Ode à l’araignée, hommage à Louise Bourgeois

Elle a hanté mon inconscient. Pourtant je n’en ai pas peur. Mais l’araignée qui tisse sa toile, qui emprisonne sa proie, qui la conserve prisonnière en attendant l’heure de la dévorer. La proie, immobilisée, face à son ennemi, qui se dit en permanence qu’elle va être dévorée, et qui pourtant est en sécurité, tant qu’elle n’est pas mangée.

Selon Louise Bourgeois, qui vient de mourir à l’âge de 98 ans, « l’araignée représente la mère, parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu’une araignée », disait-elle. Une drôle d’amie, qui vous aime d’un amour trop souvent dévorant, envahissant, emprisonnant ? Peut-être le fil de l’araignée qui vous tient, c’est le cordon ombilical qui nous relie à elle ?

C’est peut-être pour ça que quand j’ai vu l’exposition qui lui a été consacrée, il y a quelques années à Beaubourg , je n’ai pas pu rester plus de vingt minutes. Pas parce que je n’aimais pas ou que ça ne me plaisait pas, avec une telle artiste, ces mots ont-ils un sens ? Mais simplement parce que je n’avais jamais rien vu d’aussi fort. C’était viscéral, au sens propre. Cru. Cela faisait entièrement appel à mon corps. Un peu comme certaines séances d’analyse dont on ressort avec l’impression physique d’avoir sorti un démon. Je serais restée, j’aurais pu vomir, je crois.

Je ne connais pas très bien ni l’artiste ni l’oeuvre (et je n’ai pas vraiment accroché au documentaire qui lui a été consacré l’an dernier et donc vous pouvez voir la bande-annonce ci-dessous), mais je sais que des émotions artistiques lors d’une exposition comme celle-ci je n’en ai pas eu souvent. Devant un autoportrait de Van Gogh à Vienne à 13 ans, devant Rothko au Palais de Tokyo vers la trentaine, et lors de cette exposition consacrée à Louise Bourgeois en 2008.

C’est pour ça que j’ai eu envie de lui rendre hommage ce soir, en plus du fait qu’elle est une des plus grandes artistes du XXème siècle, icône féministe, et qu’en tant que femme, il a fallu attendre une heure bien tardive pour qu’elle soit enfin reconnue à sa juste valeur…

S.G

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4 réflexions sur « Ode à l’araignée, hommage à Louise Bourgeois »

  1. Joli hommage à une grande artiste dont on connaît plus souvent les oeuvres que la femme qu’il y a derrière. L’expo de Beaubourg était sans doute un peu restrictive aussi.

  2. J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
    Parce qu’on les hait ;
    Et que rien n’exauce et que tout châtie
    Leur morne souhait ;

    Parce qu’elles sont maudites, chétives,
    Noirs êtres rampants ;
    Parce qu’elles sont les tristes captives
    De leur guet-apens ;

    Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
    Ô sort ! fatals noeuds !
    Parce que l’ortie est une couleuvre,
    L’araignée un gueux;

    Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
    Parce qu’on les fuit,
    Parce qu’elles sont toutes deux victimes
    De la sombre nuit…

    Passants, faites grâce à la plante obscure,
    Au pauvre animal.
    Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
    Oh ! plaignez le mal !

    Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
    Tout veut un baiser.
    Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
    De les écraser,

    Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
    Tout bas, loin du jour,
    La vilaine bête et la mauvaise herbe
    Murmurent : Amour !

    Victor HUGO

    Louis Berland – sous-Directeur du Laboratoire d’Entomologie au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris (ndlr : en 1932 certes mais cela n’a certainement pas changé depuis lors… au contraire !) écrivait, dans son Encyclopédie Entomologique sur les araignées, en parlant des manoeuvres pré-nuptiales des araignées :

    Citation :

    …Pour extrêmement curieux que soit le remplissage des bulbes, il n’est pas le seul acte digne d’intérêt de l’union des sexes chez les Araignées. Tandis que chez la plupart des animaux, et pas seulement les inférieurs, la possession est brutale et ne s’accompagne d’aucun accessoire, ici y préludent toute une série de manoeuvres remarquables, [b]et qui placent les Araignées à un haut degré dans l’échelle psychique des êtres…

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