Affaire Polanski, suite

Etant donné l’avalanche de commentaires de presse depuis samedi, il me semble important d’en reparler.

Surtout après la confession de Charlotte Lewis, parue dans le Daily Mail.

Et des articles, ici et là, tentant de la discréditer a priori.

Ce n’est pas, de ma part de l’acharnement contre un réalisateur de 77 ans, Roman Polanski. C’est un ras-le-bol du système, qui fait qu’il y a un vrai acharnement à vouloir défendre Polanski coûte que coûte (BHL, Finkielkraut, Cannes…). 

D’abord, je le redis, Polanski n’a pas été jugé pour l’affaire Charlotte Lewis. Forcément, puisqu’elle vient seulement de sortir, cette affaire. Est-ce qu’elle ment ? Je n’en sais rien. Je ne me prononce pas, mais je n’ai surtout pas de raison a priori de penser qu’elle affabule. Donc, la justice doit statuer s’il y a une affaire et faire son boulot.
Ce que l’on peut commenter en revanche, ce sont les commentaires. Je vais les citer, et après je les reprendrai un par un.

1/ L’ex-actrice se contredit. Elle dit autre chose aujourd’hui que ce qu’elle a dit à une époque où elle travaillait encore avec Polanski.

2/ Elle a essayé de rentrer dans le milieu du cinéma à 14 ans, puis à 16 elle a rencontré Polanski. Elle a posé pour Play Boy. Elle a couché avec beaucoup d’hommes (peut-être parfois pour obtenir des postes, et parfois pour de l’argent). C’est dont elle qui l’a cherché. Elle n’est pas innocente, de quoi se plaint-elle ?

3/Pourquoi est-elle retournée dans l’appartement si ça ne lui plaisait pas ?

4/ Il lui a demandé son âge, elle était à l’âge du consentement, il n’a rien fait de mal.

1/ Elle se contredit. Faut-il revenir sur le fait que souvent, la victime, est sous influence, sous emprise, voire terrorisée, mineure ou pas,  et qu’elle a honte, qu’elle se croit coupable ? (un petit tour du côté du blog de Muriel Salmona, la présidente de l’Association Mémoire Traumatique et Victimologie, pour en savoir plus). C’est exactement ce que dit Charlotte Lewis : « je sais que j’aurais dû me tourner vers les autorités compétentes à l’époque, mais j’avais peur et honte. Je pensais d’une certaine façon que c’était de ma faute« , ce qui d’ailleurs, vient à peu près confirmer tout ce que je disais dans mon papier précédent, et que toutes les victimes de violences sexuelles, ou conjugales, adultes et enfants, expliquent ! En plus, il semble clair qu’elle était à Hollywood et droguée, ces déclarations de l’époque peuvent aussi être soumises à caution pour cette raison pure et simple. Du coup, je réponds de suite à la troisième affirmation. Pourquoi est-elle retournée dans l’appartement si ça ne lui plaisait pas…là encore, si ce qu’elle dit est vrai, ce n’est pas si étonnant. Oui, elle voulait réussir, oui, elle a été terrorisée, oui, elle n’a pas su/pu dire non…

2/ et 4/Bon, là, je risque encore de m’énerver ! Faut-il ENCORE redire que poser pour un magazine pour hommes ne veut pas dire qu’on est disponible à tous les hommes de la terre ? Que le consentement, est nécessaire, quelles que soient les circonstances, et à chaque fois ? Que c’est pour ça qu’il y a un crime de viol conjugal, qui est enfin un facteur aggravant, même s’il est rarement jugé et condamné ? Qu’il n’y a PAS de circonstances où l’on a le droit d’abuser d’une femme ou de qui que ce soit ? Même si on a consenti et qu’on change d’avis en pleine action, et qu’on dit NON, il n’y a plus consentement, et cela doit être respecté.

Elle reconnaît qu’elle s’est dit, après s’être refusée à lui, qu’elle faisait peut-être une bêtise, et que du coup elle est retournée dans l’appartement. Alors évidemment, si on voit les choses à l’envers, pardon, du côté du pauvre mâle de 50 ans qu’une jeune femme de 16 ans choisit comme proie, parce qu’il est sans défense et n’a pas d’expérience…on va dire qu’elle l’a voulu, et qu’il n’a fait que « profiter »de sa duplicité-vénalité tout ce que vous voudrez. Mais si pour une fois, on veut bien regarder les choses à l’endroit, voila ce qu’on pourrait peut-être penser.

dessin Sandrine Goldschmidt

Un réalisateur de 50 ans, star d’Hollywood, est un homme qui a du POUVOIR. En tant que star, parce qu’il symbolise la réussite, la fascination… en tant que réalisateur, parce qu’il choisit ses actrices et ses acteurs, et qu’il est de fait leur PATRON. En tant qu’homme, enfin, de 50 ans, par rapport à une jeune fille…De ce pouvoir, il peut choisir d’user avec discernement et retenue. Il peut aussi choisir d’abuser, parce qu’il sait qu’il est en position de force. Alors, s’il couche avec une jeune fille de 16 ans, qui a déclaré qu’elle voudrait bien jouer dans son film, il sort déja des limites, même si elle était/avait été consentante. Parce qu’il induit un rapport non égalitaire. Il s’agit de harcèlement sexuel caractérisé (en tout cas tel que c’est raconté par C.Lewis). Alors peut-être que ça se fait couramment dans le milieu cinématographique, mais ce n’est pas une raison pour que ce soit normal. Si tous les patrons de 50 ans avaient des liaisons avec leur secrétaire/employée de 16 ans, vous ne trouveriez pas qu’il y a pas un truc bizarre ?

D’ailleurs, si l’âge légal du consentement, en France par exemple, est de 15 ans (ce qui personnellement me semble jeune, un jour il faudra qu’on m’explique pourquoi on a plus de chance d’être consentant pour avoir des relations sexuelles avec un type de 40 ans que pour voter mais bon…), il est tout de même nuancé dès lors qu’il y a ascendant possible de l’adulte pour des raisons particulières. Par exemple, un ou une professeur-e n’a pas le droit d’avoir des relations sexuelles avec un mineur de 18 ans. On pourrait dire que la différence d’âge est un critère qui me semble défendable…entre un cinquantenaire et une jeune fille de 16 ans…pas vous ?

Sandrine Goldschmidt (photos S.G)

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2 réflexions sur « Affaire Polanski, suite »

  1. Un type de 43 ans qui approuve.
    Je sais que je vais énerver mais je ne peux pas m’empêcher: il faut dissocier l’artiste Polanski de l’homme Polanski, comme il faut dissocier l’écrivain Battisti du le meurtrier Battisti. Apprécier l’un ne signifie pas tout excuser de l’autre. Intellectuels germanopratins, encore un effort pour être lucides…

  2. Bien dit, c’est ce que je pense aussi!
    Je ne comprends pas comment certains peuvent le défendre ainsi.
    Pour ce qui est de l’actrice concernée, difficile de savoir en effet mais en effet les victimes peuvent parfois adopter des comportements paradoxaux.
    C’est un homme d’âge mûr, artiste ou pas, il est responsable de ses actes.
    L’autre argument qui m’agace profondément, il a beaucoup souffert (guerre et meurtre de sa femme), n’a ni queue ni tête, le malheur et la tragédie n’excusant en rien son comportement.
    La personne qui mérite un quelconque soutien est sa victime, qui elle ne demande qu’une chose c’est qu’on la laisse tranquille!

    http://uneanglaiseaparis.wordpress.com/

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