Les langues se délient…timidement

Dans Le Monde, Sylvie Kaufmann, directrice éditoriale -donc, femme en situation de pouvoir- dans un milieu (celui de la presse) encore très largement dirigé par des hommes, s’est livrée à une analyse de ce que révèle l’affaire DSK.
Elle affirme que les journalistes doivent se remettre en cause, qu’il y a du débat, jusqu’au sein de la rédaction du Monde. Tant mieux! En revanche, je trouve qu’elle reste encore bien timide lorsqu’elle affirme que la solution-miracle est la parité.

« L’exigence de la parité Soudain, les langues se délient. Journalistes et collaboratrices des hommes politiques racontent la « séduction » masculine au quotidien, et surtout ses dérives. Sans tomber dans le puritanisme, il existe un remède à ces dérives : la parité hommes-femmes ».

les guillemets montrent bien qu’on a quand même bien du mal à sortir de notre culture : la « séduction » entre guillemets, cela veut dire que peut être, mais seulement peut-être, la séduction n’aurait pas sa place en politique ? Parce qu’il n’y a pas que les « dérives » de la séduction (harcèlement, viols, qui sont délits et crimes), qui sont en cause. La politique est-elle un lieu approprié de la séduction (malheureusement, bien trop souvent…) ? Y a-t-il place au travail en général pour la séduction ?

Dans les métiers qui se sont féminisés, dans la presse, dans le milieu hospitalier, des comportements communément admis il y a trente ans, ceux de rédacteurs en chef à l’égard de jeunes recrues féminines, ceux de médecins à l’égard des infirmières, sont de moins en moins tolérés. Les hommes, tout simplement, osent moins lorsque les femmes sont plus nombreuses et – c’est crucial – au même niveau d’autorité qu’eux.

Car en fait, « ces comportements communément admis il y a trente ans (…) sont de moins en moins tolérés » ? C’est peut-être pire en politique, puisqu’on est dans un système ou prendre le pouvoir pousse parfois à utiliser tous les moyens, mêmes déplacés (séduction, harcèlement, violence plutôt que travail de fond et conviction). Il suffit de lire « Vie de meuf« , ou « chroniques du sexisme ordinaire » de Brigitte Grésy pour avoir de sérieux doutes. En réalité, expliquer ces comportements par le manque de parité (voir ci-dessous), me semble un peu court. C’est dédouaner les hommes d’une vraie réflexion sur leur façon de se comporter avec des femmes, en oubliant de voir que ce sont des êtres qualifiés et doués de pensée, à même de contribuer à la collectivité et pas seulement des objets de séduction. Et c’est aussi une façon de dédouaner les femmes d’une vraie vigilance à ne pas rentrer dans le jeu, accepter des remarques déplacées, à leur encontre et surtout à l’encontre des autres. Aucune remarque déplacée, sexiste, raciste ou concernant l’orientation sexuelle ne devrait nous faire rire. Enfin il me semble que cela n’encourage pas la société à utiliser l’outil de la plainte pour harcèlement, sexuel ou moral, qui a tant de mal à s’imposer.

« La politique a, jusqu’ici, réussi à échapper à la féminisation. Quelques figures de proue ne suffisent pas : Martine Aubry et Christine Lagarde à elles seules ne changeront pas des habitudes si confortablement installées. Si, en revanche, le nombre de députées était plus proche de 280 que de 113 sur 577, les couloirs de l’Assemblée nationale seraient plus policés. Et notre vie politique et médiatique certainement plus saine. »

Si la parité est indispensable, on ne peut se contenter d’elle (la mixité dans les écoles, indispensable, mais sans éducation aux stéréotypes et aux comportements non sexistes, a elle-même les travers que l’on sait…). C’est vrai, ni Martine Aubry ni Christine Lagarde seules ne changeront les choses (à imaginer qu’elles le souhaitent), mais le fait qu’il y ait moitié de député-es femmes n’y suffira pas non plus. Il faut aussi travailler au quotidien à nous convaincre les un-es et les autres, que ces comportements ne sont pas acceptables. En témoignant pour les personnes victimes, en  disant qu’une blague déplacée n’est ni drôle ni appropriée. Qu’un responsable, même important pour une cause, sera mis en cause s’il abuse de son pouvoir. Le plus grand danger auquel on sera confronté-e est d’être, en effet, accusé-e de puritanisme, voire d’être moral-e ! Après tout, il y a pire dans la vie. Etre harcelé-e, par exemple, ou violé-e.

S.G


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1 réflexion sur « Les langues se délient…timidement »

  1. Dans le JT du lundi 30 mai Pujadas revient sur l’affaire DSK qui libère la parole des femmes politiques : Bachelot, Filippetti, Rama Yade et d’autres témoignent de la difficulté d’être une femme en politique, du sexisme parlementaire, des blagues grivoises, des insultes… Pour elles, c’est important de réagir immédiatement pour remettre les hommes à leur place. voir la rediff dans quelques heures : http://jt.france2.fr/20h/

    Ce soir, lundi 30 mai 2011 à 22h05, France 2 diffuse un numéro spécial de Mots Croisés consacré aux déboires judiciaires de l’ancien président du FMI Dominique Strauss Kahn.
    Un peu plus de deux semaines après l’arrestation de l’ancien candidat de gauche favori pour la présidentielle de 2012 pour agression sexuelle, l’affaire DSK continue de faire la une de l’actualité. Quelques jours avant l’ouverture du procès de l’homme politique français prévue le 6 juin prochain, Yves Calvi consacre une nouvelle fois un Mots Croisés spécial sur les conséquences de cette affaire judiciaire.
    Ce soir à 22h05, Yves Calvi reçoit Vincent Peillon, député européen PS, le philosophe Alain Finkielkraut et Marcela Iacub, juriste et directrice de recherche au CNRS auteur de De la pornographie en Amérique. Seront également présents Caroline de Haas, porte-parole de l’association Osez le féminisme et Jean Quatremer, journaliste correspondant de Libération auprès de l’Union Européenne. Ils se pencheront ensemble sur « ce que révèle l’affaire DSK ».

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