Messieurs, vous ne vous socialisez pas, vous vous déshumanisez !

Au primaire, les petits enfants ne sont pas toujours « exemplaires » les uns avec les autres. Ils sont en train de se socialiser, et parfois, conséquence de cette socialisation, c’est de s’en prendre à l’un-e d’entre eux. Je me souviens un jour ma fille rentrant de l’école et disant « tout le monde se moque de une telle et personne ne lui parle ». A ce moment là, moi qui représente l’institution, je lui dis :

-et TOI, qu’en penses-tu ?

-ce n’est pas gentil, répond-elle.

Le problème qui se pose à l’enfant, à cet instant, c’est : si je ne fais pas comme les autres, est-ce que je vais subir le même traitement. Aidée par son éducation, elle a peu à peu compris d’elle-même qu’elle n’était pas obligée de faire comme les autres. Et que si cela lui arrivait à elle, elle serait très malheureuse. Alors elle a parlé à la petite fille.

-Pendant la deuxième guerre mondiale, l’ensemble de la population était encouragée à dénoncer les juifs, pour qu’ils soient raflés puis exterminés. Refuser de le faire, c’était prendre un risque. Un risque pour sa vie. Tous et toutes n’en étaient pas capables. Mais certain-es l’ont fait, et ont caché des enfants juifs ou aidé des familles à se cacher. C’est pour cette raison qu’on les appelle les justes de l’humanité. Car ces personnes ont compris que malgré tout, elles avaient le choix. Ce choix leur a parfois coûté la vie, mais il était juste.

Ce qu’on a entendu ces derniers jours concernant les femmes victimes de viol , cela relève du même ordre. Non, messieurs, les femmes ne sont pas des objets de votre socialisation. On « ne fait pas le chichi » à des femmes de ménage pour prouver qu’on est un homme. On ne défend pas honteusement son ami et mari de son ex-femme en jetant le discrédit sur les centaines de millions de femmes victimes de violences sexuelles. On ne commet pas un viol collectif pour être accepté dans un groupe et si on le fait c’est une circonstance aggravante. Car là aussi, vous avez le choix d’être un juste.

Les femmes ne sont pas des objets à votre disposition. Elles sont des êtres humains, des êtres vivants. Et vous avez le choix de montrer votre humanité, en le disant haut et fort. Si vous n’en êtes pas capables, taisez-vous et remettez-vous en cause. Messieurs, que de plus en plus d’entre vous clament avec nous haut et fort : en « embêtant » une femme, en la harcelant, en regardant du porno, en achetant une femme pour le sexe, en battant une femme, en violant une femme, vous ne vous socialisez pas, vous niez son existence d’être humain, et vous vous déshumanisez.  Si, au lieu de continuer à défendre un système qui nie les femmes, vous dîtes cela haut et fort et agissez avec nous sur vos pairs, alors, vous serez, vous aussi, des justes de l’humanité.

Sandrine GOLDSCHMIDT

 

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6 réflexions sur « Messieurs, vous ne vous socialisez pas, vous vous déshumanisez ! »

  1. Ces quelques mots pour vous remercier d’avoir évoqué les « Justes parmi les Nations ». Ces citoyennes et ces citoyens, non juifs, arrachèrent concrètement à la Shoah des persécutés raciaux. Ces Justes mirent effectivement leur propre vie en danger en sauvant celle(s) de juifs frappés, pour se limiter à la France, par les lois de Vichy et les ordonnances allemandes.
    Un cliché répète que sous l’occupation nazie, les Français se divisaient entre deux minorités : les collabos et les résistants, tandis qu’une large majorité subissait. Trop rarement sont rappelés les Justes. Ces héroïnes et ces héros de l’ombre furent d’ailleurs reconnus d’abord par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem et non sur une initiative de la France où une sensiblité profonde à l’extermination ne remonte qu’aux années 80…

    1. Merci, c’est vrai, on dit « justes parmi les nations ». Je l’ai transformé en justes de l’humanité, je ne dois pas trop aimer les nations….

  2. Je m’aligne en résistance contre les courants de pensées et de pratiques machistes héritées de trop longs siècles d’obscurantisme patriarcal et suivies par des individus « qui jouent à l’homme » dans la profondeur et la veulerie d’un criminel esprit grégaire méchant et méprisable.

  3. Tout à fait en marge d’une réflexion de fond, je note, parce que c’est inhabituel, un polar qui raconte les exploits d’une justicière .A LA , une journaliste, féministe, passe ses nuits à traquer les violeurs en série, que la police n’a pas réussi à attraper , et à leur en faire passer le goût – aux violeurs-. C’est un vieux polar de 2001, écrit par un homme Warwick Collins et le titre accrocheur est Fuckwoman

  4. Au hasard d’une lecture, rencontré cette phrase d’Henri Bartoli :
    – « Les « Justes » n’ont pas, comme les déportés, « parlé avec la mort » (Charlotte Delbo), ils lui ont arraché des vies humaines. »

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