« Mon oeil », conscience d’un monde en devenir

Des ronds dans l’O a sorti au mois de mars le roman graphique de Florentine Rey, « Mon oeil ». Le livre a reçu le prix Olympe de Gouges, décerné chaque année par la ville de Montauban pour un projet qui rappelle et prolonge l’action d’Olympe de Gouges en faveur des Droits des Femmes. Il raconte le parcours d’un groupe de personnages, qui cherchent à donner du sens à leur vie; au départ, deux amies constatent les inégalités hommes-femmes et font appel à l’Oeil, pour essayer de comprendre l’absence des femmes et la hiérarchie des sexes dans l’histoire…Elles reçoivent des jetons, et vont à la rencontre d’Olympe de Gouges, De Gaulle, Claire Demar, Napoléon, Zemmour…et finissent par vouloir une révolution, pacifique et individuelle, qui passe par l’égalité près de chez soi, en se réappropriant son environnement, en une sorte de petite communauté écolo-féministe…

RENCONTRE AVEC L’AUTEURE, FLORENTINE REY

Florentine Rey est modeste. Elle ne se met pas trop en avant. Pourtant, son parcours, son exigence, sa perpétuelle recherche de la juste expression, ont de quoi séduire. Une exigence qui ne rend pas toujours la vie facile, mais sans doute le chemin plus intéressant. Et en perpétuel mouvement. Convergences.

Stéphanoise d’origine, Florentine Rey a commencé par faire du piano intensif (en parallèle avec la classe, aménagée), puis la même hypokhâgne que moi à Lyon (quelques années après), études qu’elle a trouvé un brin rigides mais où elle a découvert la philosophie…avant de s’attaquer à l’Ecole supérieure d’Art de Cergy, école expérimentale, qui lui permettait une plus grande palette d’expression. Et elle est devenue artiste férue d’innovations et de nouvelles technologies.

Son domaine, les installations interactives, qui l’ont amenée à se lancer dans une aventure créatrice…d’art et d’entreprise. Elle crée une petite société, constituée d’artiste (elle), mais aussi d’un ingénieur, d’un paysagiste, d’artistes développeurs. Elle utilise des protypes, des logiciels, des capteurs de mouvements, (voir ce que dit Blog.Kazah de l’oeuvre « Parloir » dans l’abbaye de Maubuisson en 2002, ci-contre).

Son association devient en effet rapidement une société, et elle s’installe au château d’Hérouville. Mais la petite structure prend de l’ampleur et devient difficile à gérer. Florentine a bien aimé l’aventure de cheffe d’entreprise, mais ne voulait pas être que cela.

« Au début j’étais plasticienne en même temps, j’ai pu voyager, montrer mon travail en Inde, au Québec, au Japon. Mais après je n’avais plus le temps ».

Elle décide alors de changer de vie, et de suivre l’envie d’écrire qui la taraude de puis longtemps. Elle met fin à l’aventure de la société et retourne vivre dans sa région natale, près de Saint-Etienne. Elle se consacre à ses deux premiers romans, Blandine-Marcel et Blandine-Marcel 2, publiés aux éditions Michalon (voici extrait du résumé du premier : « Petit personnage curieux, fantaisiste, un brin pervers mais singulièrement touchant, le héros-héroïne, double imaginaire d’une femme-enfant…), et peu à peu la rattrape un questionnement qui était en filigrane depuis le départ : celui de la place des femmes dans la société.

« Déjà dans mes performances, je m’étais intéressée à la question du corps, des exigences du féminin, les vêtements… Je pensais que cela passerait, mais en fait, c’est devenu plus fort. J’ai eu envie de faire un essai, mais je trouvais que la forme était trop radicale et violente. Ce n’était pas pour moi une forme très appropriée, je manquais de distance. Alors j’ai cherché une forme qui pouvait  mieux me correspondre et je suis allée vers le roman graphique« .

C’est ainsi qu’est né « Mon oeil », qui, même si, édité par Des ronds dans l’O, la maison d’édition de Marie Moinard (dont je parlerai ici très bientôt, et qui a déjà livré récemment l’excellent « En chemin elle rencontre »), il se retrouve dans les rayons BD, il n’en est pas tout à fait une, plutôt un essai graphique…où des femmes, veulent comprendre la société patriarcale et apporter leur pierre au changement. Pourquoi ce choix ?

« Je voulais mettre en place un système graphique au service du texte. Je voulais parler de ces destins de femmes, dont on parle trop peu, mais le faire de façon « non rasoire ». Il fallait que ces personnages soient simples, je ne voulais pas m’aventurer vers de beaux dessins. J’ai décidé de mettre en place le super-ordi, mais j’ai voulu humaniser la machine, c’est l’Oeil. Il est là, mais il ne juge pas« .

En effet, c’est plutôt un passeur, un révélateur pour ces femmes qui peu à eu vont tenter de le changer le monde qui les entoure, vers un monde qui, peut-être, plairait mieux à Florentine Rey : moins de stéréotypes, se réapproprier sa vie dans la société par le pouvoir de non-achat, retrouver une identité qui n’est pas dictée de l’extérieur.

Et ce qui est bien, c’est qu’elle ne le fait pas non plus que dans sa création artistique. Florentine Rey, qui doit aussi penser au quotidien, anime à Lyon et en région lyonnaise des ateliers d’écriture très ouverts, dont certains avec des jeunes femmes de BTS secrétariat (où il n’y a aucun homme). « Dans les premiers textes, elles parlaient beaucoup de mariage, et leur vie de femme s’arrêtait là. Au début tout est fermé, cela se voit dans leur comportement. Au fil de l’atelier, je les fais s’interroger sur elles mêmes, et peu à peu, elles comprennent qu’elles sont plus que ça, qu’elles peuvent être les initiatrices… »

En perpétuelle quête, comme nous, comme Florentine, parce que le plus beau c’est l’ouverture, et le chemin…

Sandrine Goldschmidt

(Photo F.Rey par Sandrine Goldschmidt)

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Une réflexion sur « « Mon oeil », conscience d’un monde en devenir »

  1. Ca m’ adonné envie d’aller voir ces dessins-textes d’une lyonnaise et Rey de surcroît! Pas banal tous ces blogs dans la mare.

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