Vu de Berlin (soleil et magazines féministes)…

Fraîchement arrivée à Berlin, quelques constats; il fait très chaud, la ville est vraiment magnifique, les touristes ont envahi la capitale…

Ce que je préfère, c’est marcher dans Prenzlauer Berg, ancien quartier de Berlin Est. Là, moins de monde, des grands trottoirs, des enfants à vélo (ici, tout les enfants semblent avec des mini-vélos rouges, tous pareils, pas des bleus pour les uns, des roses pour les unes). Il y a à la fois de l’espace, des espaces verts et -week-end de l’ascension oblige- les transports en commun sont tout à fait vivables.

Je n’ai pas repéré beaucoup d’affiches publicitaires sexistes, il m’a semblé qu’il y avait un moindre systématisme qu’à Paris…mais c’est peut-être une impression de touriste qui ne comprend qu’à moitié les messages…

Enfin, j’ai été dans un café où j’ai pu parcourir des magazines féministes : « Emma » en particulier, magazine qui a pignon sur rue, et même  un concurrent, « Missy ». Je vais en acheter au kiosque, car on m’a dit qu’on pouvait les trouver sans trop de difficultés. Et comme on est toujours poursuivie par ses sujets de prédilection, dans ce dernier numéro, de printemps, un dossier sur…la prostitution.

A un moment où en France, certains militent pour une réglementarisation de ce qu’ils appellent « le travail » du sexe, qu’en est-il en Allemagne dans les milieux féministes, alors même que là, les bordels sont légaux, la prostitution aussi ? Eh bien, « c’est de l’esclavage moderne », lit-on. Ainsi que l’interview d »un réalisateur suédois qui va visiter un bordel « le pacha », pour essayer de comprendre comment les clients peuvent y aller pour consommer du sexe et explique comment toute son équipe a été choquée.  Et qui amène à cette conclusion: la loi en Suède (abolitionniste), non seulement contraint, mais surtout change les mentalités et fait avancer l’idée qu’une société sans prostitution, c’est possible, dès lors que les clients se sortent de la tête que cela fait partie de leur liberté…

"C'est de l'esclavage moderne"

Enfin, cela me fait revenir sur un argument qu’on m’oppose parfois « vous ne connaissez pas les prostituées ». Alors que mes réflexions viennent de multiples témoignages de survivantes de la prostitution, libérées donc du lien économique ou de domination avec le client prostitueur et/ ou le proxénète. Comme l’explique très bien Rebecca Mott ou des femmes dans le film de Marie Vermeiren « Pas à vendre », quand on est dans cet esclavage, comment supporter de sur-vivre si au moins on ne se dit pas que c’est un choix ? Et si en plus, tout cela est légal, comment aller dire que c’est insupportable ? Et pourtant, certains le font.

Enfin, j’ai vu passer, un article hier, des Inrocks, disant : « les prostituées défilent ». Et ce sera ma conclusion. Pourquoi ce « les » ? Certes, ensuite, l’article précise qu’il s’agit de 200 prostituées environ mobilisées par 14 associations, dont évidemment le STRASS, Act-Up et Aides, qui sont nettement pour la réglementation. Mais ces quelques associations et leurs représentant-es représenteraient TOUTES les prostituées ? Il aurait peut-être été plus juste d’écrire DES prostituées, non ? Ou comment le journalisme peut prendre parti, au détour d’un simple déterminant, (involontairement ou volontairement) mal choisi…

S.G

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5 réflexions sur « Vu de Berlin (soleil et magazines féministes)… »

  1. merci poour ton article. toujours autant de plaisirs a te lire. je trouve ton analyse tres juste. les mots sont tres important. « les » / »des » cela change tout

  2. Oui, certains aspects de la vie en Allemagne montrent effectivement plus de souci de l’égalité femmes-hommes qu’en France (ne serait-ce le fait que le titre « mademoiselle » ait disparu, sous la pression des féministes des années 70 – en France, il a fallu que l’employé de la banque m’invente un mariage imaginaire pour que le titre « Mademoiselle » disparaisse des extraits de compte et de la carte bleue… et il a fallu que je sorte tout mon attirail de moqueries à ce sujet pour qu’il accepte de le faire… c’était en 2008, pas dans les années 60…). Depuis les années 80 il y a des représentant(e)s pour la parité dans toutes les universités, des programmes pour inciter les femmes à étudier les sciences, etc… Il y a aussi plus de femmes en politique.

    Le mauvais côté, c’est bien entendu le manque de crèches, qui fait qu’une mère ne peut travailler à plein temps avant que son enfant ait six ans, les mentalités qui font que si elle travaille elle aura droit à toute une série de réflexions aigres, entre autres de la part des profs, les inégalités professionnelles flagrantes malgré tous les représentant(e)s des femmes (16% des professeurs d’université sont des femmes, toutes disciplines confondues – dans certaines universités, il n’y a pas UNE seule femme professeure dans les disciplines scientifiques). Et puis, conséquences de tous ces enfants des classes moyennes et supérieures élevés par maman jusqu’à six ans, une maman pour qui ils représentent le seul « projet » professionnel (je ne sais comment l’exprimer autrement), il y a toute une catégorie de solides fils gâtés qu’il vaut mieux ne pas épouser ou avoir dans son entourage professionnel. Á ce sujet, je plains les chinois… Il me semble qu’en France le phénomène doit être moins répandu, du fait de la socialisation dès la petite enfance.

    Quant aux blagues sexistes, on a déliré sur les auréoles de sueur qui marquaient les aisselles des costumes de Merkel, sa coiffure, puis il y a un ou deux ans, son décolleté et celui d’une élue écolo, etc… mais on se moquait aussi de Schröder qui se teignait les cheveux. Plus généralement, je sais que j’aurai probablement le soutien des gens autour de moi si je relève une blague sexiste en Allemagne, alors qu’en France on me dira que ce n’est pas grave et que je ne comprends pas la plaisanterie. Cela vaut aussi pour les blagues racistes ou homophobes. Toujours dans la rubrique vie quotidienne, il est rarissime qu’on soit pris à partie dans la rue (sauf pour vous faire remarquer que vous ne roulez pas au bon endroit avec votre vélo ou que vous n’avez pas mis le papier dans la bonne poubelle), alors qu’en France il est rarissime de ne pas passer une journée sans se faire apostropher, d’une manière ou d’une autre, que ce soit pour se faire draguer, moquer, invectiver, etc…

    Il y a en ce moment une grosse polémique sur un animateur télé accusé d’avoir violé son ancienne amie. Il vient d’être acquitté, ce qui a choqué. C’est un peu comme l’affaire Polanski moins les preuves, car il a toujours nié ; on trouve toutefois plus d’articles pour regretter sa libération que pour s’en réjouir.

    Même si la vie professionnelle est moins facile en Allemagne qu’en France, je préfère tout de même vivre ici, car la vie quotidienne est plus détendue – et je sais qu’en cas d’ennui dans la vie professionnelle, l’opinion publique est plus réceptive aux problèmes d’intégration des femmes.

  3. J’espère que tu es bien rentrée, Sandrine !;)

    A lulu : tu parles de l’affaire Kachelmann…oui personne ne le croit, ni les hommes, ni les femmes. Tout le problème a été ces rapports d’expertises à la noix auxquelles les juges se sont soumis sans le moindre esprit critique. La presse a fortement dénoncé ce pouvoir laissé aux mains des experts (les traces sur le corps de la victime n’étaient pas « formellement » (tout est dans le formellement) identifiables comme des traces de viol d’après les experts car elles auraient pu avoir été provoquées lors de jeux sexuels SM !!!! Dingue !!!!).

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