Présidentielle : soyons plus malins qu’eux…(à propos de Guéant et les autres)

Nous sommes en campagne électorale. Et le président sortant attend pour être candidat, d’avoir bien fait fonctionner sa stratégie du moment. Lui, il se pose en victime. Bouh, si vous ne m’aimez pas, je préfère prendre ma retraite, na ! C’est un classique chez les autoritaires : au moindre signe qu’on ne se plie plus à leurs volontés, ils menacent de leur démission. Il faut croire que ça marche avec certain-es, parce que moi, et bien d’autres, on a plutôt envie de dire : « chiche ». Mais on n’est pas dupe !

Alors, face à leurs « écarts » bien contrôlés, devons-nous nous contenter de nous indigner ? A mon avis, nous ne convaincrons pas ceux qui ont envie d’entendre ce discours en disant : « c’est mal, ce que vous faîtes, ce que vous dîtes ».

C’est une affaire de stratégie.

Car ce que je reconnais à la droite et au capitalisme, c’est qu’ils sont souvent plus stratèges que la gauche. Et depuis toujours. Ce n’est pas le fond de ce qu’ils disent qui leur importe (ça ne les empêchera pas de faire ce qu’ils veulent, après), mais l’efficacité du discours….

Le discours politique de droite ces dernières décennies va au gré du vent. En 1995, est apparue dans les préoccupations de Jacques Chirac la « fracture sociale ».

En 2007, il fallait donner de l’emploi, travailler plus, gagner plus…s’engager à demander la sanction des Français si le chômage ne retombait pas à 5% :

aujourd’hui, rien n’a été fait ou n’a marché, alors pour ne pas se l’entendre dire trop fort, ni poser les bonnes questions, une nouvelle stratégie s’impose : à droite, toute !

Car aucune personne de la droite modérée ne peut penser que Sarkozy 5 ans de plus, ce serait mieux pour la France que Hollande. En revanche, toutes les personnes qui cherchent à tout prix un/des responsables à leurs malheurs, doivent trouver quelqu’un-e à incriminer. Ainsi, il ne suffit pas de détester Sarkozy et donc de voter pour une alternance démocratique, ce qui serait déjà pas mal. Il faut trouver des responsables à nos malheurs, comme toujours…. C’est pour cette raison que les lois sont faites depuis quelques années : les responsables aujourd’hui, ce sont les roms, les homosexuels, les arabes, mais plus généralement, « les autres »…pour rassurer et dé-responsabiliser, pouvoir dire que si ça va mal, « nous » n’y sommes pour rien.

Ainsi, les roms ont fait les premiers l’objet de la politique du bouc émissaire. Ensuite, tout récemment, le premier ministre, insinue une incompatibilité entre la sécurité des enfants et le fait d’être homosexuel-le : « L’institution du mariage a un objectif qui est celui de la sécurisation des enfants. C’est un objectif qui ne me paraît pas compatible avec les couples homosexuels », a-t-il dit. Dans mon for intérieur  je sais qu’il n’en pense pas un mot. Il dit juste ça parce que les homosexuel-les jouent ici le rôle des « autres », ceux qui ne sont pas comme nous, qui sont censés menacer « notre civilisation ».

En parlant de civilisation, il y a enfin Claude Guéant. Il paraît qu’il aurait dit qu’il y a des civilisations qui « valent » mieux que d’autres. L’objectif pragmatique c’est « choper les électeurs FN », évidemment.

Mais surtout, il y a derrière cela tout ce qui constitue « la politique du dominant » (de sexe, classe, race, « civilisation ») et de ses stratégies pour le rester. Il s’agit, tout simplement de se placer « au-dessus ». Au-dessus, mieux que les autres, donc menacé-e par eux. Et si on est menacé-e, il faut se défendre.  Et pour se défendre, on crée des lois d’exception. On rejette, on élimine, on verrouille. Et on garde le pouvoir.

Alors au lieu de nous laisser dominer, et de réagir à coups d’indignations successives, il n’y a à mon avis qu’une stratégie : travaillons à leur dire non dans les urnes en avril. Nous n’avons pas peur de l’autre, des autres, c’est en nous-mêmes qu’il faut chercher la solution, avec des idéaux et du pragmatisme…nous ne révolutionnerons pas le monde et ne ferons pas chuter le patriarcat d’un bulletin dans l’urne à la présidentielle 2012…En revanche, nous pouvons avoir l’espoir de le faire reculer en ne laissant pas gagner ses pires représentant-es…

Sandrine GOLDSCHMIDT

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15 réflexions sur « Présidentielle : soyons plus malins qu’eux…(à propos de Guéant et les autres) »

  1. Pourquoi des guillemets à civilisation et pas à race ? Il s’agit bien de racialisation et d’un discours de domination nécessitant le construction de figures dominées acceptables…

    1. parce qu’ici je fais une référence explicite aux propos de Guéant avec ces guillemets. Ce n’est pas pour donner un statut différent à ce mot par rapport aux autres (sinon, je mets des guillemets aussi à sexe)

  2. Sandrine, je suis d’accord avec vous sur presque toute votre analyse. Je me rappelle qu’ayant rappelé à un de les collègues (de droite) que l’alternance était partie intégrante de la démocratie, il m’avait répondu, furibard, « d’accord, à condition que ça ne dure pas ».

    C’est un autre aspect des rapports de domination qui renvoie à votre analyse : les dominants estiment légitime leur domination parce qu’ils sont d’essence supérieure (plus compétent, plus expérimentés, etc, etc). Les dominés ont souvent des doutes quant à leur légitimité à accéder au pouvoir; ils hésitent, ont des scrupules (le pouvoir, c’est « sale »), ont peur de perdre leurs valeurs, et parfois se comportent en perdants… La partie n’est pas égale… Les femmes connaissent cela…

    C’est pourquoi j’approuve la vigueur et la détermination de votre appel à un vote qui renverserait les choses, en toute légitimité !

    Bien amicalement

  3. A vrai dire la gauche comme la droite ont eu des « discours » efficaces pas si différents en réalité mais qui consistaient avec des variantes à promettre avec un argent et une croissance qui se dérobaient pour des raisons que l’on se refusaient à voir. Sarkozy avait quelques bonnes idées et beaucoup d’énergie qu’il a gaché par son matamorisme brouillon et agité.
    Aujourd’hui, on est à l’extrême bout de cette logique. La dureté du réel se chargera de remettre les pendules à l’heure mettant à nue les vrais paysages du monde qui se forme en dissipant les nuées et les écrans de fumée de nos slogans creux et de nos habitudes de pensée.

  4. Simple stratégie ou pas peu importe, les mots sont dits et les raisons, qui amènent un ministre à prononcer ces mots, n’ont aucune importance…

    Moi je crois qu’il faut s’indigner. Qu’il n’est pas supportable d’entendre, de lire de telles abjections en gardant silence. Sandrine, je vous ai pourtant souvent lu ici même, vous vous êtes souvent indignée et même pousser des cris de colère. Est-ce que cela vous empêchera d’aller mettre un bulletin dans l’urne.

    Comment accepter que quelqu’un avec une histoire horriblement lourde puisse dire ce qu’il dit

    http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Arno-Klarsfeld-soutient-Gueant_6346-2040917-fils-tous–29039-abd_filDMA.Htm

    Je suis écœurée alors vous me pardonnerez cette « chansonnette »

    [J’ai la mémoire qui flanche, je ne me souviens plus très bien…Qu’il était déjà question de « civilisation » !! La la la…. L’une supérieure, l’autre inférieure … La la la]

    A noter que pour Arno Klarsfeld, les talibans sont désormais une « civilisation » et je suppose que la « civilisation » qui fait à la femme « une place égale à l’homme » c’est la France. Autrement dit, arrêtons de nous » indigner « puisque Monsieur Karlsefd nous dit que l’égalité est déjà gagnée.

    Alors oui il faut aller voter (même si ce n’est que le choix du moins pire !) mais il faut aussi continuer de s’indigner! L’un n’empêche pas l’autre comme dirait « tartempion »

    1. bien sûr que cela n’empêche pas de s’indigner. Cela renvoie à CHristiane Rochefort et à la définition de l’opprimé…

      le dominant n’a que faire de notre indignation, il faut donc faire un pas de plus, et lui clouer le bec par les urnes quand il est encore temps… c’est tout le sens de mon propos.

  5. Dit comme ça je comprends mieux, mais je me fiche totalement de ce que pense le dominant, Je ne m’indigne pas pour me faire entendre de lui ! S’indigner c’est aussi se faire du bien à soi et surtout faire prendre conscience à ceux qui sont moins « réactifs », moins « sensibles » que les mots sont importants et qu’il ne faut surtout pas faire silence en attendant les urnes. D’autant que s’indigner peut aussi permettre à des indécis de prendre conscience du danger. Bon peut être suis je naïve mais peut être pas tant que cela après tout. Ce qui amène aux urnes. En attendant , « indignez-vous »

    1. La question n’est pas de savoir ce que pense le dominant, mais de bien comprendre que lui se fiche complètement de ce que nous pensons…il suit sa route, et ça ne le chatouille même pas qu’on lui dise ses 4 vérités. Il se sait déjà…donc notre indignation nous fait du bien certes, mais il y a un moment où « il faut sortir les couteaux », et donc sanctionner par les voies démocratiques tant qu’il est encore temps…
      il y a le texte de Christiane Rochefort https://sandrine70.wordpress.com/2011/11/01/1-11-11-le-1-ou-stop-au-genocide-des-femmes/

  6. Bravo Sandrine ! et merci de réactualiser le texte de C.Rochefort tellement d’actualité!

    S’indigner certes fait du bien; mais se contenter de la décharge émotionnelle et du soulagement que cela procure me paraît immature. Ce n’est que la premier pas vers d’autres formes d’action. Avant, on parlait de prise de conscience comme passage obligé avant l’engagement. Stéphane Hessel, le Papy des indignés, ne dit pas autre chose.

    Quand les femmes le comprennent, cela les prépare à lutter pour occuper pleinement la place qui leur est due. En France, les anciennes féministes traditionnelles se sont peu préoccupées des questions de pouvoir (les raisons en sont multiples). Ce n’est pas le cas des nouveaux mouvements féministes qui comprennent qu’accéder aux instances du pouvoir devient urgent si l’on veut enrayer les régressions de toutes sortes que les femmes subissent.

    Les deux prochains combats, ce sont les présidentielles et les législatives. Et vous avez raison de le souligner, les discours de la droite ne doivent pas faire illusion; énormes sont les écarts entre leurs discours et leurs actes! Nous n’avons rien à attendre d’eux. Et nombreuses sont les femmes politiques de l’UMP qui le découvrent actuellement avec une certaine amertume.

    A gauche, c’est moins pire, comme on dit au Québec. Pour moi, le choix est limpide. Mais le combat ne devra pas s’arrêter à ces scrutins: force est de constater qu’il y a du pain sur la planche.

  7. Vous êtes d’accord très bien . Mais je ne savais pas que vous donniez un autre sens à « indignation » qu’au sens « indignez-vous » de Hessel (pour faire simple). Réduire mon propos en laissant entendre que je n’entend le mot indignation que comme un soulagement purement égoïste c’est faire preuve d’une mauvaise-foi certaine . Je ne vois pas très bien d’ailleurs comment on pourrait s’indigner sans la prise de conscience prélable! Toutes les deux vous ramenez l’indignation à une espèce de jouissance personnelle. Vous pourriez me dire à quel moment je l’ai limité à cela ? Pour moi s’indigner c’est aussi faire en sorte que la démocratie ne se limite pas à sortir des « couteaux » une fois tous les 5 ans ! Droite ou gauche ( gauche moins pire je l’ai dit aussi) nous avons toujours à faire à des dominants ! la démocratie telle qu’elle est aujourd’hui se résumé à donner un blanc- seing pour cinq ans. Que fais-t-on entre deux élections ? Ecouter un représentant de l’Etat vomir son racisme et dire on attend les prochaines élections. Encore une fois l’indignation n’empêche pas la sortie des « couteaux » au jour fixé par les dominants.

    1. Bonjour Azur,

      Je regrette cette polémique; sans doute me suis-je mal exprimée; d’autant que sur bien des points je partage votre point de vue.

      Sur les propos de Guéant dont vous dites à juste titre « Qu’il n’est pas supportable d’entendre, de lire de telles abjections en gardant silence. » Sur Arno Klarsfeld, par exemple, dont j’appréciais le combat mené par ses parents et qui me paraît être devenu un vilain personnage. Sur les confusions et amalgames divers autour du concept de civilisation. Sur votre détermination à aller voter. Ce qui m’a posé problème c’est quand vous déclarez «je me fiche totalement de ce que pense le dominant, Je ne m’indigne pas pour me faire entendre de lui !» Ensuite, heureusement, vous modulez votre propos.

      Comme vous, j’apprécie Hessel dont j’ai distribué l’opuscule autour de moi. Vous dites « je ne savais pas que vous donniez un autre sens à “indignation“ qu’au sens “indignez-vous” de Hessel». Oui c’est vrai, je me suis référé au sens classique de l’indignation, c’est-à-dire «Sentiment de colère ou de révolte que provoque quelqu’un ou quelque chose : Protester avec indignation» (Larousse). Il n’y a rien d’égoïste à cela, et je suis d’accord avec vous (et avec Hessel) pour le relier à une éventuelle prise de conscience. A vrai dire, en parlant de décharge émotionnelle et de soulagement, ce n’est certainement pas à vous que je pensais, mais bien plutôt à ceux (et ils sont nombreux) qui se donnent bonne conscience en se contentant de s’indigner (et parfois simplement de râler), mais sans bouger leur petite personne. Je suis sûre que vous en connaissez.

      La prochaine échéance est dans quelques semaines. Comme vous, je suis sûre que Sandrine, vous et moi et beaucoup d’autres sont conscients(es) des enjeux et le manifesteront dans l’urne sans se sentir exonérés des combats à livrer dans les 5 années à venir.

      Amicalement.

  8. Azur, loin de moi l’idée de vous traiter d’égoïste, ou de dire que votre forme d’indignation n’est pas celle qu’il faut, ce n’est pas du tout ce que je voulais induire. Je dis plus haut qu’en effet, cela n’empêche pas de s’indigner. Mon « on est bien d’accord » était surtout sur le « il y a du pain sur la planche ». Entre l’indignation écrite et l’activisme quotidien, je crois qu’au moins depuis 5 ans je fais ce que je peux, et j’essaie ici – c’est le propos de l’article, de ne pas le faire de façon désordonnée et en effet-égoïste, mais aussi de façon stratégique. Ce qui n’implique pas du tout que VOUS fassiez moins bien. J’interpelle sur le fait que peut-être, certain-es s’en contentent…et que la sanction des urnes est pour moi le moment le plus important de notre vie démocratique, parce qu’il est un des rares où l’on a un vrai pouvoir sur les choses..

    Je dis et je pense (et je pense que c’est pareil pour AnnieGH mais elle nous le dira peut-être), qu’il faut faire attention à ne pas se contenter de l’indignation…et là, je crois que nous nous rejoignons.

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