Elele ferme, appel à la mobilisation le 9 avril !

L’association Elele, Migrations et cultures de Turquie va fermer. Le 8 avril, le tribunal devrait désigner un liquidateur et c’en sera fini d’une association essentielle dans l’environnement de la lutte contre les violences faites aux femmes. En cette année où celle-ci a été décrétée « grande cause nationale », c’est un nouveau très mauvais signe. Elele, outre ses activités d’accueil pour toutes les familles turques vivant en Ile-de-France, d’aide aux primo-arrivants et actions culturelles à destination des enfants, était la seule association turque à accueillir les femmes victimes de violences.  Pour la directrice du FIT (centre d’hébergement et de réinsertion pour femmes à Paris 3ème), Marie Cervetti, c’est une catastrophe.

« Parce qu’elles faisaient un travail de terrain magnifique. Elles étaient très bien repérées dans la communauté, les jeunes femmes concernées les connaissaient. Ensuite, elles faisaient un excellent diagnostic et parvenaient à les mettre à l’abri. Et elles continuaient à les aider enfin dans leurs démarches, dans le suivi juridique, ce qui nous permettait à nous de commencer très vite notre travail d’insertion« . Ainsi, Elele aiguillait les jeunes femmes d’origine turque vers les centres d’hébergement les plus adaptés, comme le FIT, et permettaient à des jeunes femmes victimes de violence non seulement d’échapper plus vite à un mariage forcé ou à un époux ou une belle-famille violents, mais aussi de s’insérer très rapidement.
Marie Cervetti donne l’exemple de cette jeune femme, « arrivée au FIT par le biais d’Elele il y a 7/8 mois ne parlant pas un mot de français, et qui aujourd’hui tient une conversation sans problèmes. » Ou cette autre, mariée de force, victime de violences, qui a reçu des cours intensifs de français et aujourd’hui est prête à devenir coiffeuse.

Sans Elele, nous dit-elle, vers qui pourront se tourner ces femmes ? « elles seront véritablement enfermées chez elles ».

Elele faisait en outre partie du réseau « Agir avec les femmes », qui réunit quatre associations (Elele, le  Gams, groupe d’action contre les mutilations sexuelles, l’Asfad, Association de solidarité avec les femmes algériennes démocrates, et Voix de femmes était en train d’aboutir à la création d’un foyer d’hébergement spécifique pour les femmes en situation de mariages forcés, dont l’ouverture est prévue en 2011. Pour Justine Rocherieux du Gams, cette fermeture est « lamentable, c’est le fruit d’une politique qui n’a aucun sens ». D’autant que, dit-elle, « c’était la seule association turcophone très claire vis-à-vis des questions de laïcité et de violences faites aux femmes, qui oeuvre depuis 25 ans dans ce sens, et avec qui allons nous travailler maintenant. Avec des associations communautaristes ? » D’ici quelques jours, le réseau devrait faire un communiqué pour dénoncer la fermeture de l’association turque.

Alors pourquoi l’association ferme-t-elle ? C’est simple, plus assez de subvention pour assumer les frais fixes de fonctionnement, avec 9 salarié-es, des locaux dans le 10ème, et l’accueil de plus de 6000 personnes par an. L’Acsé, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances,  a diminué sa subvention, la direction de l’Accueil, de l’Intégration et de la Citoyenneté (dépendant du ministère de l’Immigration…), qui avait promis en décembre de reconduire la subvention, a annoncé en mars qu’elle ne verserait rien. L’association devrait maintenant attendre d’avoir la réponse pour obtenir des fonds après avoir répondu à divers appels à projet, ce qui n’est pas suffisant pour la faire tourner. Pour la préfecture, explique la directrice d’Elele, Gaye Petek, l’association, qui est d’abord un lieu d’accueil dans le 10ème, « ne correspond pas aux critères du soutien actuel à la politique d’égalité des chances de Mme Amara, qui doit se situer dans les quartiers ».

Pour Marie Cervetti, dans le cas des violences faites aux femmes, cela n’a aucun sens : « on ne peut pas faire de politique de prévention ou d’accueil dans les quartiers eux mêmes. Les femmes n’oseraient rien dire, trop proches de leur environnement ».

C’est donc la fermeture qui s’impose, et il n’y a aucun espoir selon la directrice d’Elele. « On n’espère rien du tout. On ne veut pas d’une enveloppe bouée de sauvetage qui nous permettrait de tenir trois mois. On ne peut pas sauver l’association. C’est profondément politique« . Et le chômage pour les salariées, de jeunes femmes d’origine turques, qui étaient aussi un exemple pour les autres femmes de la communauté, qui voyaient que des femmes turques aussi pouvaient dire non et s’élever contre la violence…

Ainsi, la seule association turque à recevoir des femmes victimes de violence va disparaître, c’est une triste nouvelle. L’association appelle à la mobilisation le 9 avril à 18h30 devant la mairie du 10ème à Paris, pour protester contre la politique actuelle du gouvernement « qui nivelle par le bas », explique Gaye Petek.

Sandrine Goldschmidt

Communiqué de presse Elele

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2 réflexions sur « Elele ferme, appel à la mobilisation le 9 avril ! »

  1. je suis absolument consternée par cette nouvelle que j’ai apprise très récemment. Pouvez-vous transmettre ceci à Gaye dont je n’ai pas l’adresse et que j’estime beaucoup. Je ne pourrai manifester auprès d’Elele, ne vivant plus à Paris mais en Vendée. MErci de vos info et j’espère que les services compétents comprendront l’inanité de la suppression de leur subvention. Bien à vous. Juliette Minces

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