La journée de « mademoiselle-la-femme », non merci (féministes tant qu’il le faudra…) !

J’espère que vous connaissez toutes et tous le site « les entrailles de mademoiselle ». Sinon, il est à découvrir. C’est justement ce site qui reprend de façon subversive le terme de mademoiselle, et qui joue avec l’appellation Lafâme, pour se moquer de l’essentialisation, objectivisation et désindividualisation des femmes dans ce terme -qui ne veut rien dire : la femme.

La femme, c’est la femelle de l’homme, nous dit le dictionnaire. Et l’homme, c’est l’être humain..

Tout cela, pour vous parler de quelques sujets « pas très importants » mais d’actualité : le sexisme ordinaire, qui laisse la porte ouverte au sexisme institutionnalisé et violent.

Ainsi, cette semaine, nous avons appris que le terme « mademoiselle » devrait être retiré progressivement des formulaires administratifs. Selon une circulaire gouvernementale. Mais que toutes ces personnes si inquiètes et qui ne cessent de nous dire : »les féministes n’ont pas plus important à faire » ? se rassurent : entre une circulaire et son application, il y a un gouffre que la résistance « ordinaire » a de grandes chances de ralentir. Ainsi, au siècle dernier, Lionel Jospin a fait passer une circulaire sur les noms de métiers, qui devaient être féminisés. Et si elle aide à ce que le changement opère, il ne faut pas être préssé-es. Pour certains postes, pas de soucis, mais quand on écrit docteure, on en étonne encore plus d’un-e.

Donc, nous entendons comme réaction principale : » les féministes n’ont donc rien de mieux à faire, l’égalité salariale par exemple ? » De la part de personnes qui n’ont jamais levé le petit doigt pour faire avancer l’égalité salariale. Evidemment, c’est ce que les féministes font, tous les jours, de se battre contre la violence et les inégalités professionnelles ! Tous les jours, elles se mobilisent pour ça, alors que leurs détracteurs ne font rien…mais moquent toutes leurs actions. Ainsi, si les seules personnes qui se battent au quotidien pour l’égalité salariale et la fin de la violence disent : cela ne peut pas faire de mal mais ce sera profitable au contraire aux femmes de changer les mentalités en adoptant quelques mesures symboliques mais ô combien révélatrices, pourquoi ne pas leur donner un tout petit peu de crédit ?

 

dessin de rebecca pour le 8 mars

Aujourd’hui, au quotidien, les féministes se battent, sur tous les fronts. Je citerai deux exemples.
Celui du viol. Réclament-elles que le crime soit jugé à la hauteur de sa gravité, qu’on leur demande de « serrer les fesses », et de s’en remettre toutes seules. Quand on ne les menace pas en retour de mort et de viol.

Celui des inégalités de salaire. Là, ça passe à peu près. Mais seulement dans les discours. Obtenir des sanctions pour les entreprises qui ne font rien, obtenir des rattrapages pour les femmes qui sont discriminées depuis leur début de carrière, ça n’est pas si simple. Et  ces hommes qui reprochent aux féministes de vouloir supprimer mademoiselle mais de ne pas se battre contre les inégalités de salaire, quand vont-ils montrer l’exemple, et réclamer un gel de leur propre salaire pour réserver les augmentations aux femmes ?

Dans ces deux cas, on dira que les féministes sont « répressives », parce que tout simplement, elles demandent l’application de la loi et du principe d’égalité entre êtres humains. Pour le viol, on découvre donc tout d’un coup que la prison ne sert à rien, que ce serait quand même pas possible de mettre tous ces violeurs en prison, qu’il vaut mieux un « suivi psychologique » des agresseurs (quand aucun suivi n’est accordé aux victimes !). Pour les inégalités de salaire, on dit que les sanctions ne seront pas efficaces, qu’il faut faire appel à la bonne volonté et au changement des mentalités…

Et donc, puisque tout le monde est d’accord qu’il faut changer les mentalités, voilà que les féministes s’attaquent aux stéréotypes sexistes  et demandent que la langue soit plus équitable. Que le masculin ne l’emporte plus, qu’on donne à la journée de la femme (c’est l’appellation officielle en France) son vrai nom : journée internationale de lutte pour les droits des femmes, qu’on mette fin au « statut qui rend mineure une femme tant qu’elle n’est pas mariée », le « mademoiselle ». Et alors, voilà que les féministes sont critiquées pour s’attaquer à des broutilles….

En résumé, « les féministes » ont bon dos pour tout. Le mot lui même semble signifier : « celles qui ont toujours tort »…il nous faut donc essayer de véhiculer, envers et contre tout backlash, une image qui correspond mieux à ce que nous sommes : comme le disait très justement Carole Roussopoulos, en parlant de la joie d’être féministe et d’avoir lutté, pour toutes les femmes, donc pour l’humanité :

« Le féminisme a été tellement caricaturé que des femmes qui le sont profondément, le rejettent aujourd’hui. Mais il faut s’entendre sur ce qu’est le féminisme. Toute femme qui bouge, qui est consciente, qui veut faire un peu évoluer les choses, est féministe. Toute femme qui décide de ne plus être un paillasson, pour moi, est une féministe. Mais combien de femmes commencent leur phrase en disant …: « Je ne suis pas féministe mais » ! Ça, c’est terrible. Pourtant, si on aborde les problèmes calmement, en général elles reconnaissent que si les choses vont mieux, c’est grâce à nous, et que ce terme ayant été tellement déprécié, caricaturé, elles ont peur de l’employer pour elles-mêmes. Elles ne sont pas toutes dans la séduction des hommes, mais elles ne veulent pas être identifiées à des femmes caricaturées qu’elles ne connaissent pas, qu’elles n’ont pas connues personnellement, dont elles n’ont pas connu l’humour et la gaieté. C’est très flagrant dans les débats qui suivent les projections de « Debout ! » C’est la première chose que disent les gens : « Je ne savais pas que les féministes étaient comme ça ! ». Je leur demande toujours : « Comment croyiez-vous que nous étions ? » Je sais ce que les gens disaient de nous, parce que j’ai lu la presse, je connais les clichés, et c’est terrible ! L’image, dans ces cas-là, est intéressante. Les vidéos montrent les yeux qui brillent encore aujourd’hui, trente ans après… L’image révèle que les féministes des années 70 étaient pleines de ce plaisir qu’elles ont connu et qui a changé leur vie. Si les jeunes femmes étaient un peu plus informées, elles ne pourraient que suivre notre exemple. Nous avons toutes à gagner de lever la tête, tout le monde, tous les opprimés de la terre. »

Merci Carole, d’avoir filmé, lutté contre les stéréotypes, et si bien analysé la situation…nous serons « féministes, tant qu’il le faudra ». Et pour cela, nous continuerons aussi à nous battre contre l’image de « lafâme » et pour réhabiliter celle « des féministes » !

S.G

Publicités

14 réflexions sur « La journée de « mademoiselle-la-femme », non merci (féministes tant qu’il le faudra…) ! »

  1. Sauf que celles qui font beaucoup de bruit avec « Mademoiselle » oublient que Simone de Beauvoir et bien d’autres se sont battues pour le conserver. Tout comme ces « Mademoiselles » furent aux côtés de victimes de viol et de torture ce qui n’est absolument pas le cas de celles qui s’auto proclament « féministes » sans jamais avoir bougé le petit doigt dans des affaires actuelles où il y a viols, agressions et même meurtre et pédophilie….

    1. j’ai l’impression que vous leur faites un mauvais procès… le propos de l’article est justement de dire que toutes les luttes sont compatibles, et qu’elles se font ensemble. A ma connaissance, Osez le féminisme a fait la campagne mademoiselle parmi d’autres…si celle là fait plus réagir, ce n’est pas du fait d’OLF…et fait une campagne contre le viol depuis deux ans (et c’est vrai, ce n’est pas une asso de terrain, mais toutes n’ont pas le même objet), celles qui défendent que le masculin ne l’emporte plus sont aussi sur d’autres fronts. Et oui, Simone de Beauvoir disait « la femme ». Aujourd’hui, cela n’a plus de sens. Beauvoir n’en reste pas moins une référence.

  2. La perte du « Mademoiselle » est une concession symbolique qui ne coûte pas trop cher mais fera changer les mentalités, doucement .
    Que ce sujet occupe le terrain médiatique est intéressant puisqu’il permet discussions et explications sur le fond.
    Le vote du sénat sur l’égalité salariale est une autre étape importante .

    Ces succès complémentaires sont dus à l’action de féministes motivées, vigilantes et capables de se mobiliser sur différents fronts parce que le féminisme n’est pas monolithique. Il ressemblerait plutôt à un feu d’artifice.
    Le féminisme est une force de revendications d’opprimées économiques, morales, mentales ou physiques lesquelles souvent se manifestent dans le domaine qui les touchent le plus, ou celui où elles seront plus efficaces . Il n’y a pas de masculin pour ce mot , et ce n’est pas un hasard. C’est inutile.

  3. Sans procès d’intention aucun, je le souligne, aux femmes et aux féministes qui ont réclamé le bannissement de mademoiselle et l’accord de proximité, j’ai sur le bout de ma langue un avis (qui vaut ce qu’il vaut) sur cette http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2012/02/cir_34682.pdf
    en trois messages que je souhaite vous livrer (mes messages sont modifiés en fonction de l’actualité)
    1. http://susaufeminicides.blogspot.com/2012/01/feminicide-nest-pas-neutre-en-querelle.html
    2. http://susaufeminicides.blogspot.com/2012/01/les-larmes-de-sang-des-feminicides.html
    3. http://susaufeminicides.blogspot.com/2012/01/billes-pour-academie-de-la-francophonie.html

  4. Enfin ! ça y est, c’est pas trop tôt !
    Depuis le début des années 70 que j’enrage du terme « MA demoiselle » à toutes les sauces. Je passais pour une hystérique, une « mal baisée », une dégénérée lorsque je donnais mon opinion dégoutée sur cette humiliante distinction.
    Merci à toutes les féministes qui se battent sans trêve.

    1. Et bien, Marianna, j’enrage aussi, depuis des années.
      Je ne puis supporter que l’on définisse le statut d’une femme en fonction de son état matrimonial et au 21e siècle qui plus en est !!!
      Je me venge en répliquant : « Monsieur ou damoiseau » ?
      Il me semble tellement plus naturel de nommer les jeunes filles « mesdemoiselles » et à partir d’un certain âge, Madame.
      Durant les quinze années, passées dans la presse quotidienne, j’en ai subi des assauts du machisme, surtout quand j’ai commencé à monter en grade.
      Oui, ce n’est pas trop tôt que cela change enfin !!!

  5. @ Nicole

    Le masculinisme existe mais, attention, ce n’est pas le pendant du féminisme !

    Quand le féminisme réclame l’égalité, le masculinisme réclame la conservation des privilèges masculins.

    Quand le féminisme est plutôt progressiste, le masculinisme est carrément conservateur.

    Oui, ce sont deux extrèmes sur le curseur idéologique mais il y a des extrèmes salutaires. En guise d’illustration, le féminisme (dans son acception majoritaire) est au masculinisme ce qu’ Alternative Libertaire est au Front National.

    Oui, nous sommes extrémistes à l’heure actuelle de vouloir une réelle égalité des sexes (!) mais il n’est pas dit que, dans quelques décennies, il ne soit pas entré dans les moeurs.

  6. BRA – VO SANDRINE, une fois de plus !

    J’apprécie aussi tous les commentaires faits ici et dans les autres posts.

    « We are not fighting a revolution; we are fighting an evolution » (Jenni Williams, founder of Women of Zimbabwe Arise, and XX Factor)

  7. Féminisme, par la Toile condamné à être mondial, Féminisme planétaire. Sinon, les unes avancent, et les autres reculent, à tour de rôle, la danse menée par devinez qui ! Toutes les campagnes, luttes, assos, ont leurs raisons d’exister. Il ne s’agit pas de concurrence, juste un kaléidoscope.

    (Cependant, l’on peut ne pas être d’accord avec l’un des arguments présentés, ou deux… et que, un peu trop souvent, une minorité sans mandat, impose à toute force un point de vue qui pourrait être préjudiciable)

    Par contre, pourquoi ne pourrait-on pas dire encore et toujours « la femme », comme le disait Castor ? Sans phagocyter le sexe féminin dans le « genre » féminin, elle avait bien vu le 2ème « sexe ». L’on y nait ET on le devient…
    http://susaufeminicides.blog.lemonde.fr/2012/02/29/candidats-que-dites-vous-des-feminicides-sans-existence/

  8. Merci, ça fait plaisir de lire une réponse claire à ce pseudo-argument selon lequel il y aurait toujours « plus urgent à s’occuper ».

    Le sexisme est absolument partout dans nos sociétés, et la suppression de « mademoiselle », en soi, ne va pas révolutionner le monde. Mais c’est un changement de plus, dans le bon sens 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s