Pour une année juste !

Alors voilà. 2011 arrive à sa fin. Je vous avais alors souhaité des imprévus heureux.

détail de la création du monde, vitrail, Marc Chagall, musée de Nice

C’est ce qui avait le plus de chance d’arriver. Il y en eut, donc, les mêmes faisant parfois les imprévus heureux de début d’année et de fin d’année.
Une année en dents de scie, de desmo-dontite en rages de dents, de rage dedans en rage dehors face à l’injustice persistante, ou plutôt la difficulté de la justice à se faire égale pour tous, et surtout égale pour tous ET toutes ! L’année aura été marquée par la découverte du temps qui passe et que rien ne change, ou à la marge, et que ce sont toujours les puissants qui dominent. Jusqu’à l’ensemble des êtres vivant sur terre, quitte à tout détruire à son seul profit…

Avec Muriel Salmona, nous avons écrit fin août les textes« Pas de justice, pas de paix »,qui sont aussi une pétition que vous pouvez toujours signer. Nous ne nous arrêterons pas là et très bientôt vous découvrirez la suite, parce qu’en 2012, nous allons essayer de faire porter la voix de la justice. En espérant bien sûr que la voie/x des urnes donnera à ce pays les moyens d’arrêter les dégâts.

cantique des cantiques, détail, M.Chagall, musée de Nice

En 2011, nous avons donc eu droit à une explosion de sexisme d’une part, liée à l’affaire DSK, mais aussi une explosion de réactions, qu’on jugera encore parfois timides…mais comme j’ai envie d’être optimiste, je relèverais pour ma part ceci. Sur des sujets sur lesquels la lutte est difficile, on peut dire qu’il y a eu un frémissement : celui de l’impunité des puissants, des auteurs de viol, du sexisme ordinaire qui en fait le lit : malgré tout, en 2011, un autre discours a été entendu, grâce aux associations féministes : avec OLF, la Barbe et Paroles de femmes, premier rassemblement contre le sexisme, en mai, et surtout, d’avoir obtenu que le CSA critique les propos entendus sur RMC.

Avec le fait aussi et surtout, que les médias ont enfin diffusé d’autres discours, grâce à l’AG qui s’est mise en place, grâce à la manifestation du 5 novembre à l’appel du CNDF et de presque toutes les assos. Et peu à peu, la réalité de ce que vivent les victimes de viol, qui doit être dite, pour qu’un jour elles puissent re-vivre, est enfin entendue. Je citerai en exemple l’article de Psychologies magazine dans lequel intervient Muriel Salmona, et qui est très intéressant. Je citerai aussi trois romans, parce qu’il est essentiel que les femmes commencent à écrire leur histoire. Et cela ne nous étonnera pas que dès lors qu’elles le font, la question du viol, des violences faites aux femmes et de l’injustice soit centrale dans leurs écrits.

Bien sûr, « nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce », de Lola Lafon, dont j’ai déjà parlé ici, chef d’oeuvre saisissant. Mais aussi le livre de Delphine de Vigan sur sa mère, « Rien ne s’oppose à la nuit » (en tête des ventes!), où est révélée toute la psychogénéalogie du non-dit de la violence, et ses conséquences ravageuses. Enfin, celui que je viens de terminer, de Chahdortt Djavann, « Je ne suis pas celle que je suis », très impressionnantes, les deux histoires entremêlées d’une jeune iranienne à Bandar Abbas et Téhéran, et d’une « autre » (ou la même) dans un cabinet de psychanalyste à Paris. C’est toute la domination masculine qui y est décrite, avec la violence sexuelle, universelle, et la violence politique, liée à un Etat oppresseur qui ne fait que la renforcer systématiquement pour les femmes.

La mémoire traumatique, la dissociation, l’exposition à des comportements à risque, l’illusion que la prostitution peut être une issue pour sortir du vide ou empêcher le suicide, et en face, la possibilité de la parole, et d’être entendue…j’espère avant tout pour 2012 que la cause abolitionniste de la prostitution avancera, comme elle a commencé à le faire en cette fin 2011 avec le front abolitionniste, et qu’on dira enfin qu’il ne s’agit pas de punir, mais de libérer la sexualité des femmes, de leur rendre un corps qui n’appartient qu’à elles, en demandant juste aux hommes, de les considérer comme des autres eux-mêmes. A cet égard, un dernier article, qui montre que c’est possible, de cet ancien client devenu abolitionniste:« si la loi avait interdit l’achat de services sexuels, je n’y serais jamais allé ».

C’est ce que je souhaite à toutes les femmes du monde, en regardant ce côté-là du miroir, que je symboliserai pour finir par une réaction de ma fille, au restaurant, alors que j’allais demander au serveur de changer la chaîne de télévision qui attirait son regard sur des clips videos sexistes montrant beaucoup de femmes…en porte-jaretelles et sous-vêtements (il accepta au moins de baisser le son ce qui attire moins…). Revenant à ma place, elle me donne le dessin qu’elle venait de faire sur une serviette…

« contre les émissions grotesques », Osez le féminisme…(remarquez le porte voix)

Sur cet espoir de relève, je vous souhaite à toutes et à tous, mais en pensant particulièrement à toutes celles et ceux qui n’ont pas les moyens, le pouvoir, la possibilité de se dire, une année juste, et un rayon d’humanité…

Sandrine GOLDSCHMIDT

La magie du sud

J’ai un peu décidé d’aller à Eze, entre entre Nice et Monaco, à côté de Beaulieu-sur-mer et Saint-jean-CapFerrat, comme d’aller au cinéma.

Je n’avais pas réalisé que c’était une si bonne idée d’y aller au lendemain de Noël…
Avec cet avantage considérable, en plus du fait que c’est abordable : il n’y a pas de touristes ! En commençant par une balade dans Eze, de nuit, là où l’été on regarde des touristes regarder des vieilles pierres. Le 26 décembre, on y respire l’air de la mer, la beauté du soir, les lumières du passé, en toute sérénité…

En continuant par la villa qu’a fait construire Béatrice de Rothschild, riche héritière au goût exquis, mais comme tant de femmes à cette époque, victime d’un mariage arrangé pour raisons d’affaires avec un russe trop joueur (Maurice Ephrussi)… mais consolée par sa fortune et sa capacité de la transformer en merveille : cette villa est peut-être un des plus beaux sites de France. Et à cette période, j’ai pu m’asseoir seule sur sa loggia, face au jardin, au soleil et à la mer. Quelques dizaines de minute, qui valent un plein de sérénité créatrice pour 2012…Dans la villa elle ne passa que quelques années, l’abandonnant en 1916.

Et on peut lui savoir gré, d’avoir, à l’instar de son père, fait profiter de sa fortune, de ses collections d’art, la France entière, puisqu’elle légua la villa ainsi que toutes ses collections à l’académie des Beaux-Arts en 1938…et si on veut faire en plus un tout petit peu de politique, on remarque, parmi ses collections, les tenues asiatiques, avec des chaussures qui montrent les affolants instruments de torture qui entravaient la liberté des femmes en empêchant leurs pieds de grandir.

Cela m’a fait penser à l’article « Question de différence »de Colette Guillaumin dans « nouvelles questions féministes », lu sur la route, qui justement en parlait, faisant l’analogie avec les talons aiguilles (même si il est vrai, ces derniers, on peut toujours les enlever comme le souligne Guillaumin), cette perpétuelle nécessité de contraindre les femmes, en commençant par leur corps, les rendant si peu nombreuses à pouvoir, comme Béatrice de Rothschild, au moins avoir cette pièce -villa- à elle, et les moyens de leur indépendance face à un mari non désiré.

Ensuite, on ne peut pas ne pas penser à « un autre genre de princesse », de celles qui peuvent nous avoir fait rêver, pas parce qu’elle fut celle de Monaco, mais pour sa présence sur le grand écran, dans les grands films d’Hitchcock, je parle bien sûr de Grace Kelly, en empruntant la grande corniche, vers Monaco-Monte Carlo-Menton, on pense aux scènes de « La main au collet ». La vue y est vertigineuse, d’un côté la mer, de l’autre les Alpes enneigées…et on arrive en plein rêve, au château de Roquebrune, au coucher du soleil. Un moment d’oubli du temps, de magie ocre…

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La trêve

Il y a des entrées dans l’hiver plus ou moins sombres…et pour vous souhaiter de bonnes fêtes, un article qui pourrait aussi être sur le blog de Melanie, et est un peu moins politique que d’habitude…

Côté sombre, il y a cette orgie financière qui s’agite autour de nous depuis quelques jours et m’indiffère un peu plus à chaque minute. Entrer dans un magasin. Non mais vraiment, pourquoi ?

Il y a le manque de lumière de ces jours les plus courts. Oui, mais aussi, on est obligé-es de se réchauffer en rentrant tôt et en étant ensemble.

Côté lumière, c’est celle des fêtes, symbolisée par Hanoukah (que je connais au travers des livres), dès lors qu’elles sont ce moment de trêve où l’on se réchauffe ensemble autour d’un bon repas…

L’occasion aussi de leur rendre hommage à elles, celles qui nous ont réuni-es toujours autour de ces bons repas, dans une préparation qui devait souvent

menu de Noël, par Rebecca

durer bien des jours avant, quand nous, enfants, nous venions juste mettre les pieds sous la table et parfois décorer le sapin…

Chez moi, on fêtait Noël, et le Nouvel an, des deux côtés de la famille. Noël, c’était le moment où on était tous et toutes réuni-es, où on se régalait ici des talents culinaires exceptionnels de ma mère, Nouvel-an, c’était quand on se retrouvait autour de la bonne cuisine de ma grand-mère, typiquement alsacienne. De la terrine de lotte ou la crème de chou-fleur ici  à la choucroute au boeuf ou à la langue sauce-piquante, de l’oie -joie-l’oie au foie gras maison de Mulhouse, je me souviens surtout des petits-déjeuners « dehors », dans la cuisine de ma grand-mère, où sur la table étaient étalés tous les gâteaux qu’elle avait préparés ou achetés pour nous. Le fameux gâteau au chocolat (goût à jamais perdu), le kugelhof aux amandes, et le « tsemmet », zemmetkuche (ou zimtkuche selon les écoles), ce sablé 25% beurre et cannelle que rien n’égale.

Le seul cadeau qui vaille, pour les fêtes, c’est d’avoir ces souvenirs-là, et de voir briller dans les yeux des enfants, cette même envie d’être réuni-es, ensemble autour d’étoiles qui scintillent…et je le souhaite -utopie- à tous les enfants du monde…

S.G

Les femmes de l’année

Bien sûr, il y a les sondages débiles. On ne peut pas les empêcher. Quand les jouets de Noël sont là pour dire aux petites filles d’être des petites filles, bonnes ménagères, futures mamans, sages comme ces images…quand les médias ne parlent des femmes qu’une fois sur 5 et encore, en les traitant de femme de, fille de, mère de…

que peut conclure un sondage débile ? que la femme de l’année est la femme de celui qui a fait parler de lui autant que le 11 septembre…c’est bien obligé.

Mais bien sûr, tout ça n’existe que parce que nous voulons bien le regarder, le dénoncer. Qui est la femme de l’année, on s’en fout, nous ! La télé, les sondages, on s’en fout, au-delà de la critique nécessaire à leur faire.

Savoir qui est la femme de l’année, aussi, on s’en fout !  Ce que nous voulons, c’est qu’on parle de toutes les femmes, que toutes les femmes puissent imaginer avoir un lieu d’expression sur cette terre, que leurs certitudes, leurs doutes, leurs peurs, leurs joies, leurs bonheures, aient des lieux pour s’exprimer. Il n’y en a pas qu’on va désigner « la meilleure », « la plus ceci, la plus cela ».

Il y en a qui nous font du bien. Et ce sont celles-ci qu’une rétrospective annuelle pourrait mettre en avant, pour nous rappeler ce qu’elles ont dit, fait, qui nous a aidé à exister, être dans ce monde d’hommes.

"Chaque jour est un bonus". Je suis maintenant une femme libre. Quand je le dis, cela me fait peur."

Du coup, je vais juste rappeler comment 3 femmes nous ont fait du bien cette année, par leur action, leur courage, leur contribution à la lutte.

D’abord, Rebecca Mott, écrivaine, sortie de la prostitution, et dont la parole sur son blog est d’or. Quand on ne sait plus comment faire pour essayer de convaincre de l’évidence, on peut toujours se tourner vers ses textes, qui prennent aux tripes, mais servent aussi l’intelligence.

Ensuite, il y a Muriel Salmona, psycho-traumatologue, présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, fondatrice du Crifip, qui sans relâche, et avec une énergie extraordinaire, porte la parole des victimes, à la fois dans sa pratique quotidienne auprès de ses patientes, dans les textes qu’elle publie sur son blog et les interviews qu’elle donne aux journalistes, et dans les formations qu’elle donne aux quatre coins de la France, pour que les professionnels soient enfin alertés des conséquences psycho-traumatologiques de la violence sexuelle et soient capables de la détecter. Un immense merci à elle.

Enfin, dans un autre style, plus connu médiatiquement, mais non moins valable en l’occurence, Sophia Aram, qui par ses chroniques courageuses, s’attire les foudres de l’extrême-droite, mais arrive à nous faire rire, tout en disant les choses les plus justes. Alliance d’humour et d’intelligence, cela fait tellement de bien sur les ondes…

 

Mais encore une fois, celles que je veux mettre en avant, ce sont « toutes les femmes » qui n’ont pas -ou pas encore- la possibilité de se faire entendre, d’exister, d’être ce qu’elles pourraient rêver, et qui survivent dans ce monde qui n’en veut pas, les prostituées, les pauvres, les travailleuses, les migrantes, les femmes battues et violées, les mariées de force, les femmes mutilées,  les petites filles qui naissent et celles qu’on ne laisse pas naître, celles qu’on empêche d’aller à l’école. Elles sont toutes des trésors, et toutes, devraient pouvoir voir ce monde, comme celui des possibles, possibilité de vivre, tout simplement.

Ce sont elles, les femmes de l’année.

Sandrine GOLDSCHMIDT

17 filles, not Natasha

Parfois j’aime rapprocher ce qui a priori n’a rien à voir. Aujourd’hui, ces deux moments passés, l’un pour une expo « Not Natasha » au sein du centre culturel roumain, l’autre au cinéma où j’ai vu « 17 filles ».

Deux oeuvres qui n’ont rien à voir, si ce n’est qu’elles parlent de jeunes femmes, et de leurs opportunités-destins dans le monde actuel, des unes de milieux moyens de Lorient en Bretagne, les autres originaires des pays de l’est, Moldavie principalement, où elles subissent l’esclavage sexuel.

« 17 filles », c’est une histoire hallucinante inspirée de faits réels, où 17 filles du même lycée décident -et y parviennent- d’être enceinte, d’avoir un enfant, à la suite d’une première, qui s’est retrouvée enceinte par accident et a décidé de le garder, et d’une seconde, qui prétend être à son tour enceinte pour être acceptée par ses paires. Leur décision, n’est pas une idée en l’air, un « truc de gonzesses », une revendication de la maternité. Ce sont toutes des filles intelligentes,  qui savent ce qu’elles veulent. Leur problème, à 16 ans, c’est l’ennui, et finalement comme tous-tes à cet âge, le désespoir de l’impossibilité de changer le monde.. Elles ont beau vivre au bord de la mer, elles sont toutes désespérées par cet ennui, et par la résignation, voire la violence, de leurs entourages. Elles décident par cet acte, de crever la toile de fond de l’ordre social. Ainsi, par leur geste, en décidant d’être enceintes ensemble, de vivre ensemble ensuite et de se gérer elle-même, (ce qu’elles ne réussiront pas à faire), elles veulent faire « autrement », et peut-être  changer le monde.

Alors bien sûr, il est assez dingue que ce beau geste de solidarité entre femmes, cette tentative de changer le monde, passe par la maternité. Mais cela nous fait aussi réfléchir sur notre société. Qu’est-ce qui fait que des jeunes-presque-adultes, en quête d’actes politiques, ne puissent avoir d’autre idée que celle-là ? Quand 40 ans plus tôt on voulait bousculer la famille, créer des communautés aussi, mais aussi s’exprimer publiquement, aujourd’hui, l’acte subversif qu’elles choisissent, c’est justement celui de la maternité ?

Et le désordre social qu’elles créent, face à l’impuissance et l’incompréhension du monde qui les  entoure (parents, école), qui n’a rien à leur offrir, est la preuve que ce geste est vraiment subversif, presque politique. Ces filles dont on a toujours voulu contrôler le destin, « tu auras des enfants mais fais des études d’abord », contrecarrent cet ordre établi et expriment un vent de liberté  -même voué à l’échec- qu’on retrouve dans la dernière phrase : « on ne peut pas empêcher une jeune fille de 17 ans de rêver ».

Malheureusement, cela n’est pas toujours vrai. Et les jeunes femmes de « not Natasha », sujettes des photos de Dana Popa, photographe, exposée au 1, rue de l’exposition au centre culturel roumain (il faut sonner pour rentrer), sont bel et bien empêchées, interdites, souvent bien avant 17 ans, de rêver, et de vivre.

« Natasha est un surnom que l’on donne aux prostituées typées Est-européen, et les filles du trafic sexuel le détestent. J’ai photographié les femmes victimes du trafic sexuel après qu’elles soient revenues en Moldavie, pour montrer comment elles arrivent à vivre dans un monde qui ignore tout de leur souffrance, et l’immense ombre planante de la peur que leur mère ou mari pourraient un jour les démasquer et les jeter dehors. Pour respecter leur anonymat, les noms de ces femmes ont été changés », explique l’artiste.

Très fortes, assorties de phrases témoignages de ces femmes qui ont été victimes d’esclavage sexuel, ces photos nous ramènent à l’essentiel dans le débat sur la prostitution. L’existence d’une demande de prostitution, d’une misère économique et de trafics migratoires humains rend possible la négation de l’existence même de ces femmes, qui disparaissent, sont vendues par leurs parents ou petits-amis, sont traitées comme des morceaux de viande à disposition d’un désir masculin et de l’industrie du sexe. C’est bien pour ça que les tenants du réglementarisme affirment que les chiffres les plus sérieux et les plus officiels, dont ceux du dernier rapport parlementaire de Danielle Bousquet et Guy Geoffroy, sont faux. Parce que 90% des femmes prostituées sont étrangères, cela fait une ultra-majorité de femmes victimes de la traite. Quand bien même certain-es pourraient croire que celles et ceux qui le disent vendent effectivement leur corps parce qu’ils veulent bien, ce n’est pas le combat le plus important !  Et cela nous empêche de voir que ce combat le plus important,  doit se faire contre la perennité d’un système qui ne peut vraiment être considéré autrement que comme de l’esclavage sexuel, au profit du désir sexuel des uns et du fonctionnement économique des réseaux. Les photos de Dana Popa en attestent, je vous recommande de passer par le 7ème arrondissement avant fin janvier, et d’aller les voir.

On en sort pas tout à fait les mêmes, et avec encore plus d’envie de faire qu’un jour, toutes les filles de 17 ans puissent rêver.

Sandrine GOLDSCHMIDT

Abolir la prostitution, un combat POUR l’humanité

Je suis bien sûr très triste qu’Henriette Zoughebi ait été condamnée pour diffamation par le tribunal de Bobigny et tiens à  lui exprimer ici mon soutien.

Alors que souvent les associations féministes, sont insultées, attaquées dans leur honneur, menacées, rarement par des personnes identifiées il est vrai, mais ne portent pas plainte…si elles disent un mot de trop, elle sont immédiatement attaquées.

C’est l’occasion de revenir sur ce qu’est juridiquement la diffamation, surtout pour celles et ceux qui sont amené-es à écrire des textes publics.

Il faut savoir que la loi en matière de diffamation est très protectrice des plaignant-es. Elle est juste assez rarement utilisée par ceux-ci.
L’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 définit la diffamation comme suit : « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne…auquel le fait est imputé est une diffamation… »

Pour caractériser la diffamation les allégations doivent porter atteinte :

  • à l’honneur et
  • à la considération de la personne visée.
  • Une simple critique ou appréciation de valeur ne sera pas retenue comme diffamatoire.

La victime d’allégations diffamatoires doit être mise en cause pour un fait précis.
L’auteur des allégations incriminées pourra :

  • dans certains cas, se défendre en prouvant, dans un délai très court, la réalité des faits diffamatoires
  • plaider la bonne foi,
  • la mesure de son propos,
  • l’absence d’animosité personnelle etc…

Dans ce débat politique acharné, dans notre combat, il est donc très difficile de résister aux provocations. Le plus sûr est peut-être alors de nous concentrer sur ce fameux « défi de l’opinion publique », et continuer à faire en sorte que soient enfin diffusées les informations, les arguments qui viennent à l’appui de notre conviction : la seule possibilité d’atteindre un jour une liberté-égalité-solidarité entre femmes et hommes, c’est d’abolir la prostitution, parce qu’à chaque femme qui, pour une raison ou une autre, même son « choix-revendiqué » vend son corps, c’est la liberté humaine, individuelle et sexuelle de l’ensemble des femmes qui est niée.

Il nous faut donc mettre en avant des moments tels que la convention abolitionniste du 29 novembre (j’espère que nous pourrons bientôt publier les interviews réalisées ce jour-là), et faire connaître les textes importants.

Ainsi, sur Prostitution et société, ces textes qui font le point sur les enjeux actuels du débat, (en particulier les menaces sur la convention de 1949 de l’ONU) de Malka Markovitch, Grégoire Théry.

On peut aussi relire le discours de Danielle Bousquet lors du vote de la résolution le 6 décembre dernier, dont voici un tout petit passage : « Si nous revendiquons à nouveau aujourd’hui la France abolitionniste, c’est pour affirmer que notre pays refuse la réglementation de la prostitution, que nous voulons mettre l’accent sur la prévention de la prostitution et sur la réinsertion des personnes prostituées, et faire en sorte que rien ne fasse obstacle à une société libérée de la prostitution. C’est d’ailleurs l’ambition de la France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

Il faut aussi diffuser les articles qui soulignent les effets positifs de l’expérience suédoise, comme celui-ci de Claudine Legardinier. L’opinion publique, là-bas, s’est totalement retournée en 12 ans. De 30% de personnes favorables à l’abolition, on est passé à 70%.

A lire encore ce texte de Patric Jean, et surtout, la tribune de l’ancien délégué général de la fondation Scelles, Jean-Sébastien Mallet : « Non, la prostitution ne doit pas être cautionnée », qui répond point par point aux arguments qui nous sont opposés, et qui commence ainsi  : « Je consacre ma vie depuis 5 ans à la lutte contre l’exploitation sexuelle, des mineurs aux étudiants, en passant par les victimes de traite et le tourisme sexuel. C’est une lutte contre une industrie de 300 milliards de dollars faisant plus de 20 millions de victimes ».

Il est utile de le rappeler…

Promouvoir également, tous les modes d’expression militante, comme ces expositions artistiques qui montrent la réalité de la prostitution, loin de l’image qu’en font les médias mainstream. Ainsi, dans quelques jours, je vous parlerai plus longuement de cette expo, qu’on ne cesse de me recommander et que je vais enfin avoir le temps de voir, « Not Natasha, photos de celles qui ont un nom », dans un nouveau lieu destiné à la photo engagée, « rue de l’exposition », 1 rue de l’exposition dans le 7ème arrondissement de Paris. L’expo dure jusqu’à la fin du mois. Ou de celle-ci que j’ai manquée, par Eliane de Latour, Go de nuit, qui s’est terminée hier à la maison des métallos.

Pour nous, abolitionnistes, il ne s’agit pas de nous battre CONTRE. Nous n’avons ni intérêt financier, ni intérêt idéologique, ni intérêt religieux à vouloir défendre un monde sans prostitution. Nous sommes pour la liberté sexuelle, qui consiste à disposer de son corps, pas de celui des autres.

Nous nous battons POUR des valeurs de société, pour aider les personnes prostituées qui sont ultra-majoritairement victimes de la traite, en particulier dans le contexte de la mondialisation, et qui sont ultra-majoritairement des femmes. Ici, il s’agit pour une fois de ne pas seulement être « en résistance à », mais de promouvoir un nouvel idéal, qui met au centre l’être humain, l’individu-e oui, mais chaque individu, pas certains plus que d’autres.

Nous nous battons POUR l’humanité, POUR les femmes, POUR les enfants, POUR que chaque individu puisse avoir le droit de rêver son avenir, et que cet avenir implique le respect de sa personne, corps, âme et esprit.

Sandrine GOLDSCHMIDT

Cesaria Evora, une voix de l’âme n’est plus

Sur le blog de Melanie mon ancêtre, il y a une catégorie « Musiques de l’âme ». En ce jour mémorable où Cesaria Evora nous a quitté, comment faire autrement que de l’inclure dans cette « catégorie ».
J’ai eu la chance de la voir 3 fois sur scène, un fois sous des trombes d’eau à la fête de l’Huma, deux fois dans le magique théatre antique de Lyon. Coïncidence supplémentaire ? Elle était née le même jour que moi, 27 août, quelques années plus tôt, en 1941…elle avait 70 ans et avait dû mettre fin à sa carrière il y a seulement 3 mois.

Alors, pour lui rendre « femmage », je vous propose non pas son « tube » « sodade », mais un baiser d’adieu, pour la « ultima vez », avec cette reprise de « besame mucho », en concert à Paris.

 

 

LA sportive de l’année : lettre ouverte au Parisien

Plusieurs associations ont réagi à l’élection du meilleur sportif de l’année par le Parisien…

oui, le sport est un haut lieu du sexisme, et les médias aussi…qui ne consacrent qu’un cinquième de leur place à parler de femmes, et encore, souvent sans les nommer ni donner leur fonction, mais plutôt leur statut marital (femme de, etc…)

Ici, ce n’est pas un sur cinq, c’est une sur 10, dans la pré-sélection du journal…1 sur 10, cela doit en revanche assez bien correspondre à l’espace occupé par les petites filles dans la cour de récréation, sur les bords, le centre étant occupé par les garçons qui jouent au foot…

Et pourtant, les sportives de haut niveau sont nombreuses et performantes…mais les médias sont décidément bien en retard sur la société, un miroir déformant, dis-je souvent ici c’est peut-être plutôt un miroir du passé…

Voici le texte de la lettre ouverte ( co-signée par la Ligue du Droit International des Femmes, Femix’Sports, Coordination Française du Lobby Européen des Femmes, Fédération Sportive Gaie et Lesbienne, Federation of Gay Games

sportif ayant marqué l’année 2011

Paris, le 15 décembre 2011

Madame la Directrice de la publication,

Monsieur de Directeur général :

Nous vous adressons cette lettre afin d’attirer votre attention sur  une grande injustice  qui a suscité notre indignation.

Cette  injustice  révèle en outre une forme de passéisme  en contradiction avec le dynamisme  dont a toujours fait preuve « le Parisien ».

A la question posée à vos lecteurs (et lectrices) par la rédaction –  « Quel sportif a, selon vous, le plus marqué cette année 2011 » –  cette même rédaction,  anticipant sur les préférences du public, propose une liste réduite de façon drastique puisqu’une seule femme y figure sur 10 candidats : Sandrine Soubeyrand, la capitaine de l’équipe de France de foot demi-finaliste du Mondial.

En admettant avec vous qu’il faille être ultra médaillé(e)  pour mériter cette distinction faut-il en conclure qu’il n’y aurait qu’une seule sportive française à avoir remporté un titre ? Sachez que d’autres medias ont su proposer des listes comportant de nombreuses et brillantes  championnes féminines ayant  marqué l’année 2011.

Si nous sommes tout à fait conscient(e)s des difficultés auxquelles se heurte la presse  – dont souvent l’existence même est menacée -, nous savons aussi que  ses dirigeants devraient s’interroger sur le  fossé qui les sépare des attentes du public.  Les marchés émergents sont peu nombreux par les temps qui courent. Le sport féminin est sans doute l’un de ceux-là. Pour une fois justice sociale et intérêt financier se rejoignent.

En  souhaitant,  Madame la Directrice de publication et Monsieur le Directeur général, vous voir prendre   la décision,  en cette fin d’année 2011, de  mettre en lumière dans l’avenir les  mérites incontestables  du  sport féminin, nous vous prions d’agréer l’expression de notre considération distinguée

La Présidente de la LDIF     la Présidente de   Femix’Sport          la Présidente de la CLEF

Annie Sugier                        Danièle Salva                                 Olga Trostiansky


la Co- Présidente de la FGG       le responsable de la communication à la FSGL,

Emy Ritt,                                       Alexis Christoforou

Fête de la maison des Femmes à Paris : 30 ans de solidarité féministe !

C’est un lieu unique à Paris. Qui existe depuis 30 ans et doit se battre pour survivre. La maison des femmes, située dans le 12ème arrondissement de Paris, est un lieu d’accueil non-mixte et de solidarité pour toutes les femmes. Celles qui ont besoin de fuir un environnement-conjoint violent, de partager leurs expériences, d’être aidées à leur arrivée en France.

C’est un lieu d’aide à l’emploi, de groupes de paroles,  lutte contre les violences, de documentation. C’est aussi un lieu d’accueil des associations féministes, de femmes et lesbiennes : Les archives lesbiennes, Femmes sourdes citoyennes et solidaires, le groupe du 6 novembre (Groupe politique de lesbiennes dont l’histoire est liée à l’esclavagisme, à l’impérialisme, aux colonisations, aux migrations forcées.), je protège la maternité (Union Femmes, Mères, Féministes), la meute (lutte contre la publicité sexiste), le RAJFIRE (Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées), Réseau femmes ile-de-france, REZAF (réseau d’alternatives féministes) et les voix rebelles.

Pour ses 30 ans, la maison des femmes organise donc une grande fête à la mairie du 12ème arrondissement, dont voici le programme. L’entrée est à 5 euros, en soutien à cet espace de liberté, et on aura même nos D-Jane préférées, Esther et Isa !

Salon « Maryse Condé » salle des fêtes de la Mairie du 12ème
– 130 avenue Daumesnil – 75012 PARIS

PROGRAMME INDICATIF POUR LA FETE DES 30 ANS
DE LA MAISON DES FEMMES

18h Ouverture des portes au public

Film de 1981 sur la création de la Maison Des Femmes de Paris
Exposition de photos et d’affiches.

18h45 Intermède musical par Eugénie Kuffler

19h Discours (traduction LSF)

Intervenant(e)s
Nicole Genoux (Co-présidente du Bureau Collégial)
Fatima Lalem (adjointe au Maire de Paris)
Elu(e) de la mairie du 12ème arrondissement de Paris

19h30 Témoignages

Les « fondatrices » de La Maison Des Femmes témoignent :
Geneviève Prost, Maya Surduts, Monique Dental , Josie Ceret, Luce Sirkis, Catherine Gonnard.

Entrecoupés de chants féministes par les «  Voix Rebelles  »,
le groupe de chant de la Maison Des Femmes dirigé par Natasha Leroux
et autres chanteuses en solo

21h Que la fête commence !

A la sono : Isabelle et Esther

23h Sortie du public

L’IVG, toujours et encore à défendre !

Répétition obligée…les droits acquis ne le sont jamais définitivement…surtout en phase de « backlash », retour de bâton, quand une idéologie rétrograde et patriarcale se sert des arguments économiques pour couper les vivres des associations et des services publics hospitaliers.

Dans ce cas, même pas besoin de se dire hostile à l’égalité -dans le discours, ça ne passerait plus- il suffit de « bien choisir » là où on fait des économies et des choix de rentabilité.
L’an dernier, nous avions dû nous mobiliser -le 6 novembre 2010, et pour l’hôpital Tenon. Et cette année, déjà, pour la maternité des Lilas.

Alors même que le droit à l’avortement est une mesure d’égalité, de justice, de santé publique (tant de femmes mouraient chaque année d’avortements clandestins), et un accompagnement néessaire à ce qui devrait être une politique d’éducation sexuelle d’une part, et d’éducation à la contraception d’autre part. Alors même que là où il est tant contesté (Etats-Unis), tant d’adolescentes se retrouvent enceintes, alors même que le nombre d’adolescentes enceintes croît en France, il faut qu’il soit encore et toujours à défendre ! C’est là qu’il nous faut être aussi persévérantes, plus même, que nos adversaires, qui sont si tenaces.

Aujourd’hui, c’est sur le centre IVG -décrit comme modèle- de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, qu’il y a des menaces, comme l’expliquent l’ancic, la cadac et le planning familial dans un communiqué :

« L’ANCIC, la CADAC et Le Planning Familial Ile-de-France s’indignent des projets de démantèlement du centre de planification et d’IVG de l’Hôpital Bicêtre.

Ce centre emblématique créé en 1978 et réalisant 900 IVG par an est menacé : sans concertation avec l’équipe, la directrice du Groupe Hospitalier a décidé l’intégration forcée de l’unité au sein de la maternité sans locaux adaptés.

Ce centre d’orthogénie est une structure modèle pour la pratique des IVG : choix de la méthode, pratique jusqu’à 14 SA, prise en charge des mineures, accompagnement des femmes tout au long de leur parcours d’IVG.

A l’heure où nos trois associations par leur Manifeste sur les structures demandent une prise en charge spécifique de l’IVG, à l’heure où se réduit partout en Ile de France l’accès aux soins, nous exigeons que soit maintenu le CIVG del’Hôpital Bicêtre et les moyens qui lui sont dévolus.

Nous ne pouvons accepter la régression de l’accès aux soins, la dégradation de la qualité des soins et que soit ainsi remis en question les droits des femmes.

Comme nous avons soutenu le CIVG de l’Hôpital Tenon 75020, comme sous soutenons la reconstruction de la Maternité et CIVG des Lilas 93, nos associations soutiennent l’équipe du CIVG de l’Hôpital Bicêtre, pour l’accès aux soins pour toutes, la qualité des soins et les droits des femmes ».

Et revoici la video tournée pendant la manif du 6 novembre, avec quelques interviews faisant le tour du problème :