A propos du consentement et des plaintes pour viols

Je reviens aujourd’hui sur une phrase d’un de mes articles précédents :

« Une femme qui est en situation quelconque d’infériorité (d’âge, de classe, de rapports de pouvoir) ne peut pas consentir ».

Quand j’ai écrit ça, on m’a dit que j’allais trop loin, que le consentement, c’est entre deux adultes, et qu’on ne peut quand même pas interdire les rapports avec différence d’âge…alors, précisons la pensée. Ici, je ne dis pas qu’il ne peut pas y avoir de cas où une fille de 20 ans des parties les plus pauvres du monde (parties pauvres donc où les femmes sont encore plus pauvres), consente à épouser un vieux ou moins vieux très riche et qu’elle y trouve son intérêt. Je dis juste que ce choix-là est un choix aliéné par l’inégalité structurelle du système. Le choix du monsieur est d’ailleurs lui aussi aliéné. Mais à son avantage. Tout comme d’ailleurs est aliéné le choix d’une jeune femme et d’un jeune homme, ici même, par les représentations sexistes qui perdurent dans notre société. Mais dès lors qu’il y a accumulation d’inégalité, la possibilité de consentement est faible.

Pour en venir au sujet qui nous intéresse, l’affaire DSK vs Nafissatou Diallo, je ne sais pas ce qui s’est passé. Personne ne le sait. Mais comme tout le monde commente et dit n’importe quoi sur celle qui reste pour l’instant la victime présumée, je ne vais pas m’interdire de commenter. Car l’affaire soulève des questions, et ces questions, il n’y a pas de raison de ne pas les poser. S’il n’y avait pas eu relations sexuelles reconnues et prouvées, s’il n’y avait pas eu des plaintes antérieures à l’affaire à son encontre -non judiciaires (mais faut-il rappeler que seules 10% des victimes portent plainte ?) il n’y aurait en effet pas lieu de contester un éventuel non lieu (pour l’instant nous n’avons que des rumeurs sur ce sujet là).

Avec tous ces éléments, regardons donc ce que nous savons. DSK, homme riche et puissant, est porté sur le sexe. Il est marié avec Anne Sinclair, mais le fait qu’il soit un mari volage, c’est leur affaire. On peut avoir un jugement personnel là-dessus, mais pas politique. En revanche, s’il a eu des relations sexuelles consenties dans cet hôtel de New York, il faut quand même qu’on se pose des questions : comment cette femme de chambre, qui était dans ses heures de travail, a-t-elle manifesté son consentement ?

Car le consentement présumé, ça n’existe pas ! donc, cela doit être facile pour DSK de dire comment elle a dit « oui ». Comment tout cela s’est passé, si elle l’a piégé pour plus tard lui extorquer du fric (mais alors POURQUOI aurait-elle porté plainte ! il aurait bien mieux valu qu’elle lui fasse du chantage, c’était BEAUCOUP moins risqué).

L’autre possibilité, qui se fonde sur des rumeurs de la presse américaine, c’est qu’il y aurait eu prostitution régulière dans cet hôtel. Et qu’elle ait fait ça pour être moins pauvre, à l’occasion. Dans ce cas-là cela n’est pas mieux pour DSK. Car cela signifie qu’il y aurait eu « consentement » à une relation tarifée. Et que cet homme qui semblait devoir se présenter à la primaire socialiste et représenter le progrès social, trouvait cela normal d’avoir recours à une sexualité tarifée, c’est-à-dire à acheter les services sexuels d’une femme, sans se préoccuper de son désire sexuel à elle. Là, le « consentement » de la femme est au mieux un signe de la lutte pour la survie dans un monde qui n’offre guère de « devenir » aux femmes immigrées pauvres. Ce n’est donc PAS du consentement. C’est la mise à disposition de femmes-objets au « service sexuel » des puissants.

Même dans ce cas, donc, et sans même parler de la violence subie (puisque peut-être on ne saura jamais si ce qu’a dit l’avocat de Diallo est vrai), est-ce qu’un candidat à la présidence de la République française, peut défendre cette position dans un pays abolitionniste, et dans un parti qui milite pour le progrès social ?

Ce week-end à Evry, nous avons inscrit une revendication à l’agenda politique : qu’on donne asile en France à toutes les femmes victimes du système prostitueur (et ajoutons aux hommes et aux enfants). Nous aurions pu aller plus loin, et nous demanderons très certainement aux candidats de lutter fortement contre le système prostitueur pour son abolition. Est-ce alors que DSK serait en mesure de répondre à cette question ? Et est-il envisageable qu’il puisse dire, « mais non, être client, c’est super si la personne prostituée fait ça par choix » ?

Alors soyons claire : je ne sais pas si d’autres candidat-es sont mieux que lui. Mais lui, il a admis avoir eu des relations avec Nafissatou Diallo. Si elle n’avait jamais recours à la prostitution, je ne vois pas pour l’instant où est le consentement. Si elle avait recours à la prostitution, le consentement est exclu. Et ça, ce n’est pas défendable.

Il reste une dernière solution et c’est bien pour ça que ses amis du PS se mobilisent : il aurait été victime d’un coup monté pour lui extorquer de l’argent. Mais  ce serait un coup monté bien mal monté (et tant qu’on ne sait rien tout est possible) si ses auteur-es pensaient vraiment que cela resterait inaperçu. Par exemple, ils/elles se seraient arrangé pour ne pas laisser de traces sur des comptes en banque… ou pour ne pas donner des coups de fils qui les compromettent. Et surtout, s’il était tombé dans le piège, de ce coup monté, comment un homme, qui se sait attendu au tournant et faible de ce côté là, peut-il imaginer qu’une femme de chambre de 32 ans aie, tout d’un coup, une envie subite d’avoir un rapport sexuel avec lui ?

Une chose est sûre : s’il s’aventurait à exprimer l’éventualité de sa candidature à la primaire du PS, ce sont des choses qu’on ne pourrait éviter de mettre sur la table !

S.G

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11 réflexions sur « A propos du consentement et des plaintes pour viols »

  1. par son style de vie et ses relations avec les femmes, DSK porte atteinte à l’image du Parti Socialiste. DSK n’a plus rien à faire dans mon parti qui doit porter les valeurs de progrès social et de dignité !!!!!

  2. J’adhère à cette idée du manque et de l’impossibilité de consentement et ne trouve pas que vous alliez trop loin ! Par extension et sans abus, c’est un principe qui est transposable à la société, les personnes sont contraintes d’être consententes à la soumission, d’où la pensée fondamentale de la victime consentente que N. Chomsky déceloppe en parlant de socio politique et psychologie !
    Merci !

  3. Puisqu’on dit tout et n’importe quoi, je propose un autre scénario plausible concernant les réactions de la jeune femme guinéenne
    Après un court temps de retrait sur soi après le rapport sexuel quel qu’en soit la nature et la colère l’emportant , la jeune femme décide de porter plainte
    Puis, effrayée des conséquences possibles à cause de ce qu’elle sait d’un compte bancaire lessiveuse, elle pense à retirer sa plainte et en parle à son compagnon ….
    C’est dire son ingénuité.
    Ensuite elle s’embourbe dans des contradictions, parce que ce genre de situation est aussi traumatisante que sa peur du système ..

    Et puis , si elle avait voulu faire chanter DSK, elle aurait été organisée, supports audio ou vidéo à l’appui
    On ne saura peut-être jamais.

  4. Je suis outrée ce soir après avoir suivi depuis le début l’affaire DSK à NY d’apprendre de la bouche de l’avocat de la femme de ménage ce qui lui est exactement arrivé! i(en bas vidéo) http://www.7sur7.be/7s7/fr/10316/Dominique-Strauss-Kahn/article/detail/1286740/2011/07/01/Le-recit-tres-cru-de-l-avocat-de-l-accusatrice-video.dhtml ils parlent d’aboutir à un non lieu.. non mais on rêve!.. si l’argent avec ces avocats a pu fabriquer ces fausses preuves (Nafi attaque le New York Times pour diffamation auj même) les cartes magnétiques du Sofitel ont confirmé son témoignage.. je ne sais pas comment vont réagir les femmes à son retour en France et s’il ne sera pas lynché!!.. en tout cas je me réjouis de la plainte tardive mais heureuse de Tristane Banon qui va enfin réveler au public via la justice le côté sombre de cet odieux personnage!!.. Mesdames réagissez devant de telles violences faites aux femmes!..

  5. ok d’accord! bientot faudra filmer ses ébats et faire rédiger une mention manuscrite a sa partenaire pour éviter de se retrouver dans de sales draps judiciaire! et encore ça risque de pas etre suffisant puisque que j’apprends que les femmes seraient, tout comme les mineurs, incapables de fournir un consentement digne de foi. maintenant la femme n’a même plus a exprimer son désaccord pas même de manière tacite, c’est l’homme qui doit etre télépathe.
    le consentement ne se présume pas => en matière de séduction l’homme tente des approches jusqu’a ce qu’il se fasse rembarrer j’y peux rien c’est comme ça. la femme materialise son consentement par un laisser faire dans un premier temps puis part des actions positives. si elle est pas d’accord elle le dit ou bien elle fait un geste non equivoque (tourne la tete, tient a distance le partenaire,..) et là 99% des hommes normaux comprennent.
    dans une rencontre on verbalise rarement ses intentions sexuelles, genre:
    lui-  » j’ai prévue après ce diner tenter de coucher avec vous ce soir, qu’en dite vous? »
    elle- « je suis tout a fait disposé! excellente idée. »

    1. Hé bien, la différence homme/femme que vous évoquez, dans le rapport à la sexualité est un élément du sexisme, et une construction sociale.

      Si les femmes ne peuvent pas matérialiser explicitement leur consentement, c’est parce que l’invective les attend immédiatement : « salope », la femme qui dit « oui » tout de suite, ou qui prend les devants.

      C’est aussi cela le sexisme, le fait qu’on nie ou qu’on montre du doigt la possibilité pour une femme d’être sujet dans une relation sexuelle.

      De plus, cette construction sociale légitime le fait qu’un homme soit insistant : puisque les femmes sont censées ne pas montrer leur consentement de façon trop explicite (ou, pire, faire mine de refuser dans un premier temps), il serait normal que les hommes insistent. Et tant pis pour les femmes qui disent non parce que, tout simplement, elles pensent non et ne changeront pas d’avis.

      Du coup, une plus grande rigueur de la justice, la nécessité d’un consentement explicite en lieu et place d’une « absence de refus », auraient comme effet bénéfique de casser ce système injuste et inégalitaire. De pousser les hommes à plus de réserve. Mais également de pousser les femmes qui acceptent cette façon de fonctionner, qui ont intériorisée ce rôle passif, à devenir réellement actrices de leur vie amoureuse, à prendre les devants (et pas seulement répondre oui ou non à des sollicitations).
      La « drague » toute la culture plus ou moins douteuse qui tourne autour (du harcèlement dans la rue, à la manipulation déguisée en séduction) ne sont pas des fatalités, et ont des effets pervers.

      Quand la loi considèrera que, sans consentement explicite et manifeste, il y a viol et crime, qu’insister après un premier refus est un harcèlement et un délit, les rapports hommes/femmes seront assainis.

      Oui, c’est tout un pan de la culture machiste qui s’écroulerait, et : tant mieux 🙂

  6. c’est la société patriarcale qui réduit les femmes à d’éternelles mineures !!! ne nous trompons pas de cible !

    dans les 99% d’hommes que tu dis normaux, il y en a beaucoup qui sont ce que Natacha Henry appelle des mecs lourds

    alors si je vais dans le sens de ce que tu affirmes soukougnan (et qui est intéressant), dans ce cas, il faut interdire la diffusion de propos et représentations misogynes dans les manuels scolaires, les catalogues de supermarché, les publicités, les œuvres culturelles, les médias, l’espace public…

    cette diffusion produit une société où les hommes dominent et les femmes se soumettent.

  7. je suis très réservé sur le concept de « société patriarcale », ou plutot de « patriarcat » (tel qu’il est utilisé dans la rhétorique feministe). c’est caricatural, réducteur et ça me semble etre une approche terriblement datée.
    d’ailleurs dire que la société réduit la femme a une eternelle mineur est aussi un discours qui a quelques trains de retard. c’était vrai jusque dans un passé récent mais ça ne l’est plus, même si des inégalités persistent.

    natasha henry? je connais pas. mais s’agissant du mec lourd, ou c’est un violeur/ harceleur et dans ce cas il doit etre sanctionné (pénalement, déontologiquement,etc). ou c’est juste un mec lourd ( et rien de plus) dans ce cas c’est a la victime de faire preuve d’autorité et de répartie.

    je n’ai pas pour ambition de sauver le sexisme en france mais ce que tu préconise est un chefs de censure supplémentaire. l’intention est louable mais dans l’application ça serait infernal, d’ailleurs est ce bien necessaire? j’ai par exemple remarqué que la marque AXE avait fait disparaitre son ancien slogan « plus t’es clean, moins elles le sont » sans qu’on ait a voter des lois liberticides.
    je ne suis pas d’avantage d’accord avec ton explication. ce qui est frappant avec le féminisme c’est qu’il semble ne pas croire en la femme (alors qu’il est déjà certain qu’il ne croit pas en l’homme), « il faut interdire ci », « il faut imposer ça », « il faut créer une incapacité de consentir pour la femme adulte(!) ».

    mais le pire du pire c’est ces psychiatres qui viennent expliquer qu’une supposé victime de viol n’a pas a établir son absence de constentement et qu’elle n’a même pas a faire un récit cohérent a la justice. sachant que dans ce type d’affaire les preuves matérielles sont souvent insuffisantes ou ne permettent pas de savoir la vérité, alors sur quelle base condamner le suspect de viol? sur simple déclaration de la victime?
    d’ailleurs j’en profite pour faire remarquer que dans les prisons qui sont des lieux masculins et violent, les violeurs sont particulièrement maltraités. alors le pénitencier, nouveau bastion du féminisme?

    1. « d’ailleurs j’en profite pour faire remarquer que dans les prisons qui sont des lieux masculins et violent, les violeurs sont particulièrement maltraités. alors le pénitencier, nouveau bastion du féminisme? »

      Plutôt un espace supplémentaire où s’exerce la violence machiste, et où le viol est utilisé comme arme par des hommes sur d’autres hommes pour établir une hiérarchie : en prison, les violeurs sont le bas de la hiérarchie et victimes de viols commis par leurs co-détenus. Pas de femmes à l’oeuvre dans ce processus, mais la répétition des valeurs machistes des prisonniers.

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