« Une fille comme moi », pour viser la lune

« Ma philosophie », d’Amel Bent, c’est l’hymne du C.H.R.S « Les Universelles », qui accueille 60 femmes de 18 à 25 ans.

« Une fille comme moi », c’est le titre du documentaire que certaines d’entre elles ont écrit avec moi et que j’ai réalisé avec elles pour l’association FIT, en partant du questionnement, « Féministes, pour quoi faire ». Il sera projeté le 25 septembre à 20h30  au festival « Femmes en résistance », festival féministe de documentaire, engagé à montrer comment les femmes parviennent, partout, à prendre en main leur destin.

Ce n’est donc pas un hasard si les deux structures se sont rencontrées, le festival, et le FIT, et que nous nous sommes engagées ensemble dans ce projet.

Car l’association FIT, c’est un projet féministe de réinsertion par l’émancipation, et par  la parole. Apprendre à dire non, à s’occuper de soi et de ce qui est bien pour soi et non pour le conjoint, la famille ou la société. Apprendre à mettre en place un projet professionnel pour assurer sa propre autonomie et ne dépendre de personne.


Le réussir quand on a tout subi, tout enduré, de ce que peuvent endurer les femmes, ce n’est pas juste difficile, c’est presqu’un rêve. C’est comme viser la lune. Ca ne se fait pas d’un coup de baguette magique de fée ministe, ni sans rechutes et erreurs sur le chemin.

C’est difficile, mais l’association FIT, qui gère la relation avec ces jeunes femmes, a compris qu’en se retrouvant à la rue, elles ont en fait déjà fait le premier pas. Elles ont dit NON une fois, désormais, il faut, non pas leur prendre la main pour les emmener quelque part, mais les accompagner sur le chemin de l’indépendance, les rendre capables de continuer à dire non pour pouvoir avancer dans la vie..
Ces jeunes femmes ont, souvent sans le savoir, toutes les ressources en elles pour y arriver. Même si parfois elles s’expriment mal en français, même si elles connaissent des échecs cuisants qui semblent remettre en cause tous leurs efforts. Même si elles voudraient être indépendantes mais se retrouvent dans un foyer où il y a des règles (même si la liberté est ici une des règles, elles n’ont pas d’horaires, et ne sont pas surveillées), elles doivent comprendre qu’il ne s’agit là que d’un moment de transition. Un moment où elles peuvent emmagasiner un VRAI soutien, un vrai accompagnement sur la route de leur projet de vie. C’est un lien, mais un lien qui libère.

Et le principal problème auquel elles se retrouvent confrontées, contre lequel elles doivent lutter, c’est la fatalité. Elles ont toujours évolué dans des environnements, familiaux, amicaux, scolaires, où on leur a dit que leur place était tout en bas dans l’échelle du choix, qu’elles avaient un rôle et qu’en sortir ce n’était pas pour elles. Du coup, elles ont tendance à penser que « des filles comme elles », n’ont pas le choix, que c’est la fatalité. Alors oui, maintenant, elles sont convaincues qu’elles doivent avoir le droit de ne pas épouser un homme qu’elles n’ont pas envie d’avoir, de ne pas être violentées. Mais de là à imaginer qu’elles pourraient  non seulement espérer avoir un « bon travail », mais aussi participer au changement de la société, au regard sur le monde… Il y a un pas qu’elles ont du mal à franchir. Et pourtant, elles en sont capables et la société, nous tous et toutes, nous avons besoin d’elles, de leur regard, de leur parole.

Elles peuvent tout à fait viser la lune. Il faut juste qu’elles y croient. Qu’elles intègrent une autre image d’elles-mêmes que celle qu’on leur a toujours renvoyée. Cette autre image d’elle-même, c’est celle que j’ai voulu montrer dans le documentaire que j’ai réalisé avec elles pour l’association FIT et qui sera diffusé le 25 septembre à Arcueil lors du festival « Femmes en résistance ». Car leur démarche, c’est aussi ma démarche et celle, qu’au festival, nous essayons, sans relâche, de rendre visible. Nous donnons la parole aux sans-voix, dans la lignée directe de Carole Roussopoulos, et nous montrons les démarches d’associations, et de femmes, qui prennent leur destin en main.
J’espère que se voir dans ce film et dans ce lieu où elles seront écoutées et vues,  les aidera à révéler à elles-mêmes cette autre image, et les révèlera aussi au public telles qu’elles sont : des femmes jeunes et pleines de promesses, des personnes indispensables à notre  société, et dont il faut absolument, enfin, entendre la voix.

Sandrine Goldschmidt

(photo Marie Moretti)

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6 réflexions sur « « Une fille comme moi », pour viser la lune »

  1. DECLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE

    Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, elles ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs et au bonheur de tous. En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.
    Article premier. – La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
    Article 2 – Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et, surtout, la résistance à l’oppression.
    Article 3 – Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.
    Article 4 – La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.
    Article 5 – Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société; tout ce qui n’est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.
    Article 6 – La loi doit être l’expression de la volonté générale; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics selon leurs capacités et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.
    Article 7 – Nulle femme n’est exceptée; elle est accusée, arrêtée et détenue dans les cas déterminés par la loi : les femmes obéissent comme les hommes à cette loi rigoureuse.
    Article 8 – La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.
    Article 9 – Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la Loi.
    Article 10 – Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales : la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi.
    Article 11 – La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement : « je suis mère d’un enfant qui vous appartient», sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
    Article 12 – La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est confiée.
    Article 13 – Pour l’entretien de la force publique et pour les dépenses d’administration, les contributions de la femme et de l’homme sont égales; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles : elle doit donc avoir, de même, part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.
    Article 14 – Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune mais encore dans l’administration publique, et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôt.
    Article 15 – La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte à tout agent public, de son administration.
    Article 16 – Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution : la constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction.
    Article 17 – Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés : elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.
    Olympes de Gouges (1748-1793)
    Elle fut guillotinée par les soi-disant révolutionnaires, dignes représentants du monde patriarcal. (ndlr)

  2. Est – il possible de récupérer le documentaire pour faire un projection lors d’une soirée organisée par un groupe féministe à Lille au mois de décembre??
    Désolée de vous contacter par ce biais, mais je ne savais pas comment vous contacter ailleurs…
    On cherchait désespérément un film original… Très envie de pouvoir projeter celui là!
    Si vous pouviez me recontacter maintenant que vous avez mon mail!
    Un grand bravo et grand merci!

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