HES : de curieux amendements au projet socialiste…

HES, c’est l’acronyme d’homosexualité et socialisme, « créée en 1983, HES s’inscrit dans ce combat pour l’égalité des droits et la lutte contre toutes les discriminations ».

Alors que le projet socialiste doit être voté dans les jours qui viennent, ce groupe repart à l’attaque sur ce qui semble aujourd’hui deux de ses principaux chevaux de bataille : la réglementation de la GPA (gestation pour autrui), mais sans le dire, et une certaine tolérance vis-à-vis du réglementarisme en matière de prostitution. Et là, il repart donc à l’attaque malgré le vote obtenu contre la légalisation de la GPA et la ligne officielle du PS qui est favorable à une politique globale de lutte contre le proxénetisme, une prévention et pénalisation du client, et une politique de réinsertion des personnes prostituées.

Ainsi, alors que le projet socialiste s’intéresse à reconnaître les nouvelles situations de co-parentalité, pour en particulier que le deuxième parent dans les cas de couples homosexuels ne soit pas sans aucun droit comme c’est le cas aujourd’hui, on nous livre ici une toute nouvelle définition de la parentalité . « Le parent est celui qui exprime une volonté de l’être et de subvenir aux besoins matériels et moraux d’un enfant. Bien loin  d’obéir aux seules lois de la nature, les liens familiaux se tissent à travers l’engagement des parents et la reconnaissance de la société. C’est ce projet, cet engagement parental irrévocable, qui doit constituer le fondement du droit de la famille ».

OK. Cela voudrait dire, qu’il faudra désormais, dans un nouveau droit de la famille révolutionnaire et moins hétérocentré, que toute personne souhaitant être qualifiée de parent « en exprime la volonté et de subvenir aux besoin matériels et moraux… » ? Je ne comprends pas. On délivrera un permis ? On signera un contrat ?  Bien sûr, que « les liens familiaux se tissent à travers l’engagement », et donc ne sera parent que celui ou celle qui se reconnaît comme tel-le ou est reconnu-e par ses enfants comme tel-le, surtout. Mais on ne pourra jamais empêcher certaines personnes de faire des enfants « sans réfléchir »…Et peut-être, de devenir de bons parents. Ou alors on sombre dans le totalitarisme. Et vu les chiffres, il faudra encore attendre longtemps malheureusement avant que des hommes ne violent plus de femmes qui sont ensuite parfois enceintes…et pourront ne pas pouvoir exprimer leur volonté d’être parent mais pourtant l’être…

Mais derrière ce fantasme, celui du « droit d’être parent », il y a un projet très précis. Celui d’ouvrir la voie à la GPA (même si celle-ci n’est pas mentionnée explicitement), ce qu’on peut lire dans l’exposé des motifs avant l’amendement : « une mère et un père qui ne sont pas en couple ne peuvent pas, dans l’état actuel du droit, concevoir un enfant par insémination artificielle avec assistance médicale ». Cette phrase est particulièrement floue pour un projet politique : peut-on être père ou mère sans avoir eu d’enfant ? Ou alors c’est une erreur, et HES parle de couple hétérosexuel reconnu quand est écrit « qui ne sont pas en couple » ? Troisième solution, où le danger est le plus grave : cela signifierait qu’est revendiqué le droit pour une personne seule, femme ou homme, de se faire inséminer pour avoir un enfant ? Seulement il y a un hic : un homme seul ne peut pas se faire inséminer. Et c’est là qu’entre en compte cette différence à laquelle semble rester aveugle cet amendement : une femme peut décider pour elle même de se faire inséminer. Un homme doit faire appel à un autre être humain pour y parvenir, une femme, et ce dans une société qui reste fort patriarcale. Et cela instaure chez lui un nouveau « besoin sexuel » de trouver, à tout prix, une femme disponible. C’est malin. Car si on légalise ça, on trouve un formidable « nouveau job » pour les femmes pauvres et opprimées de notre pays qui sont touchées par le chômage…ou, même pas un job, puisqu’il n’est pas question d’argent, mais une belle parenthèse dans leur avancement professionnel, une période pendant laquelle elles n’auront pas la même place sur le marché du travail, puisqu’elles seront occupées à faire « don de leur ventre ». Sans parler des autres conséquences possibles.

D’ailleurs, dans le deuxième amendement dont je veux parler, on leur trouve aussi une très belle « activité professionnelle », aux femmes qui n’ont pas accès aux postes à responsabilité, aux métiers correctement payés. C’est cette fameuse soi-disant « liberté de se prostituer » dont on nous rebat les oreilles.

Cet amendement est dit relatif « à la lutte contre le proxénétisme ».

Là, une comparaison entre l’article original et l’amendement est édifiante.
Quand le projet PS veut lutter contre l’exploitation commerciale de la personne humaine, HES nous fait croire que seule l’exploitation sexuelle est à combattre.  En revanche, exploiter commercialement le corps humain, ça ne leur pose visiblement pas de problème. En clair, un mouvement qui se dit de gauche et a probablement certaines critiques à émettre vis-à-vis de la transformation en produit des biens culturels ou de la nature face à la droite ultralibérale, ne semble pas avoir de problème avec l’exploitation commerciale du corps humain. C’est vrai, il faut dire que cela concerne ultra-majoritairement les femmes. Ceci expliquerait-il cela ? Sinon, les voila donc qui militent pour l’éducation, le renforcement de la lutte contre « les réseaux de proxénétisme » (un simple proxénète ou client prostitueur a donc toute leur indulgence-, « la lutte contre la transmission du VIH et des IST » : bien sûr, dans les motifs, il est dit qu’il s’agit de protéger les personnes prostituées et de favoriser leur santé. Néanmoins, cela me fait penser à cet argument que j’ai aussi lu récemment parmi ceux des réglementaristes. Il s’agit de « protéger les prostituées » pour les aider à ne pas transmettre les virus…aux clients. Qu’il ne faut pas décourager de faire marcher ce système économique qui assure bien l’impossible accès des femmes à d’autres types de postes que ceux-ci…

« …et en ouvrant des possibilités de reconversion professionnelle des personnes prostituées qui le souhaitent ». Là où il y avait démantèlement il y a seulement renforcement de la lutte, là où il y a « réinsertion » il y a « reconversion »…et bien sûr, la notion que le choix serait central dans le processus. Ignorant au passage que l’immensissime majorité des personnes prostituées sont des femmes, et que l’immenssissime majorité de ces femmes subissent cette activité, on subi des violences sexuelles dans l’enfance, et souffrent dans leur corps et leur esprit des conséquences de cette activité. D’où l’emploi du mot réinsertion, qui prend tout son sens.

Enfin, je trouve symptomatique cet acharnement des personnes favorables à « la liberté de se prostituer » à marquer la mixité de cette activité qualifiée de travail en adoptant toujours pour l’occasion les principes de l’écriture féministe : « des prostitué-es « . D’autres (pas HES) écrivent « travailleu(r)ses du sexe ».  En revanche, à la fin de l’exposé des motifs, quand il s’agit d’affirmer l’intention : « les socialistes ont à coeur de promouvoir une législation qui émancipe, qui garantit le libre-arbitre et l’intégrité physique et morale de tous ». Là, pas la peine de faire apparaître les femmes semble-t-il. Il aurait été simple de mettre de « tous et toutes » ou « tout être humain ». Mais peut-être cela veut-il dire qu’il s’agit des hommes (oh, pardon ;-)), je médis.

Sandrine GOLDSCHMIDT

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11 réflexions sur « HES : de curieux amendements au projet socialiste… »

  1. En tant que lesbienne et socialiste, je condamne l’idéologie et le fonctionnement de l’association HES.

    J’approuve totalement ce billet « HES : de curieux amendements au projet socialiste… ».

    Comme toute association (L)GBT, Homosexualités et socialisme a un fonctionnement patriarcal qui exclut et instrumentalise les lesbiennes.

    Et il ne faut surtout pas critiquer HES !!!

    J’attire l’attention sur le fait que depuis sa création, HES a toujours été présidée par un homme et les responsables des groupes locaux sont tous des hommes.

    Quand Gaëlle Lenfant met dans son blog un lien vers le site web d’HES, je le ressens et l’analyse comme une trahison antiféministe.

    Constatant que HES ne porte pas les revendications des lesbiennes politiques et mène une politique patriarcale, après le congrès de Reims, au moment de la création de la commission nationale aux droits des femmes du PS, j’ai proposé un atelier à propos des lesbiennes : pas seulement dans le but de revendiquer l’égalité mais aussi et surtout dans le but de montrer que la question lesbienne interroge les fondements de notre société patriarcale (il suffit de lire la définition de la « lesbophobie » par Marie-Jo Bonnet). Ma proposition a été jetée à la poubelle ! Quand j’ai partagé avec Marie-Jo mon analyse sur HES et mon expérience avec le secrétariat national aux droits des femmes, elle m’a répondu qu’au PS, les lesbiennes n’entrent toujours pas dans l’universel humain (citation non littérale).

    Quand les lesbiennes n’ont pas le droit d’exister au PS et que HES mène une politique patriarcale, que penser de l’article dans la déclaration de principe : « le PS est féministe ». A-t-on le droit de s’autoproclamer féministe quand on exclut les lesbiennes et que l’on considère comme un partenaire légitime l’association HES ?

  2. Lesbienne féministe et socialiste, je souscris à 100% à ce billet et au commentaire de Sylvie Tranchant-Rousseau.

    J’ai déjà dénoncé ailleurs le fonctionnement patriarcal et androcentré des associations L GBT, leur instrumentalisation des lesbiennes et du féminisme. L’association HES mène au nom de la classe masculine homosexuelle une véritable lutte anti-féministe,il n’est pas dans sa démarche de remettre en question le système de domination patriarcale mais de revendiquer pour les siens (les hommes homosexuels) l’égalité avec les hommes hétérosexuels et ce en renforçant au besoin le système patriarcal.

  3. Que de lesbiennes chez les socialistes ! J’espère qu’il y aura donc beaucoup d’amendements au projet socialiste proposés par chacune !

    Je ne partage pas votre point de vu sur les amendements d’HES. Ceux-ci ne concerne pas la GPA. Heureusement, HES a d’autres revendication donc la reconnaissance du parent social. Et il me semble nécessaire que cette reconnaissance apparaisse dans le projet pour 2012.

  4. Il est clair que la politique de l’autruche vis-à-vis des réseaux de GPA indiens et ukrainiens est la meilleure des solutions pour les femmes génitrices (je ne vois pas d’autres terme pour les qualifier), les parents et les enfants.

    De mêm…e, la pénalisation des clients est très certainement la meilleure des solutions pour les prostitué•e•s qui ne seront pas dés lors obligé•e•s de se cacher loin des yeux de la police répressive mais également de ceux de la police protectrice, des organismes de soutien, d’aide et de prévention (violence, VIH/IST…).

    A travers tout ce texte je ne vois qu’une chose : un très beau paternalisme (maternalisme pour faire féministe) vis-à-vis de femmes qui, quelque soit la situation, sont forcément des victimes (qui s’ignorent si elles ne se considèrent pas ainsi) jugées incapables de décider de leur vie, de l’usage de leur corps …

    Est-ce que les notion de consentement éclairé et d’empowerment vous disent qq chose ?

    A pousser votre raisonnement plus loin, d’aucuns pourraient demander à revenir sur bon nombre de droits acquis par les femmes (celles-ci étant par nature trop faibles et donc incapables de décider pour elles-mêmes).

    1. toujours les mêmes arguments…j’ai écrit au moins dix articles sur les sujets GPA et prostitution, que je vous invite à lire. A regarder les films concernant des survivantes de la prostitution…vous verrez que tout cela n’est pas de la politique de l’autruche mais très construit. Cordialement.

  5. 1° C’est bien à votre article que je réponds.

    2° Pour une personne prétendant ouvrir un « débat », vous user bien vite de la censure.

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