Sus au verrou de la domination masculine !

La décision du Conseil constitutionnel pour le mariage de personnes du même sexe a été fixée au 28 janvier, et le plus probable est que les juges fassent appel au pouvoir législatif, donc au politique, pour trancher…

Pourtant, face à la difficulté de faire avancer certaines causes, les tribunaux sont souvent essentiels. C’est le cas cette semaine dans le cadre de deux autres affaires : la première, c’est l’ation entamée par la soeur de Véronique, femme assassinée par son ex-conjoint, une action contre l’Etat pour « dysfonctionnement par faute lourde ». Le 30 septembre 2009, elle a été déboutée en première instance. Décision fondée sur le motif, selon l’avocat de l’institution judiciaire,  que « rien n’aurait pu laisser supposer un tel acte de la part de cet homme ». Cet après-midi à 14 heures, l’appel sera en audience au Palais de justice de Paris, pour faire admettre la responsabilité de l’Etat.
En effet, explique le Collectif féministe contre le viol dans un communiqué, « durant quinze années : viols, violences, actes de torture et de barbarie avaient tenu au secret une femme terrorisée qui, devant le risque vital, avait finalement réussi à fuir. »

Elle avait déposé plainte, l’auteur avait largement reconnu les faits, le Parquet avait requis un placement en détention provisoire.

« Pourtant, rien de tout cela n’a conduit à une décision protectrice  assurant la sécurité de la plaignante. Pour le magistrat concerné, priver le mis en cause de la liberté d’aller et venir ne s’imposait pas « puisqu’il ne créait pas de trouble à l’ordre public ».

Le 19 juin 2007, au lendemain de sa libération, le mis en cause  a fait 80 kilomètres pour assassiner son  ex-épouse en tirant sur sa victime à onze reprises, en pleine rue, en présence de ses collègues et de passants  terrorisé, avant de se suicider.

"La domination masculine" (photo Hélène Epaud)

Ainsi, le CFCV demande aujourd’hui « à l’institution judiciaire de reconnaître sa responsabilité quand elle a failli dans la mise en œuvre des mesures appropriées pour prévenir ces crimes. Tout doit être fait pour que la violence d’un conjoint n’aille pas jusqu’au meurtre. », en espérant que la loi de juillet 2010 et l’année de grande cause nationale 2010 auront fait avancer les choses.

En effet, dans ce cas précis, rien ne manquait à l’institution judiciaire pour prévenir un assassinat : ni les preuves, ni les plaintes, ni les témoignages. Il a juste manqué, et c’est moi qui le dit, la conscience collective qu’une femme victime de la violence de son conjoint ou ex-conjoint, c’est « l’ordre public » qui est troublé, parce ce que c’est la sécurité fondamentale d’une membre de la société, qui est en danger, imminent, de mort.

L’autre affaire, c’est celle  d’Anne a été victime, entre 17 et 19 ans, d’agressions sexuelles et de viols commis par le directeur d’une maison de quartier, M. P., retraité de la SNCF de 60 ans, alors qu’elle était animatrice.Une affaire dans laquelle l’Association contre les violences faites aux femmes au travail a soutenu la victime et lance un appel pour que les premiers résultats obtenus puissent être confirmés.

« Après une plainte et une instruction qui aboutit à une ordonnance de non-lieu, la chambre de l’instruction de Metz prend le contre-pied de cette première décision et ordonne, contre les réquisitions du procureur général, la mise en accusation de M. P devant la Cour d’Assises de la Moselle. Cette ordonnance d’une rare qualité fait une part importante à la question du consentement de la victime. Elle emprunte largement les analyses de l’AVFT qui s’était constituée partie civile devant la chambre de l’instruction, sur les stratégies de M. P pour agresser et violer Anne. »

Aujourd’hui, Anne doit maintenant passer dans un 3ème procès, aux assises, devant un jury populaire. Il faut aujourd’hui la soutenir, financièrement, pour qu’elle puisse aller jusqu’au bout et obtenir gain de cause, vous pouvez aller sur le site de l’AVFT pour en savoir plus.

Une affaire exemplaire où le Parquet a reconnu une analyse féministe de la situation, et qui peut marquer un tournant juridique.

Les magistrat-e-s ont en effet considéré que  » la grande différence d’âge existant entre eux, leur différence de personnalité et d’expérience de vie, une situation pouvant faire apparaître Mme C sous la dépendance économique et professionnelle de M. P, le tout pouvant générer une totale emprise psychologique exercée sur Mme C, qui serait alors soumise à une contrainte morale très forte, puisque étant placée dans une situation de fragilité et de faiblesse face à M. P., il apparaît que suffisamment de charges peuvent être réunies qui priveraient les relations sexuelles matériellement établies, ayant existé entre Mme C et M. P, du réel et libre consentement de la jeune femme, et qui permettent donc de recevoir la qualification criminelle de viols « .

La chambre de l’instruction va même jusqu’à faire siennes les analyses féministes défendues par l’AVFT dans ses conclusions :
 » L’absence d’opposition, de résistance ou de rébellion face à des manœuvres entreprenantes ne signifie pas nécessairement une adhésion librement consentie à des rapports sexuels : accepter librement, ce n’est pas céder et se soumettre « .

Ces deux affaires, violence conjugale ET sexuelle, nous rappellent que la fin de la violence patriarcale est centrale dans le système de domination masculine, que c’est LE verrou principal à faire sauter, et que quelle que soit notre envie d’être moderne, festive ou positive, tant que ce verrou n’aura pas sauté, il faudra aussi qu’on se mobilise, et chaque jour, pour faire reculer la violence, et permettre aux femmes de ne plus être victimes…j’ajouterai juste que cela passera aussi par un changement de mentalité sur la prostitution. Ce soir, le débat (où je ne serai pas) à la réunion d‘Osez le féminisme promet d’être animé. Toutes les prostituées ont été victimes de violence sexuelle. Faire croire croire qu’il peut être légitime d’acheter leur corps est une « folie ». Il est temps de parler de la question de la prostitution en se concentrant sur ce qui en fait le coeur…c’est au client prostitueur qu’il faut s’adresser en lui disant : non, on n’achète pas le sexe, ou les services sexuels d’un autre être humain. Le Laboratoire de l’égalité a d’ailleurs à son tour pris position sur la question en dénonçant toute reconnaissance éventuelle d’un statut d' »accompagnant sexuel, en soutenant le communiqué de l’association « femmes pour le dire, femmes pour agir », dont je cite ici un paragraphe essentiel :

« En aucun cas la prostitution, quel que soit son habillage, ne peut constituer une réponse. La réponse n’est pas plus dans l’enfermement des personnes handicapées dans l’attente d’une « prestation » supplémentaire, mais dans l’ouverture de l’environnement en termes de réelle accessibilité, pour permettre la multiplication des opportunités de rencontres, comme par exemple les lieux de loisirs.

S.G

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3 réflexions sur « Sus au verrou de la domination masculine ! »

  1. Bonjour Sandrine,
    à propos de la violence conjugale, et, par extension, de l’augmentation des violences faites aux femmes sur la voie publique (que Hortefeux a royalement passé sous silence), je pense à quelque chose de tout bête: est-ce que l’enseignement secondaire prévoit des stages d’auto-défense pour les filles, comme c’est le cas par exemple en Angleterre?
    Merci pour votre blog, que je lis régulièrement avec grand intérêt.
    Sophie

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