« Changeons de point de vue » manifeste européen sur la prostitution

Voici le clip video du Lobby européen des femmes et le communiqué de presse de la campagne. Vous pouvez signer le manifeste sur le site

‘Changeons de point de vue’ : Le Lobby européen des femmes lance une campagne et un clip vidéo pour mettre fin à la prostitution ‘Si dix fois par jour je devais avoir des relations sexuelles avec des inconnues pour vivre, après combien de fois aurais-je la nausée ? Sans doute dès la première.’ C’est sur ces paroles que se termine le clip interpelant du Lobby européen des femmes (LEF), produit dans le cadre de sa campagne pour mettre fin à la prostitution, que le LEF considère comme une forme de violence faite aux femmes. Le clip d’une minute est réalisé par la réalisatrice française Frédérique Pollet Rouyer et le réalisateur belge Patric Jean, donc le documentaire de 2007 ‘La domination masculine’ a connu le succès de la critique. Dans le clip, une série de femmes rendent visite à un jeune homme prostitué, laissant de l’argent sur la table en échange de sa soumission à leurs désirs. ‘Ce que nous voulons provoquer, c’est un moment de réflexion et d’empathie’, explique Patric Jean. ‘Nous demandons aux spectateurs de se mettre à la place d’une personne prostituée et de s’imaginer ce que cela peut représenter de louer son corps et sa sexualité pour de l’argent. Si cet aspect basique de la réalité de la prostitution les rend mal à l’aise ou pire, alors ils devraient se positionner contre le système prostitueur’.

 

La campagne du LEF intitulée ‘Ensemble pour une Europe libérée de la prostitution’, interpelle les individus, les gouvernements nationaux et l’Union européenne à mettre fin à la tolérance sociétale persistante envers l’exploitation sexuelle et économique des personnes dans la prostitution, dont la vaste majorité sont des femmes. ‘Pour les membres du LEF, le système prostitueur représente un lieu d’inégalité extrême, un milieu où la violence et l’oppression sont voilées par une vision déformée de l’égalité dans un échange commercial’, dit Rada Boric, membre du Comité exécutif du LEF, qui représente plus de 2500 associations de femmes dans 30 pays. Les associations travaillent avec les femmes prostituées, ainsi que les femmes survivantes du système prostitueur, soutiennent cette analyse et dénoncent l’inégalité des femmes et des hommes comme la cause profonde de la prostitution. ‘C’est un devoir fondamental de la société que de trouver des alternatives pour les femmes, afin qu’elles puissent vivre dans la dignité et ne pas tomber dans la prostitution’, insiste Pascale Rouges, une survivante de Belgique. Une série de rapports officiels et d’études académiques soutiennent ce rude constat. Selon le Ministère de l’intérieur britannique, près de 95% des femmes dans la prostitution de rue au Royaume-Uni sont des utilisatrices problématiques de drogues. Neuf femmes prostituées sur dix voudraient quitter le système prostitueur mais ne s’en sentent pas capables.[1] Aux Pays-Bas, où le proxénétisme a été dépénalisé en 2000, près de 90% des femmes travaillant dans les bordels en 2008 étaient victimes de traite des êtres humains.[2] Une étude internationale a révélé que 62% des femmes dans la prostitution ont rapporté avoir été violées, et 68% des personnes prostituées présentent les symptômes du syndrôme post-traumatique de stress, au même niveau que les victimes de torture.[3] ‘Je suis très heureux que le LEF ait eu le courage et la vision d’initier cette campagne’, dit Proinsias de Rossa, membre du Parlement européen. ‘Il est temps pour nous d’ouvrir les yeux sur la réalité de la prostitution dans nos sociétés, et d’admettre son incompatibilité absolue avec les valeurs d’égalité entre les sexes et de dignité humaine, que l’Union européenne a épousées et auxquelles elle est légalement liée’. Le clip vidéo est disponible dans toutes les langues européennes et fait partie d’une série d’outils de sensibilisation dévoilés aujourd’hui par le LEF lors du lancement de sa campagne. Un manifeste pour prendre position contre la prostitution et un appel à agir aux gouvernements et institutions européennes, sont aussi disponibles sur le site du LEF : http://www.womenlobby.org.

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6 réflexions sur « « Changeons de point de vue » manifeste européen sur la prostitution »

  1. Le patriarcat s’est toujours empressé d’imposer dans l’espace public une parole attribuée à la prostituée et où elle vante sa condition. Dans « Pornography: Men Possessing Women », Andrea Dworkin analyse l’étymologie du mot « pornographie » pour y reconnaître les racines grecques « pornè » et « graphos »: parole de la pornè, la pornè étant la prostituée de la classe la plus inférieure, la marie-salope des bordels de la Grèce antique.
    Le discours pornographique de l’époque moderne a eu beau jeu de procéder à cette romantisation de la prostitution (dans de slivres comme Les aventures de Molly Flanders ou The Happy Hooker). C’était facile puisque la véritable prostitution enlevait la parole aux femmes et aux enfants commis à la sexualité masculine. Et lorsqu’une parole arrivait à percer, elle était discréditée comme venant d’une « moins-que-rien ».
    Aujourd’hui, quelques femmes trouvent le courage de fouiller la honte intériorisée et d’exprimer leur colère contre leurs violeurs tarifés; par exemple Rebecca Mott sur son blogue (http://wp.me/paIl9-xp) qui répond dans sa souffrance aux épigones d’une prostituée dite sécuritaire et présentée comme un simple travail.
    Les femmes-alibis d’hier (la célèbre Ulla de Lyon, 1975, par exemple) reviennent aujourd’hui sur leur discours d’il y a 35 ans en disant « Comment avez-vous pu me croire? » (encorefeministes.free.fr/prostitution.php3)
    Mais les journalistes patriarcaux ne publient pas de correctifs: ils ont eu à l’époque le mensonge que dictait son proxénète à la « pasionaria » du nouveau libéralisme, dont de nouveaux réglementaristes s’apprêtent à répéter la parole convenue de celle-qui-aime-ça-et-veut-travailler-en-paix. .
    Alors aujourd’hui, faut-il passer par une empathie pour l’instrumentalisation d’un homme pour arriver à en suciter pour celle des femmes par les hommes, justement? Je ne sais pas. Sait-on jamais la profondeur d’un gouffre de haine des femmes?

  2. Merci pour ce commentaire. Il semble que ce clip soit immédiatement très contesté. Ce renversement pour essayer de montrer l’intolérable semble être la méthode assez systématiquement employée. Je pense néanmoins qu’il y a beaucoup de vrai dans ce que tu dis ainsi que de nombreux commentaires. Il faut absolument qu’on se penche sur la représentation, sur l’image des femmes, parce que pour l’instant, on ne sait pas faire, en clip ou en affiche, quand on cherche à provoquer. Seuls le documentaire semble y arriver (pas un peu comme pour la représentation de la shoah, il semble très difficile de vouloir avoir des effets rhétoriques, parce que ceux ci sont à double tranchant, et pas toujours compris ou pertinents…

    1. La majorité des personnes qui se prostituent sont des femmes et des enfants, alors que la très grande majorité des « clients-prosti-tueurs » sont des hommes. Voir un tel clip du LEF est donc questionnant par ce choix du renversement des rôles. N’est-il pas emprunt d’un certain retour à la case départ? Qu’arrive-t-il à déconstruire? Que les hommes aussi peuvent se prostituer et que les femmes sont encore à mépriser comme l’écrit Barbara dans l’un de ces commentaires sur ce blog? Mmmm… Et puis quoi? Reste encore l’invisibilisation de la clientèle principale de la prostitution; un personnage masculin encore une fois central avec lequel il faut se solidariser et non la femme; ainsi qu’un silence total sur l’objectification du corps et de la sexualité des femmes dans la prostitution. On est un peu loin malheureusement du point central que l’on veut dénoncer dans cette forme d’exploitation sexuelle commerciale…
      Nul doute, qu’il y a quelque chose qui cloche dans ce clip sur la question de la représentation des femmes, surtout quand on dit vouloir dénoncer une telle exploitation patriarcale. Ceci dit, je suis d’accord avec cette observation que montrer pour vouloir choquer n’est souvent pas la manière la plus efficace de dénoncer et surtout de déconstruire.
      Comme féministes et comme artistes femmes, il faut créer notre propre langage visuel pour arriver à sensibiliser et dénoncer face aux discriminations que nous subissons. Il ne suffit pas de faire un collage de pub sexistes pour dire que l’on dénonce l’objectification du corps des femmes. Dans le clip du LEF on peut percevoir la même incohérence entre la volonté de départ puis le discours-parole qui véhicule une chose et le discours-visuel une toute autre chose. Pourtant le langage visuel est un langage autonome capable lui aussi de montrer une position critique de la société.
      Partons de notre expérience en tant que femme et de notre sentie pour créer des clips et des affiches féministes. À mon sens, on ne peut ni reprendre le point de vue dominant (pornographie, image sexistes,…) pour dénoncer la prostitution parce qu’il est intimement lié à une solidarisation avec l’agresseur et l’objectification du corps des femmes, alors que nous ne voulons pas ça. NI son renversement parce qu’il est toujours lié à l’idéologie que l’on veut abolir. Changeons de point du vue, oui, en prenant celui de la femme, de ce que ça nous fait nous de savoir qu’on peut y être pousser, de ce que ça nous fait d’en sortir, de voir nos soeurs y mourir, de ce que nous voulons??
      Michèle Cournoyer à réalisée en 1999 un court métrage d’animation qui s’intitule « Le Chapeau » (disponible sur le site de l’ONF http://www.onf.ca/film/chapeau) dans lequel elle relate son viol dans l’enfance est ces liens avec son expérience de danseuse nue. Parfois, il faut sortir de l’hyperréalisme pour mieux montrer les impacts de la prostitution et allez chercher au plus profond. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autre. L’affiche du Tribunal Populaire contre l’exploitation sexuelle commerciale qui a eu lieu à Montréal en mars dernier , organisé par la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES, https://www.facebook.com/photo.php?fbid=107660222646795&set=pu.101877039891780&type=1&theater) en est un autre.
      Les pages blanches offrent tellement de possibilités. On peut être aussi sérieuse en faisant des dessins que derrière la caméra vous savez. Et, c’est souvent moins réducteur parce qu’on suggère, et on s’échappe plus facilement de l’objectification. Pour ça, que se soit par la caméra ou la page, il faut d’abord revoir ce que l’ont a dans la tête, repérer la contamination visuelle que l’on a absorbé et digéré… Au Québec, nous avons aussi nos exemples de clips de grandes associations féministes au visuel questionnant et d’essais-erreurs. C’est un processus, la création dans la lutte…

  3. Plus je regarde le clip de la campagne contre la prostitution, plus je le trouve contre productif, de façon assez grave même, pour moi le visuel ne va absolument pas dans le sens du message de la campagne dénonçant la prostitution comme une des formes de violence masculine extrême, faite aux femmes. Le renversement de situation joue sur un terrain glissant ici, et plus qu’une quelconque dénonciation de violence, ce que je vois, moi, c’est une fois de plus des femmes à mépriser, des femmes dont le corps est montré comme « dégoutant », doit-on encore en passer par l’humiliation des femmes pour dénoncer les violences faites aux femmes…
    La violence est-elle représentable ? quelque chose qui ne devrait pas exister à peut-être du mal à être représenter…
    Merci à Sandrine pour ce blog !!!
    Barbara
    PS oui j’ai bien compris qu’il fallait prendre ce clip au second degré, mais je n’y arrive pas…

    1. en effet, cela provoque beaucoup de réactions diverses, et je trouve tes arguments très intéressants, pour nourrir la réflexion. Merci à toi.

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