100% sans peur et sans retouches…

Une femme de 70 ans, avec des rides et des cheveux blancs, dans un magazine féminin ? Si si, c’est possible. C’est dans Marie-claire de ce mois d’avril. Le magazine féminin ose. En ne publiant que des photos rédactionnelles non retouchées. Pour démontrer (à qui  ? à ses lectrices ? aux détracteurs de la presse féminine ?) que les magazines féminins ne sont pas responsables des comportements des jeunes femmes (anorexie et autres troubles alimentaires, chirurgie esthétique…), Marie-Claire fait un grand coup médiatique ce mois-ci pour répondre à la proposition de loi de Valérie Boyer qui demande à ce qu’on mentionne systématiquement le fait qu’une photo est retouchée. 

D’après l’éditorial du magazine (l’argument est classique), ce n’est pas l’offre qui pose problème. Elle est en adéquation avec la demande, dit-on. « ce ne sont pas les images qui créent les schémas sociaux, contrairement à ce que cette proposition de loi voudrait nous faire croire, mais les schémas sociaux qui se reflètent dans les images ». Autrement dit, ce n’est pas la rédaction de Marie-Claire qui décide, c’est la lectrice, influencée par la société…ainsi, pour Christine Leiritz, quand le regard de la société aura changé, les magazines féminins n’utiliseront plus de retouche-photo.

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce que dit la directrice de la rédaction du journal. Qui, il faut le rappeler, a un code de bonne conduite en la matière : elle ne publie jamais de photos de mannequins en dessous d’un certain rapport poids/taille, par exemple… C’est clair, on n’ a pas attendu la retouche-photo pour donner des femmes une image déformée dans les magazines féminins. Mais la retouche-photo n’a fait que renforcer et faciliter la caricature. Et on en arrive à avoir des photos de femmes qui n’existent pas dans la réalité. Tout comme dans les magazines pornos, on a des photos de sexes de femmes qui n’existent pas dans la réalité…et la chirurgie « esthétique » du vagin se répand de plus en plus…(voir ce documentaire hollandais de Sunny Bergman).

C’est vrai, finalement, ce numéro n’est pas très différent des précédents. Comme le dit Christine Leiritz : « Pas sûr, même, que si nous n’avions pas ajouté la mention « photos non retouchées », vous auriez perçu un quelconque changement ». Mais ce n’est pas forcément pour les raisons avancées par la directrice de la rédaction. En effet, les photos rédactionnelles ne sont pas retouchées, et ça ne se voit pas particulièrement. Mais cela n’est pas vrai pour toutes les photos des publicités qui sont dans le journal. Or, la publicité, c’est presque la moitié du nombre de pages total (au moins 130 pages en tout cas). Et c’est bien la publicité, qui est au coeur du débat entourant les magazines féminins. Car si les schémas sociaux peuvent en effet jouer sur les images, la publicité et la dépendance des journaux à son égard est bien le premier questionnement des magazines féminins. Comment donner des conseils de beauté, comment parler des enjeux économiques de la presse féminine, quand on est lié, pour survivre, aux grands groupes qui contrôlent le marché publicitaire ? Peut-être que ce numéro de Marie-Claire a le mérité de nous montrer qu’en effet, il ne suffira pas de mettre la mention « photos sans retouche » pour faire évoluer la presse féminine. Et qu’il faut donc aller chercher plus loin, dans le rapport rédactionnel-marketing, dans l’indépendance des journaux, on y revient.

Mais ce qui personnellement me choque encore plus dans ce numéro, que la retouche-photo, c’est le discours sous-jacent. Car il s’agit, encore ET toujours, de définir ce qui fait qu’une femme est belle, et d’imposer la beauté comme la norme du bien-être, du devoir-être des femmes. Ce que dit en substance Marie-Claire, c’est que pour être belle, une femme n’a pas besoin d’être retouchée en photo (c’est vrai, mais elle est souvent très très maquillée, très très bien habillée, choisie sur le volet). Mais le problème, c’est que le journal ne dit pas que ça . Si cette femme de 70 ans (mentionnée au début) est dans le journal, c’est parce qu’elle est (c’est toujours dans l’éditorial), « naturellement mince et affiche à son âge avancé une beauté resplendissante pour une raison toute simple : elle se sent bien dans sa peau, elle assume ce qu’elle est ».

Waouh ! Quel message pour celles qui ne seraient pas « belles » ! Ce serait simplement de leur faute, parce qu’elles ne s’assument pas bien et qu’elles sont mal dans leur peau ? Stop ! On n’a (on ne devrait) pas à demander à une femme d’être belle ! Tout au plus, peut-on espérer pour elle qu’elle soit en harmonie avec elle-même, qu’elle ait les moyens sociaux et les ressources personnelles pour faire ce qu’elle a envie de faire, pour effectuer ses propres choix. Belle ou pas, une femme qui a quelque chose à dire, quelque chose à montrer, qui fait quelque chose de sa vie, a ou devrait avoir, sa place dans les médias ! Mais là, on arrive peut-être à la vraie subversion…

Sandrine Goldschmidt

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3 réflexions sur « 100% sans peur et sans retouches… »

  1. Salut Sandrine, c’est vrai, au départ je me suis dit « bonne idée », mais en lisant l’édito on constate une absence de remise en question, sur l’air de « vous voyez bien que les magazines féminins ne déforment pas l’image des femmes puisque même sans retouche, elles sont belles. » Sauf qu’elles sont photographiées de telle façon que forcément, on ne voit pas les imperfections. C’était la même chose avec les stars sans fard dans Elle. Donc, rien de nouveau.
    Bravo pour ton blog, sur le fond comme sur la forme.

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