« The Girl’s Own Book » où comment l’habit fait le genre…

En ouvrant la bibliothèque parentale, hier, je suis tombée sur ce volume. « The Girl’s Own Book ». « le livre de la jeune fille ». Un ouvrage scolaire d’apprentissage de l’anglais, destiné aux établissements de jeunes filles. Dessus, un nom : Hélène Martin, c’était ma grand-mère maternelle, née en 1905 à Verdun. Le livre, lui, date de 1919, elle avait donc minimum 14 ans quand elle l’a eu.

Et je ne résiste pas à vous faire partager deux morceaux choisis dans cet ouvrage : sa préface, et une petite histoire à la fin du livre, tout à fait édifiante. Evidemment, autres temps, autres moeurs. Mais ce qui m’intéresse ici, c’est de retourner aux racines de ce qui fait le combat féministe. Cela aide à comprendre le chemin parcouru, et pourquoi il est si long à parcourir…à l’époque, donc, on n’apprenait pas l’anglais aux filles et aux garçons de la même manière…

Dans la préface, il est donc dit : « ce volume est le premier d’une nouvelle série destinée à l’enseignement des jeunes filles, resté jusqu’ici tributaire, en ce qui concerne les ouvrages de langue vivante, de l’enseignement des garçons ».

Les programmes peuvent être communs. Mais leur interprétation diffère suivant l’auditoire auquel ils s’adressent, surtout dans les classes d’anglais ou d’allemand, où la matière enseignée et la méthode ont besoin de s’appuyer sur la vie quotidienne, les occupations et les goûts particuliers des élèves. En outre, les conditions d’horaires ne sont pas les mêmes pour tous. Les unes ne peuvent réussir à dévorer, à raison de deux ou trois heures par semaine, ce que d’autres ont cinq heures pour s’assimiler à loisir« .

Alors donc, les filles n’avaient besoin que de 3 heures d’anglais là où les garçons en avaient 5…Et surtout, on avait un sacré souci du genre à l’époque ! Là où nous nous plaignons toujours qu’il manque aujourd’hui. Toutefois, il y a une « petite » différence. Alors, l’Ecole était déjà laïque, mais pas encore soucieuse d’égalité filles-garçons. Et si on donnait une éducation aux filles (le lycée de jeunes filles date de la fin du XIXème siècle, c’était dans un but bien précis, comme le montre cette citation d’un texte officiel : « C’est le mérite de nos lycées de jeunes filles de ne préparer à aucune carrière et de ne viser qu’à former des mères de familles dignes de leur tâche d’éducatrices. »

On est loin de la lutte contre les stéréotypes filles-garçons dans les ouvrages et dans l’enseignement…

Le deuxième texte dont je voulais parler est une petite histoire intitulée :

« A BOY IN GIRL’S CLOTHES » : un garçon dans des habits de filles.

Petit résumé de l’histoire. Willy a 6 ans, c’est son anniversaire, il reçoit en cadeau un bateau, jouet qu’il s’empresse avec sa famille, d’aller essayer sur une rivière. Seulement, il est impatient, et pendant que son père « a pris son fusil pour aller chasser et sa mère est partie cueillir des baies » (sans commentaire…) et que son petit frère et le serviteur font la sieste, il se lance seul à jouer avec son bateau, dont le contrôle, bien sûr, lui échappe. Il tente de prendre la barque et se met sur une embarcation de fortune pour essayer de le rattraper. Le voici emporté par les vagues, et se retrouvant à l’eau, heureusement sans conséquences fâcheuses. Ou plutôt, si. Il est trempé. Et il faut lui trouver des vêtements secs. Sa mère va demander au pêcheur dont la maison se trouve à proximité, qui n’a à lui prêter…que des vêtements de sa fille. Il a désobéi, il est donc puni : le voilà contraint de porter des vêtements de fille!

Et c’est là que l’histoire prend tout son sens.

« Tu voudrais que je mette des vêtements de fille ?, dit-il à sa mère.

-oui, tu le dois, dis sa mère, d’un ton ferme. Ce sera ta punition. Tu t’en sors bien, tu méritais le fouet« …

Contrarié, le jeune garçon va dans les bois et rencontre un sportif, qui lui demande un renseignement en le prenant pour une jeune fille. « Je ne suis pas une fille, dit-il. Je suis un vrai garçon« , se défend-il.

Et puis forcément, il tombe sur un groupe de garçons qui le prennent pour la fille du pêcheur (…). Et veulent qu’elle les aide à ramasser des feuilles. Là encore, il se défend d’être une fille. S’ensuit une bagarre… où il ne parvient pas bien à se défendre, ni à s’enfuir, engoncé dans ses vêtements de fille, c’est moins facile…et il crie alors :

« Je ne serai pas une fille ! Plus jamais je ne serai une fille« , retenant difficilement ses larmes.

Sa mère le console en lui disant (quand même!). « Ne pleure pas, les filles sont souvent meilleures que les garçons. Viens et remets tes vêtements, ils sont secs maintenant« .  A nouveau vêtu de ses vêtements de garçon, il se sent à nouveau immédiatement « assez fort pour affronter deux fois plus d’ennemis« .

Tout rentre alors dans l’ordre, et le petit garçon retrouve même son bateau, du nom de Neptune. Et la morale de l’histoire : « Neptune fit encore de nombreux voyages, mais Willie fut beaucoup plus prudent que lors de sa première tentative ».

Eh oui, rien ne pouvait être pire pour ce petit garçon de 6 ans que de se retrouver dans les habits d’une fille pendant quelques heures. Il perdait son identité, sa force, sa mobilité…et cela lui sert de leçon !

Alors, bien sûr, tous les commentaires vont de soi. J’en ferai juste un. C’est drôle, comme ce petit livre montre à quel point la construction du genre est apprise. Qu’on ait besoin, aussi clairement, de marteler : un garçon n’est pas une fille, une fille n’est pas un garçon…alors même qu’on est en train de montrer le contraire…puisque finalement ce que nous dit cette histoire, c’est que ce qui différencie un garçon d’une fille, ce sont ses vêtements…

Je trouve cela joliment ironique…

S.G

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1 réflexion sur « « The Girl’s Own Book » où comment l’habit fait le genre… »

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