Abolition de la prostitution : nous ne baisserons plus le front !

Petit addendum : l’article a déjà été vu plus de 1000 fois, partagé 500 fois sur Facebook, c’est super ! ça veut dire qu’il y a un besoin d’information différente de celle des médias « mainstream » !

Merci à toutes et tous…et le lien vers le projet de résolution, que j’ai eu grâce à mes lectrices… 🙂

Voila, c’est fait, la convention abolitionniste à l’Assemblée nationale a eu lieu. Un grand moment où on se dit qu’après tout, peut-être l’espoir d’une avancée humaine est possible ?

Tout cela, grâce au mouvement du nid, l’amicale du nid et la fondation scelles, qui ont lancé l’organisation de cette journée, et auxquelles 34 autres associations se sont jointes, et grâce à Danielle Bousquet, la députée PS qui nous manquera pour la prochaine législature. C’est elle qui a réussi à obtenir une mission parlementaire, à travailler avec un UMP, Guy Geoffroy, qui a été très convaincant cet après-midi, à donner espoir que la France pourra bientôt -dès le 6 décembre en votant une résolution, et peut-être l’an prochain une loi, réaffirmer son engagement pour l’abolition de la prostitution, le progrès humain et la liberté sexuelle des femmes. (les partis présents, PS, PC, Nouveau centre, Parti de gauche, et à titre individuel Anny Poursinoff d’EELV et le parti chrétien-démocrate, ont affirmé leur soutien à une loi abolitionniste).

Car c’est apparu clairement avec ce front abolitionniste. Personne ici, ne veut mener une politique rétrograde. Comme l’a dit Typhaine Duch, d' »Osez le féminisme », ce ne sont pas les abolitionnistes, féministes qui ont une politique rétrograde. Et ce ne sont pas les anti-abolitionnistes qui sont pour la liberté sexuelle, ou alors, cela veut dire que la liberté sexuelle, celle d’acheter le corps de l’autre, ou de se vendre, existe depuis des millénaires ! Ca se saurait…

Au contraire, c’est une politique d’avant-garde, qui consiste d’abord à aider les personnes prostituées, en les considérant comme des êtres humains, en les reconnaissant comme les victimes du système-( et pour cela, il faut reconnaître qu’il y a des auteurs de la violence de ce système – les clients), en les aidant à avoir d’autres choix économiques et humains, en soignant les troubles psychotraumatiques qu’elles subissent (M.Salmona). Ensuite, en affirmant ce qui devrait être l’évidence : que le corps humain n’est pas une marchandise, que l’on doit avoir la liberté de disposer de son corps, pas de celui de l’autre. Pour cela, il faut expliquer aux enfants, dès le plus jeune âge, qu’un corps, qu’une personne, ça ne s’utilise pas, ne s’achète pas, ne s’exploite pas. Que payer n’est pas éviter d’être violent, mais est une violence. Que les femmes ne sont pas des objets de la sexualité des hommes, mais qu’elles ont droit à une sexualité active et tournée vers le plaisir, elles qui possèdent le seul organe du corps humain, le clitoris, dédié au plaisir (T.Duch).

Enfin, il faut que les hommes pro-féministes, mais aussi tous ceux – et c’est la majorité- qui n’achètent pas le corps des femmes, et sont abolitionnistes, commencent à le dire. C’est ce qu’a fait le réalisateur de « La domination masculine », Patric Jean, qui a annoncé la création d’un réseau d’hommes abolitionnistes, « zero macho », qui compte avant même sa première réunion demain -180 personnes.

Et bien sûr, il faut qu’ensemble, nous essayions de faire reconnaître cette évidence à l’extérieur, en poussant la porte des médias pour qu’ils diffusent une autre image  de la prostitution, l’image de ce que c’est vraiment, c’est-à-dire la négation de l’humanité des femmes.

C’était l’objet de mon intervention, de promouvoir d’autres représentations, et j’ai demandé aux politiques présents (Danielle Bousquet en tête) et aux associations, de nous aider à diffuser « L’imposture » en France. Au cinéma, et pourquoi pas, à la télévision ?! De nombreuses personnes ont déjà répondu, et je vous tiendrai au courant !

En voici le texte :

Comme l’a très bien expliqué Susan Faludi dans son livre « Backlash » sur les Etats-Unis dans les années 1980,

les médias -qui sont la première source d’information de l’opinion publique, ne sont pas un miroir de la société quand il s’agit de parler -de tout- et en particulier des femmes, mais plutôt un miroir déformant.

Ainsi, à la télévision comme dans les journaux, quand on parle ou quand on représente la prostitution, on a l’impression que la moitié des personnes prostituées le vivraient plutôt bien (alors que plsu de 95% souhaitent en sortir). On montre presque autant d’hommes que de femmes, alors que celles-ci sont l’écrasante majorité des personnes prostituées, on montre un client qui les « aimerait » (Caubère), on montre leur métier comme le nouveau confessionnal ou cabinet de psy ! Et les films qui présentent ainsi les choses, comme « les travailleu(s)es du sexe », de Jean-Michel Carré, sont vus par des centaines de milliers de personnes, à la télévision. Ces films (ça j’ai oublié de le dire en « live », NDLR), ainsi que l’ensemble des représentations e image dans la société, montrent les femmes objets, morcelées, sans tête, qui ne sont que des morceaux de chair à la disposition des hommes.

A côté de ces représentations, un film comme L’imposture, de la réalisatrice québécoise Eve Lamont, que nous avons diffusé au festival féministe de documentaires « Femmes en résistance », n’a pour l’instant eu en Europe qu’une centaine de spectateurs et spectactrices pour la plupart déjà convaincu-es. (A noter que le film sera projeté à Bruxelles le 1er décembre)

L’imposture, c’est, comme « Pas à vendre », de Marie Vermeiren, un film documentaire-vérité, fruit d’un travail acharné, qui répond à touts les questions pseudo-gênantes que les groupes pro-prostitution mettent en avant. Voici ce qu’en dit la réalisatrice, dans le dossier de presse :

« En 2006, j’ai commencé ma recherche, et, au fil des ans, j’ai sillonné le Québec; J’ai eu l’opportunité de rencontrer plus de 75 femmes qui ont pratiqué différentes formes de prostitution, dans les bars de danseuses, les salons de massage, agences d’escortes, la prostitution de rue, à Montréal, à Qu’ébec, en Montérégie, de même qu’à Ottawa.

Grâce à toutes ces femmes que j’ai rencontrées et aux récits de vie qu’elles m’ont confiés, j’ai pu comprendre leur existence et…l’évidence. Elles m’ont ouvert les yeux, non seulement sur la réalité de la prostitution, mais aussi sur ce qui les attend après, lorsqu’elles veulent en sortir. Par les temps qui courent, il y a des gens qui parlent en leur nom, le lobby de l’industrie du sexe. Il est temps qu’on les écoute, elles. Voilà pourquoi ce film existe. »

En prenant le parti de montrer des femmes prostituées qui ne sont pas forcément dans la rue mais parfois « seulement », entre guillemets, dans des salons de massage ou escorts, Eve Lamont, la réalisatrice canadienne, nous montre comment c’est la même logique, qui mène à la destruction d’êtres humains par le système prostitueur.

Le film commence par une visite de femmes en situation de prostitution ou qui tentent d’en sortir à un monument aux mortes du système, d’assassinat, d’overdose ou de désespoir. Il est grand temps, qu’ici, en France, on rende hommage aussi à toutes les victimes de ce système, qu’on fasse oeuvre de mémoire pour ces femmes et pour empêcher que tout cela continue. Ce film fait cette oeuvre, je voudrais demander aux politiques et éventuelles personnalités des médias présentes ici de le voir -je peux le leur passer-, et de nous aider à le faire distribuer de façon large en France.

Car les citoyens et les citoyennes de ce pays, ont le droit d’être vraiment informé-es, et nous le devons à toutes les victimes d’un système qui détruit les personnes en situation de prostitution, femmes et enfants, et quelques hommes, à travers le monde.

Sandrine GOLDSCHMIDT (persiste et signe…)

(vous retrouverez bientôt ici des videos des interviews des politiques, et des militant-es faites lors de cette journée)

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20 réflexions sur « Abolition de la prostitution : nous ne baisserons plus le front ! »

  1. je suis heureuse de cette nouvelle !
    et j’ai hâte que ces films soient diffusés en France, car j’ai cherché mais impossible de les trouver 😉

  2. A l’heure où la Belgique envisage de mettre en place 2 nouveaux Eros Center, je compte vraiment sur la France pour faire passer cette loi, pour que, proche de chez nous, il y ait un autre modèle que l’Allemagne ou les Pays-Bas. Les effets désastreux de leur politique réglementariste sur les femmes en particulier et la société en général sont occultés ou ignorés par la plupart des politicien-ne-s belges, qui – sous couvert d’humanisme – prônent une réduction des risques pour les prostituées, et , « accessoirement », font rentrer de l’argent dans les caisses…

    A lire, le blog d’Angel K, survivante de la prostitution (en anglais)

    . http://survivingprostitutionandaddiction.blogspot.com/

    Que Neige est occupée à traduire en français!

    http://survivrealaprostitution.blogspot.com/

  3. Personne n’aidera les prostituées. Il y a déjà plein de lois qui permettraient de les aider.

    L’UMP venant au secours des prostituées ! Vous habitez où ? Vous n’avez pas compris ce qu’est l’UMP?

    Je ne crois pas une seconde qu’une loi voté par le pouvoir en place aujourd’hui n’aide en rien les prostituées.
    Par contre elles seront encore plus réprimées et poursuivies.

    1. bonjour,
      je passe sur la formulation. Aucune loi d’abolition n’aura de sens, tant que la loi sur le racolage existera. C’est pour cela qu’il faut attendre les échéances 2012, pour que voter cette loi qu’un individu isolé de l’UMP qui est un être humain respectable et n’est malheureusement pas suivi-mais ce n’est pas étonnant, comme vous le dîtes par son parti. Dans une loi d’abolition, les effets 13 ans après sont aussi ceux-ci : on apprend dès le plus jeune âge aux jeunes garçons et filles que le corps ne s’achète pas. Dès lors, on apprend que les coupables sont les clients et les proxénètes. Quand il y un coupable, il a une victime, qu’on ne peut plus accuser de tous les maux; cela ne se fera pas en un jour. Cela ne se fera pas sous Sarkozy. Mais cela se fera, parce que l’humanité ne sera pas respectable tant qu’une personne prostituée ne sera pas respectée.

  4. Sandrine,

    Danke pour ce travail et pour ce partage d’infos de la journée d’hier.
    Par hasard… Est-ce que tu as connaissance du rapport de la mission des parlementaires? Où trouve-ton ce texte? (Pas trouvé sur le site de D. Bousquet)

    Ciao!

  5. Lou, tu parles peut-être de ce texte : http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3522.asp

    Et franchement, il est bien. J’ai même été surprise, je pensais que ce serait assez ennuyeux et assez compliqué avec tout plein de notions de droit etc.
    Mais il résume assez bien le danger de la prostitution et l’existence d’un « fantasme » de la prostitution. J’ai même été heureuse de voir qu’il soulignait l’importance de l’éducation et de la sensibilisation du public. Je pense que c’est le meilleur moyen pour mettre fin (à long terme) à cet esclavage

  6. Merci Elfvy. Ce texte appelle plusieurs commentaires.

    Mais pour le moment je m’arrête aux données:
    Est-ce que quelqu’une sait d’où sortent ces données? Comment se fait-il que le Ministère de l’Intérieur aie une connaissance aussi précise de l’origine et nombre des femmes prostituées?

    Par ailleurs, hier, au cours de la journée, il a été dit que 90% des femmes prostituées sont des sans-papiers. A la lecture de ce document, je pense qu’il s’agissait d’une erreur (produit par l’homologation de la migrante avec la sans-papiers).

  7. Il me semble, mais là je parle de manière générale et pas forcément pour ce cas, que les commissions rassemblées pour traiter d’un point donné font appel à de nombreux spécialistes et mènent une sorte « d’enquête » en confrontant les différents points de vue. J’ignore si c’est le cas ici. Les sources viendraient de leur propre enquête ? j’imagine que ça aurait été préciser s’ils les tiraient d’ailleurs

  8. Merci Lora. L’ai parcouru: il semble être une très bonne radiographie de la prostitution en France. Les données concernant l’évolution de la population étrangère sont très parlantes.

    Je réponds à la question que je posais + haut: les estimations reposent sur des sources diverses. Elles sont issues de divers recoupements, police, sociologues, monde associatif.

  9. Je n’ai jamais parlé publiquement de cela mais ce thème du fantasme de la prostitution n’est pas un vain mot pour les victimes d’agressions sexuelles (répétées, je suppose comme cela fut mon modeste cas, sur des années). Résister à ce fantasme est un combat personnel qui peut faire sourire les cyniques ou les VP mais qui est comme lutter contre le vertige du vide (ou tout autre comparaison plus adéquate). C’est l’horreur durant des années ou durant une existence, une obsession. C’est un « leg » du prédateur, une munition à retardement installée en vous par l’incestueur. C’est un motif d’alcoolisme ou de toute autre autodestruction. Comme l’affirme Maritée Demers dans son livre assourdissant, c’est comme une répétition théâtrale que vous vous jouez face à vous-même, chemin de la valorisation qu’un monstre vous a enseigné lorsque vous étiez tout enfant, histoire de fabriquer un conditionnement qui vous fera rechercher un bourreau ou celui de votre enfance, la dépendance (comme dans le film Portier de Nuit ?), …ou de vous rejouer le film avec vous-même, incapable déjà de jouir autrement. Je ne suis pas psy et je sais que le phénomène est connu. Je l’ai décrit dans ma nouvelle Courte biographie de Gumersindo Garcia.
    Victor Khagan.

  10. Tangakamanu, votre témoignage est intéressant. Il est important de remarquer ce lien très fort entre viol/agression sexuelle et prostitution. Une étude canadienne (je crois) à démontrer que 80% des prostituées avaient été victimes d’inceste (et à ce chiffre, il faudrait rajouter les autres victimes de viol et d’abus). Ne se prostitue pas qui veut. Mais je n’en sais pas grand chose et si vous avez des info sur ce lien, je suis preneuse ! Ayant moi-même été victime de ce « fantasme », j’y ai trouvé une explication mais j’ignore si c’est la bonne.

    petite précision : dans mon précédent commentaire ce que j’entendais par « fantasme » c’était plutôt la façon érotique et libertine dont les gens extérieurs voyaient la prostitution. Et ça c’est à combattre, parce que cette vision donne une légitimation erronée de cette « tuerie ».

  11. Nous avons toute une Histoire terrestre – depuis le préhistoire ou tout au moins depuis les premières religions – de machisme et de domination masculine à démonter. J’ai confiance car, une fois le phénomène compris et ayant les moyens de l’annuler, cela peut aller assez vite (que nous en voyions la réussite de notre vivant n’est pas le plus important : ce qui compte, c’est la réussite de l’action jour après jour). Pour l’instant, devant la « deuxième vague du féminisme », les machos serrent les rangs et tirent à boulets rouges.
    Rappelons-nous la belle phrase de Gandhi (Bahpu, comme l’appelait le peuple indien) :
    «D’abord, ils vous ignorent; ensuite, ils se moquent de vous; ensuite, ils vous combattent; et, enfin, vous gagnez ». (Gandhi)

    Les hommes ont acquis ces comportements et ce système de pensée dans leurs gênes et c’est ainsi qu’on correctionnalise des crimes qui devraient passer en cours d’assises ou qu’on ôte leurs enfants aux mères qui défendent leur progéniture de maris maltraitants et machistes. C’est une culture qui s’est installée avec tous ses conditionnements et ses réflexes. Au risque d’être un peu long, je veux vous communiquer ceci :

    La culture religieuse diffusée par les clercs est un peu comme le concept développé par Jan Romein sur le « Patron Général de l’Homme » (PHG). Van der Loo et Van Reijen résument les éléments les plus importants du PHG comme suit : « C’est un modèle que nous trouvons dans toutes les cultures sauf la moderne. L’être humain est une partie de la nature et il désire l’utiliser mais il n’est pas habité par l’idée d’explorer pleinement ses secrets. L’être humain PHG pense de façon déterminée, concrète, en images, pas en concepts abstraits. Le fatras d’incertitudes qu’il doit ainsi traiter, impliquent que l’organisation consciente et la planification occupent un espace beaucoup moins important que ce que nous connaissons.
    Le pouvoir et l’autorité du PHG sont absolus et inexpugnables. Personne ne peut y résister sans une punition. Enfin, le travail n’est pas une bénédiction mais une malédiction et un fardeau. L’oisiveté est, partout, une aspiration mais reste un luxe réservé à quelques-uns. » (La citation sur le PHG est extraite de « Paradoxen van modernisering » Bussum 1997 page 70).

    Ayaan Hirsi Ali s’est servie de cette citation pour décrire la culture musulmane dans son livre « Défense de l’émancipation des femmes musulmanes » (De zoontjesfabrick, de maagdenkooi, submision, vreemde situaties).

    EL MACHISMO MATA (le machisme tue) – Campagne Sud-américaine contre la violence de genre.

  12. Un combat vraiment important…

    De la part des femmes victimes de cet esclavage semi autorisé, de la part de la société, merci pour votre travail, merci du fond du cœur!

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