Elles diront d’elles

Je vous en parlais dans mon agenda, je suis allée voir « Elles diront d’elles », spectacle de la compagnie Scènes en Seine, qui se joue jusque fin février tous les jeudi soir à 21 heures au théatre Darius Milhaud dans le 19ème à Paris.

Pour A dire d’elles, « Elles diront d’elles » était plus qu’un clin d’oeil. Plutôt un enjeu. Que les femmes disent d’elles est une étape sur le chemin de leur libération. Et l’idée ici, c’est bien qu’à chaque instant, elles parlent. Des femmes qui parlent d’elles, mais qui sont aussi des comédiennes qui jouent des comédiennes qui parlent de leur vie de femme, puis interprètent des monologues qui parlent de la vie des femmes, poussées par un metteur en scène stressé… Effet de théatre dans le théatre, mais surtout effet d’aller-retour entre la vie interprétée, la vie vécue, et la vie du spectateur, et surtout de la spectatrice. C’est un jeu de miroirs qui, comme dans le titre, se renvoient la balle, créent l’échange et la cohérence du tout. Chaque histoire est liée à l’autre par ce « elles », un « elles » clairement engagé, comme le confirme la dernière partie du spectacle. Les comédiennes, pour dire ces chiffres qui structurent de l’extérieur l’inégalité entre femmes et hommes, sont amenées à déstructurer leur interprétation et  à se réapproprier la parole. Et ces chiffres qui sont là pour dire que tous ces monologues, souvent durs, qui abordent très clairement les questions de violence conjugale, de viol, de normes et d’image,  ne sont pas des cas isolés, mais bien ce qui structure encore aujourd’hui notre société. Quelques belles citations émaillent cette dernière partie, dont celle-ci, tirée des Femmes savantes et qui colle si bien au spectacle de nos vies, et qui montrent bien comme il est nécessaire qu’elles disent d’elles, déconstruire le monde, et le rendre, enfin, universel.

« À d’austères devoirs le rang de femme engage,

Et vous n’y montez pas, à ce que je prétends,
Pour être libertine et prendre du bon temps.
Votre sexe n’est là que pour la dépendance :

Du côté de la barbe est la toute-puissance. »

Enfin, universel, parce que pour moi, qui suis, enfin, allée voir elles@centrepompidou, elle fait écho à cette citation de Christine Delphy, lue au détour d’une salle : « le principal obstacle à la réalisation de l’universalisme est constitué par ceux qui prétendent qu’il existe déjà ».

S.G

Elles diront d’elles, tous les jeudi soir au théatre Darius Milhaud, allée Darius Milhaud dans le 19ème à Paris (métro porte de Pantin), une création Scènes en Seine, d’après les textes de Gérard Levoyer, Caroline Palulis et Xavier Durringer. Adaptation, mise en scène et distribution, Annette Benedetti, Florence Carrique-Allaire, Didier Gonçalves et Céline Harlingue.

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