Talents hauts : enfin des livres jeunesse non sexistes!

Ou plutôt, enfin, le flambeau est repris. Car dans les années 1970, en 1974 précisément, Adela Turin créait une maison d’édition « du côté des petites filles » (inspiré du classique de la théorie féministe de Elena Gianini Belotti), avec quelques grands classiques du genre, comme « L’histoire des bonobos à lunettes ». Mais entre la fin de la maison d’édition de l’auteur et 2005, plus rien. Et il aura fallu attendre que deux éditrices féministes décident de créer leur propre petite maison d’édition, Talents Hauts, basé à Saint-Mandé dans le Val-de-Marne, pour que le flambeau soit repris. Et bien repris.

Laurence Faron et Mélanie Decourt

Laurence Faron et Mélanie Decourt se sont lancées dans l’aventure un peu par militantisme, mais en vraies professionnelles de l’édition dont elles viennent toutes les deux. « Nous voulions travailler avec les mêmes armes que les autres, en proposant des livres de qualité, mais c’est vrai que nous avons du nous lancer un peu en aveugle« .  Autrement dit, avec foi. Talents hauts, c’est une double ligne éditoriale. Livres bilingues, sans traduction : on alterne un chapitre en anglais, un en français et c’est l’envie de connaître la suite qui permet d’apprendre. L’autre ligne éditoriale, c’est la lutte contre les stéréotypes sexistes, en proposant des histoires qui renversent les clichés. Depuis le premier livre, « La princesse et le dragon » (vendu à 4.500 exemplaires), qui présente une princesse pas du tout passive et sotte, jusqu’au prochain album à paraître, « Samiha et les fantômes », soutenu par Amnesty International et qui aborde la question du voile intégral, les éditrices choisissent des auteures et illustrateurs qui respectent l’égalité et donnent d’autres modèles aux petits lecteurs et petites lectrices que les histoires traditionnelles.

Chez elle, on lit au dos de chaque livre : pour les filles ET les garçons. Alors pourquoi est-ce nécessaire ? parce que toutes les études récentes, montrent « que les enfants préfèrent s’identifier à des héros de leur sexe ». D’où la rareté des livres mixtes. Ou quand ils sont sensés être mixtes, ce sont les garçons qui sont plus nombreux. « On ne sait pas vraiment pourquoi, mais les parents et les éditeurs, croient que c’est impossible pour un garçon de s’identifier à une héroïne que l’inverse« , explique Mélanie Decourt.

Alors c’est vrai, depuis les années 1990, on a vu se développer de nombreux livres pour les petites filles, qui ne présentent quasiment que des héroïnes et sont invariablement des princesses… tout en rose et se préoccupant d’être belles et de savoir se maquiller. Ici, il ne s’agit pas de cela, mais bien de faire des livres pour les garçons ET les filles…

De fait, les études, en particulier celles de Sylvie Cromer dans les années 1990, montrent sans ambiguité qu’il y a beaucoup plus de héros que d’héroïnes, que c’est encore plus vrai pour les personnages secondaires, il y a très peu d’adultes femmes dans les albums jeunesse, et quand ce sont des adultes femmes, ce sont invariablement des mamans…qui restent à la maison, et s’adonnent aux tâches ménagères, pendant que le père travaille…

En cinq ans, Talents hauts a déjà édité 60 titres (pour les deux lignes éditoriales), déclinés en collections par âge. Et si on l’imagine, la route est longue et difficile, « une maison d’édition qui est toujours là au bout de 5 ans, c’est déjà bien », explique Laurence Faron, Talents hauts s’affirme petit à petit comme la référence sur ses deux lignes éditoriales.  Elles sont connues dans les réseaux féministes (Mélanie Decourt a dirigé Mix-Cités en 2000), mais pas seulement. Elles ont un distributeur national et sont très présentes en librairie, où les auteurs viennent souvent dédicacer les livres (voir le dernier événement le weekend dernier à Pantin, à La malle aux histoires). Elles tentent aussi d’être présentes dans le scolaire, ce qui n’est pas facile…la place étant souvent prise par les grandes maisons! Mais les personnels enseignants font parfois appel à Talents hauts, et dans le Val-de-Marne, elles organisent, en partenariat avec le Conseil général, un concours de la meilleure histoire non sexiste, « Lire égaux », ouvert aux classes de CP et CE1, qui se déroule sur une année, et donne lieu à publication. (la deuxième édition est en cours).

Pour tous les parents qui ont envie de donner à lire à leurs enfants autre chose que les modèles de reproduction des stéréotypes sexistes, et pour tous ceux qui, en découvrant les publications de Talents hauts, réalisent tout d’un coup que les princesses ne sont pas obligées d’être faibles et secourues, que les mamans aussi travaillent, etc…

Sandrine Goldschmidt

Advertisements

3 réflexions sur « Talents hauts : enfin des livres jeunesse non sexistes! »

    1. Peut-être cela pourrait valoir le coup de contacter les responsables de talents hauts (en photo), pour voir comment être relais dans votre région ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s