Et si Polanski n’était pas extradé ?

Il paraît, c’est lui qui le dit (mais ça doit bien pouvoir se vérifier auprès de la justice américaine), que Polanski avait purgé sa peine de 42 jours de prison. Il paraît, et c’est BHL qui le dit, que pour un crime sexuel en 1977, cette peine de 42 jours était sévère. Il paraît, que le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, est un menteur (c’est le texte de la pétition qu’il a lancé auprès des festivaliers de Cannes qui le dit).

Il paraît, que c’est terrible, parce que Polanski est le seul criminel sexuel à être aujourd’hui derrière les barreaux (enfin, assigné à résidence) alors que c’est 33 ans après les faits, alors que des vrais méchants comme Berlusconi, les prêtres pédophiles (tiens, eux aussi, c’était il y a longtemps, non ?), sont libres.

Vous trouvez que ça ressemble à des arguments, vous ? Ce n’est pas parce que Berlusconi ou un prêtre pédophile n’est pas pour l’instant jugé qu’un autre homme doit ne pas l’être. Ce n’est pas parce que Polanski a écrit une lettre, fut-elle bien écrite (ça fait partie des arguments de BHL sur Europe 1, si, si, voyez cette video sur le site), qu’il dit la vérité.

Mais vous savez quoi ? Il y a pire. Il y a une femme, Charlotte Lewis, qui a affirmé avoir été abusée sexuellement par Polanski à l’âge de 16 ans. Bien sûr, ce n’est pas parce qu’elle le dit que c’est vrai. Cela n’a pas été jugé, alors on ne sait pas. Mais vous savez ce qu’il en a dit,  BHL ?

« Le plus vraisemblable est que cette histoire est un mensonge pur et simple. Cette histoire n’a existé que dans l’imagination de cette jeune femme. Il estime que Charlotte Lewis « exerce un chantage de dernière minute ».

Non mais pour qui il se prend ? Pour la vérité immanente ? Qu’est-ce qui lui permet de dire ça, à notre auto-déclaré philosophe national ? Sur quoi il se fonde ? Passe encore que l’avocat de Polanski dise ça, c’est son boulot, mais BHL ?

Et pourquoi il trouve ça bizarre qu’elle n’en ait pas parlé avant ? Il n’a donc jamais entendu parler de ce que vivent les victimes d’abus sexuels, lui qui sait tout ? Du déni ? De la culpabilité ?  De la lutte pour obtenir l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur les enfants, justement parce que les mineur-es, sous emprise, ne sont pas capables de parler, et souvent avant des décennies ? Que c’est justement ce qui fait la différence en la matière entre la France et beaucoup d’autres pays, dont celui qui nous intéresse ici, les Etats-Unis, où il n’y a pas de prescription ?

Le monde à travers un regard, association de luttre contre l'inceste et la pédocriminalité

Là encore, on voit qu’il s’intéresse à la « victime de la justice californienne Polanski », mais qu’il ne s’est jamais intéressé aux victimes d’inceste et d’abus sexuels. Que l’emprise peut durer longtemps, très longtemps. Ne pourrait-il pas y avoir une explication très simple au silence de Charlotte Lewis ? Une explication qui m’est venue par une photo circulant sur Twitter, de l’actrice posant en une de Playboy, et qui bien sûr, est là pour mettre en doute ses accusations. Alors peut-être que tout simplement elle ne s’est pas sentie légitime, pendant longtemps, pour parler, parce qu’elle s’imaginait que si elle posait pour ce genre de magazines, on ne la croirait pas.

Parce que les femmes trouvent toujours une bonne raison pour se dire que c’est de leur faute, si elles sont abusées, violées. Qu’elles ont dû faire quelque chose de mal. Que peut-être, si elles se sont parfois prostituées pour survivre, ou pour réussir, elles n’ont pas le droit de se plaindre. Mais le viol est un crime, quelles que soient les circonstances ! On n’a pas plus le droit de violer une prostituée que l’on ne peut dire de la jeune femme qui a été violée par Mike Tyson, c’était de sa faute parce qu’elle est venue dans sa chambre (ce qui a souvent été entendu, lors de prêches dans des églises américaines, voir l’excellent NO! The Rape Documentary d’Aishah Shahidah Simmons) !!!

Et BHL pourrait aussi s’imaginer que Charlotte Lewis puisse s’être dit, comme trop de femmes, qu’on ne la croirait pas. Peut-être qu’il lui a fallu tout ce temps, et sûrement, un appui de la justice californienne, pour se dire qu’elle pouvait parler. Peut-être aussi qu’elle ment, je ne  me prononcerai pas. Mais je ne vois pas pourquoi BHL se permet, lui, de tels commentaires.

Mais ce qui est le plus grave, c’est que cette référence intellectuelle française, avec une attitude pareille, envoie un message aux victimes qui risque de les enfermer dans leur silence. Pour pouvoir parler, il faut se sentir soutenu-e par les autorités morales. Et là, il se pose en autorité morale qui ramène l’inceste et le viol sur des enfants ou des mineurs à l’état de fantasme où il a trop longtemps été cantonné.

Et du coup, aujourd’hui, si la justice suisse décidait de ne pas extrader Polanski, ce serait un message catastrophique pour toutes les victimes.

Sandrine Goldschmidt

Pour en savoir plus sur le film NO!

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15 réflexions sur « Et si Polanski n’était pas extradé ? »

  1. Très bon article. En effet, on a tout entendu, et surtout n’importe quoi, pour disculper Polanski : que la victime lui avait été vendue par sa mère, qu’on s’acharnait contre un homme connu, etc. J’espère aussi qu’il sera extradé, et quel qu’en soit le verdict, qu’il y aura un procès, réel, où il aura à se présenter. À la justice ensuite de se prononcer sur la peine qu’il mérite : car c’est ce qu’oublient BHL et tous les gens qui l’excusent : que ce n’est ni à eux (ni à nous d’ailleurs) de se prononcer sur ce qui doit se passer, mais à la justice d’un état de droit.

    C’est bien pour cela qu’on a des systèmes judiciaires complexes et qui prennent leur temps : pour que ce ne soit pas à chacun, selon ses amitiés ou ses désirs, de décider de qui a bien ou mal fait, mais pour que des professionnels, connaissant la loi, préparent des dossiers en ayant connaissance des faits et des éléments de décision, et pas seulement des racontars et bruits divers, et qu’ils puissent ainsi amener les jurés à prononcer une sentence en conformité avec la loi, applicable à tous, reconnue par tous.

    C’est là où les gens qui plaident contre l’extradition sont en porte-à-faux : ils plaident pour que la loi ne soit pas respectée – les autres demandent simplement à ce que la loi soit appliquée et qu’il y ait un procès juste, pas à ce qu’on s’acharne sur Polanski ni à ce qu’il soit assis sur la chaise électrique d’office.

    Pour terminer, tout autant que BHL, je trouve écoeurante la liste des gens qui ont signé la pétition, que j’étais allé regarder peu après son lancement : on y retrouve tout le show-biz. C’est déplorable qu’il y ait eu aussi peu de voix connues pour rappeler au simple respect de la loi – sans parler des officiels tels le ministre de la culture. Par contre, la majorité des commentaires d’internautes sur les listes de discussion des journaux demandaient une extradition suivie d’un procès – bien entendu, ces commentaires sont peu (très très peu) relayés par les médias – en tout cas infiniment moins que BHL et les protestations quasi unanimes des gens connus, qui eux ne forment qu’une infime minorité de la population.

    Selon que l’on se croit faible ou puissant, on voit la loi comme une protection ou comme un frein à ses désirs.

    1. Oui, la liste des pétitionnaires fait froid dans le dos. Je n’en parle pas ici parce que ce sont les arguments soulevés par BHL qui m’ont fait réagir et que c’est l’angle du papier. Mais juste avant que je me mette à écrire, sur mon « mur facebook », il y a eu avalanche de commentaires sur cette fameuse liste, alors que je soulignais le courage de Sandrine Bonnaire, disant en direct su France 3 qu’elle ne signerait pas.
      Pour la pétition avec tant de noms du show biz, Il s’agit de celle qui a été lancée par la SACD, http://www.sacd.fr/Le-cinema-soutient-Roman-Polanski-Petition-for-Roman-Polanski.1340.0.html qui diffère un peu en ce qu’elle s’insurge contre « les méthodes de l’arrestation » et en ne s’intéresant pas au motif de l’arrestation, ce qui à mon avis porte l’hypocrisie très très haut.
      J’avais écrit à la SACD à l’époque, qui m’avait répondu en ce sens. On dirait qu’arrêter un artiste dans un festival est un crime! Peut-être une méthode un brin spectaculaire alors qu’on aurait pu l’arrêter chez lui, et que l’humiliation n’est recommandable pour personne.. Mais ce n’est pas tout à fait la même chose quand même que d’arrêter un enfant de parents sans papier polyhandicapé à l’hôpital.

  2. Bonjour, merci d’avoir écrit cet article. J’ai tout comme vous été stupéfait par les propos de BHL. BHL celui qui sait tout sur tout et qui excommunie ceux qui ne signent pas sa pétition.

  3. Dans votre article vous critiquez BHL qui a pourtant dit bien des choses pertinentes.

    Ainsi il vous semble particulièrement grave que BHL estime que l’accusation proférée par Madame Lewis soit entièrement fausse et relève de l’imagination. L’encre des communiqués de presse annonçant ces accusations n’avait pas encore séché que beaucoup y voyaient déjà une sorte de preuve contre Roman Polanski. Or il semble aujourd’hui que BHL a eu raison et le meilleur témoin en est Madame Lewis elle-même qui fait son récit dans une interview exclusive au Daily Mail.

    http://www.dailymail.co.uk/femail/article-1278722/I-forgive-Polanski-Im-telling-truth-Roman-knows-Actress-Charlotte-Lewis-claims-abused-director-16.html

    Elle y explique en résumé que Polanski lui aurait fait dans son appartement parisien des avances qu’elle a d’abord refusées. Après avoir quitté librement les lieux, elle est allée chez une amie mais est retournée chez Polanski ensuite parce que sinon elle n’aurait pas obtenu de rôle dans son futur film « Pirates ». De plus il aurait été méchant avec elle sur le tournage. Ce récit qui ne justifie déjà pas les accusations d’abus lancées par conférence de presse est de plus en contradiction flagrante avec d’autres déclarations élogieuses qu’elle a faites sur Polanski par le passé et qui sont désormais bien connues. Alors BHL a-t-il vraiment eu si tort ?

    Lorsque vous avez publié votre article, la nouvelle n’avait pas encore deux jours et déjà vous spéculez sur les raisons qui auraient poussé Madame Lewis à attendre plus d’un quart de siècle pour faire ses révélations (même si vous parlez sous une réserve qui s’impose).

    Par ailleurs, j’observe dans votre article (tout comme dans la réponse de Lulu) une vision où les rôles sont clairement définis: il y a le criminel, les victimes et la justice. Il faut rappeler qu’une personne qui lance une accusation n’est pas de ce seul fait une victime, mais d’abord une accusatrice ou, dans le cas d’une procédure judiciaire, une victime supposée. Quelles que soient les circonstances, la charge de la preuve repose sur l’accusation. Et mettre en doute une accusation lancée à grand fracas médiatique ne signifie pas enfermer les vraies victimes dans le silence. Or votre texte incline vers l’amalgame entre les vraies victimes dans d’autres affaires et Madame Lewis qui n’a pas peur de se contredire et qui a encore toutes les preuves à apporter (si tant est que cela soit possible). Il y a là une façon de mettre Polanski sur le banc des accusés pour un délit qui n’est pas prouvé et que par ailleurs Madame Lewis ne cherche pas à faire passer au tribunal. Elle veut juste « aider » la Justice californienne et donner à Polanski ce qu’il « mérite ».

    Revenant à l’affaire de 1977, il me semble que Roman Polanski ne cherche pas à échapper à la Justice mais plutôt à la Justice californienne dont les débordements fantasques dans cette affaire sont nombreux et intolérables. A lire votre billet et celui de Lulu, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que la Justice humaine est une entité idéale, toujours égale à elle-même peu importe sous quels cieux et par quels hommes elle est exercée. Rappelons-nous que la Californie est un Etat qui pratique la peine capitale ; qu’aucun condamné à mort n’y a été gracié depuis 1967 ; qu’un justiciable qui a déjà été condamné pour deux crimes pour lesquels il a accompli sa peine est censé être condamné automatiquement à une peine de 25 ans à perpétuité lors du troisième délit (même si c’est un simple vol au supermarché) ; qu’encore aujourd’hui la majorité sexuelle y est de 18 ans et que tout rapport sexuel impliquant un mineur est punissable (tant pis pour deux jeunes consentants de 17 ans). L’océan Atlantique est un fossé culturel.

    Rappelons-nous que les errements narcissiques du juge en 1977 ont été tellement exubérants que l’avocat de Polanski et le procureur Gunson ont conjointement demandé et obtenu le dessaisissement du juge peu après le départ de Polanski des Etats-Unis. Rappelons-nous que tous les experts judiciaires mandatés à l’époque ont eu une image très positive de Polanski et ont recommandé de ne pas l’envoyer en prison ; rappelons-nous que le juge s’était engagé à suivre leurs recommandations.

    Acceptons l’idée qu’il y a de bonnes raisons de penser que les procureurs en charge aujourd’hui ne jouent pas cartes sur table.

    Acceptons l’idée que ceux et celles qui se prononcent aujourd’hui en faveur de Polanski ne le font pas par déni de justice mais au contraire parce qu’ils réclament Justice. On peut réclamer que Justice soit rendue et demander la libération de Roman Polanski.

  4. Monsieur commentateur (ou madame, je ne sais pas, ce n’est pas signé), je vous réponds ici avant de refaire un article que votre commentaire m’inspire… avez-vous bien lu l’article dont vous donnez le lien ? (et je vous en remercie).
    Il me semble à moi qu’il vient confirmer de point en point mes « spéculations ». Qui n’étaient pas des affirmations sur l’affaire, mais simplement la mise en avant qu’en tant que simple témoin médiatique, les mêmes faits peuvent donner lieu à diverses interprétations. C’est BHL qui en choisit une, qui me semble typique de cette société qui ne parvient pas à dire les choses telles qu’elles sont, qu’un homme de 43 ans qui couche avec une jeune femme de 13 ans, quel que soit son passé, commet un crime. Et que même si il affirme qu’elle était consentante(droguée et alcoolisée, en +…), elle n’avait que 13 ans et donc qu’elle ne l’est pas.
    Combien de fois faudra-t-il le répeter ?
    Pour ce qui est de la justice californienne, si effectivement, elle est si loin de la justice que cela, les Suisses n’auront pas besoin de BHL pour s’en rendre compte.

    Je ne m’acharne pas contre Polanski, mais je m’acharnerai toujours à essayer de faire porter haut et fort et par de plus en plus de monde ce message, et tant pis si je passe pour une idéaliste, je sais que cette vérité fait du bien à entendre, et il est plus que temps qu’on l’entende : UN ENFANT N’EST PAS CONSENTANT, ne le sera jamais (la justice parle de « consentement apparent » et d’atteinte sexuelle, qui peut être punie de 5 ans d’emprisonnement.
    Pour moi, je vais plus loin, je ne vois pas pourquoi la majorité sexuelle est à 15 ans, alors que la majorité politique est à 18 ans. En tout cas, à 43 ans, on est ADULTE, et l’on doit s’assurer du consentement explicite de son/sa partenaire avant d’avoir des relations sexuelles. C’est à dire que si on est homme de pouvoir et qu’on cherche à avoir des relations sexuelles avec les personnes qui nous entourent et qu’on utilise pour cela des pressions en rapport avec l’obtention de postes de travail (le cinéma, c’est un travail, non ?), on est hors-la-loi.
    Reste que Polanski dans cette dernière affaire est présumé innocent. Je ne me prononcerai donc pas. Je souhaite juste que la justice puisse faire son travail.

    1. @sandrine 70

      Vous écrivez « …les mêmes faits peuvent donner lieu à diverses interprétations. C’est BHL qui en choisit une, qui me semble typique de cette société qui ne parvient pas à dire les choses telles qu’elles sont, qu’un homme de 43 ans qui couche avec une jeune femme de 13 ans, quel que soit son passé, commet un crime. »

      Il me semble que la majorité des soutiens de Roman Polanski reconnaissent cela. En plaidant coupable sur le moins important des chefs d’accusation initiaux dans le cadre de l’accord conclu en 1977, Polanski l’a également admis. Ceux qui parlent aujourd’hui en faveur de Polanski, et je me compte parmi eux à mon niveau, estiment que ce qui est en débat aujourd’hui, c’est le traitement judiciaire de l’affaire. Il y a des raisons de penser que justice peut être rendue si cet accord est définitivement entériné maintenant, même en l’absence de Polanski. Il y a également des raisons de penser qu’aussi bien en Californie qu’en Suisse il y a des considérations extrajudiciaires qui influencent le traitement de ce dossier.

  5. A quand un « Manifeste des 343 salauds », avouant par solidarité avec le cinéaste avoir eux-mêmes violé/sodomisé des adolescentes et mettant l’État au défi de leur intenter des poursuites? Cinéastes, ministres, évêques, écrivains, les médias people en feraient leur beurre… « Vous avez signé? » « Non, mais je suis sur la liste d’attente… »

  6. À commentateur 345 : donc, comme VOUS décidez que la justice de Californie n’est pas parfaite (et quelle justice le serait, selon vous ?), VOUS prenez la justice entre vos mains, vous qui connaissez bien à la fois l’affaire et la loi de Californie, mieux que les juges, jurés, avocats locaux, vous qui avez eu accès à tous les documents et étudié le dossier, et surtout surtout, avant tout, vous qui n’êtes mandaté par aucun état et ne représentez personne (mais qu’importe, car vous, vous avez accès à la justice supérieure, celle qui est parfaite), vous acquittez Polanski.

    Heureusement que vous étiez là pour éclairer le monde et lui porter cette bonne parole : un état qui applique la peine de mort est un état dont on n’a pas à respecter les décisions de justice puisque c’est un état qui applique la peine de mort. Dans votre argumentation peu vous importe que Polanski n’ait jamais, au grand jamais, risqué la peine de mort : le fait qu’elle existe en Californie suffit à disqualifier le système judiciaire. Bref, sous couvert de respect d’une justice supérieure (dont on ne voit pas bien sur quoi elle est fondée : sur vos intuitions ?), vous demandez à ne pas respecter la justice humaine – ou peut-être, on peut le supposer, seulement quand cela vous arrange, ou qu’elle vous protège – magnifique mauvaise foi !

    Puisque vous ne semblez pas l’avoir lu la première fois : ce que demandent les tenants de l’extradition, c’est que Polanski passe en justice, et c’est tout – pas qu’il soit pendu haut et court. C’est à dire qu’ils ne demandent rien d’autre que la justice d’un état de droit puisse suivre son cours.

    Et puisque vous semblez tout confondre dans un but assez facile à discerner : l’affaire Lewis n’a rien à faire avec l’extradition, c’est pour terminer le jugement dans la première affaire ET se faire juger pour délit de fuite que Polanski doit aller devant une cour californienne – un crime et un délit avérés, desquels il s’est reconnu coupable. Ce qu’on ne comprend pas bien, c’est votre acharnement à vouloir le soustraire à un jugement et à le voir comme innocent de faits qu’il a lui-même reconnus. Là encore vous êtes superbe de mauvaise foi.

    L’affaire Lewis, si elle se poursuit, si il y a plainte, relèvera d’un autre procès éventuel, qui sera probablement jugé ailleurs qu’en Californie (peut-être même dans un endroit où il n’y a pas de peine de mort ?). Que Polanski soit reconnu coupable ou non de ce second crime n’a rien à voir avec le jugement du premier.

    Ce qui m’intéresserait, ce sont les motivations réelles des défenseurs de Polanski : solidarité de classe pour le show-biz, mais pour les autres ? identification à un agresseur pour surmonter une humiliation ? histoires mal réglées avec la justice ? souhaits souterrains de retourner à une organisation plus primitive, à base de loi du plus fort ? passé glauque avec des histoires à la limite d’abus envers des jeunes ? désirs mal assumés ? futur signataire du « Manifeste des 343 salauds » ?

    1. @Lulu

      J’ai pris une position argumentée, étayée par des faits, et j’ai plaidé en faveur de Roman Polanski ; cela ne devait pas forcément plaire mais ne correspond pas à telle ou telle attitude que vous me prêtez.

      Je pense en effet que les pratiques d’un Etat sur des sujets aussi sensibles que la peine capitale en disent long sur sa philosophie du droit et des Droits de l’homme. Mais je ne me suis pas limité à cet aspect par rapport à Roman Polanski. Le titre de l’article dit « Et si Polanski n’était pas extradé », et j’ai fait allusion à des manquements graves qui se sont passé à l’époque dans le système judiciaire de la Californie sans les détailler parce que j’ai présumé qu’ils sont connus dans le cadre de ce débat. Pour ma part, je pense qu’ils peuvent remettre en cause le bienfondé d’une extradition. C’est une opinion que j’assume et que je défends avec conviction, cela ne signifie pas que je cherche à me substituer à qui que ce soit.

      Laissez-moi ajouter que je ne cherche pas à banaliser l’acte commis par Polanski. Mais ce qui me préoccupe aujourd’hui, c’est de savoir si la justice californienne va honorer ses engagements et entériner l’accord qui a été conclu à l’époque. Cet accord déplaît à beaucoup d’observateurs, mais toutes les parties y compris le juge s’étaient engagé en ce sens, et il y avait des raisons à cela. Roman Polanski demande que la reconnaissance finale de l’accord soit faite en son absence, et je le comprends.

      Vous me reprochez de mélanger les deux affaires soit celle de 1977 et les récentes accusations : les deux sont évoquées dans l’article de sandrine 70 qui de ce fait établit un lien entre elles, et vous noterez que ma réponse les traite en des parties bien distinctes. D’ailleurs, je n’ai dit nulle part que les accusations récentes de l’actrice britannique avaient un rapport quelconque avec l’autre affaire ou la demande d’extradition. Toutefois, ce lien est bien établi par l’actrice et son avocate.

      Encore un mot sur la justice californienne. Le procureur aujourd’hui en charge du dossier est cité comme suit (Le Monde, L’encombrant M. Polanski) : « ‘Justice sera enfin faite’, a-t-il déclaré, indiquant qu’il visait une peine plus sévère que celle de 1977. ‘Sa peine très, très, très légère [celle de Polanski] n’est plus envisageable avec les lois actuelles.’ » Lisez bien « lois actuelles ». En d’autres termes, le procureur demande la rétroactivité des lois pénales. Et ce n’est pas la seule étrangeté dans le comportement actuel de la justice californienne dans ce dossier. Je ne jette pas la pierre à toute la justice de Californie, mais je suis convaincu que Roman Polanski risque fort de ne pas être traité équitablement s’il sera extradé.

      1. Je corrige mon billet ci-dessus : j’établis bel et bien un lien entre les deux affaires (ce qui est autre chose que de les « mélanger »). L’actrice britannique a dit elle-même qu’elle veut peser sur la décision de la justice suisse concernant l’extradition et qu’elle veut aider la justice californienne.

  7. Moi aussi, je maintiens : exciper de dysfonctionnements commis il y a 30 ans pour demander à ce qu’une personne n’aille pas à son procès, et n’ait pas à répondre d’avoir fui avant le verdict, c’est décider soi-même de faire justice et d’absoudre, et de décider de ce qui est important ou pas. Des dysfonctionnements aussi la justice doit être juge, c’est bien à cela que servent les appels et les recours. (Ajoutons, mais ceci n’est pas nécessaire au raisonnement, que ce sont de supposés dysfonctionnements car comme Polanski avait fui parce qu’on lui avait dit que cela ne risquait de ne pas tourner comme il le souhaitait (voir son témoignage), on ne peut que supposer de ce qui serait arrivé).

    Votre dernier argument tombe aussi de lui-même, pour la même raison : si Polanski juge qu’il n’a pas à être condamné selon les peines en vigueur actuellement mais selon les sanctions de l’époque, et bien qu’il se rende à son procès et fasse plaider son cas par des avocats ; cela se plaide (le procureur fait son boulot et demande la sévérité, mais les avocats de la défense pourraient aussi faire leur boulot si Polanski leur en donnait l’occasion en se rendant à son procès). C’est à ceci précisément que servent les cours de justice : pas à ce que vous, BHL ou moi, sur la foi de résumés ou compte-rendus lus dans le monde ou sur Internet ou de ragots, nous décidions de ce qui est juste et bon. Je maintiens : bien que leurs lois ne vous plaisent pas, les USA sont un état de droit, où l’accusé est représenté, jugé par des jurés tirés au sort et indépendants, après une enquête s’efforçant d’apporter les preuves et documents nécessaires, où l’on prend le temps d’écouter témoins, réquisitoires et plaidoiries, avec un système de lois écrites, et des procédures permettant de faire appel lorsqu’on pense que ces lois n’ont pas été appliquées correctement ou que l’esprit de la loi n’a pas été respecté.

    J’ajouterai (mais seulement pour rire un peu) que s’il n’avait pas fui, il aurait été condamné selon le système de peines en vigueur à l’époque – ah mais oui, j’oubliais, il avait décidé que cela n’était pas juste à l’époque, c’est pour cela qu’il a fui – ah mais oui j’oubliais, cela ne va pas être juste maintenant non plus parce que l’on ne juge plus selon le système de peines de l’époque (qu’il avait fuies), et c’est pour cela qu’il fuit toujours.

    Alors je maintiens : c’est de la mauvaise foi : être convaincu que Polanski ne sera pas traité équitablement et en déduire qu’il ne doit pas se rendre à son procès, ce n’est rien d’autre que se substituer à la justice et ne pas la laisser faire son travail. Équitablement par rapport à quoi ? par rapport à quelle loi non écrite qui vous paraîtrait acceptable à vous ? Et qu’ont à voir vos convictions avec tout ceci ? Si vous aviez été convaincu lors de l’affaire du petit Grégory que X ou Y étaient coupables et que la justice n’allait pas suivre son cours, vous auriez exigé un lynchage ? on en revient toujours au même : la justice dépasse un peu nos petites convictions et opinions, fondées de surcroit sur des preuves de seconde main ou sur des intuitions de ce que l’avenir réserverait à Polanski.

    Toujours pour les mêmes raisons, je n’établis pas de lien entre les deux affaires : une fois encore, ce n’est ni à Lewis ni à Polanski de décider de ce qui doit être pris en compte. Vous remarquerez que dans mes commentaires je n’ai jamais fait ce lien : s’il y a plainte, cela donnera lieu à une deuxième enquête et à un deuxième procès – et c’est à la justice californienne, pas à Lewis, de décider éventuellement s’il y a lieu de lier les affaires et de demander un complément d’enquête ou non.

    Tous vos arguments en reviennent toujours au même : Polanski n’a pas à aller répondre de ses actes parce que la justice qui serait rendue risque de ne pas lui plaire, maintenant comme alors, et à vous non plus, ceci sur la foi de comptes-rendus pêchés ici ou là qui vous permettent de vous forger des convictions sur ce qui pourrait se passer s’il s’y rendait.

    Ajoutons que cela lui évite aussi de répondre du délit d’avoir fui et de continuer à fuir la justice, c’est assez pratique. On ne peut que répondre : laissez la justice décider, c’est son rôle, ne vous prenez pas pour Fantomas ou Charles Bronson.

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