8 fois debout, plus jamais à terre ?

8 fois debout, parle de précarité, et des personnes qui ne parviennent pas à se fondre dans une certaine hypocrisie exigée par le monde qui nous entoure, en particulier le monde du travail. Dans cette société où la précarité des femmes est en pleine explosion, où le nombre de femmes sans domicile est passé de 10 à 18% en un an, l’histoire d’Elsa est un bel exemple. Mais ce n’est pas une histoire sociale ou réaliste, c’est avant tout un portrait de femme, d’une femme traversée par un sentiment d’inadaptation au rôle qu’on attend d’elle.

Interpretée par une Julie Gayet lumineuse (comme toujours), qu’on voit tomber 7 fois à terre et se remettre debout.. Elle incarne à merveille les sentiments qui traversent l’héroïne du film de Xabi Molia. Elsa est percutée par une réalité dans laquelle elle ne parvient pas à s’inscrire, malgré ses efforts. Elle est éjectée de son appartement, arrive au terme du soutien psychologique qu’elle reçoit, fait du travail au noir et ne parvient pas à se faire embaucher. Elle arrive à un point de sa difficulté de vivre où elle n’a plus de soutien. Elle tombe dans la rue, on ne la relève pas. Elle demande à son cousin qu’il la rattrape si elle se jette dans le vide, il ne veut pas avoir les bras cassés. Seuls d’autres abîmés parla vie, comme son alter ego Matthieu, joliment interprété par Podalydès,  semble la comprendre. Mais il n’est pas mieux loti qu’elle, et ne peut qu’être un compagnon pour plus tard.

C’est en tout cas seulement quand elle se dit qu’elle même a pouvoir sur son destin, et que les autres (ici son fils, qu’elle ne voit qu’un week-end sur deux quand elle s’imagine la force de s’occuper de lui), peuvent avoir besoin d’elle, telle qu’elle est, qu’elle entrevoit l’espoir de s’en sortir.

Elle parvient alors à accepter ses faiblesses (devenue vendeuse, elle reconnaît en riant qu’elle est la plus nulle de toutes les vendeuses), qu’elle peut enfin espérer être là, dans sa vie, présente à elle-même.

Un joli film qui pourrait n’être que triste, qui parvient souvent à nous faire sourire, et finalement à nous laisser l’espoir que chacun, chacune, puisse y trouver une place, pas forcément la plus brillante, mais juste.

Sandrine Goldschmidt

(photo D.R)

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5 réflexions sur « 8 fois debout, plus jamais à terre ? »

  1. Bravo pour la rapidité et la pertinence de l’analyse . Le terme d’hypocrisie me paraît cependant un peu fort vis à vis de l’incapacité de ces personnages, et surtout de Podalydes, de s’extraire de leur monde intérieur et de comprendre les mécanismes de cette société. C’est d’ailleurs cet aspect à la fois touchant et caricatural qui nous amène à sourire de certaines scènes qui apparaissent comme de véritables sketches, en particulier lors des entretiens d’embauche.

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