Aux armes, citoyennes !

Je suis en train de lire « Ce que soulève la jupe », l’excellent dernier livre de l’historienne Christine Bard, présidente de l’association « archives du féminisme » et coordinatrice de Musea le musée virtuel de l’histoire des femmes.

Et comme vous l’avez sûrement remarqué, je suis très intéressée en ce moment par les questions vestimentaires, le vêtement, moyen de montrer ou de se cacher, de se montrer ou de se dissimuler qui prend régulièrement, surtout quand il s’agit des vêtements féminins, des tours politiques.

Christine Bard explique bien comment selon les contextes et les époques, la jupe prend des significations tout autres. Comment aujourd’hui, elle devient presque un symbole de « résistance » de la « féminité » face au pantalon et au voile (et dans sa version extrême, la burqa), qui seraient mieux acceptés chez les jeunes filles.

Et finalement, après tous ces débats sur l’interdiction, pas l’interdiction, je me dis que c’est toujours pareil. On regarde toujours les problèmes à l’envers. Si aujourd’hui, les femmes sont en révolte vestimentaire, c’est parce qu’elles n’osent pas prendre le problème à l’endroit. Parlons clair : parce que quelle que soit la façon dont elles s’habillent, ce sont elles qui sont mises en cause. Elles mettent un pantalon, jean moulant/talons, du maquillage…  à l’adolescence, elles sont traitées de salopes. Il faudrait donc porter un survêtement, ou une burqa, pour échapper à ça. On lit ici ou là que c’est la seule façon d’être respectée. Ou alors, on fait un « printemps de la jupe », où tout d’un coup, toutes les filles se pointent au lycée en jupe. Pour réclamer le respect.

Mais est-ce que ça existe, une salope ? C’est quoi ? Une femme ? Une femme telle que la définissent les garçons, quand et comme ils veulent ? A une époque une femme en pantalon, à une autre une femme trop maquillée, ou encore 343 femmes qui avouent avoir avorté ? Alors dans ce cas là, il y aura toujours une bonne raison. Quoi qu’il arrive, on nous traitera toujours de salope.

A moins qu’on finisse par se rendre compte que le problème, ce n’est pas NOUS. C’est EUX. Qu’il ne faut pas nous changer (au sens propre et figuré), mais bien changer leur façon de nous voir, avec un regard de possession et de contrôle. Non, le problème, ce n’est pas nous. Mais ceux qui se permettent, sous prétexte qu’ils sont nés dans le groupe dominant et parce qu’on leur a appris à y vivre depuis qu’ils sont tous petits, d’insulter des femmes, parce qu’elles sont des femmes.

Tant qu’on continuera à chercher ce qu’on a fait de mal,  on ne s’attaquera pas vraiment au problème. Et pourtant ce serait très simple. IL SUFFIT DE PRENDRE LES ARMES.

Les armes, qui sont les notres, autant que celles des hommes (les anthropologues montrent bien comment historiquement, la domination masculine s’est toujours accompagnée de la confiscation des armes). Avec la première d’entre elles dans une société démocratique, LA LOI. Il faut qu’on réclame son application, qu’on porte plainte, et qu’on se batte jusqu’à ce qu’elle soit appliquée. Il y en a une qui l’a compris, c’est Sampat Pal, cette indienne qui a créé le gang des saris roses, des femmes avec bâton qui obligent les autorités à respecter les lois, pour défendre les femmes et les basses castes.

Si on est insultée parce qu’on s’habille comme on veut,  on peut dire que ce n’est pas acceptable. Mais la solution, ce n’est pas une journée de la jupe. Ca n’est pas une amende pour port de burqa. C’est de porter plainte contre les violences subies auprès des autorités responsables. Les professeurs, les autorités scolaires, les parents, puis la justice si besoin.

Quand un garçon insulte une fille à l’école, il doit être sanctionné pour ça. Ce sera la seule façon qu’il pense que c’est peut-être lui qui a un problème, pas la fille en face de lui. Si un homme tape sa femme, il faut qu’il soit condamné pour ça. Il faut porter plainte, et qu’il soit condamné. Tant qu’il ne le sera pas, il continuera à dire que sa femme l’a bien cherché. Si une femme a un moindre salaire que son collègue sans raison autre que son sexe, il faut qu’elle prenne l’habitude de porter plainte (le nombre de plaintes de femmes à La Halde venant de femmes pour des discriminations sexistes est très faible, alors même qu’on sait que les écarts de salaires sont ultra-persistants). Sinon rien ne changera.

Et une fois qu’on aura porté plainte, il faut exiger, par tous les moyens, que la loi soit respectée, ce que font si bien certaines associations féministes qui accompagnent les femmes victimes (je pense, par exemple, à l’AVFT, association contre les violences faites aux femmes au travail). Il faut que les autres femmes, et tous les hommes de bonne volonté, se mobilisent pour les soutenir.

Et si le vrai courage politique aujourd’hui, c’était de faire une campagne d’actions pour qu’on ne tolère plus l’intolérable (je reprends certaines formulations lues à propos de la burqa), c’est à dire qu’on ne tolère plus, sous prétexte d’humour, d’air du temps ou que jeunesse se passe, que ce soient les filles, et plus tard les femmes, qui paient le prix de l’irrespect des lois et de la dignité humaine dont se rendent coupable certains garçons et certains hommes, et ce à tous les niveaux, dans toutes les sphères et dans tous les lieux de la société ?  Il est temps de prendre les armes.

Sandrine Goldschmidt

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