Femmes du Caire au bord de la crise de nerfs…

Critique parue jeudi 5 mai sur le site d’information paritaire « Les NOUVELLES news »

A l’heure où les mouvements islamistes voudraient faire interdire « Les mille et une nuits » en Egypte, « Femmes du Caire », de Yousri Nasrallah, qui fait ouvertement référence au chef d’oeuvre littéraire arabe, est bienvenu. Il parle des femmes et de la société égyptienne en traitant ouvertement de questions très souvent passées sous silence, la sexualité -et en particulier celle des femmes- et même l’avortement,qui est montré, et revendiqué. « Je ne voulais pas de son enfant », dit la femme trompée par un haut fonctionnaire depuis nommé ministre.

C’est un film sur la société égyptienne vue au travers du portrait de plusieurs femmes, dans une construction scénaristique pleine de références cinématographiques. Trois femmes vont raconter en direct, à la télévision, leur histoire exceptionnelle à une présentatrice de télévision. Celle-ci, Hebba (interprétée par Mona Zakki, très connue en Egypte), est contrainte, pour ne pas mettre en danger la carrière  de Karim, son mari, qui veut être nommé par l’Etat rédacteur en chef de la presse officielle, de s’écarter des sujets politiques qu’elle traite habituellement sans complaisance. Elle se tourne alors du côté des femmes. Elle en rencontre trois, qui vont bouleverser sa propre vie. Jusqu’à devenir elle même (toutes les histoires racontées dans le film sont inspirées de faits divers réels) le sujet de sa dernière émission. Son mari, convaincu que c’est à cause d’elle et de son émission (qui a tout de même heurté le pouvoir en s’attaquant au machisme et à la corruption), qu’il n’a pas obtenu le poste convoité, la frappe violemment.  En se montrant le visage tuméfié à la télévision, elle parvient à transformer ce fait divers de violence conjugale dont elle est la victime,en fait politique, ce qu’il est bel et bien.

On devait déjà à Wahid Hamed, le scénariste du film,  l’écriture de « l’immeuble Yacoubian », grand film allégorique sur l’Egypte contemporaine. On retrouve la même vision d’une Egypte au pouvoir corrompu où les hommes ne sont porteurs que de destruction, et les femmes les seules, porteuses d’espoir. Elles ne sont pas montrées comme des oies blanches (dans l’histoire des trois soeurs qui fait le corps du film, l’ambiguité sexuelle et amoureuse est intéressante), mais toutes, elles ont refusé l’ordre établi. La première a dit non au mariage (elle devait porter le voile, faire le ménage, donner son argent, en échange de quoi ? D’un mari qui n’était là que…être son mari…) et s’est retrouvée en hôpital psychiatrique, où finalement, elle ne se trouve pas si mal. La seconde a refusé de subir l’humiliation et l’indignité et s’est vengée, la troisième a perdu son argent mais gagné son divorce. La présentatrice enfin, en montrant son visage tuméfié à l’antenne, a révélé le vrai visage de la société égyptienne.

C’est une vision très noire et amère de cette société que Femmes du Caire nous livre, comme l’immeuble Yacoubian avant lui, mais avec une nuance. Ici, la prise de parole par ces femmes, face au pays tout entier, vient réaffirmer que seule la vérité au grand jour peut, un jour, être porteuse de changement.

Retrouvez la fiche du film sur Allocine

Et la bande-annonce http://www.dailymotion.com/video/xcztoc_femmes-du-caire-bande-annonce-vost_shortfilms

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