La rage (de vivre !) ne nous quittera pas de si tôt

Quand on se bat pour la justice, pour une justice qui ne soit pas de sexe, de race et de classe, on se fait souvent accuser : de ne pas avoir le sens de l’humour face au sexisme ambiant, de ne pas aimer les hommes. Certains disent qu’on généralise à leur égard, lorsqu’on ne fait qu’affirmer des statistiques : la presque totalité des agresseurs d’adultes en ce monde sont des hommes. S’il y a des hommes battus par des femmes , ils sont infiniment moins nombreux que les femmes par les hommes.

Pendant ce temps, des hommes nous traitent de venin ou de castratrices. Rien que ça.

Pourtant, au quotidien, la vérité, c’est que les femmes ne sont pas les bienvenues dans cette société. Et que tous les jours cela nous soit prouvé, alors oui, ça nous met la rage. Aujourd’hui peut-être encore un peu plus que les autres jours. Mais c’est chaque  jour la haine à l’égard des femmes est affirmée. Dans les blagues, dans l’absence des femmes dans les représentations de la société (autres que destinées à vendre leur corps ou l’image de celui-ci au désir masculin), dans la violence permanente à leur égard.
De l’absence d’écoute à l’exclusion des sphères publiques, de la blague sexiste au harcèlement, de la violence verbale à la violence physique, de la tentative de viol et d’assassinat, au meurtre et à l’assassinat, c’est le lot quotidien. Et c’est la peur qu’on nous impose. Et on a beau se battre, s’affirmer, s’affranchir, se défendre, tout vient nous rappeler que ce que l’on attend de nous c’est la peur.

Peur d’être à la maison, peur de sortir, peur de se montrer, peur d’être vue, peur d’oser marcher seule dans la rue, peur  de vouloir quelque chose, peur d’avoir envie, peur d’être quittée, peur de prendre la place,  peur de ne pas plaire, peur de ne pas être crue, peur de faire valoir ses droits. Et même si on brave, ou si on tente de la braver, elle est là, elle ne nous quittera pas de si tôt, tant que la société nous l’apprendra dès le plus jeune âge.

Mais nous, la seule solution qu’il nous reste, c’est de transformer cette peur en rage. Rage de crier, de nous battre, de toujours refuser, de nous armer (des moyens légaux, le droit, la solidarité et la force -en apprenant à nous défendre), de dénoncer, de combattre jusqu’à ce que justice soit faite. Et si la peur est là, la RAGE ne nous quittera pas de si tôt non plus.

« PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX » !

Sandrine GOLDSCHMIDT

Et une chanson qui exprime notre rage d’être tellement « uninvited » dans ce monde.
Nous y resterons, même sans invitation

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13 réflexions sur « La rage (de vivre !) ne nous quittera pas de si tôt »

  1. transformer la peur en rage c’est rester dans le domaine de la réaction et de l’émotion : le féminisme est-il une émotion ?

    ne pas parler du patriarcat dans ce texte et s’enfoncer toujours plus dans cette notion vague et protéiforme de « sexisme », cela est dommage et dangereux. comment ne pas rappeler que la fonction du patriarcat est de diviser l’humanité pour régner ? semer la terreur pour abuser de toute l’humanité !

    je sais bien qu’en l’absence d’une association féministe généraliste sérieuse en ce moment, nous ne sommes pas vraiment aidées … de toute évidence, il nous reste comme stratégie celle de nous appuyer sur des travaux spécifiques comme par exemple ceux de Muriel Salmona (mémoire traumatique) ou d’Isabelle Gillette-Faye (GAMS) ou de Martin Dufresne (abolition du système prostitueur) ou de Marie-Jo Bonnet (place des femmes artistes pour une nouvelle symbolique)… osons le vrai féminisme !

    attention à l’expression « se battre pour ou contre » : c’est une expression qui véhicule une violence intériorisée. une sorte d’antiféminisme contre soi !

    ce texte est très beau mais est-il juste ? et si l’auteure du blog a besoin d’exprimer cette rage, je suis convaincue que son talent artistique lui suffira dans ce sens… 🙂

  2. je comprends ta réaction. Mais ce n’est pas un texte programmatique, ce n’est même pas « politique ». Et je crois que tant qu’au quotidien ce que je décris sera la réalité, ce type de réaction, sera parfois nécessaire. Je ne suis pas en dehors de ce monde à le regarder. Je suis dedans et je me battrai dans cette société. Ce texte n’a pas besoin du mot « patriarcat ». Si il est beau, et merci de l’appréciation (ce n’est pas moi qui le dis), c’est parce qu’il touche certaines personnes en tant que texte, expression de cette rage, de la même manière que le dessin (sauf que le dessin date, et que le texte est d’hier, en réaction à quelque chose de particulier). Je (auteure du blog), ne m’exprime pas que par des discours politiques, aussi par des « dessins en mots ». Je ne suis pas un parti, ni une orga…Quant à savoir si le texte est juste, ce n’est pas à moi d’en « juger ». Je ne peux qu’essayer de l’être.
    Sandrine

  3. Il me semble aussi que ce n’est pas un texte prescriptif ni programmatique, mais simplement le constat que pour lutter contre l’usure, la lassitude de toujours devoir répéter les mêmes arguments face à des gens qui ne les écoutent pas, ou qui ne les assimilent pas, ou qui ne les écoutent que pour les transformer en leur contraire, la fatigue de toujours butter sur les mêmes bêtises qu’on en a assez un jour de contrer (par exemple, le jour où l’on décide de ne plus envoyer la cinquantième lettre au cinquantième organisme qui vous traite de mademoiselle, ou le jour où l’on ne relève pas une blague sexiste dans une assemblée, ou le jour ou l’on ne fait pas remarquer à une connaissance le sexisme du qu’elle vient de lancer dans la discussion, etc…), et bien pour contrer l’épuisement de la danaïde, il n’est pas mal de temps à autre de se mettre en colère et d’en tirer à la fois de l’énergie et le renouvellement du sentiment d’agir pour une cause juste.

    Et en ce sens, il n’est pas mauvais d’avoir à notre disposition des techniques d’introspection et de maîtrise de soi permettant d’analyser le mauvais goût que prend parfois notre vie comme une résurgence de la peur résultant des techniques d’intimidation auxquelles on a été soumises (à partir du moment où on est de sexe féminin, qu’on le veuille ou non) et de savoir le transformer en carburant pour nos escarmouches quotidiennes.

    Bref je suis bien d’accord avec ce texte, que je trouve juste et très bien écrit.

  4. « Pourtant, au quotidien, la vérité, c’est que les femmes ne sont pas les bienvenues dans cette société. » le pire c’est que ça peut être dès l’enfance que la fille n’est pas bienvenue, le pire est quand cette haine ou violence là commence dans la famille. Parce que ça bousille notamment l’égalité des chances à l’école, ça bousille d’avoir un comportement « normal » lisible par les autres, ça coupe l’enfant des autres, etc etc. Bref ça torpille absolument TOUTES les sphères de la vie d’une future femme. Même si il y a forcément des bribes de choses BIEN qui passent, ça peut être un peu d’égalité, d’humanité, qui filtre grâce à un-e prof, un-e camarade de classe, soit grâce à la télé, à internet… C’est pour ça qu’avec les blogs, les facebook, etc. je pense qu’on jette des bouteilles à la mer, cette mer polluée de sexisme, de haine de toutes parts contre les femmes. Perso je crois bcp au travail, le travail, le travail, toujours le travail, pour s’en sortir, acquérir une compétence, donc être reconnue, donc récupérer un peu de confiance en soi, faire sa place et surtout acquérir une indépendance financière. Ne pas tomber dans la prostitution, dans la dépendance à un homme qui exploitera cette dépendance. La vie est tellement plus « simple » lorsqu’une femme est financièrement indépendante ! Transformer la peur en rage je trouve que c’est épuisant. Je n’aime pas la rage, car sur qui va t-elle s’abattre ? Contre soi-même ? Contre une personne qui se trouve là, par hasard, et qui va essuyer de la rage ? Et on ne peut pas décider vraiment de transformer la peur en rage, ça se fait tout seul ou pas. En général la peur se transforme en agressivité, mais contre qui ou contre quoi ? c’est ça le problème… la peur se transforme en agressivité contre soi par exemple… La peur je me dis qu’elle se transforme en ÉNERGIE, plutôt qu’en rage, en énergie pour créer, faire du SPORT pour écouler les montées d’adrénaline qui vont avec la peur, c’est indispensable, car c’est très physique aussi ces questions de peur, de violence que ça génère, etc… Il faut savoir la canaliser, ce n’est pas évident.

  5. Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites. Toutefois, une chose me dérange dans votre texte. C’est l’emploi du mot « rage ». Cela ne me dérange pas intellectuellement, mais physiquement. C’est mon corps qui parle et qui me dit « quelque chose là dérape ».

    Si une vigilance aiguë de la part de la femme à l’égard de son environnement est nécessaire, si un travail de (ré)éducation des hommes comme des femmes (où il s’agira de dire et de redire, jusqu’à ce que les esprits changent) va de soi, n’empêche le discours guerrier ne peut pas nous mener au succès.

    Je suis convaincue qu’il ne s’agit pas d’être contre (même si les tentations peuvent être grandes parfois), mais plutôt d’essayer de faire entendre à l’homme que cette évolution des moeurs (où l’homme regardera la femme comme son semblable, et vice-et-versa) le concerne tout autant que la femme, étant donné qu’ils sont l’un comme l’autre enfermés dans une construction sociale qui abîme les êtres qu’ils sont avec la même force.

    Voilà, en peu de ligne, ce que me fait dire votre texte :

    N’est-il pas grand temps que les hommes prennent aussi cette question à leur charge?!

    Que les masques tombent!

    1. Je pense qu’une partie de vos remarques vient d’une confusion sur le terme lui même de « rage ». Si j’étais philosophe, je devrais commencer chacun de mes articles par une définition des termes. Dans mon énergie à écrire celui-ci, motivée par une nécessité impérieuse, j’ai employé le mot de rage. Mais ne vous trompez pas. Il s’agit de « rage de vivre », malgré la peur. C’est elle qui ne me quittera pas de si tôt. Qui ne nous quittera pas de si tôt.

  6. Pour ma part, j’avais bien compris. Mais qu’il s’agisse de « rage de vivre » ou de « rage » tout court, il s’agit toujours de rage. Je suis bien d’accord sur l’importantce pour la femme d’exister à part entière, de vivre avec tout ce que cela peut sous-entendre,ça oui! Mais sans la colère.

    1. Là, je ne suis pas d’accord. Je crois que la colère et la rage, face à des événements proches ou lointains, est, à certains moments, la seule façon de ne pas sombrer dans la peur et son corollaire la résignation.
      Quand le monde aura changé, peut-être alors pourrons-nous en faire l’économie. D’ailleurs, se mettre en colère, être en colère, c’est la première révolte des enfants. Savoir l’exprimer, c’est commencer à se donner les moyens de sortir du cadre. Bien sûr, l’étape suivante, c’est d’apprendre à la contenir ! Pour que cette colère produise de l’énergie, et pas de la destruction.

  7. Quant à moi, être mêlé de masculin et de féminin, mais ayant subi l’objectisation des « mains » d’un homme et, partant, ayant été destabilisé dans son rôle sexuel, comprenant éventuellement plus que d’autres hommes, précisément parce que intimement sensibilisé aux destinées faites aux femmes PARTOUT, en France ou dans n’importe quel ailleurs, puis étudiant cette « problématique » depuis de très longues années, je m’associe à cette rage (qui part sans doute d’une émotion à laquelle il faut donner la parole), car une simple lutte sereine n’est évidemment pas suffisante pour un tel combat contre le patriarcat veule. Il faut une vive motivation, un incessant ressort pour faire face socialement aux résistances (souvent des femmes elles-mêmes) contre cette volonté de changement de la société. Car les dés sont pipés. Il faut la rage de la révolte qui mène à la révolution même si celle-ci reste pacifique.

    Rebellez-vous et révoltez-vous sans relâche jusqu’à ce que les moutons deviennent des lions : Rise and rise again, until lambs become lions !!

    Je ne parle pas en votre nom, je respecte votre cohésion et votre propriété sur votre lutte, mais j’ai en moi mon propre combat contre le patriarcat dont je sais qu’il détruit nombre d’hommes eux-mêmes victimes de cette manipulation et de l’appropriation abusive de personnalités faibles qui deviendront à leur tour, bourreaux. Car, souvent, les plus grandes victimes deviennent les plus grands bourreaux.

    Rise and rise again, until lambs become Lions !

  8. ah ouais « rage de vivre » je comprends. Et je me suis souvent demandé d’où elle venait cette rage de vivre, surtout en apprenant des suicides autour de moi. C’est très bizarre et je crois que personne n’a scientifiquement de réponse… il y a encore bcp à découvrir sur le fonctionnement du cerveau et ce qui nous fait désirer nous battre, désirer vivre. Merci encore pour ce bel article !

  9. La vie n’est pas forcément plus simple quand une femme s’est faite indépendante financièrement.
    On ne le lui pardonne pas

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