Un ruban rouge autour de ma maison

Aujourd’hui, 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le SIDA. C’est toujours le cas cette année. Je n’ai pas le temps de refaire un article, alors je republie celui-là. Qui pour l’essentiel reste d’actualité…

Décidément, aux luttes succèdent les luttes, et chacune est aussi nécessaire que la précédente. Et celle-là, on a aussi un peu tendance à l’oublier…d’autant qu’aujourd’hui, « elle se féminise », peut-on lire ici ou là. La moitié des personnes atteintes dans le monde sont des femmes, et une nette majorité chez les jeunes et parmi les nouveaux cas.

Un phénomène qui concerne aussi la France : 38 % des nouveaux cas de séropositivité concernent des femmes. Et les inégalités entre femmes et hommes à tous les niveaux dans la société, et en particulier en ce qui concerne la sexualité, sont à l’origine de la vulnérabilité des femmes face à l’infection. Ce n’est pas un problème d’information, mais de pouvoir dans la relation. Encore Difficile pour elles parfois d’imposer le préservatif, et elles se retrouvent dans des situations à risques face au Vih, surtout en cas de multipartenariat de leur conjoint.

Situation difficile en France, situation catastrophique en Afrique, selon l’ONU. « L’urgence de la situation est évidente. En juillet, l’ONUSIDA a annoncé que les femmes représentaient une part disproportionnée — 57 % — des séropositifs âgés de 15 à 49 ans. Dans le groupe des 15 à 24 ans, elles représentent 75 %, fait remarquer la Directrice adjointe de l’ONUSIDA, Kathleen Cravero. « Les jeunes femmes sont en fait pratiquement en train de devenir, sous nos yeux, une espèce menacée d’extinction en Afrique du fait de cette épidémie. »

A quoi est-ce dû ? Depuis que l’ONU a fini, au début des années 2000, par se préoccuper de la situation, on commence à le savoir.

C’est avant tout une question d’inégalité en droits : « Les chercheurs ont établi une corrélation nette entre la discrimination fondée sur le sexe et l’incidence disproportionnée du VIH/sida chez les femmes et les filles dans six domaines :– Programmes de prévention ; — Education ; — Violence ; — Droits des femmes en matière de propriété et d’héritage ; — Soins prodigués à domicile et dans la communauté ; — Accès aux soins et traitements. L’équipe a noté que dans certains pays d’Afrique australe, les femmes adultes sont toujours juridiquement des mineures et ne peuvent être propriétaires de terres ou d’autres biens ni en hériter

Dit en termes moins diplomatiques, c’est simple. Les femmes n’étant pas les égales des hommes dans la société (et ce sont les mêmes raisons qui expliquent la féminisation de l’épidémie, partout dans le monde) : au départ, lorsqu’on s’attaque au problème, on ignore la spécificité de la situation des femmes. Pourtant, de par le fait que les hommes exercent leur statut de dominant, elles sont vulnérables. Par le viol : vecteur de transmission, parfois volontaire, du virus. Par le fait que ce ne sont pas elles qui ont pouvoir sur leur sexualité. Par l’éducation, ou plutôt l’accès plus difficile à l’éducation, qui les empêche d’être suffisamment informées. Par le fait qu’elles ne sont pas prioritaires dans les soins.  Par le statut de « soignantes » qu’on leur a confié dans la lutte contre le SIDA, travail qu’elles effectuent gratuitement dans un contexte où il n’y a pas d’hygiène, et par le statut de mineure qu’elles ont encore trop souvent, donc dépendantes de la bonne volonté d’un frère, d’un père, d’un mari, pour avoir accès aux soins et  la prévention.

Enfin l’ONU souligne le phénomène des relations « à mi-chemin entre la prostitution et les relations amoureuses ». On appelle ça pour dissimuler la réalité le phénomène des « Papas gâteaux » (ça ne vous rappelle rien, ailleurs ?), relations sexuelles contre cadeau entre hommes âgés et femmes jeunes, phénomène qui contribue à l’extension de l’épidémie. Une raison de plus, s’il en fallait, pour montrer que toute forme de prostitution est néfaste pour les femmes et lié à leur position économique dépendante !

Résultat, le virus opère un véritable massacre de jeunes femmes, et va entraîner un déficit majeur de femmes, (l’ONU parle même d’extinction, et ce n’est pas un sujet qui fait la « UNE » ?), comme c’est le cas pour d’autres raisons en Inde. Mais ce n’est pas le virus qui est le responsable le plus important. Il faut des programmes spécifiques et une volonté politique fondée sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour lutter efficacement contre une maladie, il faut en avoir envie. Ici comme ailleurs, le système de contrôle exercé sur le corps des femmes pour les empêcher d’avoir accès aux biens, aux outils, aux armes, et à l’autonomie, est le premier responsable de bien des catastrophes.

Avec enfin, le silence, trop longtemps imposé aux femmes. A l’exemple de Pinki, cette mère sud-africaine qui veut que le jour où elle mourra du SIDA, on « mette un ruban rouge autour de sa maison« , pour que tout le monde sache. En attendant, pleine de vie et d’enthousiasme, elle prêche la lutte contre l’épidémie par l’information, même si cela fait grincer des dents dans sa famille. Prenons exemple sur elle, mettons un ruban rouge autour de notre maison !

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7 réflexions sur « Un ruban rouge autour de ma maison »

  1. « le papa gateau » me rapelle une anecdote africaine banale.
    Ibrahim était l’homme-à-tout-faire chez des français. Pour lui–> deux femmes régulières, plusieurs enfants dans chaque case.
    Il avait fait embaucher Naima , une ravissante gamine, pour aider au service de la maison des français.
    Et naturellement, Naima était devenue la 3ème femme qu’il n’avait pas les moyens de se payer.
    Ibrahim ne connaissait bien sur pas le petit chapeau qui protège.

    1. Oui,
      mais le papa gâteau ici, ça existe partout, d’ailleurs aux Etats-Unis on parle de « Sugar Daddies » et de « Sugar babies »

      1. Très juste. les papas gâteaux sont divers et existent également en Asie
        C’était seulement un souvenir
        Et pour en finir avec Naima — enceinte à 14 ans et la trouille au ventre en plus. Peur de perdre son nouveau job , peur de ses parents à qui elle remettait les petits sous qu’elle avait commencé à gagner.
        Car Ibrahim n’avait pas l’intention de s’en encombrer.

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