Réponse d’une abolitionniste à Badinter : à lire et écouter !

Suite à l’interview remarquée d’Elisabeth Badinter en réaction au rapport Bousquet , Cécile Aubry a écrit et dit cette lettre en réponse. C’est excellent, n’hésitez pas à la diffuser autour de vous ! Et merci à elle de la prêter à A dire d’elles.

Vou pouvez écouter la video, le texte est retranscrit ci-dessous.

 

« Madame Badinter,

Vous qui telle une pléiade d’étoiles médiatiques arborez le glorieux titre de philosophe,

Vous qui, par un curieux dévoiement, par approximation ou par hasard ? situez en France le moralisme victorien,

Vous qui haïssez les écologistes au point de faire de petits groupes de résistants qui tentent désespérément de préserver du massacre industriel et touristique quelques espèces et quelques ethnies sans défense les ennemis publics N°1.

Vous vous prononcez en faveur de la liberté sexuelle ABSOLUE comme si l’on ne pouvait lire au cœur même de la déclaration des droits humains que la liberté se définit par des limites.

 Qu’est-ce à dire que cette liberté dont vous parlez ?

 Certes vous reconnaissez que des filles, pauvres petites, pas même des femmes, sont dans les rouages de la traite, que l’esclavage, ce n’est pas beau et qu’il n’y a pas assez de policiers qui font bien leur boulot pour les sortir de là.

 Mais en dehors de ça, celles qui ne viennent pas d’un autre pays miséreux, les vraies femmes responsables et libérées, c’est-à-dire celles qui assument pour de bon leur sexualité féminine d’objet consommable, elles le veulent. C’est vraiment, une vocation puisqu’elles le font dans leur propre pays et, semble-t-il, sans souteneur.  Et quand femme veut, Dieu le veut, donc du moment qu’une minorité de femmes le veut, qu’importe ce que les clients font de toutes celles qui ne veulent pas. La volonté élite libre et festive mériterait donc selon vous qu’on négligeât les nombreuses autres infiniment moins chanceuses dont la prostitution mine l’existence violemment ou à petit feu.

 Or dans cette affaire où est-il question de liberté sexuelle ? Veut-on limiter la fréquence ou la durée des rapports sexuels, restreint-on la diversité de toutes les positions imaginables connues au répertoire ou même le nombre de partenaires participant au coït ?

Cela n’en a pas l’apparence. Peut-être espère-t-on limiter la toute puissance de l’argent sur les êtres humains tout comme les écolos que vous détestez tant espèrent sauver le vivant de son emprise, parce que les corps libres ne sont pas monnayables.

 Ainsi, Madame Badinter, ce n’est pas en soutenant le pouvoir de tout acheter que vous serez secourable à la Liberté humaine. »

Cécile Aubry

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11 réflexions sur « Réponse d’une abolitionniste à Badinter : à lire et écouter ! »

  1. ce texte est formidable, je voudrais juste savoir qui est Cécile Aubry ? la seule que je trouve sur internet est une auteure décédée, et je ne peux pas tout regarder… merci ;o)

    1. une de mes contacts facebook : féministe, enseignante, je n’en sais guère plus, sauf que nous partageons beaucoup d’idées et que quand j’ai vu son texte, j’ai eu envie de lui donner un peu de visibilité !.

  2. Je ne trouve pas que le texte soit remarquable de pertinence ; en tout cas il est indéniablement moins brillant que l’argument développé par Badinter. Si les « corps libres ne sont pas monnayables », alors que dire des top models et du métier qu’ils/elles exercent? Les prostitué(e)s ont du courage et personne n’a à leur dicter leur conduite ; tous les clients ne sont pas des ordures et personne n’a à décider que la misère sexuelle ne peut être apaisée par la fréquentation des prostitué(e)s. Ne nous trompons pas de combat : luttons pour que la prostitution ne soit pas blâmée sottement, luttons pour que les prostitué(e)s n’exercent pas leur métier dans la crainte, la violence et le mépris de tous – et lisons les livres de Grisélidis Réal.

    1.  » Ne nous trompons pas de combat : luttons pour que la prostitution ne soit pas blâmée sottement, luttons pour que les prostitué(e)s n’exercent pas leur métier dans la crainte, la violence et le mépris de tous – et lisons les livres de Grisélidis Réal. »
      C’est exactement à cela que travaillent les abolitionnistes : à empêcher que, sous prétexte que c’est légal, il n’y ait plus aucun contrôle et protection des personnes prostituées. Au contraire, en responsabilisant le client, et en soutenant les personnes prostituées, en les aidant, les accompagnant vers autre chose, avec le soutien d’une société qui ne leur dit pas : vous êtes là au service des désirs sexuels des autres. Vous verrez ce que je pense du mannequinat ici : https://sandrine70.wordpress.com/2011/01/09/du-vide-a-limage-une-semaine-de-cinema/ et ce que dit judith trinquart ici : http://abolitionniste.blogspot.com/2011/04/prostituees-les-grands-principes-valent.html?zx=ebe68a368d32fe60

  3. « Les prostitué(e)s ont du courage », nul n’a prétendu le contraire. Du moins, courage ou non, beaucoup de personnes dans la prostitution survivent à des violences qui feraient frémir tous les vétérans de toutes les guerres. Cependant si le courage consiste à se sacrifier aux fantaisies du mâle dominant, c’est un sacrifice en pure perte et un bastion de l’inégalité entre les sexes.

    « Et personne n’a à leur dicter leur conduite », mais cela est valable pour tout être humain, y compris pour les abolitionnistes, aussi est-il cocasse que vous leur fassiez la morale à votre sauce – « ne nous trompons pas de combat » – tout en les taxant de moralisme.

    Si vous lisez bien, le projet de loi concerne les clients uniquement : pour une fois ce n’est pas la « conduite » des personnes prostituées qui est en question, mais celle des individus qui utilisent leur argent pour avoir accès au corps des autres à la demande. D’ailleurs le principe du je-fais-ce-que-je-veux est par essence incompatible avec l’existence des lois quelles qu’elles soient. La conduite de chacun-e lui appartient, simplement il y a des faits et des actes que la loi sanctionne, c’est une condition nécessaire à la liberté.

    « Tous les clients ne sont pas des ordures » Qu’est-ce que c’est qu’une ordure ? Si je dois coucher avec quelqu’un qui ne me plaît pas ou me dégoûte ou qui est totalement indifférent à ma situation pour survivre, toute la politesse du monde ne me rendra pas la situation agréable. Partant de là, sans doute tous les clients ne sont-ils pas systématiquement brutaux et prêts à tuer, on peut en trouver un dans le lot qui n’est pas mal ou qu’on apprécie… Et les autres ? Et quand on doit payer le loyer ? Il faut bien prendre ceux qui viennent, n’importe qui, n’importe comment, même sans préservatif puisqu’ils insistent tellement… Ils s’en fichent, les clients, pas de responsabilité à assumer… ce sont les prostituées qu’on va accuser de propager les maladies, surtout s’il y a la drogue qui s’en mêle.

    Alors quand on parle de « misère sexuelle », est-ce que ce n’est pas précisément cela ? Devoir monter avec n’importe qui : des sales, des riches, des brutaux, des marginaux, des jeunes, des vieux, des hommes violents, des gens qui vous utilisent comme bon leur semble sans en supporter les conséquences… car il n’y a que les privilégiées qui choisissent leurs clients ou peuvent se contenter de quelques habitués.

    L’adage du commerce, vous le savez bien, proclame que le client est roi.

  4. Il y a pourtant une question toute simple à se poser : la souffrance de quelques-unes à être empêchées de se prostituer est-elle plus vive que la souffrance de la grande majorité à y être obligées ou forcées ?

    Il semblerait que beaucoup de gens intelligents le pensent…
    Mais si intelligence était synonyme d’humanisme, le monde ne serait pas si laid! L’humanisme sélectif se porte bien…

    Je ne m’habitue pas à ce que des femmes soient solidaires des clients prostitueurs et pas des femmes prostituées.

    Belle réponse, à diffuser.

  5. Je trouve aussi que l’argument de Lora est imparable. De même, le fait que quelques rares personnes trouvent leur plaisir à se faire frapper, à se faire donner des ordres ou à se faire humilier ne justifie en rien l’esclavage et n’autorise personne à frapper, humilier son prochain ou lui donner des ordres.

    Moi non plus je ne m’habitue pas à la solidarité de certaines femmes avec les clients, pas plus que je ne m’habitue d’ailleurs à celle de certaines femmes avec le machisme ordinaire, ou aux discours assez souvent féminins contre les femmes en position de commandement, etc. Mais c’est un fait, tout comme les pauvres qui votent ump, etc… La structure sociale tient le coup parce que tout est fait pour persuader ceux qui sont en bas que c’est leur place et que l’ordre est juste et bon ainsi – et aussi parce que lorsque l’on a passé sa vie dans une position inconfortable, on cherche à se persuader qu’on l’a voulu et qu’elle n’était pas si mauvaise.

    Enfin, ce ne sera pas le premier combat féministe où la plus grande partie de ceux qui s’expriment (ce qui ne signifie pas la majorité de la population, loin de là) sera pour le statu quo et contre l’amélioration de la vie des femmes (à 90 %, les prostitués hommes étant très minoritaires).

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