Que penser des « Slutwalks » (marche des salopes) ? Elements pour réflexion

Le mouvement des « Slutwalks », initié par une réaction à Toronto aux propos infamants d’un policier, affirmant devant des étudiantes, qu’une femme, pour ne pas être violée, ne devrait pas s’habiller comme une « slut » (salope) est en train de s’étendre. En France, on nous annonce une marche le 1er octobre. A priori, j’ai plutôt tendance à être hostile à toute manifestation qui m’enjoint à me déclarer ci ou ça, ici salope, qui est une injure sexiste, ou qui me donne un mot d’ordre de m’habiller d’une certaine façon. Déjà, lorsque l’association française « Ni putes ni soumises » avait lancé l’idée d’une « journée de la jupe », j’avais fortement réagi ici même.

Je reste toujours mal à l’aise avec l’idée des slutwalks, pour certaines raisons en particulier, comme le fait qu’elles semblent être utilisées par certains mouvements se disant « pro-sexe » comme un moyen de favoriser l’idée que la prostitution pourrait être un travail -en tout cas  les mouvements qui militent dans ce sens y sont très présents-, comme l’explique très bien Rebecca Mott ici.

C’est en outre un mouvement médiatique qui attire les médias justement parce que les femmes utilisent les attributs de la séduction hétérosexiste. Quand je lis ça : « Des propos qui ont mis 3 000 femmes dans la rue avec un mot d’ordre : porter du court, du moulant, des talons et revendiquer haut et fort leur féminité »,  ça ne me donne pas envie de participer.

Et l’excellent article d’Irène Kaufer ici fait très bien le point sur cet aspect du problème.

Pourtant, je continue à m’interroger, en me disant que s’il y a audience, c’est peut être aussi l’endroit de se faire entendre, qu’il ne faut pas laisser ceux avec qui on n’est pas d’accord utiliser seuls le terrain médiatique. Et que -peut-être- cela peut aussi être l’occasion de délivrer des discours forts, comme l’a fait Aishah Shahidah Simmons, la réalisatrice de No ! The RapeDocumentary, militante féministe, noire, lesbienne américaine, récemment à la slutwalk de Philadelphie (le 6 août). Elle ne reprend pas du tout à son compte le mot « slut », elle le critique. Et pourtant, elle fait passer un message. Son texte est très puissant, à lire ici.

Alors, une marche, pourquoi pas ? Il faudrait au mimimum plus d’explications, de débat sur le fond sur le site -qui pour l’instant est assez superficiel et centré sur les fameux soutien-gorges à lancer aux CRS…et aussi, cela me conviendrait mieux si on infléchissait le message, plutôt dans le sens de cette photo : « ne nous dîtes pas ce que nous devons porter, dîtes aux hommes de ne pas violer ». Car l’objectif, finalement, qui peut nous rassembler, c’est bien aussi celui de la campagne d’OLF, du CFCV et de Mix-Cité : que la honte change de camp, que la faute soit enfin mise sur le coupable, l’agresseur, et non sur la victime.

S.G

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4 réflexions sur « Que penser des « Slutwalks » (marche des salopes) ? Elements pour réflexion »

  1. Bonjour Sandrine,
    merci pour cet intéressant article, je crois que toute occasion de visibilité est bonne à prendre pour faire passer le message du respect et de la paix auxquels ont droit toutes les femmes et ce quelle que soit leur façon de s’habiller ou pas (je crois qu’on devrait pouvoir se promener nue sans être un convoitée ) de même que je n’ai pas envie qu’on me dicte ma façon de m’habiller, je respecte celle des autres et je souhaite juste que les hommes prennent conscience de la nécessité qu’ils ont d’apprendre à se contrôler et à respecter les femmes. Je crois aussi que toute action médiatisée est une bonne occasion de faire passer ce message.

  2. Je suis indignée, une nouvelle fois, de voir que nous (les femmes) sommes encore traitées de la sorte, et j’approuve complètement la fin de l’article.
    Manifester oui ! mais habillées comme tous les jours. A chacune de s’assumer afin de s’unir dans notre quête de reconnaissance et de respect.
    Surtout ne cherchons pas à ressembler aux hommes et restons ce que nous sommes.

  3. Se faire entendre avec ceux avec qui on est pas vraiment d’accord me semble un bon moyen pour faire croire qu’ils sont plus nombreux que la réalité
    Et si la « slutwalk » est organisée comme une expo de seins et de fesses au motif qu’on a bien le droit d’en avoir, cela réduit à quelques éléments les revendications féministes de respect des droits et d’égalité de traitement
    La situation des femmes en France est différente de celle des femmes en Ukraine par exemple et devrait donc avoir une expression différente pour être pertinente, si elle est autre chose qu’une manipulation.

  4. Merci Sandrine pour cet article très intéressant.
    Je trouve également étrange de rentrer dans le jeu de ce pourquoi on est insulté de « slut » en s’habillant de façon provocante.
    Je ne suis pas non plus partisante d’un s’habiller vulgairement pour affirmer qu’on a le droit de s’habiller comme on veut.
    Il faut quand même rester consciente, garder son style tout en restant alerte et concerné sur les problèmes qui de toutes façons existent bel et bien.
    Enfin, comme tu le dis, il vaut mieux pointer du doigt la faute de l’agresseur, et non celle de l’agressé.

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