Marie pas Claire, reviens !

Les « Marie pas claire » a été un groupe féministe né en 1991 à Paris, journal subversif, participation à des manifestations subversives, « vierge ascendant sécateur ». Et en parcourant certains titres de leurs articles, qui effectuent un « retournement » des stéréotypes et blagues sexistes traditionnelles (Combien de temps un homme peut-il vivre sans cerveau ? Ca dépend, quel âge a votre mari ?), je pense à une blague citée par ma fille (c’est un oncle qui lui a raconté), et qu’elle m’a recommandé de diffuser 😉

« Maman, d’où je tiens mon intelligence ?

-Demande à ton père, moi la mienne, je l’ai gardée ».

Tout ça pour vous parler de Scoop.it. C’est un outil du web qui vous permet de faire votre propre revue de presse. Et de trouver les articles dans celle des autres. Du coup, j’ai créé le mien et je m’informe auprès d’autres. Et ce matin, un titre a fortement attiré mon attention, avant que je découvre que cela venait du journal Marie-Claire :

« Les femmes sont-elles solidaires ou rivales entre elles ? ». En voilà, me dis-je, un sujet tarte à la crème, propice à laisser libre cours aux stéréotypes sexistes de base, véhiculés en particulier par le cinéma. Ainsi, comme le démontrent si bien Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos dans « Sois belle et tais-toi », les actrices, quand elles sont amenées à jouer avec d’autres femmes, c’est pour exprimer une rivalité -par rapport à un homme. Alors que dans la vie, rien de systématique (heureusement !). J’en parlais ici il y a peu.

Du coup, me voilà légèrement étonnée de lire en introduction de l’article : « La rivalité féminine est un sujet tabou. Si elle a largement inspiré romanciers et scénaristes, on en parle très peu dans la presse et encore moins dans les magazines féminins ». Ainsi donc, si la presse et les magazines féminins n’en parlent pas, c’est parce que c’est tabou ? Et si c’était parce que cela n’a pas lieu d’être ? Et ce qui est vraiment tabou, c’est la solidarité entre femmes ? Malgré tout, l’article n’est pas si mauvais que ça. Il donne la parole à la sociologue Danièle Kergoat qui explique comment le système de domination masculine tel qu’il existe peut impliquer une méfiance des femmes entre elles.

Et ce, particulièrement dès lors qu’une femme prend des responsabilités qu’on n’attend pas d’elles. Ainsi, cette expérience d’une femme chirurgienne : là où les infirmières -majoritairement des femmes, servaient l’homme chirurgien même s’il les traite à peine respectueusement, elle se retrouvait l’objet de récriminations et de réticence à la « servir » de la même manière…

La société telle qu’elle est construite, donc, sur le service des unes et l’autorité des autres, ne favorise pas la solidarité.  L’article de Marie-Claire, décortique bien en quoi. Et encourage à ce que ce soit autrement. Mais sans relativiser la réalité de cette rivalité. Car si l’éducation et les médias ne la montrent pas et que du coup beaucoup de femmes se piègent ou se retrouvent piégées dans le stéréotype, le vrai tabou, c’est qu’on ne dit, qu’on ne montre jamais que la solidarité entre femmes existe, et que c’est elle qui nous fait avancer !

Ainsi, tous les grands combats pour la liberté et l’égalité ont été menés par des femmes, les féministes, pas toujours pour elles-mêmes mais aussi pour les autres (féministes lesbiennes soutenant les manifestations pour le droit à l’avortement, par exemple).

Partout dans le monde, des femmes ont mené des combats pour d’autres femmes, et se sont souvent épanouies dans la lutte collective…

Aujourd’hui dans les entreprises, heureusement qu’il y a des réseaux de femmes pour encourager les femmes à oser demander, à oser faire reconnaître leurs compétences…, à prendre confiance en elles.

Aujourd’hui, heureusement qu’il y a des femmes, féministes, pour aider les femmes victimes de violence, pour former les professionnels (en vrac, association mémoire traumatique et victimologie, voix de femmes, la FNSF, le CFCV, des avocates, la maison des femmes, et plein d’autres). Les relations entre femmes, c’est bien sûr complexe, il y a des haines et des femmes qu’on voudrait n’avoir jamais rencontré, évidemment… Mais il y a aussi des réseaux, des solidarités, des amitiés, des luttes collectives. Et il n’y a que si les femmes écrivent, chantent, filment, font ensemble, que des histoires de solidarité, d’amitié ou d’amour entre femmes seront racontées, avec toute leur complexité et leurs difficultés !

Et ça, il est grand temps qu’on en parle !

S.G

Post-scriptum :

En attendant, si l’article n’est pas le pire, j’ai déniché ce sondage merveilleux sur Marie-Claire à propos de l’affiche « d’Infidèles ». La proposition du milieu me fascine. Pas vous ?

Stigmatisés, les hommes ?

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10 réflexions sur « Marie pas Claire, reviens ! »

  1. Et si les États ne sont pas plus en guerre civile, c’est parce que la paix sociale est assurée par les associations et qui sont actives dans ces assos en très très grande majorité : les femmes ! Elles sont bien gentilles de s’occuper ainsi de leurs bourreaux !

  2. VI-TALE
    La solidarité des femmes , en évitant les questions de préséance et l’acrimonie, est absolument vitale.
    Elle existe et elle s’exprime avec conviction, même si elle manque encore de relais.Elle est en expansion au niveau de la prise de conscience et des manifestations de rejet des stéréotypes et du raz le bol des promesses creuses.
    Il faut garder en mémoire et avoir conscience du fait que la solidarité des hommes ( contre les femmes mais aussi en général ) est ancienne et quasiment sans conditions .

  3. La question de la solidarité entre femmes est loin d’être anodine. Les articles de Marie-Claire amorçent un début de réflexion utile. Ils décrivent (ainsi que votre article) des situations que l’on retrouve fréquemment lorsqu’une personne issue d’un groupe social considéré comme dominé accède à une position de pouvoir.

    J’ai occupé des fonctions de direction et mon expérience converge avec la chirurgienne que vous citez: bien que cela s’exprime différemment, les femmes, comme les hommes, ont souvent des difficultés à accepter l’autorité d’une femme. Ma réponse a été de faire évoluer les rapports d’autorité vers plus de concertation, avec les personnes que je commandais, hommes et femmes. J’ai aussi été frappée par les similitudes de la situation dans laquelle est impliqué un de mes amis, jeune ingénieur d’origine algérienne, actuellement confronté à des difficultés du même ordre avec les équipes de fabrication qu’il dirige.

    C’est pourquoi je pense comme vous, Sandrine, que les femmes doivent enrichir leur réflexion par la compréhension des rapports de domination concernant d’autres groupes de personnes.

  4. Certaines sociologues ont souligné l’existence d’un lien très fort de solidarité entre femmes, celle qui existe très souvent entre une mère et sa fille lorsque cette dernière a des enfants. La fille se tourne vers sa mère (plutôt que sa belle-mère, d’ailleurs) pour du soutien (qui peut toute sorte de forme), des conseils, des confidences, de la présence, etc. Cette forme de solidarité tend d’ailleurs à effacer la compétition qui pouvait exister avant la naissance de ces enfants.

    Je l’ai vécu avec ma propre mère, mais aussi avec mes filles et cela m’apporte beaucoup.

  5. la solidarité des femmes, le problème commence avec les mères, qui élèvent les filles et les garçons, et reproduisent tous les stéréotypes jusqu’au pire, c’est à dire l’obéissance au mari quoiqu’il fasse. Je lis avec intérêt ce qu’a écrit « Annie GH », c’est ce que j’ai aussi constaté pour la partie « quand la mère devient grand mère » où j’ai vu une vraie solidarité (qui m’a permis de conserver mon emploi donc on peut dire une solidarité qui libère). Alors qu’avant c’était vraiment une allégeance totale au machisme et système du chef de famille. Que s’est il passé ? A telle ouvert les yeux, voulu rattraper quelque chose ? Ou bien est ce que c’est une solidarité de la reproduction… un truc filial ?

    1. Bonjour Emelire,

      Vous vous demandez si votre mère a « ouvert les yeux, voulu rattraper quelque chose ? » Je me suis posé (et je me pose encore) cette question… Quant à savoir si « c’est une solidarité de la reproduction… un truc filial? », Oui ! J’en suis presque sûre : il me semble que l’arrivée du premier petit-enfant constitue une sorte de bascule identitaire dans une double dimension familiale et sexuelle.

      Familiale, parce que, elle, à la différence du père, la mère a vécu ce qu’est porter un enfant et accoucher, elle a vécu le lien avec le nouveau-né, et cette expérience partagée la rapproche de sa fille et transforme leur relation. Cela semble vécu différemment avec sa belle-fille… Traditionnellement (c’est encore vrai dans de nombreuses cultures), la mère assistait la « matrone » (l’accoucheuse) qui accouchait sa fille; le père était exclu de cette expérience.

      Sexuelle, car cela se combine avec la prise de conscience du rapprochement de sa ménopause qui reste associé, plus ou moins consciemment, à la fin de la vie sexuelle. Cette relation nouvelle avec sa fille et l’arrivée des petits-enfants peut alors faciliter l’acceptation de ce passage identitaire.

      Cela dit, quand on constate le nombre très important de mères qui pallient l’absence de places dans les crêches et permettent à leur fille (ou leur belle-fille) de garder leur emploi, on peut apprécier la permanence de ce lien traditionnel mère-fille sans continuer à en faire un instrument de l’assujettissement des femmes.

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