2012 : « le monde sera féministe ou restera barbare »

S.G, Photo Hélène Epaud

Ce n’est évidemment pas de moi. Mais de Marie-Victoire Louis, fondatrice de l’AVFT. J’aime cette phrase. Elle résonne dans ma tête très souvent, depuis que j’ai mis mes lunettes féministes…

En effet, c’est un peu comme la 3D, le féminisme. Si on n’a pas mis ses lunettes, le monde est à la fois, quand on est femme, flou, incompréhensible, on dirait qu’il lui manque une dimension. Celle de l’histoire, des femmes, écrites par les femmes, écrite sur les femmes. Un peu comme quand j’ai mis hier pour la première fois les pieds au musée du Quai Branly, m’attendant à un grand moment. Et que tout ce que j’ai vu, c’est des très belles oeuvres, faite pour la « maison des hommes » (sic), pour les activités des hommes -(la guerre, la spiritualité). Et je me suis dit : voici un musée consacré, enfin, à décentrer le monde de notre point de vue de microbe occidentalo-franco-colonial, qui oublie juste la moitié de l’humanité…

Donc, lorsqu’on ne met pas ses lunettes féministes, au moins une des  couches du relief n’existe même pas…les femmes ! et pourtant, il dût bien y en avoir, pour que l’humanité se perpétue, et pour faire toutes ces tâches qui ne sont pas élevées au rang de « valeurs » : domestiques, nourrir, soigner, éduquer, faire le lien…il y en a même qui ont dû penser, mais nous ne saurons jamais, parce qu’elles  n’ont pas eu accès à « la maison des hommes »…mais c’est ainsi partout, c’est pareil dans l’histoire de France, dans l’histoire qu’on raconte à nos enfants : puisque ce qui est jugé « digne » de faire l’histoire, ce sont les activités des hommes, alors les femmes disparaissent purement et simplement du tableau. Ainsi, dans de nombreux livres d’histoire, on parle des civilisations occidentales anciennes (grecs, romains, …), avec quinze représentations de personnes : sur une seule, il y a une femme, celle où l’on montre la famille.

Dans la grande majorité des représentations humaines, des tableaux, des films, il n’y a de femmes que pour faire-valoir des hommes. Et quand il y en a, parlent-elles ? Deux femmes se parlent-elles entre elles ? Et d’autre chose que d’un homme ? C’est le fameux « bechdel test », que j’ai commencé à appliquer à chacun de mes visionnages, et se révèle consternant jusqu’aux films les plus récents. C’est donc décidé. Cette année, je vais faire un recensement de tous les films que je vois, et m’interrogerai sur le bechdel test. Mais en plus, par souci de justice, je rajouterai un élément : est-ce que plus d’un homme parle, est-ce que deux hommes qui parlent entre eux parlent d’autre chose que d’une femme ? Et j’essaierai de vous faire part du résultat tous les mois…cela risque d’être édifiant.

Bien sûr, ensuite, il ne faut pas s’arrêter à la critique…car c’est aussi à nous de nous emparer de tout ça, de chausser nos lunettes féministes, et de dire, filmer, de montrer, et écrire un monde en plusieurs dimensions, une histoire où nous pensons, construisons, dessinons le monde…

Mes voeux pour 2012, seront donc, toujours, pour une année de justice, en écrivant le monde que nous souhaitons, qui ne soit pas celui des seuls dominants, en faisant une distribution  massive de lunettes féministes. Car sans elles, la majeure partie de la société ne voit même pas, le système qui se reproduit, les violences que subissent les femmes. Et les enfants, les voient sans les comprendre, quitte à n’avoir d’autres solutions de perpétuer la barbarie faute de grille d’analyse…

On commencera donc dès le premier trimestre 2012, avec le manifeste « Pas de justice, pas de paix », que nous avons écrit avec Muriel Salmona, et qui a désormais un blog. Mettez le dans vos favoris, il va bientôt s’y passer des choses !

S.G

 

 

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10 réflexions sur « 2012 : « le monde sera féministe ou restera barbare » »

  1. Sandrine, recevez pour 2012 tous mes vœux de réussite de vos combats qui sont les nôtres.
    Je comprends votre réaction après votre visite du Musée Quai Branly.

    A contrario, je me rappelle ma visite d’un Musée à Montréal (je ne me rappelle plus son nom) qui évoquait l’histoire du Québec et qui présentait de nombreux objets ancien du quotidien des québécois. Des objets humbles, témoignages d’une vie souvent difficile dans un pays en construction.
    Soudain j’ai aperçu un torchon, oui, un simple torchon de fil blanc, mais tellement rebrodé, rapiécé, raccommodé, rabouté de morceaux de très nombreux morceaux, parfois superposés, parfois se chevauchant, tous blanc, ton sur ton; et tout cela fait avec une telle ingéniosité et habileté qu’il était impossible de compter le nombre de fois où il avait été réparé, impossible d’évaluer sa très longue durée de vie. Il était présenté seul dans une vitrine, en suspension, en transparence, comme une véritable œuvre d’art qu’il était devenu au fil de ses remaniements.
    Cela peut paraitre surprenant, mais j’ai été submergé d’émotion devant la beauté et la puissance d’évocation de ce torchon, témoignage d’un art ménager, forcément féminin à cette époque… J’aurais aimé pouvoir l’emporter avec moi et le montrer à toutes et à tous comme un témoignage du génie de ces femmes québécoises capables de tant de beauté en dépit de la charge souvent écrasante d’une très nombreuse famille dans un pays où la survie était alors l’enjeu majeur. Hélas, je n’avais pas d’appareil photo avec moi, et seul le souvenir m’en reste, et l’émotion qui continue de l’accompagner.

    Les travaux d’aiguilles et autres arts « féminins » ont toujours été déclarés mineurs; ils ont souvent suscité moquerie et mépris. En ce sens, ils révèlent la place accordée aux femmes par une société des hommes qui ignorent cette moitié de l’humanité qui pourtant les a faits.

  2. A toi Sandrine, A Muriel, à Sandrine Apers, à toutes et tous convaincus du nécessaire et incontournable Féminisme pour le progrès des idées de dignité humaine, de Liberté, qu’elle soit celle-ci individuelle ou des peuples mais surtout des enfants en tout premier lieu, je joins et vous adresse mes plus profonds voeux pour une année de Féminisme contre le machisme et la barbarie.

    Le Féminisme n’est pas seulement à considérer comme un facteur de progrès, il est à considérer d’abord comme l’urgente correction d’une situation planétaire intolérable, odieuse et criminelle. Aussi platement à dire et à dénoncer
    .
    Je ne vous le dis pas à vous qui le savez et le saviez avant moi. Je le dis pour joindre ma voix et mes forces à votre combat quotidien, à votre lutte sur la durée, dans les racines de l’Histoire, dans les racines de l’ostracisme fait aux femmes par des hommes arrogants et complices des insupportables statuts carcans créés par eux pour maîtriser le Pouvoir en toute abjection et mépris.

    Je ne peux pas me réjouir d’avoir vécu des années de violences physiques et sexuelles dans l’enfance mais, comme l’on dit souvent, « il n’y a de bien qui ne vienne par un mal » : découvrir « le côté obscur de la force » m’a coûté un travail « au risque de ma vie » mais atteindre cette grève place mon existence au coeur de la réalité et je ne sais si je l’aurais atteinte autrement. Je suis fier de vous connaître toutes et de placer une partie de mon action dans votre sillage pour plus de justice et d’humanité dans notre Monde.

    Merci pour vos magnifiques textes de lumière …nés du coeur de la nuit et de l’obscurantisme !

    Victor Khagan.

    «Les féministes sont un acteur crucial du changement de la société. » (T.Banon)

  3. Plutôt que de mettre des lunettes féministes, je pense qu’il s’agit… d’ôter les lunettes masculines ou mieux, d’enlever le bandeau qui cache un oeil et empêche de regarder le monde tel qu’il est !
    Bonne année féministe à toutes !

  4. Les difficultés rencontrées pour l’intégration (en Occident, ndtrad) se doivent principalement à la culture et à la religion islamique qui sont basées sur la misogynie. – La troisième vague féministe prend forme et cela me bouleverse : émancipation est synonyme de lutte et moi, j’ai choisi ce combat. Car j’ai compris que la justice sociale commence avec la liberté et la dignité de l’individu.(page 14) Et je ne vais pas renoncer : je vis dans la conscience du prix que cela doit me coûter.(page 16)
    Je n’ai rien contre la religion comme source de consolation : les rites et les oraisons peuvent offrir un refuge et je n’exige de personne qu’il renonce à ça mais je rejette la religion comme mesure de la morale ou comme ligne directrice de vie. On me reproche de ne pas faire de distinctions entre religion et culture mais la circoncision des femmes ne devrait en rien avoir affaire avec l’islam car cet atroce rituel ne se pratique pas dans toutes les sociétés islamiques.(page 24)
    Ayaan Hirsi Ali
    Trad.VK

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