Ce noir désir d’euphémisme et d’oubli…

« Le couple avait des problèmes conjugaux depuis des années, le mari menaçant à plusieurs reprises de tuer son épouse et leurs quatre enfants ».Voilà ce que dit ce journal suisse après qu’une femme a assassiné son mari de coups de fer à repasser et été condamnée à 22 mois de prison avec sursis…des problèmes conjugaux, j’en ai eu dans ma vie, mais ça ne m’a jamais poussée à menacer ou à être menacée de mort…

Autre exemple : dans Courrier international, on s’interroge sur le sexisme de la peine de mort. En effet, peu de femmes subissent la peine capitale. Argument : Les juristes attribuent ce “sexisme” de la peine capitale à la faible propension des femmes à l’assassinat, ainsi qu’au fait que celles qui passent à l’acte s’en prennent souvent à leur mari, leur amant ou leurs enfants dans le feu de l’émotion, échappant généralement aux “circonstances aggravantes” qu’exige la législation des Etats pour appliquer la peine de mort’.

LA FAIBLE PROPENSION DES FEMMES A L’ASSASSINAT (et qu’on m’entende bien, il s’agit de faits, pas de prédestination) serait un signe de sexisme…mais où vont-ils chercher tout ça ?

et de poursuivre :

La façon dont sont rédigées les prescriptions légales sur la peine de mort avantage indirectement les femmes. En vertu de ces textes, l’homicide est un crime aggravé lorsqu’il est commis dans le cadre d’un autre crime, comme un cambriolage ou un viol, ce qui est rarement le cas des homicides commis par des femmes, explique Victor Streib, professeur de droit à la Northern Ohio University. Il est par ailleurs plus facile de convaincre un jury que l’accusé souffre de troubles émotifs ou autres quand il s’agit d’une femme. Cependant, certains cas ne peuvent s’expliquer que par un tabou quant à l’exécution des femmes. Visiblement, nous y sommes peu disposés.”

Alors le dernier argument, passe encore. La deuxième phrase, malheureusement, j’ai tendance à y croire. Mais la première ! c’est la façon dont les prescritions légales sont rédigées qui avantage les femmes…parce qu’elles ne commettent pas de crime aggravé, et que ce sont ceux là qui mènent à la peine de mort ! Mon sens du raisonnement s’en trouve tout confondu. La justice ayant donc été écrite par et pour les femmes, on a décidé de punir plus sévèrement les crimes commis par les hommes, c’est ça ?

Vers l’oubli

Sauf qu’en réalité, parmi le très petit nombre de meurtres commis par des femmes, nombre sont des résultats de la coupe qui déborde après des années, voire des décennies de violence conjugale. Et que bien des femmes se retrouvent en prison toute une vie, pour ça… (voir le film diffusé à femmes en résistance, Sin by Silence). La peine de mort de l’une d’entre elles vient d’être commuée in extremis en perpétuité…un signe du sexisme de la peine de mort ?
Alors, quand, ces derniers jours, on se contente de dire, à propos de Cantat, sans plus s’interroger, « il a purgé sa peine », comment reprocher aux féministes, qui se battent au jour le jour pour faire avancer les choses, pour qu’on manie un peu moins l’euphémisme quand il s’agit de violence faite aux femmes, de l’avoir un peu en travers de la gorge ?

Car ici, les faits ne sont plus en cause. La peine est purgée. C’est, comme toujours, leur écriture, qui fait grincer. De l’euphémisme, on passe vite à l’oubli.

Jugez plutôt : article du Parisien suite à la fin de sa période de contrôle judiciaire : « Aujourd’hui, aux yeux de la justice, il est libre. Les conditions qui lui avaient été imposées à sa libération conditionnelle, en octobre 2007, ont pris fin cet été, à la fin juillet. Une étape primordiale pour ce musicien, star du rock français des années 1990, contraint au silence depuis presque dix ans. Le chanteur avait été condamné à huit ans de prison en 2004, pour avoir provoqué la mort de Marie Trintignant. En juillet 2003, ce drame avait suscité une immense émotion. Le chanteur avait rejoint la comédienne à Vilnius (Lituanie), où elle jouait Colette dans un téléfilm. Un soir après le tournage, une dispute entre amants, des gifles qui partent, mortelles. Lors du procès, en mars 2004, les juges lituaniens ont retenu la thèse de l’accident qui a mal tourné. Six mois plus tard, Cantat a été transféré en France, où il a été détenu jusqu’à sa libération conditionnelle à mi-peine ».

Alors j’en passe, et des meilleures : ce musicien contraint au silence depuis presque dix ans (non mais quel crime !). pour avoir provoqué la mort de Marie Trintignant. Et, surtout  « une dispute entre amants, des gifles qui partent, mortelles »; oui, enfin « des gifles » mortelles, on dirait que c’était dans les deux sens…mais a priori, si elles étaient mortelles, elles sont toutes venues d’un seul et même côté, parce que de mort, il n’y en eut qu’un. Non, qu’une.

Plus loin : « les juges ont retenu la thèse de l’accident qui a mal tourné. Un accident ? Une dispute qui se termine par la mort non intentionnelle, mais quand même à coup de gifle, c’est juste un accident ?  Ce que le jugement a dit, c’est « meurtre commis en cas d’intention indirecte indéterminée « pas accident. Ca me fait penser à quand Rhett Butler pousse Scarlett dans l’escalier…un accident ? un amour passionné ? C’est son sale caractère qui l’a poussé à bout ? Bel euphémisme !

Et pour finir, la polémique de ces derniers jours. Moi, j’ai adoré Noir Désir, dans ma jeunesse. Mais ça ne me fait pas particulièrement plaisir qu’il remonte sur scène. Je n’ai rien d’autre à en dire. Sinon que la façon dont les médias parlent de tout ça fait que l’euphémisme profite à la perpétuation de la société telle qu’elle est, c’est-à-dire pas tout à fait comme je voudrais qu’elle soit envers les femmes.

Je ne dis pas qu’il faut remettre en cause la chose jugée. Je dis juste qu’on peut rester fidèle aux faits, quand on les relate. Dernier exemple :

LCI Bertrand Cantat n’était plus monté sur scène depuis la mort de sa compagne, l’actrice Marie Trintignant, le 1er août 2003, après une violente dispute en marge d’un tournage sur lequel il l’accompagnait, en Lituanie. Le chanteur avait été condamné en 2004 à huit ans de prison par la justice lituanienne. D’abord incarcéré en Lituanie, il a ensuite été transféré à la prison de Seysses (Haute-Garonne) puis a bénéficié en 2007 d’une libération conditionnelle assortie de plusieurs restrictions, dont celle de ne pas évoquer l’incident en public ».

On ne dit même plus qu’il l’a tuée, c’est entre les lignes, mais pas écrit. L’euphémisme est parti en fumée. Laissant la place à l’oubli.

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17 réflexions sur « Ce noir désir d’euphémisme et d’oubli… »

      1. c’est un peu loin pour répondre,j’etais pas revenu dessus…je voulais dire que je trouvais malsain que tout le monde lui tapait dessus et le traitait de monstre…c’est une triste histoire comme il y en a tant,et je n’ai pas aimé le décchainement médiatique contre bertrand cantat…

  1. J’avais découvert Noir Désir qu’en 1999 et je l’aimais beaucoup. Le jour où j’ai appris le meurtre de Maire Trintignant, j’ai eu une tristesse doublée : la perdre et perdre ce chanteur que j’admirais. J’ai beaucoup de mal à réécouter ses chansons; je n’arrive pas à dissocier les deux -aspect artistique et aspect dramatique et humain- .
    Parfois, j’y arrive mais envisager à présent de l’écouter aujourd’hui me semble impossible. Je ne sais pas comment ceux qui s’intéressent à son retour sur scène peuvent oublier qu’ils écoutent un assassin.
    Ton article était intéressant et soulignait très justement ambiguïté de notre langue et de son usage dans CERTAINS CAS.

  2. Pas vraiment sûr d’être d’accord. La justice est rendue. La justice est imparfaite, on peut la contester, la détester, elle existe. Elle ne peut jamais vraiment réparer. Elle ne rendra jamais une vie.
    Mais, oui, il y a un droit à l’oubli. Le braqueur de banques ou le voleur de mobylettes devra-t-il toujours porter sur son front les quelques mois qu’il a passés en prison? La réinsertion passe aussi par là, y compris pour les assassins. Pourquoi une vedette devrait-elle être plus stigmatisé qu’un tueur ordinaire? Autant pour Polanski, justice n’a pas été rendue et c’est insupportable, autant pour Cantat, il y a maintenant un temps pour le pardon, l’oubli public. Même si lui, même si la famille Trintignant, personne n’oubliera.
    Et j’en parle d’autant plus librement que je me place plus facilement du côté des victimes que des bourreaux.
    Et j’en parle d’autant plus librement que Noir Désir, ça reste de la variété sans intérêt.

  3. je ne sais toujours pas vraiment quoi penser, ton article m’apporte un éclairage, merci.
    tes réflexions sur les peines appliquées aux femmes qui commettent des meurtres est également très pertinente… et troublante. je ne suis pas sûre que « l’angélisme » à l’égard des femmes soit réellement leur rendre service (je ne dis pas qu’il faut leur appliquer plus souvent la peine de mort, attention)

  4. bonsoir Sandrine
    merci pour cet écrit !
    cela me fait penser à la communication au congrès Marx en septembre d’ Anne Marie Devreux et à son article « Le droit c’est moi. Formes contemporaines de la lutte des hommes contre les femmes dans le domaine du droit. »
    voici l’édito de ce N° de NQF
    http://www.unil.ch/webdav/site/liege/shared/NQF/28_2/nqf_vol28_2_2009_edito.pdf
    L’argumentaire repris par Courrier International est masculiniste : faire jouer le principe d’égalité contre les femmes !
    merci pour ta vigilance, et ton engagement par ailleurs !
    amitiés féministes !

  5. Bonjour Sandrine,

    et merci pour cet article. Je rejoins Euterpe et Karine… Ta dernière citation, de LCI, est tout simplement atterrante.

    Le premier exemple que tu donnes, et plus largement cette violence des femmes dans la sphère domestique, me rappelle une présentation à laquelle j’avais assistée lors d’un colloque sur « Penser la violence des femmes », en juin dernier, et qui était vraiment intéressante : celle de Clotilde Lebas, qui est doctorante et travaille sur « usages sociaux de la violence et trajectoires de migrantes algériennes ».

    Elle travaille à partir de témoignages de femmes algériennes en rupture familiale à la suite de violences subies. Dans leurs discours, nous a-t-elle expliqué, il apparaît qu’elles commencent à faire usage de leur propre force physique quand elles sont « poussées à bout », « au bord de la folie », elles disent « n’avoir pas pu faire autrement » ; un seuil est franchi, une rupture se fait. « Il fallait que je fasse quelque chose, que je prenne ma vie en main », lui a dit l’une de ces femmes, qui avait ébouillanté son mari. On lui a aussi dit « on n’apprend pas à se défendre, mais à anticiper et à pleurer ». Quand elles commencent à se défendre (ou à essayer), une première brèche est ouverte.
    Elle nous a également parlé de leur difficulté à articuler leur vécu à un vécu collectivement partagé (d’autant plus quand elles sont en rupture familiale : à l’écart et stigmatisées). Il est habituel en Algérie d’enfermer les femmes battues dans des hôpitaux psychiatriques ; c’est là, dans ce lieu collectif, qu’elles peuvent se rencontrer, discuter, et trouver des ressources collectives pour faire face (des informations, des stratégies); là que s’ouvre la possibilité d’une resignification de leur expérience.

    🙂

  6. Qu’il retrouve la liberté après avoir accompli sa peine (au moins une partie) ce n’est que justice. Mais remonter sur une scène, faut pas exagérer. Marie T. ne redeviendra pas vivante, elle !

  7. J’attendais ton article et ta réaction. Tout a fait d’accord. Je ne peux plus voir Cantat comme avant. Je ne peux plus me dire autre chose que « c’est un mec violent qui a tué ». Je ne peux plus me dire j’aime l’écouter chanter. C’est comme ça et je ne souhaite pas que cela soit autrement. La justice, la peine purgée, le temps qui s’écoule ni peuvent rien. Ca restera comme ça. C’est tout. Merci d’en avoir parlé.

  8. « Sauf qu’en réalité, parmi le très petit nombre de meurtres commis par des femmes, nombre sont des résultats de la coupe qui déborde après des années, voire des décennies de violence conjugale. »

    Dites-moi : les récents infanticides, tous commis par des femmes en « dénis de grossesse » selon les termes des experts (jamais en reste lorsqu’il sagit de travestir le réel, à l’instar des cantatolâtres), sont-ils imputables à la « coupe qui déborde après des années, voire des décennies de violence conjugale » ? De même, faut-il invoquer les violences conjugales pour expliquer (justifier ?) la participation des femmes aux massacres commis dans les camps de concentration allemands ?

    Vous répondrez sans doute que je décontextualise ; mais la généralisation que vous faites m’autorise à le faire. Par ailleurs, ma remarque n’a pas pour objet de nier les violences dont sont quotidiennement victimes les femmes, de par le monde et depuis toujours (et donc la nécessité d’y répondre), mais de pointer les travers d’un féminisme qui fait « fausse route », selon l’expression d’E. Badinter. Condamner la violence masculine, c’est bien ; dire et redire qu’elle ne diffère pas en nature, mais seulement en intensité, de celle des femmes, est plus juste.

    Il y a un certain féminisme – le féminisme grand bourgeois – parfaitement conservateur et soluble dans l’ordre voulu par le capital. La guerre des sexes qu’il prône est une distraction rentable et très utile aux défenseurs du statu quo social et politique. Elle permet de passer sous silence une autre violence, la violence de classe, plus universelle puisqu’elle touche indifféremment hommes et femmes, à parité. Voilà peut-être ce qu’il convient de ne pas oublier.

    FA

    1. -Chiffre très simple : 25 meurtres d’hommes en 2005, dont la moitié suite à des violences conjugales. rien à voir avec les infanticides, qui n’ont en effet rien à voir avec la violence conjugale : je ne vois donc pas en quoi je généralise.
      -je n’ai jamais dit que la violence des femmes différait en nature; elle diffère en systémie.
      -Citer Badinter ne m’étonne pas. Son ouvrage non argumenté a fait beaucoup de mal aux féministes. « un certain féminisme, le féminisme grand bourgeois »…
      Pourquoi, toujours, ce besoin d’opposer les femmes entre elles ? Evidemment qu’il y a des femmes qui oppriment les femmes, et en particulier en terme de classe qui se conjugue aujourd’hui avec immigrée/non immigrée. Je ne vois vraiment pas le rapport avec la lutte contre les violences faites aux femmes qui est un fléau universel qui provoque la mort de milliers de femmes chaque année dasn el monde, le viol de millions d’entre elles, le maintien dans la pauvreté de centaines de millions d’entre elles. Je ne vois pas ce qu’il y a là de moins universel.
      -La guerre des sexes est une invention de l’anti-féminisme…rien, dans mon article, n’envisage une minute une guerre des sexes.
      Mais je vous remercie de votre commentaire… qui montre un des grands problèmes de la lutte pour l’égalité entre les sexes, puisque c’est de CELA qu’il s’agit (cf définition du féminisme) :
      pour certains, pour certaines, il y a toujours quelque chose qui passe avant…
      Bien à vous,
      Sandrine

      1. Il y a des passages de votre réponse que je ne comprends pas (tel celui-ci : « elles diffèrent en systémie »). Je rebondis sur ceux qui me semblent problématiques :

        « Pourquoi, toujours, ce besoin d’opposer les femmes entre elles ? » Je traduis votre remarque dans une autre langue (de bois) : « Pourquoi ce besoin d’opposer les Français entre eux », ou encore : « Pourquoi ce besoin d’opposer les intérêts dans l’entreprise ». Vous voyez où je veux en venir : il y a des problèmes communs aux femmes, certes ; mais il y a autant de questions qui les opposent et l’appartenance sociale n’est pas la moindre. En d’autres termes, il faut se garder d’homogénéiser artificiellement des réalités sociales. Il ne s’agit pas non plus de hiérarchiser des différentes formes de l’oppression que subissent les femmes ; mais de ne pas escamoter l’une en luttant contre l’autre.
        Que vous le vouliez ou non, il y a un féminisme grand bourgeois, à l’aise dans la dénonciation des inégalités tant que le combat pour l’égalité ne remet pas en cause un ordre social qui les place du côté des dominants. Vous dites : « Evidemment qu’il y a des femmes qui oppriment les femmes » : c’est précisément cela qui va toujours de soi pour les féministes de la haute, qui sont prêtes à se battre pour qu’on dise « professeure » (qu’elle grande victoire pour, mettons, les caissières de supermarché !), mais pas à aller souiller leur tailleur en se mélangeant avec leurs « soeurs » du peuple.
        Quant au « fléau » que vous dénoncez, croyez-vous qu’il soit plus intolérable que les milliers de morts occasionnés par l’exploitation ordinaire des gens au travail ? Ma question était : pourquoi poser des exclusives ? Sans doute verrez-vous de la démagogie dans ce qui suit, mais je le dis quand même : pour comprendre la complexité de la chose, il faut peut-être être une femme du peuple, mieux à même de comprendre les impasses du féminisme lorsqu’il n’est qu’une autre manière de défendre la légimité de l’ordre social.
        Enfin ceci : non, Badinter ne fait pas « de mal » aux féministes. Son ouvrage (argumenté, contrairement à ce que vous soutenez) analyse fort bien les dérives réactionnaires de certaines courants féministes (américains). Le fait qu’il existe un féminisme non réductible à votre point de vue semble vous gêner. Why ?

        A vous lire

      2. « le fait qu’il existe un féminisme non réductible à votre point de vue semble vous gêner »… je donne mon point de vue, c’est tout. Le votre ne me gêne pas le moins du monde…puisque c’est le vôtre…
        je vous recommande l’excellent commentaire de Lora sur un autre article (pas à vendre et journalisme) qui répond mieux que moi à ce genre de critiques qu’on me fait et refait…et ne me gêne pas… bonne soirée

  9. Bonsoir
    réponses à FA.
    Les infanticides des femmes … la vieille rengaine misogyne qui déterre le seul acte de meurtre socialement toléré venant des femmes (loin derrière leur suicide), et ce uniquement car il cible les oppriméEs que sont les enfants (enfin surtout les filles, car les fils sont élevés comme de futurs dominants, ce qui change la donne ; cf. Là dessus Monique Plaza, La même mère). Quelques cas d’infanticides montés en sauce par les médias patriarcaux, le vieux mythe de Médée pour culpabiliser toutes les femmes qui ont la rage de dormir 3 heures par nuit pendant 8 mois après la grossesse – faits amalgamés très souvent aux IVG pour assimiler avortement et meurtre, mais un silence complice sur les meurtres parfaitement légaux commis par les hommes en armes (soldats, policiers, etc. à propos de la division internationale du travail entre femmes de service et hommes en armes, Jules Falquet, De gré ou de force, les femmes dans la mondialisation).

    Vos arguments tournent autour d’un universalisme marxiste largement dépassé. Je vous cite :
    « la violence de classe, plus universelle puisqu’elle touche indifféremment hommes et femmes, à parité.  » ailleurs « Quant au « fléau » que vous dénoncez, croyez-vous qu’il soit plus intolérable que les milliers de morts occasionnés par l’exploitation ordinaire des gens au travail ?  »

    Une oppression agit en divisant « les gens » en classes antagonistes, donc si vous admettez la réalité des patriarcats, vous ne pouvez pas dire que l’exploitation capitaliste frappe hommes et femmes à parité, comme il ne vous viendrait pas à l’idée de dire qu’elle frappe pays du nord et pays du sud de la même manière (division néocoloniale du travail). Sur les apports féministes à l’analyse marxiste de l’espace social, cf. entre autres
    Catharine MacKinnon, « Féminisme, marxisme et postmodernité », in Le féminisme irrésistible (mais elle y revient aussi longuement dans sa présentation du livre),
    Christine Delphy, « L’Ennemi Principal », et « Agriculture et travail domestique »,
    ou Carole Roussopoulos, puisque cela fait un an qu’elle nous a définitivement passé la main, ses films sur LIP ou les conchylicultrices,
    l’article d’Audre Lorde, « The master’s tools will never dismantle master’s house »
    et des épistémologues comme Nancy Hartsock, Patricia Hill Collins.

    L’impact du patriarcat sur le travail et l’emploi des femmes a été largement documenté, surtout pour dire que les ségrégations (horizontales et verticales), les marchandisations spécifiques (la prostitution par ex.) ou notre sous-emploi ne sont pas des éléments résiduels ou périphériques mais ce sont des éléments structurels du capitalisme. cf. entre autres
    Margaret Maruani, Travail et emploi des femmes,
    Françoise Milewsky, Les inégalités entre les femmes et les hommes, rapport complet en ligne,
    Christine Delphy, L’ennemi principal, tome 1,
    Danièle Kergoat, ouvrier = ouvrière ?,
    et pour les violences sexistes transformées en conditions de travail, cf.
    Eve SEMAT, Femmes au travail, violence vécues,
    Richard Poulin, Sexualisation précoce et pornographisation.

    En raison de l’oppression spécifique, vous ne pouvez pas dire, je vous cite :
    « Condamner la violence masculine, c’est bien, dire et redire qu’elle ne diffère pas en nature, mais seulement en intensité, de celle des femmes, est plus juste. »

    Elle diffère en « nature » car elle est spécifique : elle sert et rétablit un pouvoir économique global qui fait que la presque totalité des richesses sont aux mains des hommes au plan mondial. Le meurtre de Marie Trintignant n’est qu’un exemple du pouvoir individuel que confère une organisation social d’une oppression parmi les plus stables et les plus violentes qui soient. Je rappelle qu’elle est morte sous 19 coups, 19 coups dont 4 mortels, et que cela a été traité même pas en homicide (on aurait pu espérer la préméditation, quand on frappe 19 fois une personne qui fait la moitié de son poids, on a le temps d’anticiper que ça va mal finir, imaginez vous en train de frapper 19 fois une personne de la moitié de votre poids ….) ça a été traité en « coups ayant entraîné la mort », on dirait que c’est accidentel qu’elle soit morte !! ce qui est accidentel dans la violence physique conjugale, c’est que nous ne mourrions pas, c’est par accident qu’ils ne nous tuent pas ! parce que les moyens utilisés sont pour le moins hallucinants : un poing nu sur un os, ça le casse, coude retourné, crâne, cote, rien n’est épargné ; un cendrier ou un balai, ça explose une mâchoire, et c’est plus d’un mois de bouillie à manger à la paille si aucun coup ou même caresse forcée ne vient détruire la cicatrisation. Bref, la violence conjugale est parmi les formes de violences les plus extrêmes quant à ce qu’elle implique de haine de classe, de sentiment de possession et de négation de la victime, mais elle traitée comme « passion » – quand elle sort enfin du silence « privé ».
    Sur les similitudes entre torture politique et violence domestique (similitudes structurelles car il s’agit d’un rapport de pouvoir et similitudes formelles car les techniques utilisées sont parfois les mêmes), voir
    Jules Falquet La violence domestique comme torture, une guerre de basse intensité contre les femmes ? en ligne
    amitiés féministes
    A.

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