« Pas à vendre » et journalisme

J’ai enfin eu le temps de finir la lecture du « Monde magazine » du samedi 2 octobre qui s’intéresse à la nouvelle série de Canal+, « Maison close ».

Un article qui s’interroge sur la « réouverture des maisons closes », proposition de Chantal Brunel (députée UMP) et tente de présenter les tenants et les abouissants de la problématique de la prostitution. C’est un sujet grave, hautement politique, et il est en effet nécessaire d’en parler.

Mais cet article, intitulé « Faut-il regretter les maisons closes ?« , est partial d’une façon incroyable.
Qui sont les personnes interrogées ?

Essentiellement « Maîtresse Gilda », un homme prostitué qui s’érige en porte-parole du STRASS (syndicat de travailleur-ses du sexe). Et Iana Mattei, une militante associative roumaine, qui lutte contre la prostitution organisée à grande échelle.

Un certain nombre des choses qu’ils disent, je les approuve, et même quand je ne suis pas d’accord, je trouve que ce sont des éléments nécessaires à la discussion.
L’autre intérêt de l’article, c’est qu’il montre bien en QUOI les maisons closes tout comme la loi sur le racolage passif, sont des mesures d’ordre moral…le but est non pas de protéger, mais de cacher aux yeux de la société.

Bon, mais là où je ne suis pas du tout d’accord, avec la façon de présenter le débat actuel sur la prostitution.

Iana Mattei affirme que « les vraies questions sont : à qui va l’argent, dans quelles conditions travaille la femme ? ». A aucun moment dans l’article, il n’est fait mention -et c’est un classique, celui contre lequel, justement, les féministes luttent- d’un élément essentiel dans l’existence même de la prostitution : le client. Ou plutôt, ce n’est pas vrai. Parce qu’on en parle, mais seulement à propos de la politique suédoise, appelée « prohibitionniste » ce qui n’est pas le cas : la prostitution n’est pas interdite, c’est l’achat de services sexuels qui l’est, c’est le client qui est pénalisé. Iana Mattei en parle, elle affirme (argument bien connu de ceux qui suivent le dossier) : « cela n’a rien changé. Les proxénètes emmènent les filles sur les bateaux qui font la navette dans les eaux internationales« . A aucun moment, cette affirmation n’est mise en doute. Alors que partout, les articles sont nombreux qui montrent justement que la Suède est le seul pays où la prostitution diminue, alors que dans les pays où des soi-disants « droits » sont donnés aux « travailleuses », qui en fait n’en on plus aucun, puisque désormais, leur contrat leur interdit de dire NON -mais là, c’est mon opinion), non seulement elle ne diminue pas, mais l’exploitation hors-la-loi non plus…sauf que ce sont les étrangères qui la subissent.

Cela aurait été pourtant facile de donner le contrepoint. Je trouve non seulement normal mais nécessaire que l’opinion selon laquelle le modèle suédois n’est pas l’idéal soit mentionnée. Mais anormal qu’elle soit la seule mentionnée. Parce que là, la lectrice, le lecteur, n’ont pas tous les éléments du débat en main.

De la même manière, quand le journaliste écrit : « ces prostituées (qui ?, on ne comprend pas bien de qui il s’agit, en fait NDLR) ne comprennent pas l’acharnement des associations abolitionnistes -féministes ou catholiques- comme des politiques à vouloir les discréditer, les taxer et les surveiller ». D’abord, aucun argument pour prouver que les féministes et catholiques s’en prendraient aux prostituées. Pour les connaître, je considère que c’est entièrement faux. Les abolitionnistes cherchent à pénaliser le client, et à aider les prostituées à sortir de ce qu’elles décrivent ultra-majoritairement comme subi. Et puisqu’il fait cette affirmation, pourquoi ne leur demande-t-il pas ?

En bref, pourquoi ni le « mouvement du nid » (qui est celui qui est « visé » sous l’appellation catholique) et « les féministes » (CFCV, et beaucoup d’autres), ne sont pas interrogées dans ce débat ? En quoi ne sont-elles pas compétentes ?

Alors, mauvais travail de journaliste, aveuglement ou prise de position plus ou moins volontaire, je vous laisse juges…

et vous recommande vivement la vision de ce documentaire de Marie Vermeiren « Pas à vendre »

Sandrine Goldschmidt

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3 réflexions sur « « Pas à vendre » et journalisme »

  1. ▶ Aucune réponse

    Hélas, la plupart des médias visent uniquement l’audience et il est plus vendeur, plus mode, de donner la parole aux défenseurs du système prostitutionnel (qui y ont un intérêt!) qu’aux opposants (dont les motivations sont humanistes et éthiques).
    La parole de quelques prostiué-e-s en exercice (toujours les mêmes) qui parlent au nom de toutes les sans voix, est mise en avant comme LA vérité. Balayées les conditions d’entrée en prostitution, l’aliénation nécessaire pour survivre dans ce milieu (dire et se dire qu’on a choisi permet de sortir de la position d’objet consommé), la violence que représente la répétition de pénétrations non désirées avec des inconnus parfois agressifs et insultants (qu’on ait « choisi » ou pas), les conséquences sur les rapports sociétaux de genre, avec la persistance de la domination masculine.
    Taxer les abolitionnistes de puritanisme et de « putophobie » est une habitude chez les pro-prostitution. La prostitution, justement, fonctionne sur la négation du plaisir sexuel pour les femmes : celui de la femme « bien » qui- n’aime-pas-le-sexe, et la putain dont le non-plaisir fait partie du prix (et de la jouissance du « client »?) Le plaisir sexuel pour tous et toutes…
    L’abolitionnisme veut offrir aux femmes fragilisées par la misère financière et/ou psychique une alternative à la prostitution.

    En tant qu’abolitionniste, je suis clientophobe et proxénètophobe! Je considère les femmes prostituées comme des sœurs à qui des conditions de vie difficiles n’ont pas donné d’ alternative. Je crois que toutes les femmes sont prostituables quand le patriarcat et l’ultralibéralisme s’associent.
    Merci pour votre réaction.
    Cordialement.

  2. Merci à Sandrine et à Lora pour son commentaire – des analyses que l’on lit malheureusement de plus en plus rarement, alors que parallèlement se répand toujours plus, parmi d’autres justifications douteuses comme celles dont vous parlez, l’idée qu’il y aurait un « droit au sexe » pour tous (mais apparemment pas pour toutes…), ce qui légitimerait le recours à la prostitution (féminine bien sûr) pour tous les pauvres malheureux qui ne peuvent y avoir accès : les malades, les handicapés, les isolés, (bientôt pour ceux qui ne se lavent pas les dents ou n’arrivent pas à dire bonjour en regardant dans les yeux, quand on en est là pourquoi s’arrêter en si bon chemin…).

    De plus en plus souvent, et de plus en plus souvent parmi les représentants agressifs d’une certaine gauche « à la papa », on entend ce ton revendicatif qui traite ses opposants de puritain ou de liberticide, et qui revendique le « droit au sexe » de la même manière qu’en ce moment on proclame le « droit à l’eau potable » ou on réclame « une éducation de qualité pour tous », en oubliant le prix qui est à payer pour la « liberté » des uns, à savoir l’esclavage des unes, et en confondant ainsi allègrement êtres humains et marchandises.

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