Invictus : pour Madiba, l’insoumis

A chaque nouveau film d’Eastwood, la presse s’emballe. On lit des superlatifs, et toujours, réflexe, cela me retient un moment d’aller voir ses films. Pourtant le réalisateur creuse toujours pour faire ressortir l’humain, même des situations où cela semble le plus difficile. Pour cette raison, j’ai décidé d’aller voir Invictus dès sa sortie. Si la coupe du monde de rugby ne m’intéresse guère, j’ai en revanche, un faible pour Mandela (mais qui n’en aurait pas ?). Avec Gandhi et Jean Moulin, il est une des idoles de mon adolescence. Avec l’avantage sur ces derniers qu’il était mon contemporain. L’homme qui a passé 27 ans en prison et a choisi à sa sortie de pardonner (comme le personnage interprété par Matt Damon, François, capitaine des Springboks, le souligne), me donnait l’impression qu’il pouvait y avoir de la grandeur dans ce monde, ici et maintenant. Et la lecture de ses mémoires, personnage privé complexe et public habité par la grâce, ne fit que renforcer ce sentiment.
Et c’est ce qui m’a captivé dans le film d’Eastwood. Ce qui ressort de « Madiba » -c’est ainsi que les sud-africains appellent leur leader-, c’est, magnifiquement interprétée par Morgan Freeman, l’intelligence politique, la profonde humanité, et la force d’un coeur invincible (lire ci-dessous le très beau poème qui donne son nom au film) et profondément insoumis, intelligence qui, lors d’un moment historique, son accession au pouvoir, irradie partout autour de lui.

Eastwood nous raconte comment le nouveau leader sud-africain s’est servi de la coupe du monde de rugby, qui était alors un symbole de l’Afrique du Sud blanche et de l’apartheid honni, pour créer un nouveau sentiment de réconciliation nationale. En obligeant l’ANC a accepter de ne pas changer les symboles chéris par les Afrikaaners, en convainquant le capitaine de l’équipe, François Pinaar (Matt Damon), en déjouant tous les obstacles. Jusqu’à la consécration finale, la coupe du monde et le succès des Springboks. C’est toute cette partie où l’on voit le peuple et le président s’embraser pour le rugby, qui m’ont moins convaincue. Au-delà du faible intérêt que j’ai trouvé aux scènes de sport (qui semble être partagé par la critique), j’ai surtout été gênée par le systématisme visuel de la réconciliation. Alternance de scène où les rugbymen marquent des points, et où blancs et noirs, dans la rue, au café, à la tribune, ou encore dans l’équipe de sécurité, s’embrassent.

Je veux bien croire et ce sont d’ailleurs des faits réels,  qu’en un moment de victoire commune, il y ait un beau sentiment de réconciliation, même si ensuite, le retour à la réalité est parfois dur. Il me semble pourtant qu’ici, Eastwood en fait trop.
On aurait souhaité en effet, (est-ce le sens de cette image de l’avion qui survole le stade pour encourager les Springboks, causant la terreur des services de sécurité, qui évoque pour nous un autre avion ayant provoqué le 11 septembre ?) une fin plus en nuance, évoquant l’impermanence des choses…

On retiendra quand même du film le plaisir de voir ce grand homme, et de voir évoquée à l’écran une période de notre vie (la première moitié des années 1990) où, dans la foulée de la chute du mur, de la fin de l’apartheid, puis des accords de paix Rabin-Arafat, on se prenait parfois à croire à un avenir meilleur…

Sandrine Goldschmidt

(Photos DR)
Pour revoir la prestation de serment de Mandela en 1994 : <a href= »« >you tube
Le poème, « Invictus », de William E. Hensley, qui a inspiré Mandela en prison.
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow’d.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

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