La dernière piste

Un petit mot en passant pour renouer avec un genre guère pratiqué ici en 2011…le compte-rendu de film.
J’ai enfin vu La dernière piste, de la réalisatrice Kelly Reichardt, qui avait déjà filmé le très remarqué Wendy et Lucy.

Je ne dirai pas grand chose de plus que la critique de Jacques Morice dans Télérama, très juste (mais ne la lisez pas avant d’avoir vu le film !).
Juste donner le sentiment que le film m’a laissé : moi qui ai rarement aimé le western, je me suis laissée emporter par celui-là.

Qu’est-ce qui le différencie ? Qu’il y ait autant de personnages de femmes que d’hommes ? Qu’une femme change le cours du déroulement de l’histoire ?

Pas seulement. C’est d’abord par la réalisation que « La dernière piste » nous emmène ailleurs, loin des pistes battues du western classiques.

Dans celui-ci, e le décor n’y joue d’autre rôle que,justementt celui de décor -coloré (Technicolor) dans lequel se déroule une intrigue ? Mais à part ça, si on changeait de décor, péplum, médiéval  ou des bas-fonds new-yorkais, ce serait finalement le même film, une histoire d’une lutte très mâle et colonialiste entre le bien et le mal.

Ici, c’est exactement l’inverse qui se passe. C’est le décor, qui devient la source réelle de l’intrigue. C’est le paysage, sa force, sa puissance face à l’être humain, son omniprésence, le silence envahissant, l’infini qui l’emportent. Kelly Reichardt a compris, un peu comme Hitchcock (et la scène dans le désert dans La mort aux trousses), que l’histoire naissait de ce décor, et de sa capacité à nous transmettre le trouble et l’angoisse dans lesquelles peut plonger le fait d’être perdu-es, désorienté-es, dans le désert.

Désorienté-es au sens propre, face à l’angoisse de la mort, peut-être présente au tournant, c’est toute la vie des personnages qui est désorientée, les repères qui se brisent. Les femmes ne sont plus que faibles, les indiens ne sont pas forcément vils… et ce n’est que ce trouble dans les certitudes dominantes, qui peut provoquer un renversement des systèmes de pouvoir, et ouvrir le champ des possibles…

S.G.

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5 réflexions sur « La dernière piste »

  1. Pour ajouter à la remarque sur la force du décor, il faut voir aussi « Old Joy » de Kelly Reichardt : il ne se passe rien (deux copains randonnent ensemble jusqu’à une source thermale et c’est tout), c’est aussi plutôt une histoire qui aurait pu être racontée du point de vue habituel du mâle (l’un des deux copains est marié, sa femme est enceinte, il a besoin d’un peu d’air), et cela débouche sur un film magnifique et apaisant, avec des vues de sous-bois où l’on a l’impression d’entendre respirer les plantes et de sentir la terre humide, et où l’on se relaxe tout autant que les personnages dans leur bain thermal, le long de quoi se glisse tout un questionnement sur la valeur du hors-norme et de la norme, que ce soit via l’échappée hors quotidien, les déchets dans la forêt ou la marginalité d’un des personnages.

  2. Ce que je trouve frappant dans « La dernière piste » (et c’est peut-être le cas dans le film que cite lulu) c’est la manière d’y montrer notre place dans la nature. La réalisatrice montre très bien que nous y sommes étrangers depuis longtemps, que nous y avons depuis longtemps perdu notre place. Nous avons perdu le fameux « Paradis » de la Bible. D’ailleurs le passage biblique lu par l’enfant est celui du « Paradis perdu », justement. De plus le groupe se montre incapable de s’orienter hors d’une ville. Le film exprime bien cette rupture consommée entre la nature et notre civilisation même si cette dernière se réduit à trois roulottes. Elle est dans la tête des gens : « si vous voyiez les villes que nous avons construites » pense l’héroine en rendant son mocassin à l’indien. Alors qu’en fait, il y est resté relié, lui, à la nature ce qui fait qu’il ne semble pas avoir besoin de carte ou de boussole pour ne pas mourir de peur et de soif comme les grands urbanistes à la conquête de l’ouest largués dans les grandes étendues sauvages. Et pourtant à la fin c’est notre civilisation qui va survivre tandis que les peuples animistes seront décimés. Peut-être l’idée qui ressort, c’est justement que nous SURVIVONS au lieu de vivre. Il se peut que la vie symbiotique avec la nature soit supérieure à cette survie. Que les vainqueurs soient finalement les perdants…je ne sais pas, je suppose juste.

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