Paul emploie des seins nus

Ah ! comme c’est beau, la crise ! Avec elle, on peut tout fourguer, tout faire. Si j’étais dans l’industrie du sexe, je me frotterais les mains, en ce moment.

D’abord, parce que la crise, c’est la pauvreté pour des millions d’êtres humains, dans de nombreux pays, et dans un monde mondialisé, c’est la recherche d’un « ailleurs » où il y aurait de quoi survivre.

C’est donc tout à fait propice à la mise en place de réseaux de trafic  d’êtres humains en souffrance.Et donc, beaucoup d’argent à gagner.

Et quand on parle de pauvreté pour des millions d’êtres humains, il faut préciser…à 80% des femmes, et des femmes migrantes.

Comme ce sont des femmes, elles sont -n’est-ce pas- supposées avoir des seins, et les jambes écartées. Ou faire des pipes à ces messieurs quand  ils ont envie d’une petite infidélité** parce que bobonne est un peu lassante (suivez mon regard, Jean Dujardin et 6 mâles en quête de réaffirmation de leur « virilité » cinématographique). En plus, puisque ce sont des femmes, quoi de plus normal qu’elles rendent services ! C’est leur nature, il me semble…ainsi, quand elles sont en couple hétérosexuel, elles font à 80% les services domestiques, et se livrent aux désirs sexuels de leurs maris***.

Mais  la situation de femme mariée est légalement plutôt enviable par rapport à celle de divorcée ou d’en couple libre ou de femme exploitée sexuellement…c’est le cadre où, quand le mari n’est pas violent (car certains prostituent leur femme), la femme a la possibilité de ne pas tout accepter ce dont elle n’a pas envie. Et d’obtenir une prestation compensatoire en cas de divorce. La femme mariée, occidentale et de classe moyenne-supérieur, a des solutions pour les « services » domestiques. Elle les fait faire par d’autres femmes, venues d’ailleurs…c’est plus facile, après tout, que de demander à Monsieur de mettre la main sur le balai. Mais pour les « services sexuels »  (qu’une seule lettre différencie de sévices, au passage), dont il semble être le seul à avoir « besoin », « bien obligé » d’aller voir ailleurs…

Donc, dans ces cas-là, il lui faut trouver des femmes « prêtes à l’emploi. » Quoi de mieux que des femmes pauvres, immigrées, fragiles, déjà victimes de violences sexuelles, à qui on dit depuis la naissance que de toutes façons, c’est toujours mieux que de crever de faim ? Et des femmes à qui on dit : « si ce n’est pas ça, alors on vous retire les allocations chômage ? »

C’est là qu’on franchit un pas dans l’allégeance aux exploiteurs humains. Les dix années politiques écoulées contribuent à leur paver une voie dorée, tout en prétendant être abolitionniste ou défendre l’égalité…mais la vérité  c’est qu’on leur offre sur un plateau légal des femmes, à ces messieurs de l’industrie du sexe. Ainsi, alors qu’il y a 1000 nouveaux chômeurs et chômeuses par jour, on a mis en place un système où l’on n’a pas le droit de refuser plus de x offre raisonnable. Et on définit raisonnable de façon telle, qu’on peut décider de remettre les unes à leur place, et les autres à la leur (tout en prônant la liberté sexuelle et le désengagement de l’Etat, bien sûr). Dans certains pays il est proposé à des hommes d’être tenancier de bordel, ici on propose à des femmes d’être strip-teaseuse topless…

Ca tombe bien pour tous ceux qui veulent nous faire avaler la pilule d’un « travail du sexe » qui serait un travail comme les autres…voila un coup de pouce à leur propagande (ce n’est d’ailleurs pas la première fois) qui ne coûte pas cher. Et voilà qui évite que les femmes -qui réussissent trop bien à l’école- pensent qu’elles sont capables d’utiliser leur cerveau et d’apporter quelque chose d’autre à la société…

et de les renvoyer à leur « vrai rôle », celui de « Dame nature ».

Quoi de plus « naturel »  en effet ? C’est une offre d’emploi raisonnable, bien sûr ! Une femme a des seins, c’est tout ce qu’on veut voir d’elle. Encore une fois, sur les affiches dans les rues, et jusque dans les institutions publiques, on veut des femmes sans tête…ou au moins sans visage. C’est beaucoup moins gênant* à exploiter, violer et esclavagiser, des mortes….que des femmes qui pensent…

Sandrine GOLDSCHMIDT

 

*allusion au médecin lorrain condamné à 15 ans de réclusion. Il endormait ses patientes pour ne pas voir leur regard en les violant…

** censurer ces affiches n’a pas de sens selon moi. En revanche, dire et redire qu’on y voit une fois de plus, des femmes sans visage, et que c’est systémique, pour faire prendre conscience du rôle qu’on nous fait jouer, oui…

***il semblerait selon des études dont je vais rechercher les références mais si vous les avez sous la main n’hésitez pas que des femmes soient majoritairement dans cet esprit là. En tout cas chez les jeunes, c’est flagrant.

12 thoughts on “Paul emploie des seins nus”

  1. Alors qu’il y a 1000 nouveaux chômeurs et chômeuses par jour, on a mis en place un système où l’on n’a pas le droit de refuser plus de x offre raisonnable. Et on définit raisonnable de façon telle, qu’on peut décider de remettre les unes à leur place, et les autres à la leur (tout en prônant la liberté sexuelle et le désengagement de l’Etat, bien sûr). Dans certains pays il est proposé à des hommes d’être tenancier de bordel, ici on propose à des femmes d’être strip-teaseuse topless…

  2. La représentation parcellisée du corps des femmes est une tendance lourde de la publicité ( fesses, seins , bouche charnue hyper maquillée, jambes) . Elle déshumanise complètement la femme devenue morceau de femme et fait croire qu’elle relativise le sexisme qui se cache ainsi.
    Garder ce type d’image c’est laisser véhiculer l’idée que la femme est bien faite de morceaux à utiliser selon les besoins.Et ce type de présentation passe de façon anodine dans l’inconscient des ados , incluant les filles. Cela me semble insidieux et dangereux de le supporter

    1. le supporter n’est pas obligatoire : autant je pense qu’il ne faut pas qu’il y ait un organe de censure qui l’interdise nécessairement, autant le fait que les affiches soient retirées par réprobation générale est une bonne chose…
      Il n’y a pas que la pub qui morcelle les femmes; Toutes les représentations des femmes dans l’audiovisuel et son corollaire les affiches, le font. Même les instances féministes oublient parfois nos têtes…c’est donc à mon avis que c’est la visualisation de siècles où les « têtes », visages, cerveaux des femmes n’ont jamais été visibles.

  3. Merci pour ce texte, Sandrine.
    La vigilance féministe surtout en matière de prostitution ( toutes les formes), de pornographie, d’agressions sexuelles, d’humiliation, de marchandisation du corps humain en général ne doit jamais s’effacer, surtout en temps de crise drastique qui ne cesse de se prolonger.
    Elle doit même redoubler d’effort alors qu’on pourrait se décourager.

  4. Prostitution et GPA (les mères porteuses sans oublier les donneuses d’ovocytes) reposent sur les mêmes logiques….En France, de nombreux gays (pas tous fort heureusement) revendiquent la légalisation de la GPA….vigilence sur ce point aussi…..

  5. Sandrine oui, vous avez raison de dénoncer les dérives vers lesquelles ce système nous amène très logiquement !
    Je me serais, en revanche attendu à plus de mordant, des mots plus durs, plus crus pour dire cette même vérité…
    Vérité qui est inhérente au capitalisme extrémiste !
    Je suppose que vous êtes au courant du drame profond qui se joue aujourd’hui en Grèce où ces mères sont contraintes à l’abandon de leur enfant faute de pouvoir les nourrir !
    En Grèce, Paul en ploie de bien autre façon… Sans doute ces mêmes femmes se prostitueront bientôt, sans même cotiser aux prestations sociales…
    En attendant que ceci se passe chez nous !!!

  6. Bonjour Sandrine,

    Je me demande à quoi je pourrais comparer tes articles sur ce blog pour emphatiser (est-ce bien français?) la valeur de leur portée sur des éléments du machisme tant intégrés dans la culture occidentale (les autres mériteraient chaque fois plusieurs volumes) qu’ils sont devenus, pour une énorme partie des occidentaux, des évidences in-déniables.
    Ayant lu de façon au moins hebdomadaires les extraordinaires articles publiés en langue espagnole par Lidia Falcon O’Neil dès les années 1982, je me reporterai à eux pour comparer la qualité de leur facette avant-gardiste, pour leur lucidité dans l’écriture et dans l’analyse.

    Concernant les « services sexuels » :

    Au niveau des « exigences », je pense que généraliser sur les hommes est un peu risqué du fait d’abord qu’il existe beaucoup d’hommes qui ne sont pas portés sur le sexe (mais oui, ça existe) ou qui sont excessivement prudes (bien sûr d’accord que ce n’est pas la majorité). Ne parlons pas des hommes impuissants (je ne connais de statistiques que pour les hommes victimes de viols dans l’enfance) car j’en ignore réellement la proportion jusqu’aux âges de 45 à 55 ans.

    En effet, un grand nombre de femmes sont très demandeuses de sexe (je ne prétends rien enseigner ici à personne, seulement le rappeler) et c’est bien légitime. Ces femmes dont une grande partie sont insatisfaites (du fait fréquent du manque d’égard ou du manque de sensualité de leur partenaires), vont voir ailleurs, autant que les hommes dans la même situation. Cela n’est pas criticable (ou critiquable) : le droit à une sexualité épanouie est fondamental autant pour les unes que pour les autres. Ainsi aussi, les fantaisies de la vie sexuelle sont loin d’être une exclusivité masculine et heureusement aussi pour l’épanouissement de la vie de couple.

    Autre chose, bien entendu, est de parler de services dans le sens de rapports payés ou d’exigences dictatoriales ou encore de sévices au sens propre.

    Personnellement, pour toute transparence, je suis un fan de la fidélité physique mais cela n’est pas dit pour établir une valeur, c’est juste un choix dans la volonté de vivre sa relation d’amour et, là non plus, on ne peut ni généraliser ni faire d’attaques systématiques à l’espèce masculine.

    Pour terminer là-dessus, et pardon de parler crûment mais nous sommes ici pour cela, un très grand nombre de femmes ne supportent pas non plus qu’on évite leurs avances et elles peuvent faire payer très cher (jusqu’à la véritable escroquerie financière ou à des accusations mensongères dans leur volonté de vengeance) leur frustration ou ce qu’elles interprètent comme un échec dans leur entreprise de séduction ou quand elles ne pardonnent pas de ne pas être désirables.

    Bien sûr, ce que j’énonce ici ne sont pas des scoops mais j’apprécie que les revendications féministes ne doivent pas non plus nier ces faits, comme de dire aussi, par exemple, que des esclavagistes de l’exploitation sexuelle sont aussi le fait de nombreuses femmes.

    Pour le reste, je suis, comme toujours en accord avec tous tes arguments et, résolument anti-patriarcat, je persiste avec toi à dénoncer que « le féminisme n’a jamais tué personne » au contraire du machisme séculaire, véritable plaie pour le genre humain, à combattre de toutes nos forces dans tous les secteurs de la vie quotidienne.

    victorkhagan@yahoo.com

    1. Bonsoir Victor. Bien sûr, quand je parle de « besoin de sexe » des hommes, j’ironise et pense tout à fait comme toi. En la matière il n’y a ni généralisation ni standard dans mon esprit -la seule règle étant le respect du désir de l’autre. Effectivement, la partie qui dit que les femmes « servent » les désirs des hommes est aussi à prendre pour ce qu’elle est : j’ai lu dans des articles que les femmes ne pensaient guère à leur propre désir…et quand je dis les femmes, bien sûr, ce n’est pas toutes les femmes, c’est une statistique…et non pas une naturalisation du désir ou de la sexualité. Je pense qu’il n’y a pas de sexualité « naturelle » chez l’humain. Et un jour, j’écrirai un article sur le fait que si la tête manque souvent aux femmes dans les représentations, la parole manque énormément au sexe dans ses représentations…femmes, sexualité et désir « à l’écran », tout est à inventer…

  7. Bravo Sandrine, je suis souvent déprimée par des hommes qui se plaignent sur un site de divorce et d’aliénation parentale, et je me fatigue à leur parler de la situation globale des femmes au niveau mondiale.
    Drôle ce paul emploie…avant c’était assedic..ass voulant dire vilgairement « trou du cul » et dick vilgairement pénis, nous étions la risée des anglophones…

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