Modèles : les (plus jamais !) mignonnes

Dans MODÈLES, « quels sont les modèles qui construisent notre féminité en 2011? », premier volet de la trilogie du nouveau théatre de Montreuil sur le thème « Que deviennent les femmes ? », une des actrices reprend la chanson de Barbara « les mignons ». Génie des paroles de Françoise Leroux interprétées par Barbara (qui, dans cette vidéo, se trompe dans les paroles de la première phrase, on le voit dans son regard) « avec des yeux plus grands que le ventre, avec des mots plus grands que le coeur, ils entrent dans notre existence, côté tendresse côté coeur…), façon « d’égratigner les hommes« , comme dit la voix off.

Les hommes sont assez peu présents dans la pièce, à part pour être « égratignés » de cette façon…mais c’est le système de domination masculine qui est avant tout désigné comme le responsable du fait que les femmes, alors même qu’elles ont gagné l’avortement, la contraception, l’éducation où ce sont elles qui réussissent le mieux, l’indépendance financière (mais à la limite du seuil de pauvreté), la possibilité d’atteindre tous les secteurs (mais à des postes subalternes), sont toujours « en équilibre instable sur un fil au dessus de la mort. »

Et les femmes, immanquablement, se soumettent à des modèles qui leur tombent brutalement dessus dans l’enfance, l’éducation, sous le coup de la violence masculine (V.Despentes qui raconte le viol dont elle a été victime) et de la violence extrême du sexisme ordinaire.

Un des intérêts du spectacle, c’est son écriture collective et multiforme. Ainsi, le ton engagé est très clairement identifié par des interprètes qui jouent des grand-es auteur-es interviewés au loin, dans un studio. Leur interview est diffusée en même temps en gros plan sur grand écran. Sont choisi-es pour incarner la pensée théorique des figures féministes que certain-es pourront contester : Pierre Bourdieu (« La domination masculine »), Marguerite Duras et Virginie Despentes (« King Kong théorie »). Trois paroles (mais il y en a d’autres au fil du spectacle), pour trois temps des modèles qui s’imposent aux femmes et dont elles tentent de s’écarter : celui du poids de l’éducation des petites filles sur le devenir des femmes, celui de l’image de la sainte bonne à tout faire et celui de la femme victime de violence et qui soudain se révolte contre l’injonction à rester passive face à celle-ci; tout en s’en sentant coupable.

Chacun de ces trois volets est aussi représenté par des monologues, où chaque comédienne, qui correspond à un de ces modèles (de petite fille modèle à femme libre), dit le sexisme ordinaire et quotidien. Enfin, chansons et scènes, toujours individuelles (avant qu’à la fin, enfin, les 4 femmes jouent « ensemble »), parfois très émouvantes.

La princesse, qui ne se sépare pas de son balai…et même quand elle se transforme en sorcière, même quand elle monte sur son balai qui lui donne un sceptre viril et menaçant (celle qu’il faut abattre), son accessoire indispensable reste ce symbole du ménage…

Une autre scène très forte, la scène où, la jeune fille qui aurait voulu être un garçon, court sur place, pour finir par reculer et se retrouver collée au mur et appeler sa mère, de plus en plus fort…

La « femme moderne » enfin, cette bonne à tout faire (à tous les sens du terme), qui ne se contente plus du ménage et des enfants, mais qui est aussi parfaite dans son travail et autant au service de son mari et de son patron…se confondant en remerciements parce que quand elle craque (la voilà  qui a oublié la vanille pour le gâteau) son prince charmant la sauve en acceptant d’aller la chercher…il est « tellement mignon » (c’est la même qui interprète de façon magistrale la chanson de Barbara et quelques « pétages de plomb » jouissifs).

Autre moment que j’ai beaucoup aimé, émouvant et dur, l’histoire de la soeur imaginaire de Shakespeare, racontée par une comédienne en direct mais sur un écran (« all the world’s a stage », oui mais pour qui), qui confronte ce qu’a pu être la vie pour l’acteur doué qui part tenter sa chance et ce qu’elle aurait pu être pour sa soeur, aussi douée, mais qui ne peut pas étudier, doit échapper au mariage forcé, n’a pas le droit d’être actrice, est violée et mise enceinte par un théatreux abuseur avant de mettre fin à sa vie…

Et une dernière partie, construite sur la révolte de Virginie Despentes (autant je suis très loin d’elle sur certains points, en particulier la prostitution, autant les extraits choisis ici  apportent une vraie dimension de lutte) et sur la prise en main de sa vie (être actrice, enfin). Avec la chanson contre l’homophobie de Lily Allen « Fuck You »(voir ci-dessous). C’est la « femme libre », qui conclut, avant que toutes ne s’emparent des tambours et fassent du bruit, qu’enfin, elle peut proclamer : « je suis féministe« .

S.G

MODELES Création/Mise en scène Pauline Bureau/Dramaturgie Benoîte Bureau/Scénographie Emmanuelle Roy/Lumière Jean-Luc Chanonat
Son Vincent Hulot/Costumes Alice Touvet/Avec Sabrina Baldassara, Laure Calamy, Sonia Floire, Gaëlle Hausermann, Marie Nicolle

Nouveau théâtre de Montreuil / Centre dramatique national
SALLE MARIE CASARES 63, RUE VICTOR HUGO 93100 MONTREUIL
M° Mairie de Montreuil ligne 9

Réservation : 01 48 70 48 90 / http://www.nouveau-theatre-montreuil.com
Tarifs : de 9 € à 19 €
Représentations : lundi, vendredi et samedi à 20h30, mardi et jeudi à 19h30 (relâche le 9 janvier)

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3 réflexions sur « Modèles : les (plus jamais !) mignonnes »

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