« Auschwitz et après », d’après « une connaissance inutile » de Charlotte Delbo

Le spectacle se termine par ce texte (voir ci-dessous) : « prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants ». Quelques phrases, une intensité boulversante, une émotion devant « ce point noir sur la carte c’est Auschwitz. on sait cela et pour le reste on croit savoir », comme a écrit Charlotte Delbo.

Les vivants ont cru savoir, les survivants ont cru qu’ils pourraient dire. Mais il est rare qu’on ait voulu les entendre, qu’on ait pu les écouter. Les textes de quelques uns, Primo Levi en tête, ont permis tout de même que leur mémoire nous parvienne. Ceux de Charlotte Delbo, résistante française, déportée en 1943 à Auschwitz, puis transférée à Ravensbrück, jusqu’à la libération du camp par la Croix Rouge en en sont aussi. Bouleversants, concrets, sensoriels, parfois poétiques, ils ont été mis en scène par Laure Compain-Tregouët dans la pièce « Auschwitz et après », tirée du livre de Charlotte Delbo, « une connaissance inutile ».

Joués par trois comédiennes qui sont des portes voix des mots de l’auteure, ils nous disent comment elle a vécu en enfer, comment elle a survécu, comment son  amour des textes et du théatre -elle se récitait le misanthrope en entier pendant l’appel- l’ont accompagnée au camp.

Un spectacle fort, presque trop court, (1h05), joué jusqu’au 14 mai les mardi et dimanche au théatre de Nesles à Paris.

Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d’être habillé de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.
Je reviens
d’au-delà de la connaissance
il faut maintenant désapprendre
je vois bien qu’autrement
je ne pourrais plus vivre.
Et puis
mieux vaut ne pas y croire
à ces histoires
de revenants
plus jamais vous ne dormirez
si jamais vous les croyez
ces spectres revenants
ces revenants
qui reviennent
sans pouvoir même
expliquer comment.
Charlotte DELBO

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