Il y a 35 ans, le manifeste féministe contre le viol

Parfois, en ce moment, on a l’impression d’être revenues 40 ans en arrière. Et quand on relit (voir ci-dessous), le texte et en particulier le dernier paragraphe du manifeste contre le viol lancé par le mouvement de libération des femmes en 1976, dont le slogan est : « quand une femme dit non, c’est non », on a l’impression d’être en pleine actualité.

Quand on cherche sur internet ce texte on tombe sur tout un tas de choses, mais pas sur ce texte.  Des soi-disant blagues et tous ces forums, où des garçons posent la question : est-ce que quand une femme dit oui, ça veut dire non ? …comme si on en était toujours là…

En clair, 35 ans après ce manifeste,  lorsqu’une femme porte plainte pour viol, elle est toujours autant décrédibilisée, moquée, menacée. 99% des viols, malgré les gains en terme de loi de la lutte, restent impunis. On comprend donc que la lutte ne fait en fait, que commencer.

Et puis après avoir lu, on peut, pour mieux comprendre, tous ces mécanismes déjà contenus dans le manifeste,  écouter cette émission, de Stéphane Paoli où, l’accent est  mis sur les dimensions de contrôle, de possession, de pouvoir, et de destruction de la personne à l’oeuvre dans le viol.

Une émission avec Michela Marzano, philosophe, Muriel Salmona, psychotraumatologue, Claude Katz, Adrien Bosc, Gérard Berréby et Raphaëlle Branche.

Voici le texte du manifeste de 1976, que j’ai donc recopié…

« Quand une femme dit non, ce n’est pas oui, c’est non! »

1- Le viol n’est pas une fable

C’est la réalité quotidienne des femmes dans la rue, dans leurs maisons, à leur travail, le jour, la nuit. Même quand nous échappons à la réalité multiforme du viol, nous n’échappons pas à la peur que nous avons apprise dès notre enfance et que notre expérience ne fait que renforcer.

2- Le viol n’est pas un hasard

C’est l’expression de la violence permanente faite aux femmes par une société patriarcale. Tout homme est un violeur en puissance. Nous sommes sans cesse en butte aux agressions sexuelles manifestes ou déguisées. La chasse aux femmes est ouverte tout l’année 24h/24h.

3-Le viol n’est pas puni en tant que crime contre les femmes

La loi dit : le viol est un crime. Dans les faits, il n’est jamais reconnu comme un crime contre une femme. Il est parfois reconnu comme un crime contre le propriétaire de la femme. L’accès des hommes au corps des femmes est pour chaque homme un droit qui n’est limité que par la propriété exercée par un autre homme sur une femme. La femme qui n’a pas de propriétaire est la propriété de tous.

4-Le viol n’est pas une loi de la nature.

Il est l’acte physique et culturel sur lequel est fondée la société patriarcale qui ne pouvait vivre sans l’appropriation et l’exploitation du corps des femmes, de leurs forces de production et de reproduction. Poussé par la nécessité de légitimer cette appropriation, le patriarcat a produit le mythe imbécile d’une sexualité masculine « irrrépressible », « incontrôlable », « irrésistible », « urgentisseime », en un mot, « virile ».

5-Le viol n’est ni un désir ni un plaisir pour les femmes

Quand une femme dit non, ce n’est pas oui, c’est non. L’impérialisme de la sexualité masculine chercher à se justifier en fabriquant une sexualité féminine passive, masochiste, entièrement soumise aux initiatives des hommes, ce qui permet de persuader tous les hommes (et même certaines d’entre nous) que le viol peut être « recherché », « provoqué », « consenti », et pourquoi pas, source de jouissance. Autrement dit qu’un viol n’est pas un viol.

6-Le viol n’est pas un destin

Nous en avons assez d’être violées et d’avoir peur de l’être. A droite comme à gauche, ils s’accordent pour justifier le viol. A droite, ils nous disent que le viol est le fait de psychopathes, d’immigrés, d’alcooliques, d’anormaux, d’obsédés sexuels. A gauche, ils nous disent que le viol est le résultat de la misère sexuelle et qu’il faut nous laisser violer au nom de la lutte contre le capital. Nous ne nous laissons plus culpabiliser, nous n’avons plus honte de dénoncer le viol et de lutter contre les violeurs. Nous refusons qu’une femme victime d’un viol soit transformée en accusée par la justice. Nous savons maintenant que la lutte contre la violence patriarcale est irréversible, que des femmes de plus en plus nombreuses commencent à chercher, à inventer des alternatives aux seuls modèles de relations que les hommes proposente : ceux du VIOL

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11 réflexions sur « Il y a 35 ans, le manifeste féministe contre le viol »

    1. A Dire d’Elles qui défend habituellement la parité l’a déséquilibrée dans ce texte en privant Michela Marzanno du a de son prénom : coquille ou acte manqué ?

  1. «Partout où l’homme a dégradé la femme, il s’est dégradé lui-même !» (Charles Fourier)

    « On nous dira : que peut la littérature contre la ruée sauvage de la violence ? Mais n’oublions pas que la violence ne vit pas seule, qu’elle est incapable de vivre seule: elle est intimement associée, par le plus étroit des liens naturels, au mensonge. La violence trouve son seul refuge dans le mensonge et le mensonge son seul soutien dans la violence. Tout homme (toute personne) qui a choisi la violence comme moyen, doit inexorablement choisir le mensonge comme règle. Au début, la violence agit à ciel ouvert et même avec orgueil. Mais dès qu’elle se renforce, qu’elle est fermement établie, elle sent l’air se raréfier autour d’elle et elle ne peut survivre sans pénétrer dans un brouillard de mensonges, les déguisant sous des paroles doucereuses. Elle ne tranche pas toujours, pas forcément, les gorges. Le plus souvent, elle exige seulement un acte d’allégeance au mensonge, une complicité. Et le simple acte de courage d’un homme (une personne) simple est de refuser le mensonge. Que le monde s’y adonne, qu’il en fasse même sa loi – mais sans moi ! Les écrivains et les artistes peuvent faire davantage. Ils peuvent vaincre le mensonge. Dans le combat contre le mensonge, l’art a toujours gagné et il gagnera toujours, ouvertement, irréfutablement, dans le monde entier. Le mensonge peut résister à beaucoup de choses. Pas à l’art. Et dès que le mensonge sera confondu, la violence apparaîtra dans sa nudité et dans sa laideur. Et la violence alors s’effondrera. C’est pourquoi je pense que nous pouvons aider le monde en cette heure brûlante. Non en nous donnant pour excuse de ne pas être armés, non en nous adonnant à une vie futile mais en partant en guerre. « Une parole de vérité pèse plus que le monde entier ! »(proverbe russe). » (Alexandre Soljenitsyne – Discours de Stockolm)

  2. Fan de Osez le Féminisme, je pense que ce texte n’est pas déplacé car je connais les chiffres et je sais que même si les garçons sont aussi souvent victimes étant enfants, les filles sont malheureusement encore les victimes les plus nombreuses.

    « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. » (Khalil Gibran) :
    Une chose est la nuit même obscure et autre chose une chute aux enfers durant des années pour les victimes de pédocriminels : celles qui s’en sortent plus ou moins, nous sommes ici pour en témoigner mais toutes les victimes tombées dans la prostitution et victime du trafic d’êtres humains ou celles qui sont enfermées à vie dans un institut psychiatrique (victimes d’incestes) ou encore en prison pour avoir « éliminé » leur père ou les personnes frappées du syndrome de la bêtise, restées pour toujours dans le brouillard de l’ostracisme ou de l’alcool au dernier degré, suicidées, ou errantes à perpétuité comme SDF ou d’autres manières, ou les femmes qui sont tombées dans l’errance sexuelle (ladite « nymphomanie ») et exécutées de toutes les manières possibles comme « impures »… Toutes ces victimes-là n’auront jamais d’aube : elles doivent être constamment dans notre souvenir et dans notre esprit pour lutter avec un acharnement sans fin contre la machisme et le patriarcat sur lesquels le Monde s’est construit. Jamais de paix aussi longtemps que cela ne se sera pas arrêté !!
    « Le féminisme est désormais une stratégie incontournable dans la lutte contre le patriarcat et son associé le machisme, et dans la lutte pour la protection de l’Enfance. » vk
    Tangakamanu.

  3. un psychiatre en charge d’étudiants:
    « Ce n’est peut-être pas réellement un viol, il ne vous a pas menacée d’un couteau sous la gorge, il n’y a pas eu de violence ; vous n’étiez juste pas trop consentante »

    mmmh, c’est moi qui ait un soucis ? ou j’ai l’impression que je pourrais faire son métier mieux que lui ?
    cliché sur cliché : parce qu’il faudrait dire non non non et être menacé de mort pour pouvoir dire qu’on a subi un viol

    je ne m’attendais pas à ça de la part d’un professionnel, comme quoi il y a encore du boulot !
    En espérant que dans 35 ans, ça aura évolué

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