En 2011, mettons fin au sacrifice morbide des jeunes filles, le reste suivra…

Les 40ans du MLF, c’est fini (dommage…)-. La pause des fêtes, aussi (ouf!). Il est temps de s’y remettre.
Ici où là, les initiatives se multiplient déjà ! On attend les suites de la campagne contre le viol « la honte doit changer de camp », on nous parle d’une journée du clitoris, à suivre, de la loi sur les quotas de femmes dans les conseils d’administration qui passe en seconde lecture à l’Assemblée. Quels sont les enjeux majeurs pour 2011 ? Pour le CNDF, la loi sur les quotas, ce n’est clairement pas son combat. Le Collectif national droits des femmes, se situe dans un sens « résolument » féminisme et lutte des classes, et lance une initiative très intéressante :

« 6 formations, parce que « Des choses à transmettre ? Des tonnes ! Du temps ? On est toujours pressées et débordées mais on le prendra », dit le communiqué du Collectif. Les formations auront ainsi lieu de janvier à juin, sur 6 thèmes, avec pour objet de « clarifier et de diffuser les enjeux des combats féministes aujourd’hui, notamment à travers une approche historique et une analyse de la situation politique. » (Violences : Les féministes victimisent-elles les femmes ?

Six thèmes passionnants et proches du CNDF, qui selon moi ne doivent pas empêcher d’essayer de faire avancer les choses aussi sur le front économique aujourd’hui; alors évidemment il ne faut pas s’étonner que le gouvernement actuel légifère seulement sur les quotas dans les conseils d’administration, plutôt que de se pencher sur la question de la précarité des femmes. En 2011, il sera essentiel que les groupes, associations féministes s’emparent de cette situation et en fassent une plateforme à soumettre aux partis dans la perspective de l’élection présidentielle et des législatives. Il faut absolument être présent-es sur ce terrain. C’est la volonté affichée par le Laboratoire de l’égalité, qui veut élaborer « un pacte, une liste de propositions clés en main ».

Et bien sûr, pour aller vers l’égalité économique, il faut aussi se battre contre les stéréotypes de genre véhiculés dans l’éducation et l’orientation, par la famille, l’institution, les pair-es. C’est certainement la partie la plus difficile à mettre en oeuvre, et aussi la plus déterminante pour la suite. Comment rendre plus accessibles aux femmes qui réussissent les sections qui mènent aux métiers les mieux valorisés (financièrement et socialement), comment mieux valoriser les métiers dans lesquels elles sont déjà pour qu’ils ne restent pas ceux où se concentrent une majorité de femmes, et aussi et surtout, pour que les compétences réelles qu’ils représentent, soient enfin reconnues !

Ainsi, une campagne vient d’être lancée par plusieurs associations sur le thème « Tu seras ingénieure, ma fille ». A noter que reprise dans « Le Parisien », l’ingénieure avait perdu son e…

C’est bien, de vouloir qu’il y ait plus de 17% de femmes ingénieures, et de vouloir populariser auprès d’elles les nouvelles technologies, en particulier le numérique. En revanche, j’ai de sérieux doutes sur l’efficacité d’un slogan qui non seulement est de l’ordre de l’injonction, mais en outre place, encore et toujours, le métier d’ingénieur-e (qui est une sorte de chose abstraite), sur un espèce de piédestal imaginaire. Le mieux si on veut que plus de femmes deviennent ingénieures, ou maçonnes, ou femmes politiques, ou artistes, d’ailleurs, c’est de dire aussi que tous les métiers, toutes les compétences, doivent être promus à leur juste valeur. Pour que non seulement les métiers majoritairement occupés par des hommes se féminisent, mais aussi que les métiers « réservés aux femmes » se masculinisent…

Barbiei ingénieure ? Esthéticienne ?

Et puis, là où il y aussi tant de boulot, et l’économique et le politique s’y rejoignent, c’est sur les stérotypes de genre, donc…ainsi, si on veut que des femmes aient envie de devenir ingénieure plutôt qu’esthéticienne, c’est aussi en cessant de toujours leur dire qu’il faut être belles, et depuis le berceau. Ce que le monde économique favorise jusqu’à l’absurde : on crée des stages de relooking pour femmes en recherche d’emploi (merci Pôle emploi) ! Une nouvelle ahurissante de plus. Et Cette semaine, on en aura eu, encore une fois, notre lot. Après l’affaire « loueunepetiteamie.com », il y a eu celle des photos de Vogue, avec des petites filles « déguisées » en adulte, pour faire vendre…on y rejoint ces méfaits de la mode sacrificielle, qui est la façon dont la société de consommation imite la société religieuse en cherchant des victimes expiatoires (des saintes, qui ne sont autres que des femmes innocentes sacrifiées, ou des vestales…), en sacrifiant celles qu’elle met sur un piédestal de « pureté » et de beauté, les top models : anorexiques, décharnées, offertes au sacrifice lors des défilés de mode...

On est dans cette quadrature du cercle dont il faut absolument que nous sortions par la lutte, féministe, et globale. Il faut se battre contre l’enfermement des femmes dans quelques métiers qui exaltent le soin et la beauté (« pureté, don de soi »), en les favorisant par des images de femmes « parfaites » et imaginaires, et prêtes à mourir pour satisfaire les pulsions sexuelles et de mort de la société capitaliste et patriarcale, livrant au sacrifice tant d’enfants, et surtout des filles, dans leur image, mais aussi dans leur corps.

Car tout cela, prépare la société à accepter qu’on « loue une petite amie », qu’on veuille des assistants sexuels pour personnes handicapées (et je suis très heureuse que R.Bachelot soit de notre côté, reste à savoir si elle parviendra à faire garde-fou), qu’on continue à fermer les yeux sur les crimes sexuels commis à l’encontre des enfants, qu’on cherche à dépénaliser le proxénétisme au lieu de pénaliser le client prostitueur. Ce n’est bon pour personne, et cela participe de la violence sociale généralisée. Nous devons absolument l’empêcher. Et nulle force de bonne volonté pour le faire ne sera de trop.

Y compris la force du rire et de la démonstration par l’absurde, ici (Little Miss Sunshine)

Sandrine Goldschmidt

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3 réflexions sur « En 2011, mettons fin au sacrifice morbide des jeunes filles, le reste suivra… »

  1. j’aime beaucoup ce billet en forme de voeux pour 2011, qui donne du courage.
    Tu as raison, dans mon association d’ingénieures nous travaillons aussi contre ces stéréotypes de genre qui enferment filles ET garçons dans des rôles qu’ils n’ont plus envie de tenir.
    à bientôt!

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