Une ritournelle qui nous laisse sans voix…

« La ritournelle, c’est un refrain qui, dans certains madrigaux des XIVème et XVème siècles, reprend la même mélodie et les mêmes paroles« , explique l’Encyclopaedia Universalis.

Comme si l’histoire était immuable, les couplets peuvent évoluer vers autre chose, le refrain nous ramène, lui, toujours aux mêmes paroles…Ca ne vous rappelle pas quelque chose ?

C’est Geneviève Fraisse, la philosophe féministe, qui a parlé de ritournelle, lors de la conférence qu’elle a donné aux élèves du diplôme égalité femmes/hommes de Paris 3-Paris 6 il y a quelques jours, autour de son livre, « Les femmes et leur histoire ». Alors je ne vais pas faire un résumé complet de son intervention, extrêmement riche, mais je voulais juste mettre en exergue cette « ritournelle » dont elle parle, et qui empêche l’historicité de la question du genre et des rapports sociaux de sexe.

Fraisse démontre remarquablement comment la discussion autour de « nature/culture » des sexes, homme, femme, fait tourner en rond la pensée, là où la phrase de Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme, on le devient« , introduit l’historicité. En effet, quels que soient les écrits, les recherches scientifiques ou les découvertes sur le cerveau (rappeler, toujours, les excellents travaux de Catherine Vidal, qui était là à la conférence), il y aura toujours un moment où l’on nous ramènera à la ritournelle : « les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus« . Mais cela pourrait aussi être, « oui mais j’ai eu un garçon et une fille, je ne croyais pas aux catégories au début, mais quand même, mon fils s’en fiche de sa façon de s’habiller, ma fille met des jupes qui tournent« … ce genre de phrases face auxquelles on se sent parfois tellement démunies…

Une ritournelle dont le corollaire est un chiffon rouge, qu’on affiche dès lors que ces adages sont mis en danger. C’est la fameuse peur de la « confusion des sexes« . Cette peur, tellement agitée par nos meilleurs ennemis (Zemmour, Schneider…), qu’ils présentent comme le résultat de l’émancipation féminine des années 1970 : si les femmes conquièrent l’égalité, disent-ils (enfin, pour eux, d’ailleurs, c’est fait, ou pire…) alors il y aura confusion des sexes et perte des repères de la société.

Et là, Geneviève Fraisse, en faisant oeuvre d’historienne, nous donne aussi de l’espoir, et du répondant.Le chiffon rouge de la confusion des sexes, ne vient pas du tout des droits conquis dans les années 1970, (en particulier l’autorité parentale conjointe), mais existe depuis la révolution ! C’est en effet il y a plus de 200 ans, quand le processus historique de la démocratisation de la société s’est mis en place (et il n’est pas achevé), que la lutte des femmes pour leurs droits a commencé (bien sûr, de façon plus ou moins organisée, le féminisme existait déja avant). Et dès la révolution, elle a, à chaque fois, été confrontée à cette ritournelle du danger de la confusion des sexes.

Et moi, je trouve ça rassurant, de me dire que finalement, même si en ce moment, on est en plein dans le retour de la ritournelle, ce combat pour l’historicité est un long chemin qui rencontre toujours les mêmes obstacles. Et je suis entièrement Geneviève Fraisse dans l’idée que c’est un long processus de dérèglement, de la norme hétorosexuelle et des assignations biologiques, « un dérèglement qui serait le support possible d’une liberté conquise par chaque individu, pour pouvoir dire : « je fais ce choix là » ».

S.G

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2 réflexions sur « Une ritournelle qui nous laisse sans voix… »

  1. Article très intéressant …le livre de G.Fraisse vient d’être en effet réédité.
    L’historienne Christine Bard a aussi su récemment présenter la construction de la différence sexuelle par le vêtement Ce que soulève la jupe , Identités, trangressions, résistances (http://www.franceculture.com/oeuvre-ce-que-souleve-la-jupe-identites-transgressions-resistances-de-christine-bard.html).

    Voir aussi le site qu’elle supervise Musea http://musea.univ-angers.fr/rubriques/accueil.php et l’expo http://musea.univ-angers.fr/rubriques/elements/affiche_element.php?ref_element=37, sur la transgression des femmes lorqu’elles n’obéissent pas à ce que l’on attend de leur sexe, notamment lorsqu’elles ne s’habillent pas « comme elles devraient ».

  2. Je suis instit’ et je peux vous dire que je constate un grand retour du rose et des princesses chez les filles à l’école… « Tu es fille, « fille » tu devras être … »…
    La définition de la fille et la restriction au rose et aux princesses … et de l’autre côté, des garçons qui ne veulent pas être « des chochottes, des filles ».
    Livre très intéressant à lire sur la construction du genre par les jouets « Contre les jouets sexistes » , éditions L’Echappée.

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