« Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? »

Nadja Ringart et Françoise picq à la présentation du livre collectif : mlf//textes premiers, hier soir à la librairie Violette and Co.

Slogan magnifique, parmi d’autres, du mouvement de libération des femmes, né il y a 40 ans. Qui dément à lui tout seul le soi-disant manque d’humour des féministes…c’est en effet ce qui me frappe, à chaque fois que je me rends à une rencontre avec les femmes du « mouvement », comme le 22 janvier dernier pour l’hommage à Carole Roussopoulos (voir ici), comme hier soir à la librairie Violette and co, où Nadja Ringart et François Picq étaient présentes : l’humour, le souvenir de s’être follement amusées tout en traitant de sujets graves, et l’énergie en mouvement, qui nous manque si souvent aujourd’hui. Avec Cathy Bernheim et Liliane Kandel, elles ont compilé des textes des publications féministes de la première heure, (« Partisans : Libération des Femmes, Année Zéro' », « Le torchon brûle » ), pour transmettre la mémoire de ce qui a fait le mouvement du début des années 1970.

Et comme le disait Nadja Ringart, « c’est le mouvement qui nous donnait de l’humour. C’était une dynamique ». Et de citer une copine, qui résumait ainsi ce que vivaient alors les féministes :

mlf//textes premiers, des textes fondateurs du mouvement

« ON sortait on ne savait pas d’où

mais on savait qu’on n’y était pas bien.

On ne savait pas où on allait

mais on savait qu’on y serait mieux.
Et c’était vrai !.

Joies donc de se réunir, de briser cet isolement si fatal aux femmes, d’enfin pouvoir « penser avec notre tête », de « ne plus militer pour les autres, mais d’être l’objet de notre propre lutte ». Chaque semaine à Paris, il y avait les AG aux Beaux-Arts, avec de plus en plus de monde. Et « un joyeux bordel ». C’était un mouvement, mais pas un parti. Une des revendications, était justement de ne pas adopter les mêmes structures que ces partis que nombreuses des femmes, issues de groupes d’extrême-gauche, rejetaient pour ne pas être capables d’inclure les femmes et leurs problèmes politiques en leur sein.

La publication de ce livre, c’est aussi de nous transmettre cette énergie, et de mesurer le chemin parcouru, de s’interroger sur le « désert des années 1980 ».
Est-ce la faute des années Mitterrand, on aurait eu l’illusion alors que le féminisme d’Etat pouvait remplacer le combat de rue ?
Est-ce le backlash  ? Cela pourrait aussi etre l’idée qu’il n’y avait plus besoin de se battre, une fois que les principaux combats fondamentaux étaient gagnés (IVG, pénalisation du viol, égalité salariale dans la loi ). Ou encore qu’avec la mondialisation de l’économie et l’expansion de la société de consommation, le collectif s’est délité… Ou les dissenssions internes (entre psychépo et les autres, entre lesbiennes et hétéros, entre Parisiennes et provinciales ?…autant de questions qui ont été évoquées dans la soirée). beaucoup d’explications à ce « trou » dans la transmission que déploraient les féministes « historiques ».

Mais surtout la joie, après ce désert, comme l’a dit Françoise Picq, de voir arriver de jeunes féministes : « on a vu arriver des jeunes, on était émerveillées ».

Car pour que transmission il y ait, il faut une écoute, rappellait-elle. Et aujourd’hui, face aux résistances et aux reculades des droits des femmes, cette écoute semble redevenue possible. Avec Osez le féminisme, avec La Marche mondiale des femmes, avec Femmes en résistance, les chiennes de garde… Et quelques changements. Aujourd’hui, il n’est presque plus question de non-mixité (qui reste, dans les faits, presque la règle, les hommes participant très peu).

C’était en tout cas une soirée donnant plein d’énergie, et d’envie de se dire, que peut-être 40 ans après, il suffirait de pas grand-chose pour, à nouveau, se retrouver, ensemble, face aux batailles qu’il va nous falloir mener ? « on ne sait pas comment on a réussi à faire tout ça », disait hier soir Nadja Ringart. Comme quoi, la spontanéité en matière de lutte des femmes, pourrait bien nous aider à surmonter les obstacles…

S.G

Lien vers le site re-belles :

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8 réflexions sur « « Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? » »

  1. Ce slogan qui vous sert de titre est toujours aussi incorrect qu’il y a quarante ans. Suffisamment ignorante de ce qu’est le prolétariat, vous nous le ressortez aujourd’hui de votre cave à bêtise sans prendre le temps d’ouvrir un dictionnaire ou de réfléchir ne serait ce qu’une seconde trente. Le prolétariat, dont vous ne faites certainement pas partie idéologiquement, inclus et a toujours inclus les femmes. Ce slogan est d’ailleurs suffisamment stupide pour avoir été inventé par un(e) bourgeois(e). Après quarante ans, il n’y a aucune raison que cela change, non ?

    1. Merci pour votre commentaire. A mon humble avis, s’il n’y avait pas eu un problème de représentation des femmes dans les mouvements ouvriers, syndicaux et d’extrême gauche, il n’y aurait pas eu de mouvement de libération des femmes…nous n’avons peut être pas la même lecture de l’histoire, en revanche, je ne crois pas nécessaire d’en faire des attaques personnelles. Ce qui m’intéresse dans l’histoire des femmes, c’est comment, les femmes, sont la seule catégorie de population qui peut traverser les classes historiquement… une bourgeoise qui épouse un prolétaire devient une prolétaire, et vice versa…à méditer.

    2. pourquoi en faire une question de lutte des classes alors qu’on est d’abord sur une question d’inégalités liées au genre ? Dans toutes les classes sociales, ce sont les femmmes qui s’occupent extrêmement majoritairement du linge (à plus de 95 %): rammasser, laver, sécher, repasser, ranger)(cf dernière enquête de l’INED parue en novembre 2009. Par ailleurs, si les classes sociales laborieuses avaient été si ouvertes aux femmes en particulier et à la mixité en général cela ce serait su et vu. Or l’histoire des luttes sociales et du syndicalisme en particulier montre bien qu’ils ont été des lieux de très forte résistance au féminisme et à la mixité. Ce qui explique aussi (et pas seulement) que ce soit des bourgeoises qui se sont emparé des luttes et des slogans !

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