Les pétroleuses : héritières de la Commune ?

Carte postale de propagande anti-communarde, oblitérée en juillet 1871, quelques semaines après la chute de la Commune de Paris

J’ai acheté le magazine féminin mensuel « LES PETROLEUSES » pour la sortie de son numéro 1. « Les pétroleuses », en fait, c’est hautement subversif. C’est la réappropration d’un terme qui, au départ, symbolise l’histoire des femmes qui participent aux combats. Même dans le film avec Bardot et Cardinale, pastiche de western, ce sont deux femmes qui ont attaqué un train.

Mais c’est surtout des révolutionnaires armées, je l’ai appris dans Wikipedia : « on désigna par pétroleuses les femmes qui avaient pris part aux combats armés, faisant d’elles les boucs émissaires du vandalisme survenu pendant la semaine sanglante« . Pendant la Commune. La Commune, haut lieu de lutte féministe, puisqu’elle avait, avant d’être écrasée, instauré la parité.

C’est aussi une affirmation féministe, LES PETROLEUSES. Un journal féministe des années 1970, et de lutte des classes. Donc dans la lignée directe de la Commune. Il a tiré jusqu’à 5.000 exemplaires, distribué dans toute la France.

Et ces nouvelles « pétroleuses », alors ? Un magazine féminin comme les autres ou des descendantes de leurs illustres ancêtres ?

Vu de l’extérieur, rien de nouveau. Un portrait de femme, en gros plan (même si on n’en voit que la moitié). Un premier titre visible « SEXO on reprend la main ». « FILLES AU PAIR, l’enfer du décor ». « REALITE AUGMENTEE, c’est quoi ce truc » ? (sujet principal), « Ma semaine sans cuisine » (j’en passe, puisque je mets la photo du mag)…donc, le même type de sujet que dans les autres féminins (puisqu’il s’inscrit clairement dans leur style), avec toutefois une volonté d’en parler différemment.  On parle cuisine, mais pour dire qu’on n’en fera pas…pourquoi pas, après tout ?

Mais je sais bien que le but d’une couv’ c’est de faire vendre, donc, je me garde de jugement hâtif…je passe donc à l’édito, pour savoir « ce qui trotte dans leurs têtes« , comme elles le disent elles-mêmes.

« Donner des infos, des bons plans, rigoler.. » Rigoler, pour se moquer de cette société qui nous entoure, repérer ses travers, montrer qu’on sait regarder le monde avec humour, en voila une bonne idée ! « S’autoriser tous les sujets« , voila qui m’intéresse ! Peut-être l’article sur les filles au pair va parler de combien c’est difficile d’être fille au pair, de la précarité des jeunes femmes, en particulier issues de l’immigration, de cet espèce de contrat qui n’en est pas un ?

Eh bien non, ‘l’enfer’, c’est que nul n’est content dans la famille de la fille au pair, qu’elle n’est pas qualifiée, volage, trop jeune, et qu’elle ne parle pas français avant de finir par s’en aller. C’est peut-être une histoire vraie, mais franchement, rien de nouveau…

L’édito revient aussi sur « Les pétroleuses ». Qui sont-elles ? Nous (enfin, vous), les lectrices ! définies ainsi : « les Pétroleuses sont des femmes qui surfent sur internet ou sur l’eau, qui aiment la mode, roulent en moto, travaillent, font des enfants, s’échangent des bons plans, rient beaucoup, pleurent parfois, tout ça dans l’ordre et dans le désordre »…on est un peu loin de la définition ci-dessus…ou sont les coups de gueule, les envies de foutre en l’air la société inégalitaire et ses normes qui nous enferment dans un rôle sexué ?

A la fin de l’édito, il y a  « des trucs à savoir ». Que c’est un féminin généraliste, et SANS PUB ! Seulement le bouche à oreille. Et là, c’est carrément culotté, subversif, et donc, je dis chapeau bas. Si ça marche, c’est révolutionnaire. A la limite, je l’achèterais bien tous les mois rien que pour qu’on puisse prouver qu’un journal sans pub, c’est possible !  En plus, les photos ne sont pas retouchées, la maigreur extrême est bannie pour les mannequins, pas d’influence des marques…ENORME.

Car ne pas dépendre de la pub ou des marques, c’est pouvoir tout oser ! Je ne sais pas combien il leur faut de lectrices pour réussir. Mais c’est l’occasion ou jamais d’essayer de dire autre chose !

Je me plonge donc dans le contenu. Il y a quelques très bons articles. Je parlerai en particulier du fameux « sexo », par Maïa Mazaurette (j’ai oublié de dire que le journal puisait dans le vivier des blogueuses Internet) « on reprend la main ». C’est très bien écrit, et parle vraiment de préoccupations que beaucoup d’entre nous ont pu partager.

Il y a quelques articles pas mal, celui sur « la réalité augmentée » : on parle d’un sujet tech/hitech, a priori ce n’est pas censé intéresser les femmes, donc, super, d’en parler, d’oser.

Mais pour le reste, les rubriques, les articles, me donnent une impression générale qu’il n’y a pas grand changement. On parle toujours mode, beauté, cuisine. Même si la façon de le faire est légèrement différente. Exemple : quand on parle cuisine, on suit l’expérience d’une femme qui rentre chez elle et ne fait cuisine pendant une semaine…elle se contente de faire à manger. L’expérience se termine, elle craque le dernier jour et retourne aux fourneaux. A aucun moment il n’a été évoqué que ce n’était pas forcément elle qui « faisait à manger ». Que quelqu’un d’autre qu’elle (un homme ?) pouvait être capable de le faire…et que manger des Knaki de temps en temps, c’est pratique pour tout le monde…(n’est-ce pas, Rebecca ?)

Il y a donc aussi beaucoup de pages mode. Bon, ça je peux pas juger, je me sens extra-terrestre de la mode. Ca m’intéresse pas, ça m’intéresse pas. Même si elles sont différentes des autres, moi, je ne l’ai pas remarqué. Ce qui m’intéresserait, moi, pour parler de mode, c’est de mettre en avant tous les styles possibles, selon la façon dont ils permettent à la personne de se sentir bien dans sa peau.

Il y a aussi des rubriques ciné, livres, DVD. Des portraits, celui d’une femme, Hapsatou Sy, qui a fondé son entreprise en plein développement. A 29 ans, elle a déjà…5 salons de beauté! Et on n’échappe pas, en fin de journal, aux recettes de cuisine…par Michel et Augustin.

Tout ça pour dire que la lecture est plus agréable qu’un féminin classique pour quelqu’une qui n’aime pas ça. Il n’y a pas de pub, on parle pas trop des people, il y a quelques articles à lire. Mais dans l’ensemble, pas grand chose de nouveau. Un magazine féminin, fut-il généraliste, reste un magazine féminin.  C’est un peu moins édulcoré, c’est vrai, que d’autres. Surtout dans l’écriture et dans le ton.

Mais si vous pensiez qu’utiliser le terme des femmes de la Commune de Paris rendrait le tout vraiment subversif, qu’on allait s’attaquer aux normes de ce qui « fait une femme », alors il faudra repasser.

S.G

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11 réflexions sur « Les pétroleuses : héritières de la Commune ? »

  1. A quoi sert un magazine féminin? Lecteur masculin, je n’achète jamais de journaux masculins. La presse généraliste suffit, non?

    1. La presse généraliste suffirait si elle n’était pas androcentrée…
      La presse généraliste suffira le jour où on parlera de tous les sujets politiques, y compris ceux qui, au jour d’aujourd’hui, concernent davantage les femmes : l’articulation des temps de vie, les services à la personne…en attendant, ce qui est proposé dans la presse « féminine » ne remplace pas du tout ce qui manque dans la presse dite généraliste…
      ———–
      Es-tu un lecteur masculin ou un lecteur homme ? 😉
      tu peux lire le livre d’isabelle germain pour en savoir plus… « si elles avaient le pouvoir ».

  2. J’avoue que si c’était la première tentative du genre j’irais y jeter un œil par militantisme. Mais comme je me suis déjà abonnée à Causette et que j’en suis satisfaite.
    Causette : même format que Les Pétroleuses, charte graphique rose/rouge pour la couv’ , pas de pub, des dossiers surprenants (par exemple l’interview d’un chirurgien cardiaque dans celui sur le thème : Coeur), militantisme féministe assumé. Globalement, lu avec intérêt par mon entourage, indépendamment de les chromosomes sexuels.
    Manifestement, Causette a réussi le pari d’inventer son propre créneau, pas étonnant que la concurrence arrive.

  3. Merci pour ces info historiques sur les pétroleuses !
    Bon, j’ai vu les pétroleuses en mag… Bof Bof…
    Moi aussi je reste avec mon Causette que S G n’a pas l’air de bien connaitre car le bouche-à-oreille-sans-pub-et-sans-nana-photoshopé c’est Causette qui l’a fait en premier ! Et ca va quand même plus loin…

  4. Je n’ai vraiment pas accroché.
    Et franchement, le coup de l’article « reprendre la main » qui commence par énoncer « les 10 commandements… », comment dire, je trouve ça un peu contradictoire….
    J’ai un peu de mal à voir où est la différence avec les autres titres sur le marché (à part Causette qui n’a franchement rien à voir,est que je trouve bien plus novateur et intéressant).

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