Quand il n’y aura plus de violences, il n’y aura plus de victimes

Ah ! comme certaines femmes ont du mal à accepter ce terme : victimes ! Moi même, je dois dire, il n’est pas dans ma culture. Quand on se « doit » d’être forte, indépendante, féministe, égales, difficile de reconnaître la possibilité d’être un jour ou d’avoir été victime…et si cela nous arrive, on a bien du mal à accepter de faire partie des « faibles » (ce qui est faux, mais ancré profondément).  Comme si, reconnaître un état de fait était pire que de l’avoir été. Voire créait le stigmate. Cette confusion sur un terme, est à l’origine de beaucoup de nos difficultés de convaincre. Etre victime, ce n’est pas un état. On peut être victime d’une escroquerie, d’une imposture, d’un harcèlement, ou de violence et viol, ce n’est pas lié à ce que nous sommes, mais au fait que nous avons croisé un-e agresseur-e, pas à notre « nature de faible ». C’est pour cela que la « journée des victimes » de demain a un rôle. Celui de nous faire comprendre que c’est exactement l’inverse que nous voulons : reconnaître que les femmes -et les enfants, et d’autres- ont été victimes, c’est offrir -enfin- la possibilité de ne plus l’être. Si on est dans le déni, alors on sera dans l’incapacité de s’en sortir à long terme. Si en revanche, on se reconnaît comme telle, et la société nous reconnaît comme victimes, alors, on pourra laisser derrière nous ce moment qui ne nous résume pas, et passer à autre chose.

Alors, pour revenir sur mon article d’hier, en finir avec l’article de Peggy Sastre et passer à autre chose, je vous conseille de lire le commentaire de Lulu sur mon dernier article, dont je vous livre un extrait ici. Eh oui, il ne s’agit pas d’autre chose que de faire appliquer la loi. Comme pour le vol et autres délits ou crimes qui entraînent beaucoup plus de répression que l’atteinte grave à la personne qu’est le viol. Une amie et moi, nous en viendrons bien un jour à expliquer que si la société doit faire un choix : entre emprisonner les violeurs de femmes ou les voleurs de poules , on préfèrerait à tout prendre qu’elle enferme les violeurs et libère les petits voleurs…

Voilà une partie de ce que dit Lulu :

« – le mieux, lorsqu’on vous a agressé(e) pour vous voler, c’est de ne pas vous en préoccuper, de faire comme si rien ne s’était passé, de ne pas regarder cette dent que vous avez perdu sous les coups, ni cet oeil enflé et de ne pas penser à votre bras cassé. À cette seule condition vous pourrez vous sentir libre et fort(e), participant d’une société démocratique au sein de laquelle tou(te)s peuvent vivre sans crainte et qui prend soin que la loi de la jungle ne devienne pas celle de la république. Aller porter plainte et réclamer que l’on retrouve et poursuive votre agresseur ne ferait que vous obliger à entrer dans la peau d’une victime (ce que vous n’êtes en aucun cas, et ce qui serait de surcroît très très mauvais pour votre moral). De même, méprisez légèrement et conspuez quelque peu tous ces faibles et veules qui vont se plaindre qu’on leur a volé leur bagnole, qu’on les a frappé(e)s, qu’on les menace de mort, qu’on leur a détourné toutes leurs économies, qu’on s’est servi de leur numéro de carte bleue à leur insu – et condamnez grandement cette société de petits joueurs qui réclament justice face aux détournements d’argent de la société générale, de Tapie, de Woerth, des flambeurs de bagnole, des supporters saouls, etc. »

Bon, mais heureusement, il y a des associations, des femmes, des politiques, qui travaillent au quotidien d’arrache-pied pour changer la société. Malgré les multiples bâtons qui leur sont mis dans les roues, elles et ils ne renoncent pas et parviennent peu à peu à se faire entendre. Ainsi, Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue, a-t-elle été auditionnée au Sénat. Et elle a été entendue, en particulier par le sénateur Roland Courteau. Celui-ci a écouté, compris, repris le propos de Muriel Salmona. Et a fait voter une proposition de résolution pour améliorer l’application de la loi du 9 juillet 2010 sur les violences envers les femmes, violences au sein des couples et incidences sur les enfants.

Voici un extrait du discours de présentation au Sénat qu’il a fait le 13 février : Toutes les violences entraînent chez les victimes des atteintes graves à leur intégrité physique et psychique.

« Cependant, selon le docteur Muriel Salmona, les violences conjugales et les violences sexuelles font partie des violences les plus traumatisantes sur le psychisme.
Il faut que les intervenants le sachent : de 60 % à 80 % des femmes victimes de ces violences développeront des troubles psychotraumatiques chroniques, qui peuvent durer des années, des dizaines d’années, voire toute une vie et avoir un effet considérable sur la santé des victimes, celle de leurs enfants, ainsi que sur leur insertion sociale et professionnelle.
La sous-estimation de ces violences et de leurs conséquences sur la santé est, il faut le savoir, à l’origine de l’abandon des victimes à leur sort. Délaissées, celles-ci ne bénéficient pas de soins spécifiques et tentent de se réparer comme elles le peuvent. Ainsi, les stratégies de survie qu’elles développeront seront souvent un facteur d’exclusion et de vulnérabilité à de nouvelles violences ».

Vous pouvez lire sur le blog « Stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles », un plus grand extrait du discours et avoir de plus amples informations sur les mécanismes post-traumatiques sur le blog de l’association mémoire traumatique et victimologie.

Dans un monde où certaines ont à ce point intériorisé la domination qu’elles minimisent la gravité du viol, savoir que certains responsables politiques (je pense aussi à Danielle Bousquet et Guy Geoffroy sur la prostitution), sont capables de s’ouvrir à un constat qui seul, pourra permettre d’aller vers plus de justice pour l’humanité, est somme toute rassurant…

S.G

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8 réflexions sur « Quand il n’y aura plus de violences, il n’y aura plus de victimes »

  1. A propos de la soi-disant victimisation des femmes par les féministes, j’ai envie d’ajouter une phrase que j’ai lu dans « un troussage de domestique » :

    « Quand un homme enfonce de force son sexe dans la bouche d’une femme, ce ne sont pas les féministes qui victimisent les femmes, mais bien cet homme-là. »

    (bon je suis pas sûre que c’était à 100% ça, mais c’était le sens de la phrase)

  2. Le travail de rappel et d’explications précises sur les conséquences de la violence par M. Salmona est fondamental puisqu’ Il a permis et entrainé l’écoute et la réactivité de parlementaires .
    C’est la démonstration de l’utilité de vos efforts et de l’efficacité de toutes les actions conjointes qui peuvent faire du féminisme humain une force politique écoutée.
    Gardons aussi en mémoire que les « fausses » féministes sont surtout des faux nez.

  3. Il y a un concept qui s’appelle, il me semble, la croyance d’un monde juste (ou quelque chose dans ce gout là, ça fait longtemps, j’ai un peu oublié les détails), qui est une explication proposée à la tendance à rendre les victimes responsables des torts qui leurs sont causées. La pensée comme quoi l’on ne serait pas à l’abri de catastrophes dans l’existence est assez angoissante. On préfère penser que l’on a ce que l’on mérite dans la vie. D’où la tendance presque immédiate à reporter la responsabilité de la catastrophe sur la victime, voire à la blâmer…
    Je racontais ça à mon frère qui me disait que c’était n’importe quoi. On était en voiture, on passe devant un accident, réflexion de mon frère : « encore un fou du volant, les gens ne respectent pas les limitations de vitesse et voilà ce qui arrive… » C’est une illustration qui tombait à pic ^^

  4. Reconnaissez vous au 60 000 hommes (chiffres officiels) qui subissent tous les ans des violences conjugales le statut de victime ? Je n’y vois pas d’allusion dans votre texte, cela pourrait être considéré comme une violence en soi.

  5. @ Laurence,
    vous extrapolez, en fait même vous inventez un propos qui n’est pas dans l’article.
    Non il n’y a pas de violence dans cet article concernant les victimes. Cet article parle notamment du torchon de peggy Sastre qui enjoint les victimes femmes de viol de se taire et de ne pas porter plainte.
    Allez donc publier vos accusations sur un site masculiniste en leur demandant s’ils s’occupent de mentionner les femmes victimes de violences conjugales.

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