Liberté sexuelle et limites

Aujourd’hui, certain-es se plaignent d’un retour de l’ordre moral. C’est vrai qu’au vu des séries télé américaines, il n’y aurait qu’un bon modèle : celui du couple hétéro-qui-se-marie-à-l’autel et futur-parent-à -tout-prix, et c’est cette culture-là dans laquelle baignent les jeunes adolescents et adultes. Il y a aussi la question de la « virginité » à nouveau obligatoire et du port de la jupe difficile… oui, après les années 1970, on n’est pas forcément dans un chemin vers la liberté sexuelle.

Mais est-ce une raison pour, a contrario, revendiquer la liberté à tout prix…c’est-à-dire une liberté qui est totale, mais seulement  pour une des personnes impliquées dans un acte sexuel et aucune pour l’autre ou les autres?

Non.

Je prendrai un exemple en particulier, celui de la prostitution. Il y a quelques mois, j’avais réagi au film « Les travailleu(r)ses du sexe » ici même. En parlant de cet argument selon lequel l’acte sexuel tarifé par un contrat serait le plus libre finalement parce que les choses seraient claires…

Or, tout le monde s’accorde pour dire  qu’un acte sexuel est libre quand il est entre adultes consentants.  Un des corollaires du consentement, c’est la liberté, à tout moment, de dire NON, même en plein acte sexuel, pour n’importe lequel des participant-es. Or, s’il y a un contrat de fourniture de « services sexuels » contre argent, cette liberté tombe de fait. Pire, si on réglemente ça, CELA PEUT DEVENIR UNE FAUTE PROFESSIONNELLE DE DIRE NON !

Autre exemple. En Suisse, on voudrait autoriser l’inceste entre adultes consentants…est-ce vraiment ça, la liberté sexuelle ? Au lieu de mettre en avant des cas extrêmes où il pourrait, peut-être, y avoir consentement (même si personnellement, je n’y crois pas). Surtout, ce serait donner un air de « possible » à une pratique criminelle, qui repose sur la confusion entre soi et son semblable.

L’ascendant ou l’aîné dispose, pendant la minorité de l’autre, de la possibilité d’exercer une influence sur lui. C’est l’adulte, ou l’aîné, qui apprend les repères au plus jeune. Et si normalement la société et les pair-es interviennent, ce n’est pas forcément suffisant. C’est souvent le cas dans les familles où il y a inceste, comme là où il y a violence conjugale : une des clés, c’est d’isoler la victime du monde extérieur pour qu’elle ne puisse réaliser que ce qui se joue n’est pas normal, et qu’elle a raison d’en souffrir. C’est le principe même de la domination. Et si cela se construit dans l’enfance, cela se poursuit à l’âge adulte. Et dénoncer quelque chose dont peut-être on souffre, mais dans lequel on est pris (l’emprise), c’est d’autant plus difficile que la société préfère encore le plus souvent ne pas le voir. Alors si en plus on se met à dire que l’inceste, ça peut être légitime… On n’est  plus ici dans le registre de la liberté sexuelle.

Oui, je suis d’accord pour me battre pour la liberté sexuelle, et il y a du boulot. Mais il s’agit de bien autre chose. Par exemple, c’est le droit de choisir son orientation sexuelle sans avoir à se cacher ou à renoncer à  rien. C’est le droit pour une jeune femme d’avoir des relations sexuelles avec qui elle veut sans que ça regarde les autres. C’est le droit de faire l’amour ou de ne pas faire l’amour. C’est le droit d’être avec une seule personne ou de choisir d’être avec plusieurs à la fois ou successivement. C’est le droit d’être hétéro, bi, trans, homo, de se marier ou de ne pas se marier, d’avoir des enfants ou de ne pas en avoir.

C’est aussi savoir identifier ce qui sort de cette limite, et qui constitue une exploitation de l’autre à des fins de satisfaction de son besoin de domination par l’acte sexuel.

La liberté sexuelle, c’est MA LIBERTE, MAIS C’EST AUSSI CELLE DES AUTRES.

Sandrine Goldschmidt

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3 réflexions sur « Liberté sexuelle et limites »

  1. En plein XXième siècle, ça déchire —

    Pourquoi argumenter sur ce qui finalement relève effectivement de la liberté ?
    Une liberté dont la sociologie nous apprend qu’elle est soumise aux codes des groupes. Hé! oui, quoi que l’on dise, cela relève du clan. La liberté, à bien y regarder, est drôlement déterminée.

    Les jeunes, il est vrai, reviennent, ou tentent de le faire, aux modèles d’avant. Amour, Famille, notez les majuscules. C’est significatif : l’être n’est-il pas un tout indissociable ? Parler de « sexe » hors contexte, c’est comme manger de la confiture sans sucre.

    Quant au rapports mercantiles, c’est un tout autre débat. Pouvoir contre pouvoir. C’est ce qui gêne terriblement.

  2. Pourquoi argumenter ? Parce que sinon, on laisse la place à des arguments qui sont là, même au XXIème siècle…oui, ce sont des évidences, mais il semble qu’elles aient parfois besoin d’être rappelées…les rapports tarifés ne sont pas seulement mercantiles…ils font partie de la catégorie des violences…

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