To be or not to be…Hitler

Cette semaine, on a beaucoup parlé du documentaire de la série « l’Apocalypse », sur l’ascension d’Hitler.
Je viens de voir le premier épisode. Et après l’énervement initial, j’en ai apprécié une grande partie du contenu : la plupart des circonstances -guerre de 1914, traité de Versailles, crise de 1923, crise de 1929, y sont bien décortiquées » En 52 minutes, on apprend l’essentiel sur la période. Ou presque.

Car l’énervement initial,  est venu de , la composition même du plateau pour le débat : les deux documentaristes, Kassovitz qui a prêté sa voix au commentaire, et un psychanalyste.

Est-il vraiment intéressant de faire appel à un psychanalyste pour débattre sur le plateau, et qu’il n’y ait pas d’historien-ne, ou de penseur-e politique ?

Ainsi, il y aurait un sens à analyser le personnage Hitler en tant qu’individu, pour comprendre la folie qui a provoqué 50 millions de morts en Europe ? Y aurait-il quelque chose chez lui qui permettrait d’en faire un « monstre », un « non-humain » ? Et qui permettrait de se dire « plus jamais ça », puisque de toutes façons, c’était un illuminé porté par un concours de circonstances ?

Et le documentaire de nous expliquer qu' »Hitler ne pouvait pas prouver qu’il n’était pas juif ». « Que son père s’était marié avec sa cousine, qu’il était donc consanguin ». « Qu’il était en conflit avec son père, et que la mère était « le seul être humain qu’il eût vraiment aimé ». Certes, c’est peut-être vrai. Mais ce n’est pas cela qui est intéressant : des illuminés, des fanatiques, des enfants maltraités, des enfants nés de l’inceste, il y en a des centaines de millions à travers le monde. Tous ne deviennent pas pour autant Hitler, et le monde ne bascule pas forcément à leur suite.

Ainsi, l’énervement vient de la question elle-même : « pourquoi Hitler ? » Cela fait des décennies qu’on se pose la question. Mais on ne peut pas se la poser sans en poser une autre : Hitler étant un être humain, pas si différent de beaucoup d’autres,  pourquoi l’humain peut-il mener au crime contre l’humanité et au crime de génocide, aussi souvent dans l’Histoire, avant et après lui ? Et pour répondre à cette question, ou plutôt creuser l’interrogation, la psychanalyse ne peut pas suffire. Il faut une analyse politique de comment l’humain s’organise en société et gère ses conflits. Or nous sommes dans une société de rapports de pouvoir où ceux qui le détiennent écrasent les autres, rapport de domination qui traversent tous les secteurs de la société, en tant qu’institution : famille, entreprise, argent, politique, religion, occupation de l’espace public, …

Oui, Hitler était un illuminé capable de fasciner les foules, oui, la crise de 1929 + le traité de Versailles + encore plein de circonstances très bien exposées dans le documentaire expliquent ce qui s’est passé au milieu du XXème siècle. Là où nous pouvons peut-être aller plus loin, c’est nous interroger comment, à tous les niveaux, la façon dont nous gérons nos relations humaines et de pouvoir, d’un point de vue sociologique et politique, est susceptible de mener à cela. Cette interrogation, nous devons l’avoir collectivement et individuellement sur nous-même dans notre rapport à ceux et celles qui nous entourent, et la colorisation du documentaire aura eu au moins ce mérite : nous montrer que si Hitler c’était hier, c’est aussi aujourd’hui, la façon dont l’Humanité continue à chérir l’autorité, la violence et la domination. Comment cela aussi peut ne pas être une fatalité, puisqu’ il y a toujours eu des humains, qui malgré le risque de la mise en danger de leur vie, malgré les circonstances et la foule, ont fait le choix d’être des justes.

Deux films extraordinaires parlent d’Hitler, de l’humain et des justes et j’ai envie d’en remettre ici des extraits, avec bien sûr en premier le discours du barbier dans « Le dictateur » de Chaplin. Et « To be or not to be » de  Ernst Lubitsch.

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7 réflexions sur « To be or not to be…Hitler »

  1. Salut Sandrine, ton article me parle de mon âme (expression allemande).
    A partir de mes 14 ans j’ai avalé tous les livres/infos possibles hantant la question : Comment Hitler était possible ? En vain, pas seulement moi, apparemment personne arrive à comprendre ça vraiment.
    Donc, quand j’ai cherché le Telerama à la boîte à lettre, le dégout m’avais envahi, oh non, pas lui dès le matin : Hitler en pantalon de cuir autrichien, berk.

    Je me suis pas vraiment jetée sur cette émission, mais le fait que pour une fois un tel doc ne passe pas à ARTE, non, un œuvre Français sur France 2, bon, pourquoi pas.

    Au 1er partie j’étais très étonnée de voir des images vraiment jamais vus : Winifred Wagner, cette salope a le visité plusieurs fois à la prison à Landsberg dans sa cellule tellement confortable!!!?? Et une photo où Hitler sort de la foule d’une manif, je pensais à Zelig, le film où Woody Allen est visible derrière Hitler et le doute s’installe : Combien des photos sont truquées ? On pouvait voir beaucoup de photos où il a des yeux bleus ??? On m’a toujours dit que c’était un mensonge – sur le net les remarques sur ce sujet se contredit. Mais bon, quel intérêt après tout.

    Et voilà, le débat après !!! Oui, j’aime bien Kassowitz avec son joli visage, mais quel intérêt ? Au moins il pouvait raconter l’histoire de sa famille, juive, hongroise, émigrée et tout le tralala – mais non, même pas ça… Pourtant il a fait un superbe film : Assassinats avec le slogan : Toute société a les crimes qu’elle mérite – mais non, il n’a rien ajouté dans ce sens.

    Et le psy bien gentil, mais ce qu’il a dit on a entendu tant de fois, et comme tu dis, oui, un fou comme beaucoup d’autre qui n’ont pas la même biographie…
    Il faut que je m’arrêt maintenant ce sujet me rends dingue – rien à faire.

    En tout cas, merci pour ton superbe article – à bientôt au MdB peut-être. Bises, Uschi

  2. Egalement excellent : « Hitler : the rise of evil », avec Robert Carlyle. Essentiellement axé sur les aspects humains du personnage, mais qui replace très bien le contexte politique.
    A voir de préférence en édition anglaise, car la française souffre d’une grosse censure (!) qui en fait perdre l’essentiel du propos et ramène ça à un docu-fiction de base.

  3. C’est une manie aujourd’hui que de solliciter l’avis des psychanalistes pour expliquer tout et n’importe quoi. Pourquoi pas après tout sauf que ce traitement occulte les tenants politiques et culturels du phénomène observé et c’est dangereux. Ce qui s’est passé en l’occurence n’est pas le fait exclusif d’un névrosé; un névrosé, aussi charismatique soit-il, ne fait pas grand chose dans un contexte qui lui est défavorable. Comme tu le soulignes à juste titre, le culte de la violence, de la domination et de l’autorité constitue le terreau de telles horreurs. Et ce culte est toujours en vigueur …

    Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec le viol dont on se plaît à croire qu’il est le fait de déséquilibrés isolés. Idem, on est là en présence d’une violence à grande échelle et d’une culture qui lui est favorable (l’affaire DSK aura eu le mérite de nous le confirmer). Trouver des hommes pour la mettre en oeuvre n’est plus qu’un détail pratique.

    Pour paraphraser Uschi (trois commentaires plus haut): toute société a les crimes qu’elle encourage.

    1. 🙂 Oui, le parallèle était bien sûr présent à mon esprit…l’humain ayant besoin de créer du monstrueux pour se dédouaner de sa responsabilité dans l’inhumain qui est bien trop humain…

  4. Il y a belle lurette qu’on sait que la psychanalyse est dangereuse et dépassée. Depuis 1940, on est dans la systémique et plus dans le cartésianisme. On sait aussi que Freud a trahi les femmes incestées en les traitant d’hystériques. (Il avait lui-même été victime d’inceste)
    Voir si vous en avez l’intérêt la reconversion de Alice Miller (hélas décédée voici un an ou deux) qui venait de la psychanalyse. Elle a d’ailleurs écrit un volume sur les tyrans du monde. Mais chacun de ses livres est une oeuvre d’art alentour de l’enfance.

    1. Dans la seconde partie de « C’est pour ton bien », Alice Miller évoque en particulier l’enfance d’Adolf Hitler, mais aussi celle de Chrsitiane F. et de Jurgen Bartsch.

      Le livre est aussi intéressant à bien d’autre égards. Une lecture éclairante, vraiment.

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