« Heureux sont les fêlés, car ils laisseront passer la lumière°  » (genre endogène inversé, suite…)

°citation de M. Audiard

Le livre n’a pas été retiré (voir mon article précédent, sur « 700 millions de Geis », de Chikeb Tijani). Les éditions L’Harmattan reconnaissent que le résumé qui a été diffusé était « déplacé ». D’après Denis Priat, l’éditeur du livre, « il y a eu une syncope de phrases » malheureuse. Mais cela n’aurait rien à voir avec le contenu du livre.

Selon lui, des personnes ne l’ayant pas lu ont monté l’affaire en épingle. « C’est une kabbale et une fascisation de certains milieux qui voudraient empêcher le débat, avec des arguments aux antipodes du contenu. » Et il affirme qu’il « défendra toujours la liberté d’expression. »

Je lui ai donc demandé ce que dit le livre, et éventuellement de me l’envoyer pour m’en faire une idée.

D’après lui, « le livre dénonce l’homophobie à tous les niveaux. Pour nous, à L’Harmattan, l’homosexualité c’est une liberté totale. La société n’a pas à bloquer qui que ce soit. Mais beaucoup de personnes sont marquées et souffrent de l’homosexualité. Le but du livre, c’est d’essayer d’y voir clair. Etudier comment le mécanisme se fait (du « genre endogène inversé », NDLR), et voir s’il est possible et nécessaire de le prévenir. » La thèse reposerait sur des études scientifiques qui seront peut-être mises en ligne, mais lui-même ne les a pas encore vues, avant de décider de publier l’ouvrage.

Voici le raisonnement qui est tenu : beaucoup d’homosexuels souffrent  de l’inacceptation dont ils ou elles font l’objet dans la société. Denis Priat parle surtout de « la souffrance des parents qui craignent que leur enfant devienne homosexuel et soit mal accepté…) Pour les aider, il ne faudrait pas compter sur une acceptation collective, sur une lutte pour faire reconnaître la possibilité à chacun de choisir sa façon de vivre, de s’habiller, son travail, la personne avec qui il ou elle a envie de coucher. Même dans les sociétés occidentales qui se disent plus tolérantes, l’acceptation ne marcherait pas, nous dit-on. Il faudrait aller chercher une soi-disant cause génétique à l’homosexualité. Et cette cause, la voila, avec cette « inversion de genre » qui pourrait peut-être être « épargnée aux enfants à naître » si on la mettait au jour…

Ca me rappelle les années 1950 aux Etats-Unis où on essayait de « guérir les homosexuels » (voir le fim « Loin du Paradis » de Todd Haynes, photo ci-dessus) plutôt que de mettre en place une éducation à la tolérance.

Evidemment, c’est plus facile de remettre en cause les personnes qui n’entrent pas dans la norme. C’est plus difficile de s’interroger sur soi et sur son acceptation de l’autre. Et bien sûr, ça prend plus de temps. Cela demande une lutte sur plusieurs décennies, et beaucoup de persévérance.

Alors, pour Denis Priat, le livre « ne porte pas atteinte aux personnes porteuses de ce « gène » ni aux personnes homosexuelles », il ne fait qu’interroger sur l’origine de l’homosexualité. »

Moi je n’en ai rien à faire qu’on fasse des recherches, qu’il y ait un gène ou pas. Parce que ce n’est pas le problème. Le problème, c’est la norme qui s’oppose au choix. Et remuer ce genre de thèse et de pseudo-débat, cela ne peut que renforcer l’image d’une homosexualité qui serait une « anomalie », et pas l’expression d’un choix individuel. Et que le CHOIX, libre et éclairé de l’individu, homo, bi, trans, FEMME, est celui qui fait peur à la société patriarcale et hétérosexiste…la lutte continue !

Sandrine Goldschmidt

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1 réflexion sur « « Heureux sont les fêlés, car ils laisseront passer la lumière°  » (genre endogène inversé, suite…) »

  1. Pour savoir si un raisonnement généralisateur/ un questionnement scientifique tient la route sur « les homosexuels », il suffit de remplacer « homosexuels » par « bisexuels » et de voir s’il peut être tenu.
    De cette façon, tout s’éclaire très vite, les a priori idéologiques se révèlent… Le militantisme LGBT refuse souvent d’user de cet outil dialectique pourtant très utile, car il pose problème à l’orthodoxie communautariste… Et l’autre problème, plus fondamental, c’est que dans une société où identité se conjugue avec consommation, le désir n’est pas présenté, vu, ni vécu comme un continuum, mais comme un outil de définition de soi et d’image sociale… D’où ces « recherches » pitoyables sur le « gène gay », fondées sur l’étude de jumeaux (échantillons tellement représentatifs de l’humanité !), qui ont émergé dans les années 80 avec le retour de bâton de la droite et de la gauche ultraconservatrices aux USA. Pour moi, c’est du niveau du créationnisme…

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