). Mais pro-femmes !. Comme si depuis des siècles, les féministes faisaient autre chose que d’essayer d’améliorer la condition des femmes. Eh bien, en utilisant ce genre de termes, on accrédite la thèse que les féministes ne chercheraient pas l’intérêt des femmes. Ne nous laissons pas faire.

-Si on refuse de se ranger à leurs arguments (faits d’amalgames), on est rétifs au débat, mais surtout, on est des hérauts du conservatisme et de la morale chrétienne. Voire des liberticides. Histoire de nous faire culpabiliser. En vrai, à force de défendre la liberté de quelques uns (et rares unes), on ne s’intéresse pas aux droits fondamentaux des plus nombreux-ses.  C’est un peu comme de dire « c’est normal que tout le monde bosse le dimanche si c’est un choix ». Pour les quelques un-es que ça ne dérangera pas, on va imposer à tout le monde cette règle. « Moi je veux acheter du sexe »si je veux, donnons un contrat à la nana en face comme ça on aura l’illusion qu’elle le veut bien. Et disons qu’elles le font par choix…même si elles sont 2…sur cent.

-Le monde a changé, ça se passe comme ça ailleurs et ça se passe mal quand ce n’est pas encadré, alors autorisons-le, encadrons-le et comme ça, ça se passera bien…alors là, c’est magnifique. On justifie l’autorisation d’un truc chez nous parce que c’est autorisé et mal fait ailleurs ! Mais en quoi cela protègera-t-il les enfants d’ailleurs ? En quoi cela empêchera-t-il le couple qui ne trouve pas une « sainte » prête à prendre des risques pour le bonheur du « don’ ou une femme en difficulté d’aller payer ailleurs ? En rien ! Et le problème des enfants sans état civil restera…

Encore une fois, la rhétorique est la même dans la prostitution : si on pénalise le client nous dit-on (ce que font les abolitionnistes) et le proxénète, on va créer des plate-formes dans les eaux internationales, des « bordels délocalisés ». Jusqu’à preuve du contraire, on essaie de faire avancer les choses là où on est en mesure de le faire.  On ne va pas attendre que le monde entier soit abolitionniste pour le faire, on ne va pas attendre que le monde entier interdise la GPA pour le faire…on le fait, si on pense que c’est le signe qu’on respecte la personne humaine.

En autorisant et « encadrant » enfin, on ne protège pas les autres dans le reste du monde. Il y aura toujours des trafics. C’est clair sur la prostitution. En Allemagne, la prostitution illégale a explosé avec celles qui ne sont pas concernées par la réglementation…les étrangères…et les mineur-es.

Bref, la rhétorique anti-féministe est très forte : elle se fait passer pour les « pro », elle fait passer les autres pour les conservateurs, mais les pro-interdiction de l’avortement, les pro-achat-de-sexe et les pro-continuer-à-enfermer-les-femmes-dans-la-féminité, comme les pro-utiliser-les-femmes-comme-ventre, sont en fait celles et ceux qui veulent maintenir un état de fait. Ce sont eux et elles qui disent que « la société est comme ça, on ne la changera pas. » C’est un de leurs arguments massue : ça existe, alors encadrons-le.

En résumé, la domination masculine existe, c’est comme ça, faut faire avec, contentons-nous de l’encadrer ? Désolée, moi, je peux pas l’encadrer…

Sandrine Goldschmidt